Démocratie

Un avenir après la présidentielle

 

L’élection présidentielle ne pouvait apporter une réponse aux graves questions qui se posent à notre peuple, à notre pays. Elle était même le problème. Tout au plus, elle a pu mettre en lumière quelques-unes des graves fractures qui traversent notre société sans aucunement ouvrir des voies vers les solutions nécessaires.

Les résultats électoraux indiquent la volonté des citoyens de remettre en cause le système politique national et européen. Dans ce cadre, le rassemblement artificiel de tous contre le Front National apparait comme une énième négation de la crise profonde de régime. Les deux finalistes de l’élection présidentielle ne sont que les deux faces d’une même pièce. L’un et l’autre incarnent la dégénérescence oligarchique qui, dans sa dimension pseudo-libérale comme dans sa dimension pseudo-patriotique, affecte depuis trop d’années nos institutions.

La vraie question est de reconstituer le peuple en tant que corps politique souverain, de rétablir la démocratie et les Droits de l’Homme et du Citoyen que le système n’arrive plus à incarner. La Constituante est, plus que jamais, la solution qui peut permettre de résoudre cette crise. Cette élection a confirmé qu’elle ne pouvait à l’évidence pas émerger de l’élection présidentielle. C’est pourquoi nous avions appelé à remplacer la présidentielle par l’élection d’une Constituante. Les résultats de ce dimanche 23 avril ne font que renforcer notre analyse.

Nous appelons à créer partout, au niveau local, des cercles pour imposer l’élection d’une Constituante souveraine pour rétablir la démocratie et la volonté populaire.

pouruneconstituante.fr

Société civile

Loi travail : Les organisations obtiennent le respect du droit de manifester

Communiqué CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL

Le Gouvernement avait franchi un nouveau cap dans sa volonté de bâillonner le mouvement social, en interdisant la manifestation parisienne du 23 juin.


Cette décision représentait une remise en cause grave d'une liberté fondamentale garantie par la constitution : le droit à manifester.


Les organisations ont toujours affirmé leur volonté de manifester pacifiquement.


Après des discussions serrées avec le Ministre de l’Intérieur, les organisations syndicales et de jeunesse ont obtenu le droit de manifester à Paris le 23 juin, sur un parcours proposé par le Ministre de l’Intérieur, ainsi que l’autorisation de manifester le 28 juin, selon des modalités à discuter avec la Préfecture.


Les organisations syndicales et de jeunesse ne se laisseront pas détourner du coeur du problème qu'est le projet de loi travail.


Un projet de loi largement rejeté par une majorité de français, sondage après sondage, mobilisation après mobilisation.


Un projet de loi visant le dumping social, rejeté par la majorité des organisations représentatives du pays et imposé aux forceps aux parlementaires par le 49/3 et la menace de l'utiliser de nouveau.


Les organisations syndicales et de jeunesse appellent les salarié-es, les jeunes, les privé-es d’emploi et les retraité-es à participer à la votation.


Les organisations syndicales et de jeunesse affirment, depuis le début, leur disponibilité pour faire des propositions concrètes, porteuses de progrès social et de nouveaux droits.


Le Président Hollande n'a toujours pas répondu à notre lettre commune adressée le 20 mai dernier.


Le Président Hollande n’a d’autre issue, pour sortir de cette impasse, que de réunir les organisations syndicales et de jeunesse très rapidement.


Les organisations syndicales et de jeunesse appellent les salarié-es, jeunes, privé-es d’emploi et les retraité-es à participer massivement aux manifestations des 23 et 28 juin.


Montreuil, le 22 juin 2016

Instaurer enfin la démocratie réelle

 

Par Aymeric Caron

La France est-elle une démocratie ? En apparence seulement. L’affirmation peut choquer, surtout si l’on compare les libertés dont disposent les Français à celles des Nord-Coréens, des Biélorusses, des Saoudiens ou de milliards d’autres habitants de la planète. Mais lorsque l’on est malade, il est vain de se comparer à un patient en phase terminale pour se convaincre que l’on est en bonne santé.

 

Bien sûr, nous votons. Et l’élection des représentants fait partie d’un processus démocratique. Mais ce mécanisme, s’il est indispensable, ne garantit pas à lui seul la dimension démocratique d’une société. Il est des pays où l’on vote régulièrement et qui sont pourtant des dictatures. Une vraie démocratie s’incarne dans un premier temps par l’existence de contre-pouvoirs libres et indépendants tels que la presse, les syndicats et les associations. Elle nécessite également que l’avis de chacun des citoyens soit écouté et pris en compte. Or, ce n’est évidemment pas le cas aujourd’hui en France. Plusieurs situations récentes l’attestent. L’exemple le plus évident est celui du Traité Constitutionnel Européen (TCE) rejeté en 2005 par 55 % des Français consultés par référendum, et pourtant adopté deux ans plus tard par le Congrès sous une forme légèrement différente, le Traité de Lisbonne. Le peuple a été interrogé, il a mal voté, donc on ne l’a pas écouté. Drôle de démocratie également, qui refuse que les membres de l’Assemblée Nationale soient élus à la proportionnelle ? De ce fait, en 2012, elle n’a accordé que deux députés à un parti qui venait pourtant de réaliser 18 % des voix à l’élection présidentielle, tandis qu’un autre ayant à peine dépassé les 2 % lors de la même élection avait réussi par le seul jeu des alliances électorales à obtenir 18 sièges. Je cite cet exemple avec d’autant plus d’aisance que je combats le parti lésé, le Front National, tandis que mon cœur bat pour des préoccupations proches de celles que défend (extrêmement mal) le parti honteusement avantagé, à savoir Europe Écologie-Les Verts.

Il n’est par ailleurs pas rare qu’un politique qui n’a pas apporté satisfaction dans ses fonctions soit réélu, soit par défaut, soit parce qu’il est soutenu par une formation politique à laquelle l’électeur apporte son soutien par simple habitude ou atavisme. On vote alors pour quelqu’un en se disant : « Il est nul, mais l’autre sera encore pire », ce qui n’est en rien le symptôme d’une démocratie satisfaisante. Dans une démocratie réinventée, ce cas de figure ne doit pas être possible. Que penser également du profil des députés, sénateurs et ministres ? Où sont les ouvriers et les chômeurs à l’Assemblée nationale ? Pourtant, ils constituent une part non négligeable de la population. Ils ne sont pas représentés, car notre système actuel ne leur en offre pas la possibilité. Non seulement la Vème République a échoué à être réellement représentative du peuple, mais en plus elle a privilégié le carriérisme et enfanté des générations de politicards inintéressants, incapables de porter les intérêts de ceux qu’ils sont censés représenter. La majorité des élus et des ministres de tous les gouvernements successifs depuis des années, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont conservé les réflexes de l’Ancien Régime. Complètement déconnectés de la modestie et des obligations que leur fonction leur confère, ils se comportent en mini-despotes autoritaires toisant les journalistes et les électeurs. Ils sont choqués lorsque, sur un plateau de télévision, une question relative à leur bilan les bouscule. Il existe néanmoins, à droite comme à gauche, des personnalités travailleuses, sincèrement mues par l’intérêt collectif et conscientes de leurs responsabilités.

Mais le « système » joue contre elles et les oblige à un moment ou à un autre à la compromission et au renoncement. Il faut donc mettre en place des règles qui permettent que l’ambiguïté soit définitivement levée : les élus sont nos obligés. Ils sont les employés du peuple qui leur délègue le pouvoir. Personne n’a forcé un élu ou un ministre à être où il est. Ils se sont portés volontaires pour la tâche et ils devraient remercier les citoyens ou le destin qui ont accompli leur souhait. Le malheur de notre pseudo démocratie est qu’elle a engendré des hordes de carriéristes avides de pouvoir et d’argent. Comment ne pas se dire que notre démocratie est malade ? Il est temps d’en finir avec les professionnels de la politique. Il faut créer les conditions pour empêcher que des postes de ministre soient offerts à des personnes qui ne représentent qu’elles-mêmes. Il faut empêcher les marchandages, les copinages, les recasages, les "incompétentages". Le caractère monarchique de notre système constitutionnel est amplifié par l’élection au suffrage universel direct d’un président désigné comme un homme providentiel. Notre Constitution a été écrite il y a plus d’un demi-siècle pour un homme, Charles de Gaulle. Le contexte a changé, l’histoire a renouvelé les acteurs et les enjeux, et la toute-puissance accordée au plus haut personnage de l’État apparaît aujourd’hui anachronique. La correction des divers dysfonctionnements qui empêchent l’exercice démocratique semble un préalable à l’instauration d’une biodémocratie. Plusieurs pistes s’imposent spontanément pour penser l’indispensable rénovation de la démocratie en France :

Supprimer le poste de président de la République. Il est absolument inconcevable que le pouvoir décisionnaire de tout un peuple puisse être détenu par un seul individu, qui fait à peu près ce qui lui chante en pouvant royalement mépriser, s’il le souhaite, les idées sur lesquelles 50,01 % des votants (et non des citoyens ou des électeurs !) ont pu l’embaucher.
Instaurer la possibilité de révocation des élus. Les libéraux, néolibéraux, sociaux-libéraux, sociaux-démocrates et, pourquoi pas tant qu’on y est, je ne sais quels autres « libéraux-démocrates » ou « néo-sociaux » (avouez qu’on s’y perd entre tous ces mouvements qui finalement prônent quasiment la même chose), bref, ils militent tous pour que les CDI disparaissent peu à peu et que les licenciements soient facilités. Leur rêve est que les employeurs aient le droit de virer leurs employés comme bon leur semble. Alors pourquoi un président n’est pas, lui, licenciable ? Si l’État était géré comme le modèle d’entreprise que tous ces mouvements politiques promeuvent, le président, les parlementaires et les élus locaux devraient pouvoir être révoqués dès que le peuple l’entend, sans attendre la fin des mandats.
Mettre en place des instances de contrôle du travail des élus. La constitution doit permettre la convocation de commissions de citoyens chargées d’évaluer l’adéquation entre les promesses et les actions de l’élu.

Imposer le non-cumul des mandats. Et cela manière beaucoup plus limitative : un seul mandat, quel qu’il soit, par personne.
Imposer le mandat unique non renouvelable. Un seul mandat de député, un seul mandat de conseiller régional, un seul mandat de maire de grande ville, et puis on passe son tour. Cela empêcherait la professionnalisation de la vie politique, l’effet d’usure qui s’installe au bout de quelques années dans une fonction éreintante, et surtout le manque de courage politique dû au souci de la réélection.
Déprofessionnaliser la politique : pour être élu, il faudrait d’abord avoir un métier. Celui qui serait élu quitterait provisoirement son travail, mais le retrouverait une fois une fois son mandat effectué.
Casser la prédominance d’une élite formatée sur tous les postes du pouvoir et favoriser l’émergence d’une incarnation politique qui reflète la réalité sociale et culturelle du peuple dans toutes ses nuances : les parlementaires et les ministres ne doivent plus être « formatés » par des écoles de la pensée unique. Il y a dans la politique trop d’avocats, trop de hauts fonctionnaires, et pas assez de professeurs, d’infirmières, d’ouvriers, de chercheurs ou d’assistants sociaux.

Créer les conditions d’une nouvelle éthique en politique : tolérance zéro pour toute transgression par un élu de la République des règles morales inhérentes à une démocratie juste. Toute forme de favoritisme, de corruption ou de fraude doit être sanctionnée lourdement.
Donner du pouvoir performatif au vote blanc : si 50 % des électeurs votent blanc à une élection, celle-ci est annulée et aucun candidat n’est élu.
Promouvoir une démocratie de l’information et du savoir partagé. Chaque citoyen doit avoir la possibilité d’un accès gratuit à l’information, que ce soit sur les sujets d’actualité ou sur n’importe quel savoir.
Associer réellement les experts aux décisions politiques. Il faut donner toute leur place aux scientifiques, aux universitaires, aux sociologues, aux philosophes et aux différents experts pour que leur conseil valide toute décision politique.
Redéfinir les conditions du débat politique en France. Il faut favoriser la démocratie directe en multipliant les espaces de consultation des citoyens en dehors des élections : le fonctionnement des commissions d’enquête doit être repensé, pour les rendre influentes. Des commissions ou des référendums pourraient permettre à tous d’influer sur des projets concrets, comme la construction d’un aéroport, d’un barrage, mais aussi sur des sujets éminemment politiques comme le droit de vote des étrangers ou l’obligation de repas de substitution végétariens dans les cantines des établissements publics.

Redéfinir la nature du débat politique. Et là je vais développer un peu. La crise économique qui sévit depuis quarante ans a favorisé une forme d’intimidation : les salariés, par crainte de ne pas retrouver de travail s’ils perdent le leur, ont progressivement accepté le silence plutôt que la protestation. Pour ne rien arranger, les syndicats, victimes de leurs propres travers, ont perdu toute capacité de défendre sérieusement les employés et les ouvriers. Et puis l’heure n’est plus à l’héroïsme : l’idéal n’est plus un guide. Chacun s’arrange, bidouille, et essaie de se sauver avant de penser au combat collectif. Certes, la liberté d’expression que certains nous envient est toujours affichée comme une fierté nationale. Mais si l’on devait dresser le bilan de santé de cette autorisation à l’ouvrir, qu’en dirait-on ? On reconnaîtrait qu’en France on peut certes râler, vitupérer, protester, juger, critiquer sans risquer la prison. Encore heureux. On serait cependant aussi obligé d’admettre que les espaces d’expression autorisée ne proposent aucune originalité de pensée. Certes, des lignes de fracture politiques existent et s’expriment, mais elles sont en réalité assez techniques et engendrent des débats abstraits auquel chacun répond en fonction de ses apriori ou de ses intérêts, bien plus qu’en fonction de ses compétences.

Exemples : la sortie éventuelle de l’euro, le niveau des aides accordées aux entreprises, l’augmentation de l’âge de départ à la retraite de quelques mois pour tenir compte de l’allongement de l’espérance de vie, les moyens de créer de la croissance, etc. En soi, ces thématiques ne disent pas grand-chose du monde que l’on est en train de construire. Ce ne sont que des détails de gestion qui devraient être laissés à des techniciens. Tous les sujets réellement importants, ceux qui engagent notre humanité, sont soigneusement évités : quel modèle nouveau pour permettre à la planète de supporter notre démographie qui explose ? Quel modèle nouveau pour anticiper la disparition programmée d’un pourcentage important d’emplois en raison de la robotisation et de l’informatique ? Pour réduire la consommation de viande ? Pour envisager une société du temps libre ? Pour remplacer le Graal de la croissance ? Comment se fait-il que les débats qui opposent les porte-parole des partis ne portent le plus souvent que sur des points de détail, et rarement sur la confrontation de modèles philosophiques sur lesquels bâtir la suite de l’humanité ? L’explication est le pouvoir de l’oligarchie. Puisqu’une minorité de privilégiés tient les rênes du pays et qu’elle s’active pour conserver le pouvoir, elle manœuvre de manière plus ou moins consciente pour ne pas laisser émerger de parole dissidente qui remettrait en cause son hégémonie.

Combien de fois entend-on ce genre de phrase : Ce que je fais ne me plait pas vraiment, mais faut bien vivre ! Là encore, l’insatisfaction professionnelle éprouvée par une majorité de personnes pose un vrai problème de démocratie. Il est faux de rétorquer que la société fonctionne ainsi, et qu’il est impossible de contenter tout le monde. Ceux qui l’affirment sont justement les oligarques qui sont parfaitement heureux dans leur statut, qu’ils ont choisi et qui les comble. Souvent, ils prospèrent eux-mêmes sur le malheur des autres, puisque notre société a actuellement décidé de ne pas partager le bonheur.

Aymeric Caron
In Antispéciste aux Éditions Don Quichotte

Thomas Mair, déséquilibré ou néo-nazi ?

De Daniel Shneidermann, du site "Arrêts sur image"


Sympathisant néo-nazi, ou déséquilibré ? se demandent gravement les radios du matin, à propos de Thomas Mair, l'assassin de la députée Labour, et militante anti-Brexit Jo Cox, jeudi en Grande-Bretagne. De fait, les témoignages de proches (voisins, famille) penchent pour le côté "déséquilibré" de l'assassin. On ne lui connaissait pas d'engagements politiques, répètent en choeur les voisins. Et il avait fréquenté, voici plusieurs années, une structure de soins psychiatriques. Naturellement, c'est la thèse que vont être tentés de mettre en avant medias et politiques pro-Brexit. Surtout, surtout dépolitiser l'affaire, même si des témoins assurent que l'assassin aurait crié "Britain first".


Mais la mémoire des banques de données est implacable. Selon une organisation américaine de défense des droits de l’homme, le Southern Poverty Law Center (SPLC), Mair serait un sympathisant de la National alliance (NA), organisation néonazie américaine. Le SPLC a publié sur son site (1) deux factures au nom de Thomas Mair datant de 2003 pour l’achat de plusieurs publications de la NA, dont un manuel destiné à la confection d’armes artisanales (chimie des poudres et explosifs, manuel des munitions improvisées, etc). Selon la BBC, Mair aurait également été abonné à Patriot magazine, un journal pro-apartheid, édité par des suprémacistes blancs sud-adricains exilés en Grande Bretagne. Quant au cri "Britain first", le Telegraph publie un tweet de Jo Cox datant de janvier : la députée s'y disait « très fière » de ses concitoyens qui avaient protesté contre « le racisme et le fascisme » lors d’une manifestation de Britain first. Britain first, groupe britainnique d'extrême-droite qui revendique 6 000 membres, a nié tout contact avec Mair.


Sympathisant nazi, ou déséquilibré ? La question souligne la contradiction, fréquente dans les enquêtes de personnalité, entre les renseignements de "proches", et ceux des fichiers (policiers ou commerciaux). Les uns comme les autres ont des limites. Ni les uns ni les autres ne suffisent à dire toute la vérité d'une personne. Reste qu'en elle-même, cette question est risible. Comme si on ne pouvait pas être les deux à la fois.

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