Le beau cadeau de Noël de France 2 à Tapie

Les conditions dans lesquelles Tapie s'est vu reverser des millions d'argent public choquent beaucoup d'entre vous. Or, Tapie fait salle comble, en ce moment, à Paris. Il joue dans une comédie dans laquelle il règle ses comptes avec les parlementaires qui ont osé l'interroger sur cette étrange victoire judiciaire. Et France 2 ne trouve pas mieux que de diffuser cette pièce en direct, le 25 décembre au soir. Chantons Noël ! Rions ensemble des millions versés à l'affairiste. Rions des pauvres parlementaires qui cherchent la vérité à la lanterne. Devant ce sommet de berlusconisme, croit-on que quiconque s'émeuve ? Personne, ou presque. 

Quoi de mieux pour digérer la bûche de Noël qu'une bonne pièce de théâtre en direct ? C'est ce qu'a servi France 2 le soir du 25 décembre. Et pas n'importe quelle pièce ! Il s'agit d'Oscar, oeuvre de boulevard, à l'affiche du théâtre de Paris jusqu'au 3 janvier.

Dans une version entièrement réécrite par... Bernard Tapie, qui ne se gêne pas pour y régler ses comptes avec les parlementaires qui ont contesté le règlement (en sa faveur) du contentieux avec le Crédit lyonnais.

C'est un merveilleux conte de Noël pour Tapie. Depuis le 4 décembre, l'ex-ministre, ex-homme d'affaires, ex-animateur, et désormais comédien, reprend au théâtre le rôle de Louis de Funès dans la pièce Oscar, écrite en 1958. Tapie, qui avait déjà incarné en 2004 "un beau salaud", est donc de retour sur scène en cette fin d'année marquée par la résolution du litige qui l'opposait au Crédit lyonnais. Celui-ci s'est soldé en juillet dernier par la décision du tribunal arbitral (formation ad hoc négociée entre les parties) d'accorder à l'homme d'affaires 285 millions (dont 45 au titre de préjudice moral) d'euros, versés par le CDR, la structure publique qui gère le passif du Crédit Lyonnais.

C'est justement cette pièce que France 2 a choisi de programmer pour sa soirée "Au théâtre ce soir !" du 25 décembre.

Un personnage de la pièce qui est qualifié d'"escroc" et de "voyou" "a tout appris au Crédit Lyonnais". Et au moment de dresser la liste des invités au mariage, il convient comme annoncé de barrer le nom d'un concurrent, un certain "François Barou". Un peu plus loin, c'est le prénom Charles-Amédée qui est l'objet de railleries. Des allusions directes à François Bayrou, président du Modem (dont le vice-président n'est autre que Jean Peyrelevade, ancien PDG du Crédit lyonnais) et Charles-Amédée de Courson, député Nouveau Centre. Pour mémoire, tous deux s'étaient opposés avec virulence à la décision du tribunal arbitral. Le groupe socialiste vient d'ailleurs de demander la création d'une commission d'enquête, sur les conditions de recours à la procédure d'arbitrage (recours derrière lequel beaucoup ont vu la main, peu discrète, de l'Elysée).

Interrogé par l'AFP, le producteur et metteur en scène Philippe Hersen a indiqué que le 25 (soir de la diffusion de la pièce en direct) le texte serait maintenu, éventuellement avec "quelques perles supplémentaires".

 Silence de la presse et le la classe politique

Une chaîne de service public offrant, le soir de Noël, l'occasion à un homme d'affaires de régler ses comptes en direct avec des parlementaires: l'affaire a-t-elle fait réagir la presse ou la classe politique ? Pas du tout. Pas un mot. A quelques (rares) exceptions près.


A part eux, les rares voix qui se sont élevées pour critiquer cette programmation festive viennent des milieux...du théâtre (lire par exemple la réaction de la critique de théâtre de L'Obs, Odile Quirot). Il est vrai que Tapie a annoncé le 7 décembre qu'il reverserait la totalité de son cachet au Téléthon.

De son côté, France 2 assume complètement le mélange des genres. La chaîne a qualifié ce programme de "soirée de divertissement". "Ce n'est pas un projet artistique mais c'est un projet que j'assume", a confié à l'AFP Nicolas Auboyneau, directeur artistique de l'unité "culture et spectacles vivants" de la chaîne.

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