Après la relaxe de Nadir Kitatni, son avocat s'exprime

Voici un entretien que nous reprenons du Courrier de l'atlas. Il s'agit de l'explication de l'avocat de Nadir Kitatni, après que celui-ci a été relaxé par le tribunal. Rappelons que cet élu de la majorité municipale s'était opposé à la maire et avait été ensuite accusé d'avoir proféré des menaces de mort par ses collègues de la majorité municipale. Le tribunal l'a donc relaxé. Une erreur à signaler : la maire s'appelle Thomassin et non Saint-Aubert.

Interview de l'avocat de Nadir Kitatni, élu au conseil municipal de Bondy

mardi 19 juin 2012

Après un conseil municipal houleux à Bondy en mars dernier, le mari de la maire et deux conseillers municipaux portent plainte contre Nadir Kitatni pour « menaces de mort ». Graves accusation qui entraîneront une garde à vue et un procès. Alors que le tribunal vient de déclarer la relaxe, Maître Slimane Gachi, avocat du prévenu, revient pour nous sur cette incroyable affaire.


 

Le Courrier de l’Atlas : Maître, pouvez-vous nous faire une rapide chronologie des faits reprochés à votre client ?

Maître Gachi : Nadir Kitatni est élu au conseil municipal de Bondy. Le 26 mars dernier, trois personnes, le mari de la maire et deux proches du conseil portent plainte à quelques minutes d'intervalles contre Nadir. Les faits reprochés sont graves, on l'accuse de « menaces de mort ». Selon eux, Nadir aurait hurlé lors du conseil municipal du 22 mars, « Je vais tous vous zigouiller comme à Nanterre ». La plainte semble cohérente, puisque mon client est présenté comme quelqu'un de dangereux, déséquilibré et toxicomane…

 

De lourds éléments à charge...

Oui, surtout que la maire de Bondy, Mme Thomassin, affirme, en s'appuyant sur son passé de sage-femme, que Nadir a de gros troubles psychologiques. En pleine affaire Mohammed Merah, ils appuient là où ça fait mal, en affirmant que Nadir aurait hurlé « Allahou Akbar ». D'ailleurs, le jour où les policiers sont venus perquisitionner chez lui pour l'emmener en garde à vue, ils ont interrogé sa sœur sur ses positions religieuses. Pour les forces de l'ordre, il avait le profil du dangereux islamiste.

 

Très vite, deux témoins se rétractent…

Dès le lendemain. Conscient que c'est allé trop loin, ils commencent à se contredire, prétextant qu'ils ont « cru » entendre ces propos. Nadir aurait dit « je » puis « nous »… Bizarrement, ils ne sont que 3 sur tout le conseil municipal à avoir entendu ces menaces. Les policiers chargés du dossier ont fait des tests dans la salle du conseil et ont été clairs, même en chuchotant dans le micro, tout le monde aurait dû entendre ce qui a été dit.

 

Le jour de la garde à vue de Nadir correspondait avec la venue de François Hollande à Bondy, y avait-il un rapport ?

Le candidat socialiste venait faire une visite avec Manuel Valls. Nadir avait tweeté sur le mur du maire d'Évry, « A lundi ». On ne sait pas si la maire a pris peur et a voulu empêcher Nadir de s'y rendre. Il était craint, selon des témoignages émanant de la mairie, Nadir Kitatni était le « cauchemar » de la maire. Il jouait son rôle d'élu au maximum, il s'opposait régulièrement aux décisions. Ils ont sans doute voulu lui mettre un coup d'arrêt mais se sont-ils rendu compte de la gravité de l'accusation ? En appuyant sur le facteur religieux dans une ville comme Bondy qui est multiculturelle ? Pour des élus PS, je trouve ça très grave.

 

Comment s'est déroulé le procès ?

Nous avons obtenu la relaxe, donc c'est un soulagement. Pourtant, le procureur était particulièrement véhément, réclamant même 15 jours de prison pour Nadir qui n'avait aucun antécédent judiciaire. Sur les trois plaignants, l’un d’entre eux n'a pas témoigné, l'autre a modifié son témoignage et réclamait des dommages et intérêts. Seul le mari de la maire de Bondy a maintenu ses propos de bout en bout. Si le parquet ne fait pas appel de la décision avant la fin de semaine, Nadir sera définitivement tranquille.

 

Dans quel état d'esprit se trouve-t-il ?

Il n'est pas au mieux. Heureux d'avoir été relaxé mais meurtri par toute cette affaire. C'est un père de famille sans histoire. Il a prononcé une phrase malheureuse : « il ne faudrait pas que ça se termine comme à Nanterre », qu'il n'aurait pas dû mais qui a complètement été sortie de son contexte. Il s'est retrouvé 48h en garde à vue, il a eu droit à une analyse psychiatrique qui n'a rien donné. Une analyse toxicologique qui a prouvé qu'il ne se droguait pas. Il était très inquiet pour le procès, il craignait une condamnation. C'est un homme politique, son nom a été traîné dans la boue, ça sera forcément préjudiciable pour sa future carrière.

Il y a quelques jours, il m'a appelé et m'a demandé : « Maître, je peux aller à la mosquée ? ».

 

Quelles suites comptez-vous donner à cette affaire ?

Je dois rencontrer mon client dans les prochains jours pour en parler avec lui. Nous ne ferons rien contre les deux témoins qui se sont retirés, par contre M. Saint Aubert... Il a eu un comportement abject tout au long de l'affaire. Il a présenté Nadir comme quelqu'un de bien pour mieux lui tirer dans le dos. Il a été confronté à Nadir en garde à vue et il a maintenu ses accusations face à lui.

Le problème de la dénonciation calomnieuse, c'est que la loi a changé. Désormais, il faut que le tribunal déclare que M. untel n'est pas coupable des faits reprochés pour pouvoir poursuivre le témoin. Le tribunal ne va jamais si loin et prononce simplement la relaxe.

Je n'exclus pas de provoquer le débat avec M. Saint-Aubert pour qu'il s'explique et qu'il prenne conscience de la gravité des accusations. Mais ça sera à mon client de décider.

Propos recueillis par Jonathan Ardines

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