Par Rachel Knaebel

Partout en Europe, des grandes villes comme de petites communes se sont déclarées en « état d’urgence climatique ». Paris l’a fait en juillet, Mulhouse et Montpellier en juin. Ces décisions sont-elles purement symboliques ? Ou ces municipalités s’engagent-elles réellement contre le réchauffement ? En Allemagne, c’est Constance, ville touristique et riche, qui a voté la première la résolution à la demande des jeunes de « Fridays for future », mobilisés depuis des mois. Pour eux, l’urgence climatique n’est pas qu’un vain mot. Reportage.

Dans les rues de Constance, ville de près de 100 000 habitants dans le sud de l’Allemagne, rien ne laisse penser qu’il y ait urgence pour quoi que ce soit. Sur les rives du grand lac et du Rhin, les touristes se promènent et boivent des verres, les travailleurs se reposent en fin de journée. Les voitures sont assez peu présentes, et les vélos ont des routes entières réservées. La ville est entourée de zones naturelles protégées, le taux de chômage n’y est que de 3 %, la Suisse est juste à côté. L’anxiété d’un réchauffement climatique accéléré – jusqu’à +7°C d’ici la fin de ce siècle – semble bien loin. Pourtant, c’est dans ce décor idyllique que le 2 mai dernier, le conseil municipal a été le premier d’Allemagne à voter une résolution déclarant la ville en « état d’urgence climatique ». Depuis, des dizaines d’autres villes et communes allemandes ont suivi l’exemple, comme Cologne, Karlsruhe, Lübeck, ou Leverkusen.

Cette décision ne s’est pas prise spontanément. Julian s’en souvient. Il fait partie du collectif qui a commencé à organiser des Fridays for Future (« les vendredis pour le futur ») à Constance, cette grève internationale des lycéens reconduite tous les vendredi. « La première manifestation a eu lieu en février. Nous étions alors dans les 800. Très vite, nous avons reçu une demande du maire qui voulait prendre la parole lors d’une manifestation », raconte-t-il. « Nous avons refusé parce que nous voulons rester indépendants des partis et ne pas servir d’outil de campagne électorale. Mais nous avons accepté de le rencontrer en privé, fin février. Nous lui avons tout de suite parlé de l’état d’urgence climatique. Nous avons aussi rencontré les différents groupes politiques du conseil municipal, et avons essayé de les persuader. »

Julian, du groupe Fridays for Future de Constance : « Avant, je savais bien qu’il fallait faire quelque chose contre le changement climatique, mais je me disais que de toute façon, l’industrie automobile ont trop de pouvoir. Mais quand ça a commencé avec avec Fridays for Future, j’ai pensé qu’il y avait une chance de faire bouger les choses. »

« Au début, le maire voulait faire quelques chose avec “les jeunes”, mais la déclaration d’état d’urgence, c’était trop radical pour lui. Puis sa position a changé et il a fini par s’approprier notre revendication », se souvient Nina Röckelein, qui fait aussi partie des têtes de manifestation de Fridays for Future dans la ville. L’actuel maire est certes membre du parti conservateur CDU, mais s’était fait élire en 2012 sans étiquette, en mettant en avant son adhésion au mouvement altermondialiste Attac.

« Au conseil municipal, personne n’a osé voter contre la résolution »

Finalement, les activistes climatiques ont réussi à convaincre le maire et l’ensemble des élus. « Les jeunes de Fridays for Future sont très bien organisés. Ils ont discuté de leurs revendications de manière approfondie, ils ont été voir tous les groupes politiques, ils ont cherché une majorité », souligne Karl-Ulrich Schaible, militant écologiste local. Depuis, il rencontre les « kiddies » (les "enfants"), comme il les appellent, toutes les semaines. Ces rencontres réunissent des habitants de 12 à plus de 60 ans. « Plus de 60 ans, c’est moi », sourit l’homme. « Au conseil municipal, le 2 mai, l’ambiance était telle que personne n’a osé voté contre la résolution. Tous les conseillers ont voté pour, même si tous n’étaient pas forcément sincèrement convaincus, notamment au sein des partis de droite », explique l’écologiste.