Ecologie

A Bonn, le discours d’Emmanuel Macron est contredit par ses actes

 

par Marie Astier (Reporterre) 

 

Le Président de la République s’est rendu mercredi 15 novembre à la COP 23 à Bonn, en Allemagne, afin de relancer les négociations climat. Avec son homologue allemande Angela Merkel, il a ouvert une série de discours des chefs d’État invitant à limiter le changement climatique. Il a notamment proposé que les Européens prennent le relais des Etats-Unis pour financer le GIEC (Groupe intergouvernementale d’experts sur l’évolution du climat).

Sur la scène internationale, Emmanuel Macron est devenu le champion du climat. Il avait notamment lancé, le 1er juin dernier, au soir de l’annonce de Donald Trump du retrait des États-Unis de l’accord climat de Paris, un appel aux scientifiques américains pour venir travailler sur le sujet en France. C’est le fameux « Make our planet great again ».

Depuis, les premières mesures du gouvernement vont-elles dans ce sens ? Pour vous aider à vous faire une idée, Reporterre vous remémore les différents articles parus sur la politique climatique du gouvernement.

  • Fin septembre, lors de la présentation du budget de loi de finance 2018, le Réseau Action Climat dénonçait du « greenwashing » : le budget se vantait de crédits alloués à la transition énergétique, en réalités déjà planifiés... Globalement, les ONG regrettaient un budget 2018 manquant d’ambition et de moyens pour le climat.

  • Mardi 19 septembre septembre, lors d’un discours devant l’ONU, Emmanuel Macron a notamment annoncé que la France mobiliserait 5 milliards d’euros par an d’ici 2020 pour le climat. Une promesse insuffisante selon l’ONG Oxfam.

  • Début septembre, c’était la loi sur les hydrocarbures qui provoquait un tollé : censée programmer une sortie des énergies fossiles, son texte était remanié et l’impact atténué.

Mais ne soyons pas négatifs, nous exhortait Nicolas Hulot dans son interview à Reporterre la semaine dernière, défendant le gouvernement et le Président : « Parfois, par manque de lucidité, on peut avoir l’impression que les choses n’avancent pas ou insuffisamment vite. Mais des forces sont en train de se générer, peut-être vont-elles enfin faire une jonction qui va l’emporter. Il faut bien se donner de l’espoir, sinon on reste chez soi. »


Source : Marie Astier pour Reporterre

Climat : émission record de CO² en 2017 annoncée en pleine COP 23

 

Par BA

Émissions de CO² : record historique battu en 2017… malgré 23 conférences annuelles sur le climat ! Autodestruction de l’espèce ?


Pour l’année 2017, les émissions de CO² ont été de 36,8 milliards de tonnes (sans compter la déforestation). En comptant la déforestation, les émissions de CO2 ont été de 41 milliards de tonnes. À quoi bon les COP 21 de 2015 à Paris ? À quoi bon la COP 22 de 2016 à Marrakech ? À quoi bon la COP 23 qui se tient en ce moment à Bonn en Allemagne ? 23 conférences annuelles sur le climat pour ÇA ? Quelle pulsion de mort pour conduire notre espèce vers ce sinistre suicide collectif ?

Selon une étude les émissions de CO² repartent à la hausse

Lisez cet article de l’AFP : Les rejets de dioxyde de carbone liés à l’industrie et à la combustion d’énergies fossiles devraient croître d’environ 2 %. C’est la fin de trois ans de stabilité. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre issues des énergies fossiles sont reparties à la hausse en 2017, une première depuis trois ans, selon une étude publiée, lundi 13 novembre, en marge de la 23ème conférence climat de l’ONU (COP23). Cette étude, qui est le 12ème bilan annuel du Global Carbon Project, a été réalisée par des scientifiques du monde entier. Les émissions de CO² liées à l’industrie et à la combustion d’énergies fossiles devraient croître d’environ 2 % cette année par rapport à 2016 (entre 0,8 % et 2,9 %), et atteindre un record de 36,8 milliards de tonnes, après des années 2014 à 2016 quasiment stables.

« Le monde n’a donc pas atteint son ‘pic’ d’émissions », notent les auteurs de l’étude, publiée dans les journaux Nature Climate Change, Environmental Research Letters et Earth System Science Data. «  Cela montre qu’il faut agir plus fortement. Il faut oublier toute autosatisfaction. » « C’est une grande déception », souligne une des auteurs, Corinne Le Quéré, de l’université britannique d’East Anglia. « Avec 41 milliards de tonnes de CO² émis estimés pour 2017 (si l’on ajoute la déforestation, ndlr), on risque de manquer de temps pour garder la température sous 2°C, et a fortiori 1,5°C », objectif fixé par l’accord de Paris adopté fin 2015 contre le réchauffement climatique. Pour l’atteindre, « il faudrait que les émissions atteignent leur pic ces prochaines années et diminuent ensuite rapidement », rappelle-t-elle.

La Chine, qui génère 28 % de ces gaz à effet de serre et avait permis d’améliorer la situation des années passées en réduisant son recours au charbon, est largement à l’origine de la dégradation de 2017, notent les chercheurs. En cause, un boom de la production industrielle et une production hydroélectrique diminuée par des épisodes de sécheresse. Aux États-Unis aussi, les émissions devraient baisser moins fortement (-0,4 %, contre -1,2 % en moyenne annuelle précédemment). C’est la première fois en cinq ans que la consommation de charbon augmentera (+0,5%), du fait du prix élevé du gaz naturel. L’Inde voit ses émissions croître un peu moins (+2%) mais ce devrait être temporaire, préviennent les chercheurs. Quant à l’UE, ses émissions reculent moins vite que la décennie précédente (-0,2%).

Les 10 principaux émetteurs sont, dans l’ordre, la Chine, les États-Unis, l’Inde, la Russie, le Japon, l’Allemagne, l’Iran, l’Arabie saoudite, la Corée du Sud et le Canada (l’UE dans son ensemble se classe en 3ème position). « Plusieurs facteurs montrent une poursuite de la hausse des émissions mondiales en 2018 », souligne Robert Jackson, de l’université de Stanford.

yetiblog.org

La loi Hulot à l’épreuve des lois d’Irma

 

Par Nicolas Haeringer

Politique et climat se sont à nouveau télescopés cette semaine : la présentation de la loi Hulot coïncidant avec le début du parcours dévastateur de l’ouragan Irma. Mais une fois de plus, le politique reste à la traîne. Une occasion gâchée - bien qu’il soit encore temps de réagir.

Ce mercredi 6 septembre, politique et climat se sont, une fois de plus, télescopés - sans que, cette fois encore, le politique n’en prenne la pleine mesure. Nicolas Hulot présentait son projet de loi « mettant fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures ». Au même moment, l’ouragan Irma entamait son parcours dévastateur à travers les Caraïbes. Ainsi, tandis que l’œil de l’ouragan le plus puissant jamais enregistré s’approchait des côtes de Saint Barthélémy et de Saint Martin, le ministre de "la Transition écologique et solidaire" levait le voile sur un projet de loi très paradoxal. Il s’agit d’un texte pionnier (en dehors du Costa Rica, nul autre État n’a pris de mesures équivalentes), dont le contenu est toutefois largement insuffisant. Le télescopage entre la loi Hulot et les lois d’Irma en dit ainsi long sur les errements historiques, et malheureusement actuels, de la communauté internationale en matière de politiques climatiques. Le lien entre l’un (l’ouragan) et l’autre (l’extraction de combustibles fossiles) est pourtant établi : l’augmentation de la température des eaux de surface de 1 à 1,5°C, comme c’est le cas dans l’Océan Atlantique, provoque en effet une augmentation de 3 à 5 % du taux d’humidité. Si le le réchauffement climatique ne crée pas les ouragans, il les rend à la fois plus fréquents et plus puissants.

Nulle trace, pourtant, du lien entre l’ouragan Irma et le projet de loi Hulot dans la conférence de presse au cours de laquelle le ministre a présenté les arguments en faveur du gel de l’octroi de nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures. Et ce 7 septembre, les ministres mobilisés en réaction aux dégâts provoqués par l’ouragan sont la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, et le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. Pas Nicolas Hulot. Le gouvernement choisit ainsi de traiter l’ouragan comme une catastrophe dite « naturelle » plutôt que comme une conséquence directe du réchauffement climatique provoqué par la surconsommation d’énergies fossiles. Une occasion manquée d’autant plus regrettable que la loi Hulot est pour l’essentiel symbolique : la production nationale d’hydrocarbures ne couvre que 1 % de ce que nous consommons en gaz et en pétrole. La loi Hulot est de ce fait avant tout un message envoyé au reste de la communauté internationale, aux industriels et aux investisseurs. Or les messages et les symboles ne s’accommodent pas de demi-mesures : ils perdent alors leur sens comme leur caractère performatif.

La route est pourtant claire : si nous voulons tenir les objectifs inscrits dans l’Accord de Paris, nous ne pouvons plus développer aucun projet fossile. Les gisements actuellement exploités dans le monde sont en effet suffisamment grands pour nous faire irrémédiablement sortir de la trajectoire d’un réchauffement contenu sous la barre des 2°C. Accorder une seule nouvelle concession revient ainsi à renoncer à maintenir le réchauffement climatique au plus près des 1,5°C. Or le projet de loi Hulot ne dit rien des 33 permis de recherche en cours sur l’ensemble du territoire français (auxquels s’ajoute au moins une quarantaine de demandes de permis en cours d’instruction) – qui pourront donc chacun déboucher sur des permis d’extraction. 73 permis qui représentent donc 73 renoncements symboliques. La loi Hulot ne dit rien non plus des gisements « non-conventionnels » : sous réserve que les industriels du secteur maquillent la technique de la fracturation hydraulique en « stimulation », les gisements de gaz de schiste comme de gaz de couche pour lesquels des permis ont été attribués pourront être exploités.

Il ne s’agit pas d’une bataille de chiffres abstraite : Irma, Harvey et les inondations gigantesques qui viennent de frapper le Népal, l’Inde et le Bangladesh sont là pour nous rappeler que l’enjeu se chiffre pour chaque catastrophe en milliers, sinon en millions de vie – nos petits renoncements mis bout à bout représentent donc, catastrophe après catastrophe, des centaines de millions de vies. Ce décalage entre la réalité dont nous faisons l’expérience concrète – les conséquences du réchauffement climatique sont visibles au quotidien, qu’il s’agisse d’ouragans, de sécheresse, d’incendies, de pluies torrentielles, d’éboulements de terrain provoqués par le dégel du permafrost, etc. - et les politiques climatiques nous mènent dans le mur. La loi Hulot pourrait contribuer à le résorber, à la condition que le lien soit fait entre l’objet de la loi – entraver, à défaut de geler, l’extraction de combustibles fossiles – et son objectif – atténuer le réchauffement climatique pour en minimiser les conséquences dramatiques.

On saisirait alors que la seule politique climatique possible est donc celle de la « sénescence programmée » de l’industrie fossile, c’est-à-dire son déclin planifié et organisé, jusqu’à sa disparition complète (seule manière de passer à un avenir 100 % renouvelable). Il est encore temps de renforcer l’ambition de la loi Hulot : les implacables lois d’Irma l’imposent.

blogs.mediapart.fr

COP millésimée... par Bar

Le gros blond et la planète

 

Par Anne Roumanoff

Longtemps, on crut que sur la Terre les ressources naturelles étaient illimitées. Avec une foi naïve dans le progrès, les hommes cherchèrent à toujours innover. On inventa des manières plus rapides de se déplacer, on chercha à produire en plus grande quantité, sans jamais se soucier des conséquences environnementales du progrès. Peu à peu, les grandes villes furent asphyxiées, les petits enfants se mirent à tousser, les personnes âgées eurent du mal à respirer, il y avait des cancers inexpliqués. Puis on ne sut plus quoi faire des déchets, l’énergie menaçait de manquer, des forêts entières disparaissaient, la température de la mer augmentait, des poissons disparaissaient par milliers… Bref, on se dirigeait tout droit vers un désastre annoncé.

Quand la situation se mit à vraiment empirer, il y eut comme une prise de conscience généralisée : le climat était en train de se dérégler, il fallait arrêter la course folle du progrès. On organisa à Paris une conférence mondiale sur le climat. Il y eut au préalable d’interminables débats, la COP21 fut difficile à organiser, les accords très longs à négocier. Au final, 175 pays sur 195 s’engagèrent à limiter la production de gaz à effet de serre. La France avait de quoi être fière, c’était le premier accord universel sur le climat jamais signé. On se reprit à espérer en l’humanité, devant l’imminence d’une catastrophe annoncée, les hommes étaient donc capables de se réveiller.

Aux États-Unis, un gros blond fut élu président, il était capricieux et borné comme un enfant tyran. Il pensait que protéger la planète était une foutaise et le réchauffement climatique une fadaise. Influencé par les lobbys pétroliers, le gros président refusait de dépenser de l’argent pour protéger l’avenir de nos petits-enfants. On eut beau lui expliquer que la transition énergétique était un choix qui permettrait de créer des millions d’emplois, qu’on avait trop attendu, qu’il y avait danger, le 1er juin, le gros président annonça fièrement que les États-Unis se retiraient de l’accord de Paris.

Après ce coup d’éclat international, la consternation fut mondiale, on dénonça une Amérique repliée qui ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. Cette décision déclencha un véritable raz de marée chez tous les hommes de bonne volonté. Leur motivation en sortit renforcée : si les États-Unis se retiraient, d’autres pays prendraient le relais, si l’argent américain venait à manquer, ailleurs on en trouverait. Voilà comment en voulant laisser la planète étouffer, le gros président qui ne manquait pas d’air lui permettra peut-être de mieux respirer.

 

lejdd.fr

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