par Rachel Knaebel

Ils donnent cours comme les enseignants-chercheurs titulaires, en présentiel comme à distance. Pourtant, les vacataires des universités sont toujours payés au Smic ou en dessous, des mois après avoir travaillé. À Paris et Dijon, ils sont mobilisés depuis deux mois.

« La crise sanitaire, ça a été la goutte d’eau. On craquait déjà l’année dernière, mais avec les cours en distanciel, il a fallu s’auto-former, repréparer tous nos cours pour les adapter à ce mode d’enseignement. Sans être plus rémunéré. Et l’université ne nous a pas prêté de matériel. » Jeanne [1] est chargée de cours vacataires à l’université Paris-3 Sorbonne Nouvelle. Elle enseigne aux étudiants de licences en même temps qu’elle réalise son doctorat. Dans sa faculté, selon elle, plus de la moitié des cours sont assurés par des vacataires, payés à l’heure de cours effectuée, sur des missions d’un an ou six mois. Autre spécificité de ces vacataires, il sont payés en général six mois après avoir travaillé, parfois plus en cas de retards.

À cette précarité s’est ajouté le surplus de travail engendré par la crise sanitaire. « Les vacataires ont été lâchés dans la nature. Déjà en temps normal, ils sont peu intégrés aux équipes pédagogiques, ils n’ont en général pas accès aux espaces de travail numériques des universités, a aussi constaté l’une des porte-parole de la Confédération des jeunes chercheurs, qui souhaite garder l’anonymat. Ils ont connu cet automne une grande surcharge de travail aussi parce qu’ils sont les premiers interlocuteurs des étudiants qui, on le sait, ne vont pas bien. » Payés à l’heure, les vacataires n’ont pas non plus le droit au congé maladie, « ce qui représente une inquiétude supplémentaire pendant l’épidémie ».

Le statut ultra-précaire des chargés de cours vacataires, dénoncé depuis des années

Depuis janvier, les vacataires de Paris-3 se sont mobilisés au sein d’un collectif « pour rassembler tous les chargés de cours de l’université, précise Jeanne. Nous avons décidé de maintenir les cours, mais nous pratiquons la rétention administrative des notes, tout en les transmettant aux étudiants, pour ne pas les pénaliser encore plus. » Précaires parmi les précaires chez les enseignants-chercheurs, les vacataires savent bien que le manque de moyens des universités pèse sur tout le monde. « De nombreux étudiants n’ont pas le bon matériel pour suivre les cours en distanciel. Dans le débat public, la détresse des étudiants est souvent psychologisée comme un problème individuel, alors que s’il y avait des moyens dans les facs, cela aurait pu se passer beaucoup mieux. »

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