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par Les lucioles du doc

 

 

Quelle folie est le résultat d’une recherche, d’une expérience menée par Aurélien et son ami Diego Governatori, le réalisateur du documentaire. Leur objectif : dire et montrer la « condition autistique », qui est le quotidien d’Aurélien, mais à travers un dispositif particulier : une plongée inquiétante en pleine feria de San Fermin, à Pampelune.

Le début du film le montre explicitement : Aurélien et Diego Governatori s’apprêtent à entamer à la fois un travail et un pèlerinage, consistant à accompagner Aurélien pour lui permettre enfin de se raconter. La mise en scène est assumée, et les spectateurs et spectatrices sont témoins du dispositif qui se met en place quand l’ingénieur du son installe, devant la caméra, un micro sur Aurélien.

Quelle folie, documentaire en salles le 9 octobre, montre la condition autistique dans ses aspects les plus quotidiens, qui pourraient paraître anecdotiques pour des personnes ne souffrant pas de ce handicap. Rapport à la douleur, rendez-vous amoureux ratés, agressions sonores par des bruits de moteurs sont autant de choses qui assaillent et marquent Aurélien. Ce dernier évoque également des enjeux plus profonds liés à l’autisme, comme l’absence de « continuité d’être », la question du discours et de l’identité, ainsi que celle de la norme.
 

 

Avec une grande lucidité, Aurélien insiste sur le fait que l’autisme n’est pas qu’une simple différence. Pour lui, il s’agit d’un véritable handicap aux conséquences graves, qui cause une impossibilité d’être au monde, comme l’illustre le premier plan du documentaire, qui le filme de dos. Pourtant, avec Quelle folie, ce n’est plus aux autistes de faire d’énormes efforts de compensation, mais aux spectateurs de s’adapter au rythme et au mode de pensée d’Aurélien. C’est à nous de passer « de l’autre côté ».

Distorsions et reconstructions d’un langage commun

Le documentaire opère ce glissement en perturbant notre confort audiovisuel. Parfois, des petits mouvements de caméra qui gênent notre regard. D’autres fois, notre réalité se retrouve bouleversée : avec des plans en contre plongée inhabituels ou par un travail sur le son par moments amplifié, distordu. Ces dispositifs créent un effet d’étrangeté, un étonnement qui remet en question le sens que nous attribuons généralement aux images.

Car être autiste, dit Aurélien, c’est aussi ne pas saisir de manière évidente les systèmes signifiants et symboliques qui régissent la société (les codes du discours, de conduite…). Cette difficulté pose la question du langage : dans de telles conditions, comment dire, comment créer du sens commun avec l’autre ? Par moments, le discours du personnage se déroule comme un flux continu de parole, une logorrhée sans début ni fin difficile à suivre.

Paradoxalement, le personnage et le réalisateur font un réel effort de re-signification. D’une part, le travail de montage permet d’instaurer une chronologie, de commencer et de terminer le film, de circoncire la parole. D’autre part, Aurélien, très créatif dans son rapport à l’image, utilise de très parlantes métaphores (figure par excellence qui se fonde sur un système d’analogie), comme celle où il compare l’autiste à un pilote d’avion forcé de conduire sans mode automatique. Il compare également le monde des humains à un « enclos » dont il serait exclu.

Ainsi, au moyen des symboles qu’Aurélien regrette pourtant de ne pas s’approprier, la parole devient très lucide et signifiante. De son côté, grâce à des alternances de plans, Governatori file la métaphore en comparant le taureau dans l’arène de Pampelune et l’autiste dans la société, dans une analogie qui donne toute sa puissance au film.

L’étrangeté de la « norme »

Cette métaphore du taureau, à travers l’événement de la feria, sert de support à une réflexion sur la folie et la violence humaine. Si le langage et le signifié font l’humanité, les autistes sont donc « maintenus au dehors », d’où le rapprochement avec l’animal. L’agressivité envers le taureau en souffrance symbolise la violence des hommes face à celles et ceux qu’ils considèrent en marge de l’humanité, qu’ils voient comme de la folie. Le passage dans l’arène constitue l’acmé de cette violence après une tension grandissante : le personnage en colère contre lui-même, contre la société, crie dans la brutalité de la foule bruyante et indistincte.

Pourtant, face à des scènes filmées pendant la fête, on se demande qui est vraiment fou. À plusieurs reprises, des individus rencontrés dans la rue se mettent en scène et adaptent leur comportement afin d’attirer l’attention du caméraman. Dans ces moments, ce sont bien les cabotins et non Aurélien qui ont l’air insensé. Qu’il s’agisse de moments de danse, d’ébriété ou de violence gratuite, de nombreux plans montrent des mouvements collectifs absurdes voire horrifiants.

Aurélien cite, durant le film, qu’« il n’y a pas d’autre spectacle que l’homme ». Dans Quelle folie, le spectacle auquel on assiste nous pousse à réinterroger nos normes, nos coutumes, mais aussi les limites implicites de notre société et leur caractère excluant. Un pas de côté dérangeant à effectuer, mais pour autant nécessaire pour regarder en face ce que, dans les yeux d’Aurélien, « personne ne veut voir, [..] qui doit rester au fond ».

Le 22 mai 2009, la triste nouvelle du décès à l’âge de 48 ans de Djamel KELFAOUI circulait dans les rues de Bondy.

Parti en Algérie pour réaliser la seconde partie de son film «  Cheb HASNI, je vis encore », Djamel nous a quittés en laissant une œuvre inachevée. Il est mort après avoir reçu un coup d’un militaire auquel il s’était opposé dans la circulation parce que celui-ci se montrait arrogant avec les automobilistes. Il n’avait pas supporté cette injustice. C’était Djamel.

A Bondy, il restera pour nous une figure du mouvement interculturel, un acteur social qui a mené des actions éducatives qui ont pris naissance dans le quartier de son enfance : De Lattre de Tassigny.

Dans les années 80, une violente attaque d’un groupe de fachos contre des jeunes de sa cité a blessé sérieusement l’un d’entre eux. L’alerte était donnée et il fallait répondre autrement que par la violence. Djamel a pris l’initiative d’aider les jeunes à se regrouper et se constituer en créant l’association «  SOS çà bouge ! » et lancera quelques années plus tard le festival «  Y’a d’la banlieue dans l’air » mêlant musique, théâtre, cinéma, sports, sans oublier des concerts que nous conservons en mémoire (La Mano négra, Zebda, Youssou N’dour, Cheb Mami…). Par ce biais, il permettra à la jeunesse de se projeter vers un meilleur avenir malgré leurs conditions de vie qui commençaient, déjà, à l’époque, à se dégrader progressivement. Il fallait être un peu utopiste pour partager sa passion de la musique et du cinéma à des générations et des communautés différentes de sa ville. Peu impressionné par la hauteur de la tâche, fonceur, Djamel mettait tout en œuvre pour accomplir ses projets et les concrétiser. Homme de culture comme lui, Claude FUZIER, Maire de la ville de 1977 à 1995, n’avait pas hésité à l’encourager dans ses démarches.

Ces dernières années, avant sa disparition, Djamel s’inquiétait pour ces jeunes qui désespérés, perdaient confiance en eux, quitte à perdre dignité pour se laisser acheter par des politiques sans scrupules avec des « Carambars, des Malabars » pour reprendre son expression qui, déjà, signalait l’alerte.

Avec la transformation du quartier De Lattre en éco quartier, lors de conseils municipaux, j’ai demandé à notre Maire, à de nombreuses reprises, une reconnaissance officielle de la Municipalité à Djamel KELFAOUI pour l’inauguration de cette réhabilitation urbaine. Peine perdue pour lui, pour nous. Dans ce nouveau quartier figure le nom des Frères DARTY, mais pour nous, il manque inévitablement celui de Djamel KELFAOUI, ce que nous regrettons vivement.

En cette période qui va devenir électorale, un miracle pourrait apparaître ! Qui sait ?

Toute l’équipe de Bondy autrement et moi-même tenons à témoigner en cette triste date anniversaire toute notre reconnaissance et sympathie à cet homme, trop tôt disparu, qui a fortement marqué notre ville, notre département pendant plus de 20 ans.

Amicale pensée à sa famille à laquelle nous disons que Djamel nous manque beaucoup et que nous ne l’oublions pas.

Hakim KADRI

 

 

Par Agnès Maillard

Je crois qu’il ne faut jamais rien attendre d’un film. Ni du bien ni du mal. Il faut toujours en savoir le moins possible et commencer la séance l’esprit aussi ouvert que les adducteurs de Jean-Claude Van Damme. Je déteste être influencée en toute chose, je préfère conserver ma capacité de surprise intacte, quitte à ressasser bien plus tard ce que j’ai vu, ce que j’ai éprouvé et ce que cela m’inspire sur la durée. Le cadeau Bonux étant d’avoir vu un film tellement fort, tellement puissant qu’il revient me hanter pendant des jours, des semaines, voire des mois.

 

Moi, Daniel Blake est de ces films rares qui prennent aux tripes immédiatement, nous immergent dans leur univers, leur narration dès les premières images, nous maintiennent en apnée pendant tout l’impeccable déroulé de leur récit et ne nous lâchent plus jamais ensuite. Bien sûr, Ken Loach est loin d’être un perdreau de la dernière pluie, mais on peut aussi se dire qu’à force de tirer sur la corde de la misère sociale, elle finit par casser. Mais non, la force de ce réalisateur, c’est de porter une caméra à hauteur des gens, de leur vie quotidienne et d’en profiter pour nous raconter avec une précision d’entomologiste la manière concrète dont sont organisés les rapports de force dans la société contemporaine. Et sur ce chapitre, le constat est glaçant. Deux scènes m’ont particulièrement interpelée.

Dématérialisation de la violence sociale

L’autre jour, mon père m’appelait au secours parce qu’il a des soucis pour remplir sa déclaration d’impôts. Il est vrai que plus nos administrations simplifient leurs démarches et moins il devient facile de s’en dépêtrer pour ceux qui ne jargonnent ni ne claviotent de la manière estimée idoine par les simplificateurs en chef. En fait, c’est simple : si tu as un problème, va sur internet. Et tant pis pour ceux qui n’ont pas accès à l’outil, que ce soit par technophobie, âge, manque d’équipement, de formation, etc. De toute manière, les numéros de téléphone des administrations publiques sont généralement surtaxés, quand ils existent encore. Et l’injonction de disparition d’un fonctionnaire sur deux porte pleinement ses fruits, puisqu’il n’y a plus personne pour décrocher au bout de cette ligne qui sonne dans le vide administratif comme une complainte fantôme.

Côté CAF, l’administration voiture-balai de la grande braderie sociale, c’est à peu près le même tableau : après avoir commencé à fermer les permanences périphériques qui évitaient aux précaires de la brousse de faire 70 km de route pour demander des éclaircissements sur la énième décision non justifiée de fermeture de dossier sans suite, on a décidé de ne plus recevoir que sur rendez-vous, après passage obligé par une plateforme téléphonique payante et surencombrée, puis, très récemment, par ne plus assurer d’accueil physique du tout. Maintenant, tout passe par le site internet, avec ses formulaires cryptiques, ses liens qui disparaissent au moment inopportun, son jargon incompréhensible, ses trois niveaux de validation et ses demandes qui restent dans les limbes de l’attente de traitement pendant des temps indéterminés. Les exclus, souvent bien en peine pour satisfaire leurs besoins les plus pressants, doivent donc compter sur la bonne volonté d’inconnus qui maitrisent pour eux les machines et leurs arcanes diaboliques.

Aussi, j’ai pratiquement eu les larmes aux yeux quand Ken Loach filme la pitoyable épopée de Daniel Blake pour s’inscrire en ligne au service dont il dépend pour sa subsistance. Tout y est : les déclassés de la société de consommation qui sont renvoyés brutalement à leur incompétence technologique, la rage contre la machine absurde, les délais qui s’étirent et la dépendance induite à la bonne volonté des gens compétents et équipés. À l’arrivée, nous avons des droits de papiers dans un monde qui dématérialise la violence sociale et fait disparaitre la misère dans des statistiques vides de sens. Derrière le satisfecit du gouvernement autour de la baisse des bénéficiaires des dispositifs de solidarités comme le RSA, combien de Daniel Blake qui ont fini par baisser les bras devant trop de fausse simplicité excluante ?

La faim et les moyens

Mais la scène qui m’est le plus restée en travers est sans conteste celle de la visite à la Banque alimentaire. Il devrait être inconcevable que des gens doivent compter sur la charité pour seulement se nourrir alors qu’ils sont citoyens d’un des pays les plus riches du monde, sans compter toute la violence symbolique qui s’exerce quand une fonctionnaire bien planquée décide d’affamer une personne comme punition pour une absence, un retard, un regard ou un mot de travers. J’ai été frappée au creux de l’estomac quand la mère célibataire, perdant soudain tout contrôle, se jette avidement sur le contenu d’une boite de tomates pelées qu’elle s’empiffre comme une bête. C’est une scène tellement violente, tellement moche dans ce qu’elle raconte que j’ai juste pensé à ce moment-là : c’est typiquement le genre de truc que tu ne peux pas inventer, mais que quelqu’un a vécu et raconté.

Et il m’est pénible d’en avoir, quelques semaines plus tard, la cruelle confirmation : "Cet homme sans papiers, dont les traits laissent penser qu’il est âgé d’une trentaine d’années, vient d’être condamné à quinze jours de prison ferme avec mandat de dépôt pour un vol aggravé requalifié en vol simple. À savoir, le vol d’un paquet de saucisses de Strasbourg, d’un autre de chaussons aux pommes et d’une brosse à dent électrique, dimanche matin, à Auchan Mériadeck. Montant du préjudice  ? « À peine 20 euros », souligne son avocate. « Il a fait ça parce qu’il avait faim. La preuve : quand il s’est fait prendre, il s’est jeté sur les paquets pour les ouvrir et manger. Ce qui a été retenu comme des dégradations », s’étrangle-t-elle."

Source : Bordeaux : prison ferme pour un vol de nourriture – Sud Ouest.fr

monolecte.fr

 

par Rédaction

 

Le 31 mars 2016, place de la République à Paris naît le mouvement Nuit debout, qui se prolongera jusqu’à l’été : malgré l’état d’urgence, des gens, par milliers, viennent débattre du travail, de démocratie, d’écologie, de la meilleure manière d’agir... La réalisatrice Mariana Otero en a profité pour filmer ces échanges : « L’Assemblée » montre comment s’est organisée cette agora, l’énergie qui s’en dégage mais aussi ses limites. Le film sort en salles le 18 octobre.

Dès le 1er avril 2016 - 32 mars selon le calendrier Nuit debout - la réalisatrice Mariana Otero prend une caméra. « Il n’y a rien à faire, mon rapport au monde passe par le fait de le filmer », témoigne l’auteure des documentaires Histoire d’un secret (2003) et Entre nos mains (2010). « Je ne savais pas ce qui était en train de se passer sur cette place de la République mais je comprenais que c’était extraordinaire et méritait d’être raconté. En plein état d’urgence, plusieurs mois après les attentats, cette place qui avait été un lieu de deuil et de commémoration était transfigurée et devenait un lieu de résistance, de réflexion et d’échanges. »

« L’Assemblée » : bande annonce du film sur Nuit Debout from Bastamag on Vimeo.

Mariana Otero envisage dans un premier temps de mettre régulièrement des scènes en ligne sur internet. Mais elle estime très vite que ce format serait insuffisant. « Pour apporter un regard différent des médias qui, eux se focalisaient plutôt sur le spectaculaire sans avoir le temps de comprendre de l’intérieur ce qui se pensait sur la place, il fallait donner le temps au temps et faire un film qui donne une forme à ce qui se construisait jour après jour. C’était ma façon de participer et de m’engager dans ce que je pressentais comme quelque chose d’historiquement important. »

Comment construire quelque chose ensemble tout en considérant chacun dans sa singularité ? Comment réinventer le collectif ? Ces questions, qui ont résonné de mille manières à Nuit Debout, traversent ce film. « Dans le cas de Nuit debout, ce n’est pas ce qui arrive à ceux qui sont sur la place qui fait histoire, mais "ce qui arrive sur la place". Le héros ici c’est l’assemblée, c’est la parole : comment circule-t-elle ? comment se transmet-elle ? comment se transforme-t-elle ? »

Photo de Une extraite du film « L’Assemblée ».

Plus d’informations sur www.lassemblee-lefilm.fr et connaitre les séances à venir

 29 octobre : les enfants-valises

 
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Enfants Valises
Mardi 29 octobre 2013 à 18h30


Projection-débat du documentaire Enfants valises de Xavier De Lauzanne
le mardi 29 octobre 2013 à 18h 30

au Ciné 104, 104 avenue Jean Lolive, 93500 Pantin.PROJECTION-DEBAT ORGANISÉE PAR R.E.S.F

(Réseau Education Sans Frontières – 93)

En présence de Jacques Pélissier, distributeur du film et d’accompagnants (enseignants, éducateurs, associatifs) de ces jeunes dans leur
1er parcours en France


Un documentaire de Xavier De Lauzanne. France. 2013. Couleur. 1h26


En France, l’école se doit d’accueillir tous les mineurs de moins de 16 ans, français ou étrangers, en situation légale ou non. Pour de nombreux adolescents migrants, elle incarne un espoir de stabilisation et d’intégration. Xavier de Lauzanne a posé sa caméra sur les bancs de l’école où Aboubacar, Dalel, Hamza et Thierno font leurs premières armes...

Ciné 104 : 104 Av Jean Lolive, 93500 Pantin / Accès Métro L5/Eglise de Pantin / Tarifs : Plein 6 €/ Réduit 4€/ Abonné 5 €

Infos : www.cine104.com

Suite à l’observation de cette vie quotidienne de jeunes scolarisés qu’apporte ce film, le RESF ouvre le débat sur l’origine multiple de ces arrivées en France et sur les réelles difficultés vécues par ces jeunes étrangers.
Le RESF s’est créé en juin 2004 pour soulever la question des jeunes majeurs sans papiers scolarisés.
Il lutte pour que chaque jeune ne soit plus privé du droit au séjour en France, pour qu’il n’y ait plus d’expulsion, pour que les jeunes cessent de vivre dans la peur d’être renvoyés dans un pays où souvent ils n’ont plus de famille proche, voire même où quelquefois ils peuvent être en danger.
Nous voulons d’autres lois pour que ces jeunes et les familles installées durablement en France y trouvent le droit de vivre « normalement », mais aussi le droit de circuler librement.

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