Quand on parle de Bondy à la télé et que ce n’est pas du foot, c’est du cinéma.

Ainsi la maire a demandé l’interdiction du film J’accuse de Roman Polanski. La décision prise par Est ensemble a été annulée par les directeurs des cinémas qui ont maintenu le film.

Soyons clair-e-s : on ne punit pas un criminel en ne diffusant pas ses œuvres, on le punit par les lois en vigueur. Que Polanski aille donc en prison mais qu’il ne serve pas à des politicien-ne-s à se faire de la pub ni comme un dangereux précédent pour interdire des œuvres.

Évidemment, chacun-e est libre d’appeler au boycott et de profiter de la diffusion du film pour mener campagne contre le viol, même de manifester devant les salles de cinéma, mais c’est autre chose que les pouvoirs publics empêchent la diffusion d’œuvres pour des raisons politiques, et surtout politiciennes.

par Denis Sieffert

Les artifices de la communication politique ont perdu de leur efficacité. Beaucoup de nos concitoyens ont compris que rien ne s’obtient sérieusement en espérant ébranler la conviction des gouvernants, et tout s’arrache par la crainte que la mobilisation inspire.

 

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.

 

C’est parfois à des petits riens comme ça que l’on comprend par qui nous sommes gouvernés. Selon un écho discret paru dans Le JDD, le président de la République a été bouleversé par le film de Ladj Ly, Les Misérables, chronique de la vie quotidienne dans la cité des Bosquets à Montfermeil. Si l’on s’en tient là, on se dit que nous avons bien de la chance d’avoir un président humain et sensible, quand d’autres ont hérité de brutes comme Trump, Poutine ou Bolsonaro. Mais on déchante en lisant la suite. L’échotier révèle qu’Emmanuel Macron aurait aussitôt demandé au gouvernement de « trouver des idées » pour améliorer les conditions de vie dans les banlieues. Diantre ! Le président découvrirait donc seulement aujourd’hui qu’il y a de la misère et du désespoir dans les banlieues. Sans sous-estimer la force d’un film, dont Christophe Kantcheff nous a dit le plus grand bien dans nos pages Culture, on reste interdit devant l’ébouriffante découverte présidentielle.

Pendant toutes ces années passées en politique, à Bercy ou à l’Élysée, il n’aurait rien su de la réalité. À moins qu’il n’ait retenu des nombreux rapports qui lui ont été transmis que la « menace islamiste ». On peine à le croire. Dès la parution de l’écho, de méchantes langues se sont d’ailleurs empressées de rappeler le sort qu’Emmanuel Macron avait réservé au rapport Borloo, en mai 2018. Mêlant démagogie et condescendance, il avait publiquement qualifié de « mâle blanc » le rapporteur, et balayé d’un revers de main un travail qu’il avait pourtant lui-même commandé.

 

Mais ce n’est pas tant de banlieue que je veux vous parler ici – nous le faisons souvent dans ce journal – que du rapport étrange que le président entretient décidément avec le réel. Dans la réaction du cinéphile Macron, c’est peut-être le mot « idée » qui est le plus choquant. Ce mot magnifique, qui devrait résumer à lui seul notre humanité, prend soudain dans sa bouche des accents de roublardise. Il nous plonge dans le monde manipulateur de la communication. Avec tous ses défauts, le rapport Borloo ne faisait pas que brasser des « idées », il prévoyait d’investir quelque cinquante milliards d’euros sous forme de dépenses sociales et de rénovation urbaine. Le beau film de Ladj Ly va-t-il réussir là où un document politico-administratif préparé par un ancien ministre a échoué ? Privilège de l’art ? Il faudrait être crédule pour le croire. Le gouvernement ne va évidemment pas se lancer dans une politique sociale en faveur des banlieues. Tout juste va-t-il chercher des « idées » pour une communication habile. Or, voilà exactement ce qui ne marche plus.

 

De cette anecdote, on peut tirer quelques conclusions qui sont aussi celles des gilets jaunes, après une année de mobilisation ; et celles des personnels hospitaliers et de toutes ces catégories professionnelles et sociales qui entrent aujourd’hui en mouvement. Les artifices de la communication politique ont perdu de leur efficacité. Beaucoup de nos concitoyens ont compris que rien ne s’obtient sérieusement en espérant ébranler la conviction des gouvernants, et tout s’arrache par la crainte que la mobilisation inspire. Depuis un an, rien n’a changé ou presque. On parle de dix-sept milliards qui ont été concédés au mouvement, une hausse de la prime d’activité, une baisse des impôts pour les bas salaires, une réindexation des petites retraites sur l’inflation… (voir Politis n° 1575). Mais pas de quoi bouleverser la vie quotidienne des Français. Le vrai bilan des gilets jaunes est ailleurs. Ils ont profondément changé le climat politique. Leur victoire est pour l’instant d’avoir surtout insinué le doute dans les allées du pouvoir. Il a fallu pour cela un mouvement un peu fou, on dirait aujourd’hui « disruptif », inclassable, incontrôlable, et qui a sérieusement fait « turbuler » le système, comme aurait dit Chevènement. Un mouvement qui continue de donner le tournis aux sociologues.

Certes, les objectifs du gouvernement sont toujours les mêmes, dictés par des intérêts économiques soumis à la loi d’airain du capitalisme financier. L’obstination à imposer une réforme des retraites injuste et potentiellement explosive le montre assez clairement. Mais le pouvoir a brusquement compris que la résistance ne s’était pas volatilisée avec la chute du mur de Berlin. Une résistance aux contours incertains, et qui n’est plus la lutte des classes des Trente Glorieuses, mais qui relance une conflictualité sociale un temps assommée par les reflux de l’histoire. D’où la peur du gouvernement, ses hésitations et débats internes, sur la réforme des retraites. En une année, les gilets jaunes auront peut-être aussi remis, involontairement, les syndicats en selle. Ces syndicats qui, à force de divisions et d’attentisme, ne faisaient plus peur à personne peuvent aujourd’hui prendre le relais. Il sera difficile au président de la République de demander au gouvernement « des idées » pour les hôpitaux. Ce sont des effectifs, des lits et des crédits qu’il faut. Ce sont des services publics qu’il faut sauvegarder. Le charme des discours est épuisé. La deuxième partie du quinquennat d’Emmanuel Macron s’annonce délicate.

Le 22 mai 2009, la triste nouvelle du décès à l’âge de 48 ans de Djamel KELFAOUI circulait dans les rues de Bondy.

Parti en Algérie pour réaliser la seconde partie de son film «  Cheb HASNI, je vis encore », Djamel nous a quittés en laissant une œuvre inachevée. Il est mort après avoir reçu un coup d’un militaire auquel il s’était opposé dans la circulation parce que celui-ci se montrait arrogant avec les automobilistes. Il n’avait pas supporté cette injustice. C’était Djamel.

A Bondy, il restera pour nous une figure du mouvement interculturel, un acteur social qui a mené des actions éducatives qui ont pris naissance dans le quartier de son enfance : De Lattre de Tassigny.

Dans les années 80, une violente attaque d’un groupe de fachos contre des jeunes de sa cité a blessé sérieusement l’un d’entre eux. L’alerte était donnée et il fallait répondre autrement que par la violence. Djamel a pris l’initiative d’aider les jeunes à se regrouper et se constituer en créant l’association «  SOS çà bouge ! » et lancera quelques années plus tard le festival «  Y’a d’la banlieue dans l’air » mêlant musique, théâtre, cinéma, sports, sans oublier des concerts que nous conservons en mémoire (La Mano négra, Zebda, Youssou N’dour, Cheb Mami…). Par ce biais, il permettra à la jeunesse de se projeter vers un meilleur avenir malgré leurs conditions de vie qui commençaient, déjà, à l’époque, à se dégrader progressivement. Il fallait être un peu utopiste pour partager sa passion de la musique et du cinéma à des générations et des communautés différentes de sa ville. Peu impressionné par la hauteur de la tâche, fonceur, Djamel mettait tout en œuvre pour accomplir ses projets et les concrétiser. Homme de culture comme lui, Claude FUZIER, Maire de la ville de 1977 à 1995, n’avait pas hésité à l’encourager dans ses démarches.

Ces dernières années, avant sa disparition, Djamel s’inquiétait pour ces jeunes qui désespérés, perdaient confiance en eux, quitte à perdre dignité pour se laisser acheter par des politiques sans scrupules avec des « Carambars, des Malabars » pour reprendre son expression qui, déjà, signalait l’alerte.

Avec la transformation du quartier De Lattre en éco quartier, lors de conseils municipaux, j’ai demandé à notre Maire, à de nombreuses reprises, une reconnaissance officielle de la Municipalité à Djamel KELFAOUI pour l’inauguration de cette réhabilitation urbaine. Peine perdue pour lui, pour nous. Dans ce nouveau quartier figure le nom des Frères DARTY, mais pour nous, il manque inévitablement celui de Djamel KELFAOUI, ce que nous regrettons vivement.

En cette période qui va devenir électorale, un miracle pourrait apparaître ! Qui sait ?

Toute l’équipe de Bondy autrement et moi-même tenons à témoigner en cette triste date anniversaire toute notre reconnaissance et sympathie à cet homme, trop tôt disparu, qui a fortement marqué notre ville, notre département pendant plus de 20 ans.

Amicale pensée à sa famille à laquelle nous disons que Djamel nous manque beaucoup et que nous ne l’oublions pas.

Hakim KADRI

 

Voir l'article original avec les liens en cliquant ICI.

par Les lucioles du doc

 

 

Quelle folie est le résultat d’une recherche, d’une expérience menée par Aurélien et son ami Diego Governatori, le réalisateur du documentaire. Leur objectif : dire et montrer la « condition autistique », qui est le quotidien d’Aurélien, mais à travers un dispositif particulier : une plongée inquiétante en pleine feria de San Fermin, à Pampelune.

Le début du film le montre explicitement : Aurélien et Diego Governatori s’apprêtent à entamer à la fois un travail et un pèlerinage, consistant à accompagner Aurélien pour lui permettre enfin de se raconter. La mise en scène est assumée, et les spectateurs et spectatrices sont témoins du dispositif qui se met en place quand l’ingénieur du son installe, devant la caméra, un micro sur Aurélien.

Quelle folie, documentaire en salles le 9 octobre, montre la condition autistique dans ses aspects les plus quotidiens, qui pourraient paraître anecdotiques pour des personnes ne souffrant pas de ce handicap. Rapport à la douleur, rendez-vous amoureux ratés, agressions sonores par des bruits de moteurs sont autant de choses qui assaillent et marquent Aurélien. Ce dernier évoque également des enjeux plus profonds liés à l’autisme, comme l’absence de « continuité d’être », la question du discours et de l’identité, ainsi que celle de la norme.
 

 

Avec une grande lucidité, Aurélien insiste sur le fait que l’autisme n’est pas qu’une simple différence. Pour lui, il s’agit d’un véritable handicap aux conséquences graves, qui cause une impossibilité d’être au monde, comme l’illustre le premier plan du documentaire, qui le filme de dos. Pourtant, avec Quelle folie, ce n’est plus aux autistes de faire d’énormes efforts de compensation, mais aux spectateurs de s’adapter au rythme et au mode de pensée d’Aurélien. C’est à nous de passer « de l’autre côté ».

Distorsions et reconstructions d’un langage commun

Le documentaire opère ce glissement en perturbant notre confort audiovisuel. Parfois, des petits mouvements de caméra qui gênent notre regard. D’autres fois, notre réalité se retrouve bouleversée : avec des plans en contre plongée inhabituels ou par un travail sur le son par moments amplifié, distordu. Ces dispositifs créent un effet d’étrangeté, un étonnement qui remet en question le sens que nous attribuons généralement aux images.

Car être autiste, dit Aurélien, c’est aussi ne pas saisir de manière évidente les systèmes signifiants et symboliques qui régissent la société (les codes du discours, de conduite…). Cette difficulté pose la question du langage : dans de telles conditions, comment dire, comment créer du sens commun avec l’autre ? Par moments, le discours du personnage se déroule comme un flux continu de parole, une logorrhée sans début ni fin difficile à suivre.

Paradoxalement, le personnage et le réalisateur font un réel effort de re-signification. D’une part, le travail de montage permet d’instaurer une chronologie, de commencer et de terminer le film, de circoncire la parole. D’autre part, Aurélien, très créatif dans son rapport à l’image, utilise de très parlantes métaphores (figure par excellence qui se fonde sur un système d’analogie), comme celle où il compare l’autiste à un pilote d’avion forcé de conduire sans mode automatique. Il compare également le monde des humains à un « enclos » dont il serait exclu.

Ainsi, au moyen des symboles qu’Aurélien regrette pourtant de ne pas s’approprier, la parole devient très lucide et signifiante. De son côté, grâce à des alternances de plans, Governatori file la métaphore en comparant le taureau dans l’arène de Pampelune et l’autiste dans la société, dans une analogie qui donne toute sa puissance au film.

L’étrangeté de la « norme »

Cette métaphore du taureau, à travers l’événement de la feria, sert de support à une réflexion sur la folie et la violence humaine. Si le langage et le signifié font l’humanité, les autistes sont donc « maintenus au dehors », d’où le rapprochement avec l’animal. L’agressivité envers le taureau en souffrance symbolise la violence des hommes face à celles et ceux qu’ils considèrent en marge de l’humanité, qu’ils voient comme de la folie. Le passage dans l’arène constitue l’acmé de cette violence après une tension grandissante : le personnage en colère contre lui-même, contre la société, crie dans la brutalité de la foule bruyante et indistincte.

Pourtant, face à des scènes filmées pendant la fête, on se demande qui est vraiment fou. À plusieurs reprises, des individus rencontrés dans la rue se mettent en scène et adaptent leur comportement afin d’attirer l’attention du caméraman. Dans ces moments, ce sont bien les cabotins et non Aurélien qui ont l’air insensé. Qu’il s’agisse de moments de danse, d’ébriété ou de violence gratuite, de nombreux plans montrent des mouvements collectifs absurdes voire horrifiants.

Aurélien cite, durant le film, qu’« il n’y a pas d’autre spectacle que l’homme ». Dans Quelle folie, le spectacle auquel on assiste nous pousse à réinterroger nos normes, nos coutumes, mais aussi les limites implicites de notre société et leur caractère excluant. Un pas de côté dérangeant à effectuer, mais pour autant nécessaire pour regarder en face ce que, dans les yeux d’Aurélien, « personne ne veut voir, [..] qui doit rester au fond ».

 

par Rédaction

 

Le 31 mars 2016, place de la République à Paris naît le mouvement Nuit debout, qui se prolongera jusqu’à l’été : malgré l’état d’urgence, des gens, par milliers, viennent débattre du travail, de démocratie, d’écologie, de la meilleure manière d’agir... La réalisatrice Mariana Otero en a profité pour filmer ces échanges : « L’Assemblée » montre comment s’est organisée cette agora, l’énergie qui s’en dégage mais aussi ses limites. Le film sort en salles le 18 octobre.

Dès le 1er avril 2016 - 32 mars selon le calendrier Nuit debout - la réalisatrice Mariana Otero prend une caméra. « Il n’y a rien à faire, mon rapport au monde passe par le fait de le filmer », témoigne l’auteure des documentaires Histoire d’un secret (2003) et Entre nos mains (2010). « Je ne savais pas ce qui était en train de se passer sur cette place de la République mais je comprenais que c’était extraordinaire et méritait d’être raconté. En plein état d’urgence, plusieurs mois après les attentats, cette place qui avait été un lieu de deuil et de commémoration était transfigurée et devenait un lieu de résistance, de réflexion et d’échanges. »

« L’Assemblée » : bande annonce du film sur Nuit Debout from Bastamag on Vimeo.

Mariana Otero envisage dans un premier temps de mettre régulièrement des scènes en ligne sur internet. Mais elle estime très vite que ce format serait insuffisant. « Pour apporter un regard différent des médias qui, eux se focalisaient plutôt sur le spectaculaire sans avoir le temps de comprendre de l’intérieur ce qui se pensait sur la place, il fallait donner le temps au temps et faire un film qui donne une forme à ce qui se construisait jour après jour. C’était ma façon de participer et de m’engager dans ce que je pressentais comme quelque chose d’historiquement important. »

Comment construire quelque chose ensemble tout en considérant chacun dans sa singularité ? Comment réinventer le collectif ? Ces questions, qui ont résonné de mille manières à Nuit Debout, traversent ce film. « Dans le cas de Nuit debout, ce n’est pas ce qui arrive à ceux qui sont sur la place qui fait histoire, mais "ce qui arrive sur la place". Le héros ici c’est l’assemblée, c’est la parole : comment circule-t-elle ? comment se transmet-elle ? comment se transforme-t-elle ? »

Photo de Une extraite du film « L’Assemblée ».

Plus d’informations sur www.lassemblee-lefilm.fr et connaitre les séances à venir

Informations supplémentaires