Ecologie

La loi Hulot à l’épreuve des lois d’Irma

 

Par Nicolas Haeringer

Politique et climat se sont à nouveau télescopés cette semaine : la présentation de la loi Hulot coïncidant avec le début du parcours dévastateur de l’ouragan Irma. Mais une fois de plus, le politique reste à la traîne. Une occasion gâchée - bien qu’il soit encore temps de réagir.

Ce mercredi 6 septembre, politique et climat se sont, une fois de plus, télescopés - sans que, cette fois encore, le politique n’en prenne la pleine mesure. Nicolas Hulot présentait son projet de loi « mettant fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures ». Au même moment, l’ouragan Irma entamait son parcours dévastateur à travers les Caraïbes. Ainsi, tandis que l’œil de l’ouragan le plus puissant jamais enregistré s’approchait des côtes de Saint Barthélémy et de Saint Martin, le ministre de "la Transition écologique et solidaire" levait le voile sur un projet de loi très paradoxal. Il s’agit d’un texte pionnier (en dehors du Costa Rica, nul autre État n’a pris de mesures équivalentes), dont le contenu est toutefois largement insuffisant. Le télescopage entre la loi Hulot et les lois d’Irma en dit ainsi long sur les errements historiques, et malheureusement actuels, de la communauté internationale en matière de politiques climatiques. Le lien entre l’un (l’ouragan) et l’autre (l’extraction de combustibles fossiles) est pourtant établi : l’augmentation de la température des eaux de surface de 1 à 1,5°C, comme c’est le cas dans l’Océan Atlantique, provoque en effet une augmentation de 3 à 5 % du taux d’humidité. Si le le réchauffement climatique ne crée pas les ouragans, il les rend à la fois plus fréquents et plus puissants.

Nulle trace, pourtant, du lien entre l’ouragan Irma et le projet de loi Hulot dans la conférence de presse au cours de laquelle le ministre a présenté les arguments en faveur du gel de l’octroi de nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures. Et ce 7 septembre, les ministres mobilisés en réaction aux dégâts provoqués par l’ouragan sont la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, et le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. Pas Nicolas Hulot. Le gouvernement choisit ainsi de traiter l’ouragan comme une catastrophe dite « naturelle » plutôt que comme une conséquence directe du réchauffement climatique provoqué par la surconsommation d’énergies fossiles. Une occasion manquée d’autant plus regrettable que la loi Hulot est pour l’essentiel symbolique : la production nationale d’hydrocarbures ne couvre que 1 % de ce que nous consommons en gaz et en pétrole. La loi Hulot est de ce fait avant tout un message envoyé au reste de la communauté internationale, aux industriels et aux investisseurs. Or les messages et les symboles ne s’accommodent pas de demi-mesures : ils perdent alors leur sens comme leur caractère performatif.

La route est pourtant claire : si nous voulons tenir les objectifs inscrits dans l’Accord de Paris, nous ne pouvons plus développer aucun projet fossile. Les gisements actuellement exploités dans le monde sont en effet suffisamment grands pour nous faire irrémédiablement sortir de la trajectoire d’un réchauffement contenu sous la barre des 2°C. Accorder une seule nouvelle concession revient ainsi à renoncer à maintenir le réchauffement climatique au plus près des 1,5°C. Or le projet de loi Hulot ne dit rien des 33 permis de recherche en cours sur l’ensemble du territoire français (auxquels s’ajoute au moins une quarantaine de demandes de permis en cours d’instruction) – qui pourront donc chacun déboucher sur des permis d’extraction. 73 permis qui représentent donc 73 renoncements symboliques. La loi Hulot ne dit rien non plus des gisements « non-conventionnels » : sous réserve que les industriels du secteur maquillent la technique de la fracturation hydraulique en « stimulation », les gisements de gaz de schiste comme de gaz de couche pour lesquels des permis ont été attribués pourront être exploités.

Il ne s’agit pas d’une bataille de chiffres abstraite : Irma, Harvey et les inondations gigantesques qui viennent de frapper le Népal, l’Inde et le Bangladesh sont là pour nous rappeler que l’enjeu se chiffre pour chaque catastrophe en milliers, sinon en millions de vie – nos petits renoncements mis bout à bout représentent donc, catastrophe après catastrophe, des centaines de millions de vies. Ce décalage entre la réalité dont nous faisons l’expérience concrète – les conséquences du réchauffement climatique sont visibles au quotidien, qu’il s’agisse d’ouragans, de sécheresse, d’incendies, de pluies torrentielles, d’éboulements de terrain provoqués par le dégel du permafrost, etc. - et les politiques climatiques nous mènent dans le mur. La loi Hulot pourrait contribuer à le résorber, à la condition que le lien soit fait entre l’objet de la loi – entraver, à défaut de geler, l’extraction de combustibles fossiles – et son objectif – atténuer le réchauffement climatique pour en minimiser les conséquences dramatiques.

On saisirait alors que la seule politique climatique possible est donc celle de la « sénescence programmée » de l’industrie fossile, c’est-à-dire son déclin planifié et organisé, jusqu’à sa disparition complète (seule manière de passer à un avenir 100 % renouvelable). Il est encore temps de renforcer l’ambition de la loi Hulot : les implacables lois d’Irma l’imposent.

blogs.mediapart.fr

Le gros blond et la planète

 

Par Anne Roumanoff

Longtemps, on crut que sur la Terre les ressources naturelles étaient illimitées. Avec une foi naïve dans le progrès, les hommes cherchèrent à toujours innover. On inventa des manières plus rapides de se déplacer, on chercha à produire en plus grande quantité, sans jamais se soucier des conséquences environnementales du progrès. Peu à peu, les grandes villes furent asphyxiées, les petits enfants se mirent à tousser, les personnes âgées eurent du mal à respirer, il y avait des cancers inexpliqués. Puis on ne sut plus quoi faire des déchets, l’énergie menaçait de manquer, des forêts entières disparaissaient, la température de la mer augmentait, des poissons disparaissaient par milliers… Bref, on se dirigeait tout droit vers un désastre annoncé.

Quand la situation se mit à vraiment empirer, il y eut comme une prise de conscience généralisée : le climat était en train de se dérégler, il fallait arrêter la course folle du progrès. On organisa à Paris une conférence mondiale sur le climat. Il y eut au préalable d’interminables débats, la COP21 fut difficile à organiser, les accords très longs à négocier. Au final, 175 pays sur 195 s’engagèrent à limiter la production de gaz à effet de serre. La France avait de quoi être fière, c’était le premier accord universel sur le climat jamais signé. On se reprit à espérer en l’humanité, devant l’imminence d’une catastrophe annoncée, les hommes étaient donc capables de se réveiller.

Aux États-Unis, un gros blond fut élu président, il était capricieux et borné comme un enfant tyran. Il pensait que protéger la planète était une foutaise et le réchauffement climatique une fadaise. Influencé par les lobbys pétroliers, le gros président refusait de dépenser de l’argent pour protéger l’avenir de nos petits-enfants. On eut beau lui expliquer que la transition énergétique était un choix qui permettrait de créer des millions d’emplois, qu’on avait trop attendu, qu’il y avait danger, le 1er juin, le gros président annonça fièrement que les États-Unis se retiraient de l’accord de Paris.

Après ce coup d’éclat international, la consternation fut mondiale, on dénonça une Amérique repliée qui ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. Cette décision déclencha un véritable raz de marée chez tous les hommes de bonne volonté. Leur motivation en sortit renforcée : si les États-Unis se retiraient, d’autres pays prendraient le relais, si l’argent américain venait à manquer, ailleurs on en trouverait. Voilà comment en voulant laisser la planète étouffer, le gros président qui ne manquait pas d’air lui permettra peut-être de mieux respirer.

 

lejdd.fr

Paris climat, Paris tracas

Par Anne Roumanoff

À quoi ça sert ?

– Franchement, à quoi ça sert de bloquer 6 millions de Franciliens pour quelque 150 dirigeants qui ont déjà décidé de ne rien décider tout de suite et qui vont probablement mettre quinze jours à signer un papier pour s’engager à réfléchir aux engagements qu’ils pourraient éventuellement prendre et dont ils reparleront lors d’une réunion ultérieure ?
– Mais enfin, le climat, c’est un enjeu de société majeur ! La température va augmenter de 2,7°C en 2050. Il y a urgence à sauver la planète !
– Pfff, ils n’arrivent pas à prévoir correctement la météo une semaine avant et ils peuvent nous annoncer la température qu’il fera dans trente-cinq ans ? Je suis d’accord que c’est très important mais on a d’autres problèmes à résoudre en ce moment comme le chômage, la sécurité…
– Mais tout est relié ! La priorité donnée à l’environnement peut être génératrice d’emplois et, si la température augmente, ça peut provoquer des guerres et donc plus d’insécurité.

Mais pourquoi ici ?

– Pourquoi ils ont maintenu la COP21 à Paris ?
– Parce que, sinon, les terroristes auraient gagné.
– Non, la vraie question, c’est pourquoi ils ont organisé ça à Paris ? On a de très beaux châteaux en France. On aurait pu les mettre à la campagne, dans le Cantal, en Corrèze. Pour parler de la nature, c’est moins pollué qu’au Bourget et ça aurait été plus facile à sécuriser.
– S’ils ont réussi à avoir 147 dirigeants, c’est que ça se passait à Paris. Paris, la plus belle ville du monde, Paris, Ville lumière…
– Là, pendant quinze jours, ça va surtout être "Paris, ville galère". Déjà qu’avec l’État d’urgence, les restos et les magasins tirent la langue, avec quinze jours de COP21 et d’embouteillages juste avant Noël, il y avait mieux pour relancer l’économie.

Comment on va faire ?

– À cause de la COP21, c’est déconseillé de prendre sa voiture dimanche et lundi, mais les transports en commun seront gratuits.
– Oui, mais ils préconisent de ne pas prendre les transports en commun "sauf nécessité".
– Et bosser pour eux, c’est une nécessité ?
– Vous pouvez aller travailler à pied, à vélo, en rollers, en trottinette…
– Vingt-cinq kilomètres à pied, désolé, je ne suis pas capable et puis on passe par où si les routes sont bloquées ? Comment je suis censé aller au boulot ? En jet privé ?
– Sinon, il y a le cheval, le chameau, le carrosse, le drone, la nage dans la Seine, le tapis volant, appeler Superman, se téléporter…
– C’est pour ça, ils conseillent le télétravail.
– Le télétravail, bien sûr ! Comment il fait le boulanger pour envoyer sa baguette ? Par mail ? Et le plombier, les fuites d’eau, il va les réparer par Skype ? C’était à eux de faire une téléconférence.
– N’empêche, ça fait quinze jours que le Parisien bouleversé déambule dans les rues, la mine sombre, qu’il pousse la porte des magasins sans désir, qu’il s’attable dans les restaurants sans appétit… Être furieux contre l’organisation de la COP21, recommencer à râler, c’est un signe de vitalité, peut-être même que c’est le début de la convalescence.

Anne Roumanoff

L’anthropocène et la révolution

 

Par Gérard Charollois

L’espèce humaine occupe la planète, l’exploite, maîtrise les ressources, détruit la biodiversité, pollue l’atmosphère, les sols et les eaux. Par sa prolifération et la transformation physico-chimique de l’environnement terrestre, cette espèce devient le facteur premier des modifications de la biosphère et du climat.

Par ailleurs, les prodigieux progrès des sciences et techniques qui accroissent chaque jour la capacité de maîtrise ne peuvent qu’accentuer le rôle de l’humain dans le devenir du vivant. Des scientifiques ont proposé le terme d’anthropocène pour qualifier notre ère dont le début remonte au développement du phénomène industriel. La biologie et les « ciseaux » des gènes constitueront les instruments déterminants de la mutation de notre espèce, pour le meilleur, c’est-à-dire la guérison des maladies et le recul de la mort ou le pire, l’augmentation des performances. Ces faits appelaient d’abord une prise de conscience, puis une politique de responsabilité, une nouvelle frontière éthique corrélée à cette maîtrise d’une ampleur autre que celle que pratiquèrent les hommes du passé.
Plus besoin d’œuvrer à « devenir seigneur et maître de la nature ».

Le but atteint, il fallait savoir quoi faire de cette maîtrise de démiurge. Or, voici que survient dans le monde entier, à l’opposé de ce devoir de respect, un mouvement de régression sur des réflexes inadaptés aux défis du temps. Loin de s’élever, de pratiquer l’entre-aide, de prôner l’empathie, de se montrer « seigneur et maître » bienveillant, conscient de sa puissance et voulant en faire un bon usage, l’humain cultive l’esprit de compétition, de concurrence, d’enrichissement frénétique en libérant l’appétit de profit, en valorisant l’exploitation vorace, succombant à une révolution conservatrice qui nie la responsabilité humaine envers la biosphère et sacrifie tout au culte du Marché. Ne nous y trompons pas. Les aspirations à un retour au Moyen-âge des sociétés islamiques fait pendant aux régressions droitières des sociétés occidentales. Les unes et les autres, par peur, par refus de changements inéluctables, par anesthésies délibérément entretenues par les forces d’argent, se recroquevillent sur des passés morts et bien peu réjouissants.

Ces comportements infantiles ne ramèneront pas les peuples au 6ème siècle pour les uns, au 19ème siècle pour les autres. Cette chute vertigineuse en arrière ne règlera rien, car le passé ne revit pas, mais elle interdit d’apporter les solutions nécessaires aux problèmes de notre temps. Nier l’anthropocène ne fera qu’advenir les méfaits, sans pouvoir bénéficier des chances dont il est porteur. L’humanité d’aujourd’hui évoque une cour de récréation dans laquelle des enfants, déjà séniles, joueraient avec des substances hautement dangereuses, sans conscience des périls. La techno-science évolue beaucoup plus vite que l’éthique et la politique. La révolution biocentriste, inverse de la révolution néo-conservatrice, s’impose. Celle qui se dessine consiste à foncer dans le précipice en accélérant. Les conservateurs américains, viscéralement anti-écologistes, ne rêvent que d’immenses travaux, de libération des sources d’énergies fussent-elles nocives pour l’atmosphère.

En France, les conservateurs, selon leurs déclarations belliqueuses, évacueront l’an prochain les « zadistes » de Notre-Dame-des-Landes, au besoin en blessant, mutilant, tuant ces militants que la presse servile dénoncera aux « sénescents » frileux et coincés comme « trublions », « gauchistes », « anarchistes », « voyous ». Pourquoi les néo-conservateurs aiment-ils tant les grands travaux ? Pour répondre aux besoins des populations ? Pour créer des emplois ?
Non, pour détourner l’argent public au profit de leurs commettants. Nos vies individuelles s’inscrivent dans un espace de temps trop bref. Elles ne nous permettent pas de présumer de la fin de l’Histoire, du devenir de l’aventure de la vie sur terre. Mais ce qui est sûr, c’est que ces jours-ci, le monde ne va pas dans la bonne direction.

Dans les années à venir, la religion de « l’entreprise privée » va exiger la dérégulation, donc la faculté offerte aux moins scrupuleux des hommes de « croître », de « développer », d’augmenter l’épuisement des ressources, de polluer, de réifier les animaux, de dévaster la nature, d’expulser la biodiversité, d’écraser les gens modestes en réduisant sans cesse leurs droits et garanties. Humains, en méprisant la nature, en adorant l’argent, vous vous préparez à vivre dans des sociétés dures, brutales, iniques, des sociétés de tauromaniaques, donc violentes ! Mais nul ne vous le dit, dans les médias sous contrôle, et trop d’entre vous, complices dupés du système, l’ignorent.

Gérard Charollois

ecologie-radicale.org

Planète : la loi du marché

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