Ecologie

L’anthropocène et la révolution

 

Par Gérard Charollois

L’espèce humaine occupe la planète, l’exploite, maîtrise les ressources, détruit la biodiversité, pollue l’atmosphère, les sols et les eaux. Par sa prolifération et la transformation physico-chimique de l’environnement terrestre, cette espèce devient le facteur premier des modifications de la biosphère et du climat.

Par ailleurs, les prodigieux progrès des sciences et techniques qui accroissent chaque jour la capacité de maîtrise ne peuvent qu’accentuer le rôle de l’humain dans le devenir du vivant. Des scientifiques ont proposé le terme d’anthropocène pour qualifier notre ère dont le début remonte au développement du phénomène industriel. La biologie et les « ciseaux » des gènes constitueront les instruments déterminants de la mutation de notre espèce, pour le meilleur, c’est-à-dire la guérison des maladies et le recul de la mort ou le pire, l’augmentation des performances. Ces faits appelaient d’abord une prise de conscience, puis une politique de responsabilité, une nouvelle frontière éthique corrélée à cette maîtrise d’une ampleur autre que celle que pratiquèrent les hommes du passé.
Plus besoin d’œuvrer à « devenir seigneur et maître de la nature ».

Le but atteint, il fallait savoir quoi faire de cette maîtrise de démiurge. Or, voici que survient dans le monde entier, à l’opposé de ce devoir de respect, un mouvement de régression sur des réflexes inadaptés aux défis du temps. Loin de s’élever, de pratiquer l’entre-aide, de prôner l’empathie, de se montrer « seigneur et maître » bienveillant, conscient de sa puissance et voulant en faire un bon usage, l’humain cultive l’esprit de compétition, de concurrence, d’enrichissement frénétique en libérant l’appétit de profit, en valorisant l’exploitation vorace, succombant à une révolution conservatrice qui nie la responsabilité humaine envers la biosphère et sacrifie tout au culte du Marché. Ne nous y trompons pas. Les aspirations à un retour au Moyen-âge des sociétés islamiques fait pendant aux régressions droitières des sociétés occidentales. Les unes et les autres, par peur, par refus de changements inéluctables, par anesthésies délibérément entretenues par les forces d’argent, se recroquevillent sur des passés morts et bien peu réjouissants.

Ces comportements infantiles ne ramèneront pas les peuples au 6ème siècle pour les uns, au 19ème siècle pour les autres. Cette chute vertigineuse en arrière ne règlera rien, car le passé ne revit pas, mais elle interdit d’apporter les solutions nécessaires aux problèmes de notre temps. Nier l’anthropocène ne fera qu’advenir les méfaits, sans pouvoir bénéficier des chances dont il est porteur. L’humanité d’aujourd’hui évoque une cour de récréation dans laquelle des enfants, déjà séniles, joueraient avec des substances hautement dangereuses, sans conscience des périls. La techno-science évolue beaucoup plus vite que l’éthique et la politique. La révolution biocentriste, inverse de la révolution néo-conservatrice, s’impose. Celle qui se dessine consiste à foncer dans le précipice en accélérant. Les conservateurs américains, viscéralement anti-écologistes, ne rêvent que d’immenses travaux, de libération des sources d’énergies fussent-elles nocives pour l’atmosphère.

En France, les conservateurs, selon leurs déclarations belliqueuses, évacueront l’an prochain les « zadistes » de Notre-Dame-des-Landes, au besoin en blessant, mutilant, tuant ces militants que la presse servile dénoncera aux « sénescents » frileux et coincés comme « trublions », « gauchistes », « anarchistes », « voyous ». Pourquoi les néo-conservateurs aiment-ils tant les grands travaux ? Pour répondre aux besoins des populations ? Pour créer des emplois ?
Non, pour détourner l’argent public au profit de leurs commettants. Nos vies individuelles s’inscrivent dans un espace de temps trop bref. Elles ne nous permettent pas de présumer de la fin de l’Histoire, du devenir de l’aventure de la vie sur terre. Mais ce qui est sûr, c’est que ces jours-ci, le monde ne va pas dans la bonne direction.

Dans les années à venir, la religion de « l’entreprise privée » va exiger la dérégulation, donc la faculté offerte aux moins scrupuleux des hommes de « croître », de « développer », d’augmenter l’épuisement des ressources, de polluer, de réifier les animaux, de dévaster la nature, d’expulser la biodiversité, d’écraser les gens modestes en réduisant sans cesse leurs droits et garanties. Humains, en méprisant la nature, en adorant l’argent, vous vous préparez à vivre dans des sociétés dures, brutales, iniques, des sociétés de tauromaniaques, donc violentes ! Mais nul ne vous le dit, dans les médias sous contrôle, et trop d’entre vous, complices dupés du système, l’ignorent.

Gérard Charollois

ecologie-radicale.org

Paris climat, Paris tracas

Par Anne Roumanoff

À quoi ça sert ?

– Franchement, à quoi ça sert de bloquer 6 millions de Franciliens pour quelque 150 dirigeants qui ont déjà décidé de ne rien décider tout de suite et qui vont probablement mettre quinze jours à signer un papier pour s’engager à réfléchir aux engagements qu’ils pourraient éventuellement prendre et dont ils reparleront lors d’une réunion ultérieure ?
– Mais enfin, le climat, c’est un enjeu de société majeur ! La température va augmenter de 2,7°C en 2050. Il y a urgence à sauver la planète !
– Pfff, ils n’arrivent pas à prévoir correctement la météo une semaine avant et ils peuvent nous annoncer la température qu’il fera dans trente-cinq ans ? Je suis d’accord que c’est très important mais on a d’autres problèmes à résoudre en ce moment comme le chômage, la sécurité…
– Mais tout est relié ! La priorité donnée à l’environnement peut être génératrice d’emplois et, si la température augmente, ça peut provoquer des guerres et donc plus d’insécurité.

Mais pourquoi ici ?

– Pourquoi ils ont maintenu la COP21 à Paris ?
– Parce que, sinon, les terroristes auraient gagné.
– Non, la vraie question, c’est pourquoi ils ont organisé ça à Paris ? On a de très beaux châteaux en France. On aurait pu les mettre à la campagne, dans le Cantal, en Corrèze. Pour parler de la nature, c’est moins pollué qu’au Bourget et ça aurait été plus facile à sécuriser.
– S’ils ont réussi à avoir 147 dirigeants, c’est que ça se passait à Paris. Paris, la plus belle ville du monde, Paris, Ville lumière…
– Là, pendant quinze jours, ça va surtout être "Paris, ville galère". Déjà qu’avec l’État d’urgence, les restos et les magasins tirent la langue, avec quinze jours de COP21 et d’embouteillages juste avant Noël, il y avait mieux pour relancer l’économie.

Comment on va faire ?

– À cause de la COP21, c’est déconseillé de prendre sa voiture dimanche et lundi, mais les transports en commun seront gratuits.
– Oui, mais ils préconisent de ne pas prendre les transports en commun "sauf nécessité".
– Et bosser pour eux, c’est une nécessité ?
– Vous pouvez aller travailler à pied, à vélo, en rollers, en trottinette…
– Vingt-cinq kilomètres à pied, désolé, je ne suis pas capable et puis on passe par où si les routes sont bloquées ? Comment je suis censé aller au boulot ? En jet privé ?
– Sinon, il y a le cheval, le chameau, le carrosse, le drone, la nage dans la Seine, le tapis volant, appeler Superman, se téléporter…
– C’est pour ça, ils conseillent le télétravail.
– Le télétravail, bien sûr ! Comment il fait le boulanger pour envoyer sa baguette ? Par mail ? Et le plombier, les fuites d’eau, il va les réparer par Skype ? C’était à eux de faire une téléconférence.
– N’empêche, ça fait quinze jours que le Parisien bouleversé déambule dans les rues, la mine sombre, qu’il pousse la porte des magasins sans désir, qu’il s’attable dans les restaurants sans appétit… Être furieux contre l’organisation de la COP21, recommencer à râler, c’est un signe de vitalité, peut-être même que c’est le début de la convalescence.

Anne Roumanoff

COP21 : Je ne me sens pas du tout concerné

Par J.-P. Laguiole

Cela fait 6 mois qu’ils nous bassinent avec leur COP21, leur réchauffement climatique, leur taux de CO² dans l’atmosphère… Je ne me sens pas concerné. Je vous explique pourquoi. La COP21, elle commence à me sortir par les yeux… et par ailleurs aussi. Surtout depuis que j’ai appris sur France2 que 200 travailleurs détachés venus de Pologne, Slovaquie, Roumanie, œuvraient sur le chantier qui doit accueillir l’événement. [1]

Tu parles Charles ! C’est vachement écolo d’importer des travailleurs d’Europe de l’Est dans leurs véhicules utilitaires diesel hyper polluants plutôt que de faire bosser des gens du 93, le département où se tiendra la COP21, gangrené par le chômage. Quelle cohérence. Ça commence fort !

Pourquoi le réchauffement climatique ne me concerne pas ? Même que j’en ai rien à battre pour tout vous dire ! Parce que j’ai déjà considérablement réduit mon empreinte écologique et climatique depuis que je suis chômeur longue durée. Il y a peu, je disposais encore d’une bagnole que j’ai été contraint de mettre à la casse n’ayant plus les moyens de l’entretenir et d’en supporter l’assurance. Faut dire qu’après 120.000 kilomètres de bons et loyaux services, ses gaz d’échappement explosaient les normes anti-pollution (c’était pas une Volkswagen). À la poubelle Titine !

Même topo pour la viande (la production bovine est l’une des principales sources d’émission de gaz à effet de serre. Trois ou quatre fois plus que le transport aérien). Quand je bossais, j’engloutissais de la barbaque bien rouge, bien saignante, au déjeuner et au dîner. Depuis que je suis au chomdu, je ne m’en accorde qu’une fois par semaine. À 22 euros le kilo, ça coupe l’appétit ! Parlons de mon habitat. La baraque où je crèche est une vraie passoire thermique. Je n’ai pas les moyens de l’isoler convenablement. Alors, je compense. La plupart du temps, je ne me chauffe plus, sauf lors des périodes de grand froid évidemment. Mais mon thermomètre affiche rarement plus de 17°C et uniquement dans la pièce que j’occupe. Les autres ne dépassent jamais les 14-15°C en hiver.

Tout bien réfléchi, le réchauffement climatique est une aubaine. Il me permettra de réaliser de substantielles économies sur mes factures de fuel et d’électricité. J’ai même décidé de me passer d’eau chaude pour faire ma vaisselle ou laver quelques fringues. De mars à novembre, j’éteins mon cumulus, je prends des douches froides. Je peux vous assurer que ça réveille son bonhomme le matin. Ça requinque ! C’est bien simple, je ne suis plus jamais malade en hiver. Pas un rhume, une bronchite, une angine ou une grippe. Une bonne douche glacée tétanise bactéries et virus plus sûrement que les antibiotiques. Je vous recommande ce traitement de choc. Et l’avion, hein l’avion ? Il m’arrivait de le prendre plusieurs fois par an quand je bossais. Pour les vacances aussi. Depuis que j’ai touché le fond, je ne m’envoie plus en l’air.

Mais surtout, je n’y crois pas du tout à leur COP21. C’est quoi l’objectif ? Limiter à deux degrés le dérèglement climatique d’ici la fin du siècle alors que les prévisions de hausse sont de 5°C si on ne fait rien ? Moi, je ne vois pas comment c’est réalisable sur une planète où tous les habitants aspirent à rouler en bagnole, prendre l’avion, se chauffer convenablement, bouffer plus de viande… Ce sont tous les fondamentaux du développement économique qu’il faudrait repenser. On en est à des années-lumière puisqu’on ne parle que de croissance, de pouvoir d’achat et de consommation… de bagnoles, d’ordinateurs, de chauffage, de viande…

Imaginez-vous qu’en Chine, les prévisions tablent sur 6.000 avions moyen-courrier supplémentaires qui relieront les grandes métropoles du pays. Les nouvelles technologies permettraient, dit-on, de réduire la consommation des réacteurs de 10 à 15 % prochainement. Seulement voilà, le parc d’aéroplanes chinois va doubler d’ici 2050. Réduction de 10 % d’un côté (quel exploit !), augmentation de 100 % de l’autre. Elles sont où les économies de kérosène ? Et puis, un aspect fondamental semble échapper à nos Bonnes Consciences climatologiques : la démographie. Combien serons-nous sur Terre en 2100 : 12 milliards, 14 milliards ?

Je pose l’équation suivante. Soit 7 milliards d’êtres humains (population actuelle) qui réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre de 20 % d’ici 2050. Cet effort sera aussitôt effacé par la croissance démographique sur la même période, puisque nous devrions être près de 10 milliards dans 35 ans. D’un côté, on réduit l’empreinte climatique de chacun (-20 % ou -30 % si ça vous chante). De l’autre, la population mondiale augmente de 40 à 45 %… consomme de plus en plus, s’équipe de voitures, voyage en avion, se chauffe, mange (mieux et plus)…

J’ai le sentiment que d’ici 2050, je n’aurai plus besoin de me chauffer. Voilà la seule perspective encourageante que j’entrevois.

J.-P. Laguiole

actuchomage.org

Planète : la loi du marché

Comment la fortune accumulée par 782 milliardaires pourrait contribuer à sauver la planète

par Sophie Chapelle

Un peu plus de 5000 milliards de dollars d’investissements seraient nécessaires pour que la moitié de la planète bénéficie d’une électricité d’origine renouvelable d’ici quinze ans. Les énergies renouvelables – principalement hydroélectriques – pèsent pour l’instant environ 20% de la production mondiale d’électricité. 5000 milliards supplémentaires, cela semble énorme : plus de deux fois le PIB de la France. Mais du point de vue des grandes fortunes mondiales, cela paraît peu : l’investissement est égal à la richesse actuellement détenue par 0,00001 % de la population mondiale. Soit les 782 personnes les plus riches de la planète, parmi lesquelles de nombreux propriétaires et PDG de grandes entreprises.

Ces éléments sont mis en relation dans un nouveau rapport publié par les Amis de la Terre ce 23 novembre [1]. A partir des projections de l’Agence internationale de l’énergie, l’organisation écologiste a calculé que ces milliards de dollars pourraient permettre à l’Afrique, l’Amérique latine et la plupart des pays de l’Asie d’accéder à 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. « Une révolution de l’énergie à 100 % renouvelable est financièrement à la portée, écrivent les auteurs. Ce rapport montre que le financement d’une révolution énergétique existe, mais que la volonté politique de conduire la transformation est scandaleusement absente. »

Les 782 personnes les plus riches de la planète détiennent personnellement l’argent nécessaire à cette « révolution énergétique ». A la tête de ce top 10 figure l’américain Bill Gates (76 milliards de dollars en 2014) suivi par le mexicain Carlos Slim dont une large part de la richesse vient de holdings industrielles très destructrices en matière d’environnement (notre enquête : Ces milliardaires qui spéculent sur l’avenir de la planète). 

« Le rapport ne suggère en aucun cas que la richesse d’un groupe de personnes en particulier puisse ou devrait être directement utilisée pour opérer la transformation énergétique », tiennent à préciser les auteurs. Mais les comparaisons avec les fortunes personnelles rappellent l’existence incontestable des ressources financières pour enrayer le changement climatique. « Ce rapport n’est pas une position politique sur l’expropriation de la richesse, ni un plan technique pour un avenir en énergies renouvelables, mais un appel au réveil pour les décideurs politiques, les ONG et les gouvernements. Notre monde est confronté à deux crises destructrices et imbriquées – les inégalités croissantes et le changement climatique. Le temps est venu de les défier ensemble. »

A l’heure où 90 entreprises sont responsables de deux tiers des émissions mondiales, « c’est une injustice flagrante que 0,00001 % de la population mondiale détienne le niveau de richesse qui pourrait mettre un terme au désastre climatique, mais qui à l’inverse exacerbe bien souvent le problème », pointe le rapport. Un cinquième de la population mondiale (1,3 milliards de personnes) n’ont en effet toujours pas accès à l’électricité. L’ONG appelle à une transformation complète de la manière de produire, distribuer et consommer l’énergie. Ce qui implique « la transformation des structures économiques et la nécessité de démanteler le pouvoir des multinationales », mais aussi « l’appropriation démocratique des ressources énergétiques renouvelables ». A l’image de l’Allemagne où le mouvement vers une transition énergétique décentralisée prend de l’ampleur.

Notes

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