Piqué au site Expression93, par Vincent

 

Nous profitons de la résidence de Sylvain Pattieu à la bibliothèque de Bondy pour faire un tour des œuvres déjà publiées par ce jeune auteur.


Son premier livre, lié à à la profession d’historien qu’il exerçait à l’origine, s’appelle Tourisme et travail, publié aux Presses de Sciences Po. Il s’agit de l’étude sans doute la plus complète sur « Tourisme et Travail » un organisme proche de la CGT et qui a voulu construire la possibilité pour les milieux ouvriers d’accéder à un tourisme de qualité, distinct du consumérisme.


Passons à la littérature et commençons par la fin. Le bonheur pauvre rengaine (éditions du Rouergue) pourrait être qualifié de polar historique. Le meurtre d’une prostituée, reconstitué d’après des archives, permet de revisiter le milieu des proxénètes à Marseille. Le lecteur est écartelé entre l’exactitude des faits réels basée sur les archives, la sauvagerie crue des hommes issus de la première guerre mondiale, et les parcours individuels comme celui d’un ouvrier syndicaliste qui finit par appartenir au milieu.


Des impatientes est un roman, très touchant, où les lycéens actuels ou passés et leurs enseignants ne manqueront pas de se reconnaître. Deux lycéennes, issues de l’immigration, vont voir leurs destins se croiser. L’une étudie sans relâche et réussit brillamment tandis que l’autre prend plaisir à gêner les cours. Le poids du hasard et des déterminations sociales font que le parcours méritant de la première ne se réalisera pas aussi simplement. Mais l’histoire s’arrête alors que tout est encore possible.


Les deux autres livres de Sylvain Pattieu sont ce qu’il appelle des « témoignages littéraires ». Ce sont ceux que j’ai préférés. Avant de disparaître concerne la fin de PSA Aulnay, usine automobile fermée en 2014. Beauté Parade évoque la grève de plusieurs mois d’un salon de beauté du 18ème arrondissement où travaillaient surtout des sans-papiers. Ces deux livres sont écrits comme une juxtaposition de témoignages, de commentaires, des chapitres très courts, qui reprennent les paroles des acteurs de ces deux moments. La dignité de ceux qui parlent est sans doute ce qui émerge le plus de ces œuvres. La vérité aussi, le rôle de l’écrivant permet de fixer un moment, de filmer un événement plutôt que de créer une illusion, une fiction. Sans doute, ces textes ne prétendent à « l’objectivité neutre » qui n’existe pas même en Histoire. Mais ils constituent un magnifique témoignage de ceux qui sinon seraient invisibles et inaudibles.

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