Voici deux appels : le premier a été adressé au président de la république, le deuxième est plutôt destiné aux élus locaux. Un point commun : donner à la culture les moyens d'exister, c'est respecter les habitants. Faut-il préciser que c'est ce que nous disons à Bondy autrement ?

 

Appel pour la Culture et la vitalité artistique à l’adresse de François Hollande

Monsieur le Président de la République,


Par nos engagements culturels, artistiques et citoyens, nous sommes fidèlement attachés à la politique culturelle française que nous entendons voir se développer selon le principe d’invention de la perpétuelle ouverture. Or, nous constatons que cette démarche après avoir marqué le pas connaît notamment par la politique budgétaire de notre pays une situation s’aggravant de jour en jour. Beaucoup de ce qui avait été construit patiemment se fissure, voire se casse et risque même de disparaître. Le patrimoine dans sa diversité, le spectacle vivant dans son pluralisme, l’écriture, les arts plastiques, les arts de l’image et l’action culturelle sont en danger. Faute de crédits suffisants, de personnels, de négociations, de considération et de reconnaissance du travail humain, du respect des métiers, se répandent des malaises, des souffrances, des colères. Le ministère de la culture risque de n’être plus le grand intercesseur entre les artistes et les citoyens. Il perd son pouvoir d’éclairer, d’illuminer. Les collectivités territoriales dont le rôle est devenu immense en culture et en art voient leurs finances brutalisées et réduites par Bercy. L’Europe continue d’avoir une médiocre politique culturelle alors même qu’elle négocie avec les Etats-Unis un Traité de libre échange gravissime pour la culture. Google, l’un des accapareurs des nouvelles technologies à civiliser, limite les citoyens à n’être que des consommateurs et s’installe en Irlande pour ne pas avoir à payer d’impôts en France.

 

Le travail est tellement livré au management et à la performance que les personnels se voient ôter leurs capacités de respiration et de symbolisation. On a l’impression que beaucoup d’hommes et de femmes des métiers artistiques sont traités comme s’ils étaient en trop dans la société.

On nous répond, c’est la crise. La crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend au contraire plus indispensable. La culture n’est pas un luxe, dont en période de disette il faudrait se débarrasser, la culture c’est l’avenir, le redressement, l’instrument de l’émancipation. C’est aussi le meilleur antidote à tous les racismes, antisémitismes, communautarismes et autres pensées régressives sur l’homme.

Mais la politique actuelle est marquée par l’idée de « donner au capital humain un traitement économique ». Il y a une exacerbation d’une allégeance dévorante à l’argent. Elle chiffre obsessionnellement, compte autoritairement, alors que les artistes et écrivains déchiffrent et content. Ne tolérons plus que l’esprit des affaires l’emporte sur les affaires de l’esprit.

On est arrivé à l’os et 50 ans de constructions commencent à chanceler. Les êtres eux-mêmes sont frappés, le compagnonnage humain s’engourdit. L’omniprésence d’une logique financière d’Etat installe une dominance sur les artistes. Nous craignons le risque du pire dans la demeure culturelle. Le Medef ne vient-il pas de réclamer le transfert à l’Etat des annexes 8 et 10 de l’Unedic relatives aux intermittents du spectacle.

L’urgence est de stopper l’agression contre « l’irréductible humain », là où la femme, l’homme trouvent le respect d’eux-mêmes et le pouvoir de reprendre force contre tous les raidissements normatifs, les coups de pioche, le mépris, l’arrogance.

Il est temps à ce « moment brèche » d’accomplir la fonction du refus à l’étage voulu. Il y a besoin d’une nouvelle conscience alors que croît la tentation de réduire la culture à un échange : j’ai produit, tu achètes. La culture se décline au contraire sur le mode : nous nous rencontrons, nous échangeons autour de la création, nous mettons en mouvement nos sensibilités, nos imaginations, nos intelligences, nos disponibilités. C’est cela qui se trouve en danger et requiert notre mobilisation et notre appel en votre direction.

L’histoire garde un geyser de vie pour quiconque a l’oreille fine et écoute éperdument. Encore faut-il renoncer au renoncement. L’homme est plein à chaque minute de possibilités non réalisées. Nous avons tous un pouvoir d’agir à mettre en marche.

C’est avec ces idées en tête et au cœur que nous souhaitons, Monsieur le Président, vous faire part de notre vive inquiétude et vous demander de maintenir et de développer la politique culturelle.

Un budget minoré pour ce travail indispensable serait grave. Même le surplace conduirait à des agios humains et politiques, à un freinage dans la culture.

La politique culturelle ne peut marcher à la dérive des vents budgétaires comme la politique sociale d’ailleurs avec qui elle est en très fin circonvoisinage. «  L’inaccompli bourdonne d’essentiel  » disait René CHAR.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en notre haute considération.
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Appel pour la culture


Au moment où paraît à l’échelle nationale un « Appel pour la culture et la vitalité artistique à l’adresse de François Hollande », je ressens le besoin impérieux de faire savoir qu’un semblable cri d’alarme pourrait être adressé à nombre d’élus à l’échelle locale ! Ceci afin de leur rappeler que la culture doit demeurer, malgré les difficultés et peut-être surtout en période de difficultés, parmi les priorités des politiques publiques.

 

Je ne vais pas reprendre les arguments, excellemment développés, pour défendre cette exigence d’abord humaine et politique, voire économique. Et plutôt témoigner de toute ma solidarité aux acteurs culturels, et surtout aux intermittents du spectacle, à nouveau menacés dans leur statut et dans leur existence artistique, avec ce qu’elle comporte de diversité, de richesse et de proximité.

 

Mais je crois nécessaire de rappeler que la profonde évolution qu’ont connue les politiques culturelles au cours des trente dernières années est liée à l’engagement volontaire et résolu des collectivités territoriales, communes et départements dans un premier temps, plus tard rejoints par les régions. Aucune loi de décentralisation ne leur a imposé ces choix ; leur désengagement actuel est d’autant plus grave.

 

Les discussions en cours sur une nouvelle phase de décentralisation laissent entendre que l’on pourrait supprimer la clause de compétence générale, interdisant ainsi à l’une ou l’autre de ces collectivités (dont les départements) la possibilité de concourir par leurs financements à la vie artistique. Défendre la diversité culturelle, c’est aussi garantir la diversité des engagements et des financements à toutes les échelles de la vie démocratique.

 

Un tel retour en arrière constituerait une remise en cause (d’ailleurs déjà à l’œuvre, notamment en Isère où beaucoup de ce qui a été patiemment construit disparaît) des fondements même de nos politiques culturelles. Que l’on interpelle d’abord l’Etat est sans doute indispensable ; mais n’oublions pas d’en faire autant et avec autant de vigueur pour les collectivités territoriales, même si l’on ne doit pas oublier leurs réelles difficultés financières, pour la plupart induites par la politique nationale !

 

Claude Bertrand,

vice-président du Conseil général de l’Isère en charge de la culture et du patrimoine (2001-2011)

25 février 2014

 

 

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