Les jouets

 

A l'approche de Noël, voici un texte intéressant à réfléchir qui nous a été envoyé...

Les jouets ne sont pas des objets anodins.

 

Les jouets sont des objets politiques à travers lesquels nous indiquons aux enfants quels rôles ils  devront avoir plus tard quand ils seront grands, mais aussi quelles sont les normes et les valeurs essentielles de notre société  et quel mode de rapport aux autres nous voulons que les enfants développent.

 

Un simple regard sur les catalogues ou les rayons de jouets des grands magasins fait apparaitre à l’évidence que les jouets des petites filles se répartissent quasi exclusivement en quatre catégories qui correspondent en fait aux quatre rôles que nous souhaitons leur assigner quand elles seront adultes.

Celui de mère (poupée, poussette,..), de  ménagère (fer à repasser, aspirateur,..), de femme séduisante (bijoux, trousse à maquillage, poupée barbie,..) et d’amoureuse (robe s de princesses,..). Des rôles qui correspondent plus généralement aux trois vocations que l’on assigne prioritairement aux femmes : le soin aux autres, l’entretien du foyer et plaire aux hommes.

Il est à noter que les filles ont un véritable devoir de beauté, un devoir de contrôle de leur apparence mais aussi de leur attitude et de leur mouvement. Cela se voit notamment à travers les jeux et jouets sportifs préconisés (cordes à sauter, marelle, élastiques,…) qui ne requièrent que très peu d’espace et des mouvements répétitifs et limités. Les garçons bénéficient  eux d’une incitation à la pratique de sports beaucoup moins contraignants dans la gestuelle et dans l’espace ( foot, rugby,…)

 

Une petite fille, en plus d’être belle, se doit d’être douce, tendre et pleine d’empathie pour les autres. Une fille ça doit rendre service aux autres, ça doit être gentil avec les autres.

 

Coté garçon : pas de panoplie de prince charmant qui attendrait sa princesse. De manière générale aucun jouet proposé aux garçons ne les pousse à se vivre à travers le regard d’un-e autre. Contrairement à une petite fille, on suggère au garçon qu’il peut se suffire à lui-même.

Strictement aucun jouet n’est proposé aux garçons pour tenir des rôles de père, « d’homme de ménage », de séducteur ou d’amoureux.

Non, un seul et unique rôle leur est demandé, celui d’agir sur le monde.

Agir mais pas n’importe comment, car le mode de rapport aux autres, le mode de rapport au monde que les jouets proposent aux petits garçons ce n’est pas « la gentillesse » mais la domination.

 

Le message essentiel qui est adressé aux petits garçons à travers les jouets c’est de dominer le monde par quatre moyens : la technique, la conquête, la puissance et la guerre.

Quand j’évoque la technique (jeux de construction, bricolage,..) c’est bien sur « LA technique » au sens noble, celle qui sert à transformer le monde, pas celle qui consiste à savoir utiliser un aspirateur ou un four à micro onde, technique aussi mais qui ne fait que reproduire le monde à l’identique.

 

Contrairement aux jouets des filles, tous confinés à un usage interne à la maison, les jouets proposés aux garçons leur fait bien comprendre que leur univers ce n’est surtout pas l’intérieur, c’est le dehors, c’est le monde qu’il faut parcourir et conquérir (voitures, cowboy, pompiers, super héros,..)

L’injonction à la puissance est présente de manière générale dans les jeux et jouets sportifs proposés aux garçons: gant de boxe, circuits de voitures de courses, babyfoot,.. Des jeux qui proposent systématiquement  de combattre ou vaincre des adversaires  Contrairement aux jeux et jouets sportifs proposés aux filles où l’esprit de compétition est totalement absent (corde à sauter, danse,…)

Enfin l’incitation à la violence et à la guerre est quasi permanente à travers les fameux châteaux forts, sabres lasers, armes diverses, jeux vidéo de guerre,…

 

En résumé  les jouets nous disent beaucoup de choses sur l’état réel dans une société des mentalités et des rapports de genres ainsi que sur l’acceptation (ou plutôt la non acceptation)  de modèles d’être ensemble différents.

 

Parmi les idées aliénantes que nous continuons  à véhiculer à travers les jouets encore très majoritairement vendus et offerts aujourd’hui il en est notamment deux dont les impacts sont incommensurables et que nous devrions interroger et travailler, nous qui souhaitons aider à produire un nouveau regard sur le monde

 

L’idée selon laquelle le terrain de jeux des filles c’est la maison et celui des garçons c’est le monde, jamais la maison.

Il ne faut pas s’étonner si la participation des hommes aux taches ménagères et familiales n’évolue quasiment pas (près de 80% des tâches domestiques restent effectuées par les femmes)

 

L’idée aussi selon laquelle le seul type de rapport humain envisageable pour un  garçon est celui du rapport de force.

Il ne faut pas s’étonner non plus si la violence, notamment conjugale, ne diminue pas.

 

 

Réfléchir à ce que l’on donne aux enfants, c’est aussi réfléchir à l’avenir qu’on souhaite leur construire et qu’on souhaite qu’iels (*) se construisent.

 

 

(*) : « iels », est une proposition "queer" d'un atelier militant de Bruxelles. ils+elles. Au singulier  « iel » (il ou elle, ou encore ni il ni elle, 3e genre)

 

Pour aller plus loin : « contre les jouets sexistes » édition l’Echappé.

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