A Bagnolet, dix ruptures de canalisation ont lieu chaque année, de l’aveu même du Syndicat des eaux d’Île-de-France (SEDIF). Une situation révélatrice de l’état du réseau. La stagnation est confirmée par les indicateurs légaux que l’on peut trouver dans les rapports annuels sur la qualité et le prix du service public. Article mis à jour en septembre 2019 avec les chiffres de l’annexe 1 du rapport annuel 2018 du SEDIF.

Fuite d’eau avenue Gambetta à Bagnolet en juillet 2019

 

Lors du débat public avec le SEDIF organisé  dans le cadre de la votation citoyenne à Bagnolet, plusieurs élus avaient témoigné des fuites importantes et répétitives sur le réseau ces dernières années et s’étaient interrogés sur d’éventuelles inégalités de traitement au sein du SEDIF.

A la suite de ce débat, M. Santini, Président du SEDIF,  a adressé un courrier à M. Di Martino, Maire de Bagnolet, dont voici un extrait  significatif.

« A l’occasion de la réunion publique du 25 juin dernier, organisée pour le passage en régie du service public de l’eau, quelques participants ont évoqué une recrudescence importante de fuites dans votre commune, conséquence selon eux d’un manque d’entretien et de renouvellement.

Il n’en est rien. La fréquence des fuites à Bagnolet est de 0,23 casse observée / km / an sur un réseau long de 42,7 km, proche de la moyenne du SEDIF (…) Comme rappelé lors de la réunion ce dernier est le service public qui renouvelle le plus son réseau en France (1,4% par an). « 

Or le taux moyen de casse au SEDIF est de 0,15 casse observée / km / an.  Donc avec 0,23 casse observée / km / an, il est 50 % plus élevé à Bagnolet que sur l’ensemble du SEDIF, ce qui est considérable! Une nouvelle manifestation des inégalités territoriales si prégnantes  entre la Seine Saint Denis et les Hauts de Seine?

Remarquons enfin que 0,23 casse observée / km / an, pour un linéaire de 42, 7 km, cela fait dix ruptures de canalisations par an, ce qui ne passe pas inaperçu dans une petite commune comme Bagnolet.

Quant au taux de renouvellement annuel annoncé par M. Santini, 1,4%, il ne correspond pas aux chiffres du …SEDIF! En effet, selon le rapport annuel, ce taux est de 1,04%. Encore un petit arrangement avec la réalité…

Le rapport 2018 du SEDIF (annexe 1)

Rendement du réseau 88,8%

Renouvellement 1,04%

Perte en réseau m3/km/jour 10,64

Les tendances mises en évidence les années précédentes se confirment: malgré des taux de renouvellement plus importants, le réseau vieillissant du SEDIF ne retrouve pas les rendements du début de la décennie 2010.

On peut aussi s’interroger sur la sincérité des chiffres publiés par le SEDIF. En comparant 2018 et 2017, on peut constater une perte en réseau identique, soit 10,64 m3/km/jour. Mais le rendement augmente, passant de 88,09% en 2017 à 88,8% en 2018, ce qui est tout simplement impossible: si le pertes en réseau sont identiques, les rendements du réseau le sont aussi.

Les tendances depuis 2011

Année

  2017

2016

2015

2014

2013

2012

2011

Rendement du réseau

88,09%

87,42 %

87,49 %

88,3 %

89,04 %

88,92 %

89 ,65 %

Renouvellement

0,94%

0,83 %

0,7 %

0,57 %

0,52 %

0,47 %

0,39 %

Perte en réseau m3/km/jour

10,64

11,27

11,59

10,5

9,71

9,95

9,48

Avant 2011 (dernier renouvellement du contrat avec Veolia), on ne trouve aucun indicateur précis, ce qui donne une idée de l’absence de contrôle qui régnait alors au SEDIF! Nous savons que c’est un problème récurrent puisque le SEDIF s’est encore fait épingler l’an dernier par la Chambre régionale des comptes pour l’insuffisance du contrôle du délégataire.

Depuis on peut observer :

– une tendance à la baisse du rendement du réseau, vieillissant, et une tendance à la hausse des pertes en réseau.

– le taux de renouvellement était ridicule en 2011: à ce rythme, le renouvellement complet du réseau aurait pris 256 ans! Or une canalisation en fonte a une durée de vie comprise entre  80 à 100 ans. Le taux de renouvellement semble plus raisonnable aujourd’hui avec un renouvellement complet du réseau en 100 ans.  Mais ceci correspond imparfaitement à la réalité, car des remplacements importants de canalisations  sont dus à la construction de nouvelles infrastructures de transport (tramways, bus rapides..) en surface. Ce ne sont donc pas les canalisations les plus anciennes et les plus dégradées qui sont remplacées mais celles qui doivent être déplacées…

– malgré des taux de renouvellements plus importants, le rendement du réseau s’il s’est amélioré en 2017, est loin de retrouver son niveau de 2011.

Fuite d’eau à Bagnolet en avril 2018

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