par Jean-Claude Renard (Politis)

 

Omerta familiale, sentiment de honte, familialisme, manquements de l’Etat, de l’Éducation nationale et des facultés de médecine.... Les victimes d’inceste sont bien seules, même quand elles décident de parler. Gérard Lopez, médecin psychiatre, spécialiste de l’inceste, décrypte les mécanismes de ce fléau.

Cet article fait partie d’un dossier consacré à l’inceste, réalisé en partenariat avec l’hebdomadaire Politis publié en kiosque le jeudi 11 février 2021.

Jean-Claude Renard, journaliste à Politis : D’Eva Thomas, première victime d’inceste qui a témoigné à la télévision en 1986, à Camille Kouchner, comment expliquez-vous que la libération de la parole semble passer par le récit ?

Gérard Lopez [1] : Des romans ou des récits, il en existe des centaines. Le récit qui compte ne vient jamais que d’une personne susceptible de faire du buzz. C’est, par exemple aujourd’hui, le cas de Camille Kouchner, la fille d’un ancien ministre de la Santé. Depuis Eva Thomas, violée par son père quand elle avait 15 ans [2], ce qui a changé, c’est le rôle des réseaux sociaux, c’est l’apport des féministes, c’est le mouvement #MeToo. La société a changé son regard. Mais je crains un effet de « mode ». On en revient à la formule de Victor Hugo : ce que la mode apporte, la mode le remporte.

Dans la plupart des cas, comment rendre compte d’un si long silence ? Où commence l’omerta  ? Certains événements facilitent-ils la parole ?

Les enfants aiment l’agresseur, ils craignent de ne pas être crus, ils se sentent coupables de ce qui s’est passé. Ils ont peur de briser la famille. Ils ont honte. Et ils se confrontent au déni. Les enfants parlent plus souvent qu’on ne le pense, mais on ne les croit pas. « Papy ?! C’est pas possible ! » Voilà ce qui se dit en famille. Sans parler de la référence au complexe d’Œdipe, totalement inadaptée en cas de violences sexuelles réelles. Résultat, les enfants finissent par se taire. Passer pour un menteur, ce n’est jamais très agréable. Qui se souvient, qui sait que les douze enfants d’Outreau ont tous été reconnus victimes ? C’est assez emblématique de la façon dont est prise en compte la parole des enfants. Si on interroge le grand public, beaucoup répondront que la plupart des gamins avaient menti. Et cela date ! La parole des enfants n’est jamais crédible [3]. Or il faut savoir interroger les enfants. Et les adultes aussi !

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par Nolwenn Weiler

Il n’existe pas d’âge minimal en deçà duquel un mineur ne peut consentir à des actes sexuels. La loi dite « Schiappa » de 2018 n’apporte pas de réelle amélioration sur ce point. Les récentes annonces du ministre de la Justice vont-elles permettre de revoir le code pénal ?

Pressé par l’intensité du mouvement #Metooinceste, le gouvernement a annoncé le 9 février par la voix de son ministre de la justice Eric Dupont-Moretti qu’il allait changer la loi afin de mieux punir les violences sexuelles sur les mineurs [1]. Tiendra-t-il ses promesses ? En novembre 2017, fraîchement élu président de la République, Emmanuel Macron s’était engagé à instaurer un « seuil d’âge » à 15 ans, en deçà duquel le consentement d’un mineur à des actes sexuels ne pourrait être invoqué. Suite à un avis du conseil d’État affirmant que l’instauration de ce seuil d’âge portait atteinte au principe de la présomption d’innocence, Emmanuel Macron était revenu sur ses promesses.

Dans le code pénal français, c’est le mode opératoire de l’agresseur qui définit les contours du viol, non ce qu’en dit la victime. Le viol désigne « tout acte de pénétration sexuelle (…) commis par violence, contrainte, menace ou surprise ». Charge à la victime de démontrer qu’elle n’était pas consentante. Y compris si elle est mineure. Y compris en cas d’inceste, qui représente l’écrasante majorité des viols et agressions sexuelles commis sur les mineur.es. Les magistrats peuvent bien sûr considérer que l’autorité, la dépendance matérielle et affective ou la différence d’âge sont des moyens de contraindre un enfant – et de fait beaucoup d’entre eux le font. Mais ils peuvent aussi en douter, même si les victimes sont âgées de 6 ou 7 ans [2].

Compte tenu de cette difficulté à prouver la contrainte, beaucoup des pénétrations commises sur les enfants se retrouvent déqualifiées en délit d’atteinte sexuelle, pour lequel on n’a pas besoin de démontrer l’absence de consentement, et qui entraîne des peines plus légères [3]. Une grande partie des viols sur mineurs se retrouvent jugés en tribunal correctionnel, et non aux assises où l’on s’occupe pourtant des crimes les plus graves.

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