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Le 15 octobre, les pompiers de l’Essonne sont montés à Paris manifester avec leurs collègues de tout le pays. Jean-Christophe Cantot, sapeur pompier et syndiqué à la CGT, en était, comme 200 autres pompiers de l’Essonne. « C’était fort, il y avait des copains de partout en France. On chantait, on applaudissait... »

Après l’annonce selon laquelle les négociations avec le gouvernement avaient échoué, vers 17h, en signe de protestation, plusieurs dizaines de pompiers ont décidé d’aller bloquer le périphérique. Le blocage n’a pas duré plus d’ une quinzaine de minutes. « Les CRS se sont remis à nous envoyer du gaz lacrymogène, n’épargnant pas les automobilistes au passage. Pourtant on n’était pas violent, pas un seul feu de poubelle, pas de dégradation, on n’a rien lancé. »

« La direction analyse des images pour retrouver les pompiers présents à la manif »


Puis les forces de l’ordre tirent des balles « de défense » en caoutchouc. Nicolas B., caporal au centre de Corbeille, est touché à la jambe. Dans une vidéo vue plus de 700 000 fois, on voit le pompier en colère insulter Emmanuel Macron. « Il pète un plomb, c’est normal. Il prend un coup à bout portant ! On voulait juste se faire entendre ! » estime Jean-Christophe Cantot.

Depuis, le pompier Nicolas B. a été suspendu jusqu’à son passage en conseil de discipline. Pendant quatre mois le pompier touchera son salaire mais pas ses primes. Il reste moins de deux mois au tribunal administratif pour rendre un avis, qui peut aller jusqu’à la révocation.

Jean-Christophe Cantot affirme que la direction du Sdis ne va pas s’arrêter là. « La direction analyse des images pour retrouver les pompiers présents à la manif. Ils veulent sanctionner les gars en tenue pour filer la pétoche à ceux qui voudraient remettre ça. » 

« Je conseille à ceux qui ont cru bien faire en exprimant un soutien à l’agent B. de retirer tout écrit des réseaux sociaux »


Après la manifestation, un pompier de Juvisy a été mis en arrêt maladie. « Il y a eu une prise de conscience : nous sommes tous à bout. La manif a été un déclencheur. » Une dizaine d’autres sapeurs ont été également arrêtés. Le président du Sdis départemental a déclaré qu’il s’agissait « d’arrêts de complaisance ». « Il est complètement déconnecté... », soupire Jean-Christophe. « Les cadres, le ministère de l’intérieur, nous ignorent, ne répondent à aucun mail. Ils se masquent les réalités du terrain. Ils auraient pu voir venir. Deux mois et demi avant la manif, nous étions déjà en gréve », raconte Yohan Martin du centre des Ulis.

De son coté, le Sdis fait tout pour contenir les soutiens à Nicolas B., quitte à intimider. Le directeur du département a même envoyé une vidéo par mail à tous les sapeurs de l’Essonne, rappelant les sanctions encourues (un document Bastamag) :



Sur les réseaux sociaux, des pompiers de Palaiseau, Savigny, Les Ulis, Draveil et Brétigny ont partagé des photos en soutien à Nicolas : « Ça, la direction ne le digère pas », affirme M. Cantot.

 



Dans un centre, à la suite d’une photo circulant en soutien à Nicolas, un mail de la direction a été envoyé aux sapeurs :

« Je sais que la majorité d’entre vous ne sont pas sensibles à ce qui ce passe et sont éloignés de ces revendications, d’autres se sont laissés influencer. En tous cas sachez qu’apparaître sur une photo en tenue ou avec un engin ou matériels du Sdis sans autorisation avec une opinion différente de celle de l’établissement est constitutif d’une atteinte au devoir de réserve. »

Un SMS de la direction des sapeurs-pompiers de l’Essonne donne aussi le ton :

« Il convient donc que les membres de notre bureau en particulier les fonctionnaires en activité fassent preuve de retenue et de pondération dans leurs écrits éventuels. Je rappelle que nous sommes soumis au devoir de réserve. Aussi je conseille à ceux qui ont cru bien faire en exprimant un soutien à l’agent B. de retirer tout écrit des réseaux sociaux. »

« On sera là le 14 novembre avec les soignants, et le 5 décembre avec tout le monde ! »


« La direction pense nous faire peur, mais c’est tout le contraire ! » lance Yohan Martin, qui assure que les adhésions à la CGT ne cessent d’augmenter depuis. Les pompiers dénoncent des sanctions officieuses, comme l’annulation de stages de formation. Nicolas B., lui, s’est vu retiré la formation des jeunes sapeurs. « L’autre jour le responsable des chefs de centre a appelé un chef de centre pour lui demander tous les noms des gars sur une des photos de soutien qui avait circulé sur les réseaux, afin de les convoquer ! », pointe Jean-Christophe Cantot. « Vu qu’ils n’osent pas communiquer officiellement par peur du scandale, ils font ça autrement », analyse Yohan Martin.

« Un vrai rapport de force s’est créé depuis la manif. Cela fait des années que ça monte doucement. Là, ça s’accélère. C’est sûr que nous répondrons présents pour la mobilisation à venir ! On sera là le 14 novembre avec les soignants, et le 5 décembre avec tout le monde ! », assure Yohan. Prochaines étapes pour ces deux membres de la CGT : se rapprocher d’un avocat. « Avec ce qui se profile, on risque d’en avoir bien besoin », conclut Yohan Martin.

Gabriel Gadré et Raphaël Godechot

 

Gabriel Gadré, Raphaël Godechot et Sévan Melkonian sont journalistes et membres du Petit ZPL (Zone de publication libre), journal local indépendant de Palaiseau, Essonne.

 

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