Démocratie

La cour en ébullition

Par Anne Roumanoff

- Majesté, avez-vous pris une décision quant au remaniement ? Les échotiers sont en ébullition. Paris bruisse de mille rumeurs. Dans les milieux bien informés, on ne parle que de ça tout en reconnaissant qu’on ne sait rien.


- Je consulte, je rencontre au Palais ou à Versailles et ensuite moi, monarque jupitérien, je trancherai. Dimanche soir au plus tard, vous saurez. On pourra dire que le comte Hulot de La Ushuaïa nous aura mis dans une belle panade avec ses états d’âme. Si, en politique, tous ceux qui avaient le sentiment de ne servir à rien devaient démissionner, dans les travées du pouvoir, beaucoup de sièges demeureraient inoccupés. Voilà maintenant que le marquis Stéphane de Bern rue dans les brancards en se plaignant que sa mission sur le patrimoine est un cache-misère, la hulotte semble contagieuse.

- Justement, Majesté, à qui pensez-vous pour remplacer le sieur Hulot ? On a évoqué l’archiduc Cohn-Bendit de Francfort, mais ça me semble une curieuse idée. Il est rebelle à toute autorité, à la moindre contrariété, il convoquera tous les gazetiers du royaume pour se plaindre et surtout il est beaucoup plus doué pour parler que pour agir. Sinon, la duchesse Ségolène Royal du Poitou ambassadrice des Pôles vous fait dire qu’elle se tient prête. Elle, au moins, est consciente qu’un ministre ne peut pas tout et elle respectera votre autorité, Majesté.

- La duchesse du Poitou et pourquoi pas Jean-Vincent Placé comte de la Sobriété ou la marquise Cécile du Flot de Paroles ? Non, j’ai promis un monde nouveau, je dois choisir des personnes nouvelles.

- Majesté, n’oubliez pas que les sujets du royaume ont une certaine tendresse pour la duchesse du Poitou et qu’elle a une connaissance approfondie de l’environnement.

- Peut-être aussi que je pourrais faire un choix qui surprend, j’aime être là où l’on ne m’attend pas, aussi je vais rencontrer François de Rugy, Pascal Canfin, Barbara Pompili…

- Et le marquis Collomb du Lyonnais, avez-vous enfin décidé de son sort, Majesté ?

- Le marquis Collomb est un fidèle parmi les fidèles qui a le grand mérite de m’être absolument loyal. Lui, qui s’émeut d’un rien, ça m’ennuierait de lui faire venir à nouveau les larmes aux yeux en l’écartant de la cour.

- Pendant la pitoyable affaire de l’écuyer Benalla, avouez que le marquis Collomb du Lyonnais a manqué d’à-propos, un ministre de l’Intérieur qui prétend n’être au courant de rien…

- Sa maladresse à mentir était irritante mais attendrissante. Et puis, qui voulez-vous que je nomme à l’Intérieur ? L’impétueux duc Valls de Barcelone qui me plantera des banderilles dans le dos à la première occasion venue ?

- Et à la Culture ? Vous n’allez quand même pas laisser en place la comtesse Nyssen d’Arles ? Elle a agrandi son palais du 6ème arrondissement sans autorisation et reconnaissez qu’elle ne brille pas par son charisme. On parle de la vicomtesse Aurore Bergé ou de la princesse Marlène de Schiappa mais aussi du duc Delanoë de Paris…

- Poulain fringant, vieux canasson, jument impétueuse, cheval sur le retour… Je dois constituer avec soin l’attelage qui m’accompagnera jusqu’aux européennes. C’est un subtil équilibre à trouver pour sortir mon carrosse de l’ornière dans laquelle il se trouve, en avant marche !

lejdd.fr

Aux limites de l’absolutisme

 

Il n’a pas fallu attendre bien longtemps pour qu’Emmanuel Macron, fort d’une écrasante majorité parlementaire et d’une vision toute personnelle du mandat présidentiel, tombe dans l’abus de pouvoir caractérisé. Le fait, nommé « affaire Benalla », qu’il faut requalifiée eu égard à son incontestable gravité, est ainsi survenue à peine un an après l’arrivée du nouveau Président de la République à L’Elysée. Oui, c’est bien à L’Elysée que s’est dessiné cet épisode tragi-comique de la macronie. Nous savions depuis le début de l’expérience macronienne que derrière la volonté de réformes menées grand train et adoptées grâce à la pitoyable béatitude des « marcheurs » occupant le Palais Bourbon se cachait un autoritarisme bon teint. Emmanuel Macron paraît patelin, il est profondément d’une grande raideur. Quand le mécontentement et la désespérance impuissante que provoque l’enfilade des réformes imposées prit de l’ampleur l’autoritarisme latent est sorti de l’ombre.

L’affaire Benalla est tout sauf un fait divers qu’il conviendrait d’isoler comme s’il s’agissait d’une peccadille.

 

Il paraît que l’affaire n’est pas une affaire d’Etat. Pourtant, son caractère tout à la fois inhabituel, choquant et sans doute inattendu en fait naturellement une affaire. Et le fait que cette affaire déroule ses avatars au sommet suprême de l’Etat impose de la considérer bel et bien comme une « affaire D’Etat ». A vingt-sept ans, Alexandre Benalla était chargé, sans avoir reçu la moindre formation en la matière, de la sécurité du Président de la République alors même qu’il existe à l’Elysée une cellule officielle de sécurité. Le sbire disposait d’un appartement – de 300 m² a-t-on dit – dépendant de la Présidence de la République, était rétribué dix mille euros par mois, avait obtenu un badge un brassard et un casque de police très utile lors de ses escapades extérieures. Il circulait même à bord d’un véhicule muni d’un gyrophare, s’était vu délivré un port d’arme et donnait des ordres aux gradés de la sécurité officielle du Président. Bref, une ascension fulgurante pour ce qui n’était, au départ, probablement pas grand-chose d’autres qu’une « petite frappe » opportuniste. Tout cela, Emmanuel Macron le savait. Il le savait d’autant plus que c’est lui et lui seul qui avait choisi son « homme de main » avant même de se déclarer candidat à l’élection présidentielle et qui le fit entrer à l’Elysée où il lui inventa une fonction inconnue jusque-là. Dès le 2 mai, Emmanuel Macron fut informé des agissements de son protégé lors de la manifestation parisienne de la veille. Nous savons que le quidam eut d’autres occasions de prêter main forte à la police. Emmanuel Macron ignorait-il ces récidives ? Quoi qu’il en soit, l’affaire révèle une bien curieuse conception du maintien de l’ordre en vigueur à la tête de l’Etat.

Et le Ministre de l’Intérieur, à l’indéfectible servilité, qui tente de faire gober au citoyen qu’il apprit tout par la presse. La presse sans laquelle du reste Alexandre Benalla aurait poursuivi sa mission faussement occulte puisque ce n’est que le 18 juillet que Le Monde révéla l’affaire sciemment dissimulée jusqu’alors par l’Elysée et tous ceux qui connaissaient l’embarrassante affaire.

 

Venons-en à l’essentiel : le chef de l’Etat et son gouvernement ont en effet une curieuse conception du rôle des « forces de l’ordre » dans notre pays et les manigances autorisées du sieur Benalla pourraient fort bien découler du dévoiement trop bien compris de ce rôle.

Alexandre Benalla et son avocat jouent l’étonnement. Ils ne comprennent pas que l’affaire prenne une telle ampleur médiatique et politique. « J’ai seulement voulu aider la police, fait mon devoir de citoyen. » Depuis quand les citoyens sont-ils chargés d’aider la police manu militari ? peut-on lui rétorquer. A quand les milices privées et armées pour tenir la société en respect ? Les frasques musclées de ce dévoué citoyen furent jugées si peu graves à L’Elysée qu’il fut seulement suspendu quinze jours au mois de mai tout en percevant l’intégralité de son salaire. Des congés payés en guise de sanction ! Le matraquage de manifestants par un citoyen ordinaire, fut-il au service du premier magistrat du pays, est donc perçu comme une broutille. Comment s’étonner de cette désinvolture à l’heure où la police elle-même devient plus violente ? En juillet dernier, dans le nouveau Tribunal de Paris, Mohamed qui était jugé en comparution immédiate fut passé à tabac alors qu’il se rendait aux toilettes. Le mois précédent dans le même tribunal un détenu menotté avait été roué de coups alors qu’il était ramené en cellule. Désormais, les violences policières s’invite donc jusque dans un palais de justice, et ce de manière récurrente, démontrant que les coups et blessures administrés par les forces de répression ne se limitent plus aux manifestations sur la voie publique ou envers les jeunes des quartiers populaires. Et que dire du traitement judiciaire de ces violences ? De plus en plus souvent, les policiers portent plainte contre leurs victimes. Ainsi, si une enquête a été ouverte pour "violence volontaire" contre Mohamed par le Parquet de Paris et confiée à l’IGPN, le policier a également porté plainte contre le jeune homme de 18 ans pour "violence volontaire et menace de mort sur personne dépositaire de l’autorité publique". Ce cas n’est hélas pas isolé. Et la plupart du temps, la justice sait se montrer indulgente avec le bras armé de l’État. Mohammed a vu son procès repoussé à fin juillet. En attendant il avait été maintenu en détention provisoire. En revanche, le policier qui a tabassé un prévenu, sous les caméras de surveillance, au mois de juin, a été mis en examen et libéré sous contrôle judiciaire. Il était donc libre... contrairement à Mohammed.

 

Ainsi, il existe un contexte dans lequel chaque nouvelle affaire ne saurait être traitée comme un fait purement isolé. Nous sommes en présence d’une dérive autoritaire que l’Etat tente de justifier par l’existence d’une société plus violente alors même que nombre de turbulences observées sont les conséquences des politiques néo-libérales destructrices du tissu social. Nous assistons à une banalisation de la violence policière : le tabassage commis le 1er Mai par l’homme de l’Elysée aurait été admis… s’il avait été le fait d’un policier ! Une dernière question mérite d’être posée : existe-t-il, ici ou là, tapis dans l’ombre de nos institutions, d’autres Benalla prêts à passer à l’action le moment venu ? Il semble y avoir au sommet de l’Etat macronien la tentation de créer une police parallèle, ce qui ne ferait que confirmer la méfiance de l’actuel Président de la République pour les corps constitués ou intermédiaires. Une inquiétante dérive anti-démocratique ! Où est donc passé l’admirateur de la pensée de Paul Ricoeur ?

Yann Fiévet

Le Peuple Breton – Septembre 2018 Leurre de vérité

EPHAD épatant... par Les oiseaux déconneurs

La dictature de la minorité

 

Par André Bellon

 

À l’occasion du premier anniversaire de l’élection d’Emmanuel Macron (ah, ce goût pour les commémorations stupides !), on entend se développer en boucle un refrain selon lequel le Président respecte le programme pour lequel il a été élu.

Il n’est pas inutile de rappeler que, si l’actuel titulaire de l’Élysée a bien été constitutionnellement élu, ce n’est pas son programme que les citoyens ont avalisé. Au premier tour, qui caractérise justement le soutien à un programme, Emmanuel Macron a obtenu à peine plus de 18 % des inscrits. Le deuxième tour exprimait surtout le refus du Front National, non un appui à un projet et, même dans ce contexte, l’heureux élu n’a pas atteint 44 % des inscrits. Prétendre qu’un tel résultat engageait un programme n’est qu’une triste plaisanterie. Il revient à l’esprit, à l’occasion de ces déclarations, une thèse très à la mode dans les milieux philosophico-politiques depuis des décennies. Tocqueville aidant, on nous met en garde quant à une présumée « dictature de la majorité ». Certes, la nécessité de contrepouvoirs ne fait aucun doute, et notre Constitution en manque cruellement, mais l’idée d’une « dictature de la majorité » est plus que douteuse. Imagine-t-on qu’une dictature de la minorité soit préférable ? Et n’est-ce pas le danger qui nous guette ? Car il n’est pas acceptable qu’un pouvoir aussi absolu que celui du Président de la République procède d’une légitimité électorale aussi faible.

La question des institutions est depuis longtemps au cœur de la crise politique et sociale. Elle devient encore plus dramatique lorsqu’un pouvoir aussi faible veut imposer des mesures fort minoritaires, renforcer le pouvoir présidentiel, aussi bien sur le territoire national en écrasant les collectivités locales que dans une vision européenne bien éloignée de la volonté du peuple. Cette situation engendre des tentatives tout aussi minoritaires, certaines prônant la violence, d’autres contestant les principes mêmes de la souveraineté populaire, du citoyen et de son Droit au vote, attaquant l’essence même du suffrage universel. Rien de malheureusement plus logique, ces tentatives condamnables trouvant naissance dans la forme de dictature engendrée par le système. Une telle situation nous mène à des affrontements graves et des phénomènes de violence de plus en plus manifestes. La solution se trouve dans le retour aux principes fondamentaux de la démocratie, à partir des citoyens dans les communes comme dans les quartiers.

Ce travail permettra la redéfinition d’un contrat social, fondement nécessaire à l’équilibre national comme à la réaffirmation de saines relations internationales. Tel est le sens du processus menant à l’élection d’une Constituante en France qui, loin des solutions clefs en mains de tous les pouvoirs autoproclamés, est la seule solution pacifique, démocratique et rassembleuse aux défis du moment que nous traversons.

pouruneconstituante.fr

Une ville gérée par ses habitants ? Ce serait mieux !

A l’invitation de Bondy autrement, ce débat a montré qu’il était possible de faire décider les habitants.

En particulier le documentaire projeté sur Marinaleda montre comment ce système fonctionne depuis 40 ans.

Certains participants ont insisté sur l'importance des luttes et de la mobilisation populaire pour faire vivre la démocratie. D’autres ont défendu la validité générale de notre proposition de budget participatif avec un rôle de départ au personnel communal puis aux différents comités (des quartiers, des jeunes, des sages, etc.), et une décision aux participants (avant le conseil municipal).

D'autres champs de réflexion sont sans doute à ouvrir comme la dimension des territoires des conseils de quartiers, aujourd'hui trop grands pour être traités correctement.

« Rendre la ville à ses habitants » est l’idée majeure de Bondy autrement depuis sa création.

Informations supplémentaires