Ecologie

Notre-Dame-des-Landes : retour sur un mouvement écologique et social victorieux

 

Voir l'article original sur Bastamag en cliquant ICI.

par Ivan du Roy, Nolwenn Weiler

Durée, diversité des modes d’actions, capacité de réaliser des expertises populaires et de développer des alternatives : tels sont les ingrédients d’un mouvement dont la stratégie s’est finalement révélée victorieuse, avec l’annonce de l’abandon du projet de nouvel aéroport. Retour en texte et en images sur la lutte à Notre-Dame-des-Landes.

« Une décision exceptionnelle pour une situation locale exceptionnelle. » C’est ainsi que le premier ministre Édouard Philippe a qualifié le renoncement à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ce 17 janvier. Pour le gouvernement, cette décision ne répond pas à une soudaine prise de conscience écologique : ni l’impératif climatique, ni une volonté de protection de la biodiversité ou de préservation de terres agricoles n’ont été évoqués par le Premier ministre. Elle découle d’abord du rapport de force construit depuis plus d’une décennie par les opposants à ce projet très controversé. Ce mouvement écologique et social a, lui-aussi, été exceptionnel, dans sa durée et dans sa stratégie. Basta ! revient pour vous sur ses grandes étapes et ses acteurs.

Un projet qui date d’un demi-siècle

Quand le site de Notre-Dame-des-Landes est identifié, en 1968, pour construire un nouvel aéroport, les agriculteurs sont les premiers à se mobiliser. Ils créent l‘Association de défense des exploitants concernés par le projet d’aéroport (Adeca) et soulèvent d’emblée la question du développement économique, posant l’agriculture comme une activité économique à part entière, pourvoyeuse d’emplois et de richesse. Finalement, le projet est placé en stand-by pendant plusieurs années, en raison notamment de la crise pétrolière.

Les agriculteurs en première ligne

La lutte prend un nouveau tournant au début des années 2000, quand le projet redécolle, sous le gouvernement Jospin. Le futur aéroport à vocation internationale est déclaré d’utilité publique en février 2008. Deux ans plus tard, l’État confie au groupe de BTP Vinci sa construction et sa gestion pour 55 ans, dans le cadre de la société Aéroport du Grand Ouest. Du côté des opposants, l’association Acipa est créée, ainsi qu’un collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport (Cdépa). Manifestations, pétitions mais aussi événements festifs se multiplient : pique-niques désobéissants, occupations de fermes et de maisons abandonnées, blocage des bulldozers, « actions clowns » à Nantes...

La Confédération paysanne et la FNSEA locale se déclarent opposées au projet. Si la première s’implique fortement dans la mobilisation, la seconde refuse, par la voix de son président, de s’associer aux actions. À chaque manifestation, les tracteurs mobilisés se comptent par centaines. En 2011 se crée le Collectif des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d’aéroport, en solidarité avec les paysans « irréductibles ». D’autres collectifs similaires se forment dans des départements proches.

Face à la contestation, Vinci fait alors valoir ses arguments « écolos » avec des autoroutes d’accès « zen », des « aérogares basse consommation », des haies synthétiques ou un musée du bocage... (lire ici)

2009 : camp climat, premiers zadistes et expertises indépendantes

À l’été 2009, un camp action climat s’installe sur les terres concernées et attire plus de 2000 personnes. La question du nouvel aéroport prend alors une dimension nationale, voire européenne, et fait écho aux mobilisations montantes contre le réchauffement climatique. À l’issue de ce rassemblement, des citoyens décident de s’installer sur place. Ce sont les premiers « zadistes ». En parallèle, diverses études sont lancées pour mettre en évidence le coût pharaonique, et sous-estimé, de la construction du nouvel aéroport. Une étude indépendante réalisée par un cabinet d’expertise néerlandais remet en cause le calcul des coûts et bénéfices. L’Atelier citoyen – une association travaillant sur les alternatives à l’aéroport – chiffre le réaménagement de l’actuel aéroport nantais, ainsi que les travaux d’amélioration des voies d’accès.

- Lire aussi notre enquête : De Notre-Dame-des-Landes à Roybon, des grands projets créateurs d’emplois ou fauteurs de chômage ?

Naturalistes, pilotes, chefs d’entreprise rallient la contestation

Les opposants invalident également les méthodes mises en place pour compenser la destruction de la biodiversité au sein de cette zone humide. Les naturalistes en lutte entament un travail d’inventaire de cette biodiversité et organisent des balades pédagogiques. Des intervenants inattendus prennent position contre la construction de l’aéroport : des pilotes, pour des raisons techniques (lire ici) ou des chefs d’entreprises, pour des raisons financières (lire ici).

De nombreux contentieux et procédures en justice sont lancés : face à l’expropriation des habitants "historiques", aux obstacles à la consultation des documents administratifs, à propos des autorisations environnementales et sur les aides publiques perçues par Vinci (plus de détails ici). Chaque année, au début du mois de juillet, un rassemblement réunit des représentants de luttes contre les grands projets inutiles, français et européens. Les stratégies s’affinent, les opposants continuent de compter leurs forces.

2012, année charnière : opération « César » contre « Astérix »

En mai 2012, six habitants entament une grève de la faim pour exiger la suspension des expropriations, tant que des recours judiciaires sont en cours. Ils obtiennent gain de cause au bout de 28 jours. Plusieurs mois de tranquillité s’annoncent. Mais à l’automne, le gouvernement Ayrault décide d’évacuer les personnes qui se sont installées depuis 2009 dans le bocage. La « zone d’aménagement différée » se transforme en « zone à défendre » (Zad).

Reportage vidéo réalisée par Myriam Thiebaut lors de l’opération César à l’automne 2012

La France et le gouvernement découvrent l’ampleur des liens et de la mobilisation qui se sont noués autour de Zad, entre les « squatteurs » et les agriculteurs. 1200 policiers et gendarmes sont mobilisés par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls pour une opération baptisée César. Mais l’évacuation, prévue pour durer quelques jours, s’embourbe au milieu des 1500 hectares de champs, bois, mares et sentes. Les occupants défendent les lieux pied à pied. Ils construisent des barricades, se servent de leurs parfaites connaissance du terrain pour déjouer les manœuvres policières, et réparent le lendemain ce que les forces de l’ordre et les bulldozers ont détruit la veille. Nombre d’entre eux sont blessés, parfois très gravement. À tel point qu’une médecin alerte la préfecture. Patrick Warin, énarque et ancien directeur à la Caisse des dépôts et consignations, s’indigne contre les violences et relève les similitudes avec la lutte du Larzac.

Les soutiens arrivent de toutes parts : logistiques et matériels, manifestations et sit-in partout en France. Les opposants à l’aéroport se serrent les coudes. A l’issue de ces semaines de « guérilla », les occupants acquièrent une légitimité. Le 17 novembre 2012, alors que gendarmes et CRS se replient, des milliers de personnes convergent sur la Zad pour reconstruire ce qui a été détruit. Baptisée opération Astérix, elle réunit près de 40 000 personnes venues de la France entière pour transporter des planches, monter des maisons, clouer, déblayer…

 

« Occuper, cultiver, résister » : utopies concrètes sur la Zad

Depuis les expulsions de 2012, les liens n’ont cessé de se renforcer entre les très hétérogènes opposants, et leurs divers modes d’actions (lire aussi ici). Le slogan « occuper, cultiver, résister » prend de l’ampleur. Les débats réguliers, les expérimentations lancées, font de la Zad un lieu politique exceptionnel, où se mêlent réflexion sur la marche du monde, en même temps qu’une mise en pratique de modes de production alternatifs, notamment agricoles. Aujourd’hui, 400 hectares sont exploités par onze exploitants, 260 ha par les occupants et 600 ha par d’anciens occupants qui avaient été indemnisés par Vinci (sous forme de baux précaires). Le fait de préserver et travailler ces terres, alors qu’en parallèle une alternative existe pour moderniser l’aéroport existant de Nantes Atlantique, renforce la légitimité de la lutte.

 

En janvier 2016, malgré la décision d’expropriation qui tombe, les agriculteurs continuent à vivre et travailler sur place. Pendant le mouvement contre la loi travail, des habitants de la Zad approvisionnent les grévistes. D’autres aident matériellement des migrants. En mai, la CGT Vinci se positionne contre l’aéroport.

Le piège d’un référendum très local

Le 26 juin 2016 se tient un référendum pour ou contre le transfert de l’aéroport de Nantes vers Notre-Dame-des-Landes, réservés aux habitants de Loire atlantique. Véritable ovni juridique, ce référendum est considéré comme peu légitime par de nombreuses personnes, en raison notamment de ses limites géographiques, alors même que les conséquences économiques et écologiques du projet dépassent largement le seul département (lire ici). Les opposants sont divisés sur la marche à suivre : certains jouent le jeu de la démocratie locale, d’autres boycottent le scrutin. Côté politique, le PS et l’UMP – soit les trois quarts des élus du département – mènent campagne pour le transfert, aux côtés des centristes de l’UDI et du PCF. Avec 50 000 voix d’avance, le oui au transfert obtient 55 % des suffrages exprimés (28 % des inscrits).

Ce résultat n’entame pas la mobilisation. En novembre 2016, des milliers de personnes arpentent la Zad, bâtons en mains, pour avertir à nouveau le pouvoir politique qu’ils reviendront en cas de recours à la force. Les occupants et leurs soutiens continuent à expérimenter et à cultiver.

Médiation puis abandon

Suite à l’élection d’Emmanuel Macron, un groupe de médiateurs est nommé par les ministres Nicolas Hulot, pour la transition écologique et solidaire, et Elisabeth Borne, pour les transports. Ils rendent leur rapport le 13 décembre, en se penchant pour la première fois sur les diverses options. « Réhabiliter Nantes-Atlantique coûterait deux fois moins cher que construire Notre-Dame-des-Landes », concluent-ils (lire ici). Un mois plus tard, le projet est abandonné.

La victoire des opposants à Notre-Dame-des-Landes vient ainsi s’ajouter à quelques luttes emblématiques et victorieuses des mouvements écologistes contre des grands projets industriels dont l’utilité sociale est mise en doute : celle de la mobilisation contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff (Finistère), à la fin des années 70 ; celle contre des projets de nouveaux barrages sur la Loire et l’Allier, annulés en 1991 ; celle contre l’extraction de gaz de schiste qui a débouché sur un moratoire puis une loi interdisant le recours à la fracturation hydraulique en 2011 ; et enfin, celle contre le barrage de Sivens (Tarn) dont le projet a été abandonné après la mort d’un manifestant, Rémi Fraisse, tué par une grenade lancé par un gendarme en octobre 2014 (lire ici).

- Voire aussi notre dossier sur les grands projets controversés

Nolwenn Weiler et Ivan du Roy

Communiqué commun du mouvement anti-aéroport, suite à la décision du gouvernement



Ce midi, le gouvernement vient enfin d’annoncer l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Nous notons que la DUP ne sera officiellement pas prorogée. Le projet sera donc définitivement nul et non avenu le 8 février.

Il s’agit bien d’une victoire historique face à un projet d’aménagement destructeur. Celle-ci aura été possible grâce à un long mouvement aussi déterminé que divers.

Nous voulons d’abord saluer chaleureusement aujourd'hui toutes celles et ceux qui se sont mobilisées contre ce projet d’aéroport au cours des 50 dernières années.

En ce qui concerne l’avenir de la zad, l’ensemble du mouvement réaffirme dès aujourd’hui :

    -La nécessité pour les paysan-ne-s et habitant-e-s expropriés de pouvoir recouvrer pleinement leurs droits au plus vite.

    -Le refus de toute expulsion de celles et ceux qui sont venus habiter ces dernières années dans le bocage pour le défendre et qui souhaitent continuer à y vivre ainsi qu’à en prendre en soin.

    -Une volonté de prise en charge à long terme des terres de la zad par le mouvement dans toute sa diversité - paysans, naturalistes, riverains, associations, anciens et nouveaux habitants.

Pour le mettre en œuvre, nous aurons besoin d’une période de gel de la redistribution institutionnelle des terres. Dans le futur, ce territoire doit pouvoir rester un espace d’expérimentation sociale, environnementale et agricole.

En ce qui concerne la question de la réouverture de la route D281, fermée par les pouvoirs publics en 2013, le mouvement s'engage à y répondre lui-même. La présence ou l'intervention policières ne feraient donc qu’envenimer la situation.

Nous souhaitons par ailleurs, en cette journée mémorable, adresser un fort message de solidarité vis-à-vis d’autres luttes contre des grands projets destructeurs et pour la défense de territoires menacés.

Nous appelons à converger largement le 10 février dans le bocage pour fêter l’abandon de l’aéroport et pour poursuivre la construction de l’avenir de la zad.

Acipa, Coordination des opposants, COPAIn 44, Naturalistes en lutte, les habitant-e-s de la zad.

Obsolescence programmée : des fabricants d’imprimantes visés par une plainte

 

Par Sophie Chapelle

C’est une première judiciaire en France. Plusieurs fabricants d’imprimantes sont visés par une plainte pour « obsolescence programmée » et « tromperie » [1] déposée le 17 septembre par l’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP). En ligne de mire : les marques HP, Canon, Brother et en particulier Epson, accusées de « pratiques qui visent à raccourcir délibérément la durée de vie des imprimantes et des cartouches ».

L’association HOP relève notamment que des éléments d’imprimantes, tel que le tampon absorbeur d’encre, sont faussement indiqués en fin de vie. « Or, le prix de la réparation et du changement du tampon absorbeur d’encre d’une imprimante Epson revenant peu ou prou au prix d’achat d’une imprimante neuve, note HOP, le client n’est donc pas encouragé à la réparer mais au contraire à en racheter une neuve. »

Entente illégale entre fabricants ?

L’association note aussi un blocage des impressions au prétexte que les cartouches d’encre seraient vides alors qu’il reste encore de l’encre. L’enjeu serait donc de pousser le consommateur au rachat rapide d’un nouveau jeu complet de cartouches. Si elles sont avérées, ces pratiques pourraient être qualifiées « d’obsolescence programmée » reconnue comme un délit depuis la loi Transition énergétique de 2015 [2]. Des faits punis d’une peine de deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 300 000 euros qui pourra être portée jusqu’à 5 % du chiffre d’affaires.

L’association dénonce également une augmentation continue du prix des cartouches - 2 062 euros le litre d’encre ! - et la volonté des fabricants de garder la main mise sur ce business lucratif en faisant obstacle à l’utilisation des cartouches génériques qui coûtent moins cher. Selon l’avocate de l’association, Emilie Meunier, « les pratiques dénoncées touchent l’ensemble des fabricants. Ces faits pourraient aussi révéler une entente illégale entre les fabricants d’imprimante. » Raison pour laquelle l’association HOP a informé l’Autorité de la concurrence.

Il appartient désormais au procureur de Nanterre de décider des suites à donner à cette plainte. À défaut, l’association envisage de se porter partie civile directement auprès du juge d’instruction.

bastamag.net

 

[1Télécharger la plainte

[2] L’article L. 441-2 du Code de la consommation dispose qu’« est interdite la pratique de l’obsolescence programmée qui se définit par le recours à des techniques par lesquelles le responsable de la mise sur le marché d’un produit vise à en réduire délibérément la durée de vie pour en augmenter le taux de remplacement »

Ces douze projets très polluants financés par l’État grâce à nos cotisations retraites et notre épargne

 

par Barnabé Binctin, Olivier Petitjean

Quand une mine de charbon géante engloutit un village en Allemagne, quand des Amérindiens sont chassés de leurs terres par un oléoduc, quand les compagnies pétrolières s’attaquent à l’Arctique, quand des millions de tonnes de CO2 supplémentaires s’apprêtent à être répandues dans l’atmosphère, c’est un peu, et bien malgré nous, grâce à notre argent. Voici douze projets méga-polluants dans lesquels l’Etat investit une partie de notre épargne et de nos cotisations retraites. Pour que la finance soit au service de « l’action climat », comme le souhaite Emmanuel Macron, il y a encore du travail !

Deux ans après la COP21 et l’Accord de Paris, Emmanuel Macron convoque un nouveau sommet international sur le climat le 12 décembre à Paris, le « One Planet Summit ». Une cinquantaine de personnalités et de chefs d’État y assisteront. L’objectif est double : réaffirmer d’abord, malgré le retrait des États-Unis, les objectifs internationaux en matière de protection du climat, en particulier celui de maintenir le réchauffement global des températures en deçà de 2ºC ; Ensuite, s’appuyer sur la finance pour atteindre ces objectifs, à grands coups d’« obligations vertes », de portefeuilles « décarbonés », de marchés de quotas d’émission de gaz à effet de serre, et autres instruments « basés sur le marché ».

Sur ce point, la France et ses institutions financières publiques et privées se veulent exemplaires. Elles verraient bien la place de Paris devenir le centre mondial de la nouvelle finance climatique, avec ses cotations d’obligations vertes – les dettes émises par les entreprises ou les collectivités publiques sur les marchés pour financer des projets supposés bénéfiques pour le climat – et ses « reporting climat » : la publication par les investisseurs d’une estimation de l’empreinte carbone de leurs placements [1]. Ce projet recoupe une autre priorité gouvernementale, celle d’attirer en France, l’industrie financière de la City, suite au Brexit.

Tout cela est-il vraiment exemplaire en matière de préservation d’une planète vivable ? Comme vient de le rappeler opportunément un appel lancé par 80 économistes, une première décision raisonnable serait de ne plus financer de nouveaux projets pour extraire du charbon, du pétrole et du gaz, ces sources fossiles qui sont de loin les premières sources de gaz à effet de serre. Une analyse effectuée par l’Observatoire des multinationales et l’ONG 350 France (lire notre article présentant cette étude) montre qu’en réalité, l’argent des Français continue aujourd’hui de financer des nouveaux projets d’énergies fossiles partout dans le monde. Ces projets sont incompatibles avec les objectifs de l’Accord de Paris, car ils contribuent à ouvrir de nouveaux territoires à l’industrie pétrolière et gazière, comme l’Arctique ou les gisements pétroliers au large du Brésil.

Nous présentons ici une sélection de douze projets très polluants directement ou indirectement financés avec l’argent issu de nos impôts, de notre épargne ou de nos cotisations retraite. Ce panorama soulève une question fondamentale : la finance « verte », sous sa forme actuelle, peut-elle réellement permettre le changement de direction dont nous avons besoin, ou ne constitue-t-elle qu’un simple habillage pour que les gros pollueurs puissent poursuivre le business mortifère ? [2]

1. L’exploitation pétrolière dans l’Arctique norvégien

La Norvège, principal producteur d’hydrocarbures d’Europe de l’Ouest, ne semble pas prête d’abandonner le filon. Au contraire, au moment même où le fonds souverain norvégien envisage de se désinvestir du pétrole et du gaz, le pays prévoit d’octroyer une centaine de nouvelles licences d’exploration offshore, toujours plus au nord du cercle polaire, dans la mer de Barents, et dans des eaux toujours plus profondes. Outre Statoil, l’entreprise pétrolière nationale norvégienne, l’un des principaux acteurs de cette poussée vers l’Arctique n’est autre que la firme italienne Eni. Celle-ci gère déjà la plateforme géante Goliat, la plus septentrionale du monde à ce jour, à 85 kilomètres au nord de la ville norvégienne de Hammerfest.

Le projet Goliat a été marqué par de nombreuses difficultés techniques et environnementales, liées aux conditions extrêmes, qui ont fait exploser ses coûts. Pour Eni, il ne sera sans doute jamais rentable. Mais il s’agit surtout d’ouvrir une première tête de pont en vue d’une exploitation massive des gisements pétroliers du grand nord. L’entreprise italienne s’apprête d’ailleurs à aller également forer de l’autre côté de l’océan Arctique, dans les eaux territoriales américaines, suite à la relance des prospections par l’administration Trump.

Le rôle des fonds publics français : aussi bien le Fonds de réserves pour les retraites que l’Ircantec, la caisse de retraite complémentaire des agents non titulaires de l’État et des collectivités publiques, détiennent des participations dans Eni et Statoil. D’autre part, la Banque publique d’investissement (Bpifrance) est actionnaire de la firme Technip, l’un des principaux prestataires du projet Goliat.

2. La mine de charbon de Hambach en Allemagne, dévoreuse de l’environnement

Cette mine géante à ciel ouvert a déjà englouti une quarantaine de km2 de terrains et plusieurs villages. La lignite qui en est extraite est l’un des charbons les plus polluantes. La mine est exploitée depuis 1978 par la firme énergétique allemande RWE. Malgré l’impératif climatique et la désolation environnementale entraînée par la mine, RWE estime pouvoir extraire jusqu’à 2 milliards et demi de tonnes de lignite, qu’elle brûlerait ensuite dans ses centrales électriques. L’entreprise bénéficie d’une influence politique considérable en Allemagne, où le charbon représente encore une portion non négligeable de la production d’électricité ainsi que de nombreux emplois. Les intérêts liés au charbon sont bien décidés à entraver les progrès des renouvelables et de l’énergie citoyenne dans le pays.

RWE est cependant confronté au mouvement Ende Gelände (« jusqu’ici et pas plus loin »), qui occupe les terrains encore préservés autour de la mine, et a organisé de nombreuses manifestations et actions de désobéissance civile pour empêcher son expansion (lire nos articles ici et ).

Le rôle des fonds publics français : Le Fonds de réserves pour les retraites et la Banque postale (100% public), via ses filiales de gestion d’actifs, détiennent des participations dans RWE.

3. Le Dakota Access Pipeline, symbole de la lutte des Amérindiens

La lutte des Sioux du Dakota contre cet oléoduc a retenu l’attention du monde entier pendant plusieurs mois. Bloqué par l’administration Obama, le projet a ensuite été relancé par l’administration Trump. Le campement des opposants a été évacué par la force. Au-delà de la lutte entre intérêts pétroliers et populations autochtones décidées à défendre leurs terres ancestrales, l’enjeu du Dakota Access Pipeline (DAPL) est aussi climatique. Gazoducs et oléoducs jouent en effet un rôle crucial pour permettre le transport et la commercialisation des énergies fossiles – ils contribuent à les rendre économiquement viables. C’est pourquoi ils sont devenus, avec la lutte contre le Keystone XL, l’une des principales cibles des militants du climat. En l’occurrence, le DAPL est directement lié à l’exploitation des gisements de pétrole de schiste du Dakota.

Les grandes banques privées françaises ont contribué au financement de ce projet et des entreprises qui le portent (lire notre article). Certaines d’entre elles s’en sont d’ailleurs désengagées, sous la pression des écologistes. Mais il s’avère que des institutions financières publiques françaises – en l’occurrence le Fonds de réserve pour les retraites – ont elles aussi financé les firmes en question, Energy Transfer Partners et Sunoco.

Le rôle des fonds publics français : Le Fonds de réserves pour les retraites a souscrit pas moins de huit obligations d’Energy Transfer Partners, pour un montant total de 14,03 millions d’euros, à quoi s’ajoutent 1,58 million sur une obligation de Sunoco.

4. Yamal LNG, un méga projet gazier dans l’extrême nord de la Russie

La péninsule de Yamal, au cœur de l’Arctique russe, subit de plein fouet les effets du réchauffement, la fonte du permafrost y entraînant explosions gazeuses et libération de bactéries mortelles. Elle est aussi le théâtre d’une nouvelle ruée gazière, avec pour projet phare Yamal LNG, inauguré officiellement par Vladimir Poutine quelques jours à peine avant le « One Climate Summit ». À 600 kilomètres au nord du cercle polaire, ce projet consiste en plusieurs sites de forage et un terminal de liquéfaction du gaz en vue de son exportation vers l’Asie et l’Europe, au moyen d’énormes navires brise-glace. Ce projet est porté par le russe Novatek, le français Total et une firme pétrolière chinoise. Comme les autres majors pétrolières, Total mise aujourd’hui toute sa stratégie sur le gaz, présenté de manière trompeuse comme une énergie fossile « plus propre » [3].

Au-delà de Total, nombreux sont les intérêts français gravitant autour de Yamal LNG. Le groupe Vinci est également présent sur le chantier. C’est également un projet crucial pour Technip, l’un des principaux prestataires avec un contrat d’un milliard d’euros, et dont l’actionnaire de référence n’est autre que la Banque publique d’investissement (Bpifrance). Ce qui explique que les deux firmes françaises se soient battues pour la survie de ce projet stratégique malgré les sanctions américaines et européennes contre la Russie (lire notre article). Bpifrance a d’ailleurs soutenu le projet par un autre biais, en apportant à Technip une garantie publique de 350 millions d’euros pour la protéger contre les risques liés à l’exécution du contrat. Un second projet gazier géant, porté par les mêmes acteurs, est déjà sur le point d’être lancé dans la péninsule malgré les émissions de gaz à effet de serre induites et les conflits avec les populations autochtones.

Le rôle des fonds publics français : La Banque publique d’investissement a soutenu la participation de Technip au projet à la fois en tant qu’actionnaire de référence (l’un de ses dirigeants siège au conseil d’administration de l’entreprise) et en apportant une garantie publique de 350 millions d’euros. Ircantec et le Fonds de réserve pour les retraites ont investi près de 300 millions d’euros en actions et en obligations au sein de Total.

5. La nouvelle frontière du pétrole offshore brésilien, du delta de l’Amazone au « pre sal »

Les eaux territoriales du Brésil constituent l’une de ces nouvelles frontières où se décide l’avenir de l’industrie pétrolière. Elles recèlent en effet un immense gisement potentiel, représentant des milliards de barils et pouvant faire du Brésil un nouveau poids lourd du secteur. Problème : ces gisements sont situés en eaux très profondes, et enfouis sous une épaisse couche saline. D’où leur nom de gisements pré-salifères, ou « pre sal » en portugais. Ce qui n’a pas empêché les majors pétrolières du monde entier de se précipiter pour récupérer leur part du gâteau.

Les investissements massifs nécessaires pour exploiter cette ressource ne sont pas étrangers au scandale de corruption qui a ébranlé l’entreprise nationale brésilienne Petrobras, provoquant la chute de la présidente Dilma Rousseff. La privatisation partielle de Petrobras qui s’en est suivie va probablement bénéficier aux multinationales étrangères, notamment Total qui exploite le gisement offshore Libra dans le pre-sal et qui a noué depuis un « partenariat stratégique » avec Petrobras.

Plus au nord, au niveau du delta de l’Amazone, c’est un autre projet de forage pétrolier offshore de la major française et de BP qui crée la polémique. Les deux firmes pétrolières ambitionnent d’exploiter un gisement situé au cœur d’un immense récif corallien qui vient tout juste d’être découvert, et qui abrite une biodiversité aussi rare que fragile [4]. Elles n’ont pour l’instant pas réussi à convaincre l’administration brésilienne que leurs projets ne comportaient pas de risques inacceptables pour l’environnement. L’agence brésilienne de protection de l’environnement (IBAMA) a rejeté fin août leur étude d’impact, jugée insuffisamment précise.

Le rôle des fonds publics français : Ircantec et le Fonds de réserve pour les retraites ont investi près de 300 millions d’euros en actions et obligations de Total. À quoi s’ajoutent environ 100 millions d’euros placés par les deux fonds de retraite dans BP.

6. Le Trans Adriatic Pipeline, le gaz azéri au mépris des droits humains et de la démocratie

Pour les dirigeants européens, le gaz est devenu un enjeu géopolitique majeur – suffisamment important, apparemment, pour fragiliser leurs objectifs climatiques et mettre entre parenthèses les droits de l’homme et la démocratie. C’est ce dont témoigne le projet démesuré du « Corridor gazier sud », un ensemble de gazoducs destiné à acheminer, sur 3500 kilomètres, le gaz des gisements azéris de la mer Caspienne vers l’Europe. Budget total : 45 milliards de dollars, apportés en partie par les banques publiques européennes.

Pour que ce projet voit le jour, les leaders politiques de l’Europe n’hésitent pas à s’associer publiquement au gouvernement de l’Azerbaïdjan, malgré sa répression notoire des opposants et des journalistes. L’industrie gazière européenne, quant à elle, y voit un moyen d’enfermer le vieux continent dans plusieurs décennies supplémentaires de consommation de gaz, malgré l’Accord de Paris (lire notre enquête récente : Sous l’influence des industriels et de leurs lobbies, l’Europe s’enferme dans un carcan de gazoducs et de terminaux méthaniers).

Le troisième et dernier tronçon de ce grand projet, le Trans Adriatic Pipeline ou TAP, doit relier la Turquie au sud de l’Italie à travers la Grèce et l’Albanie. Il est porté par un consortium regroupant Socar, l’entreprise azérie, la britannique BP, l’espagnole Enagas ou l’italienne Snam. Le chantier suscite une vive résistance des riverains et des écologistes, notamment en Grèce et en Italie, où le gouvernement a appelé l’armée à la rescousse contre les manifestants qui protestaient contre le déracinement de dizaines milliers d’oliviers centenaires [5]. En Albanie, c’est une filiale de Vinci qui est en charge du chantier, dans des conditions elles aussi problématiques [Lire cet article].

Le rôle des fonds publics français : Ircantec et le Fonds de réserve pour les retraites ont investi près de 100 millions dans BP, l’un des principaux protagonistes de projets de développement et d’importation en Europe du gaz azéri. Le Fonds de réserve pour les retraites est également lié financièrement à d’autres entreprises impliquées dans le projet, comme l’italienne Snam (près de 70 millions d’euros en actions et obligations), l’espagnole Enagas (environ 39 millions en actions et obligations) et le français Vinci (plus de 47 millions d’euros en actions).

7. Derrière la vitrine « verte » d’Engie et de la royauté marocaine, la centrale au charbon de Safi

Engie fait partie des grandes entreprises qui ont le plus repris à leur compte l’impératif de la transition énergétique. Du moins dans les discours. De l’Australie à la Pologne, elle a revendu – mais non fermé, ce qui seul aurait un bénéfice climatique réel – une grande partie de ses centrales électriques au charbon, la plus polluante des sources fossiles. En revanche – sans que la direction de l’entreprise ne le mentionne dans sa communication officielle –, Engie est toujours engagée dans une nouvelle centrale charbon de 1386 MW de puissance, qui doit entrer en opération l’année prochaine dans la ville portuaire de Safi, au Maroc. L’entreprise française est associée dans cette opération à Nareva, une firme appartenant à la famille royale marocaine. Tout comme la France, le Maroc et son roi, qui ont organisé la COP22 il y a un an, s’affichent volontiers en hérauts du climat et de la transition énergétique. Engie et Nareva se sont d’ailleurs associés pour développer des projets dans tout le continent africain.

Pour autant, le Maroc continue parallèlement à miser sur les énergies fossiles, comme en témoigne la centrale de Safi, qui pourrait voir sa capacité encore doublée à l’horizon 2020. Les habitants de la ville, qui subissent déjà au quotidien les impacts de l’industrie des phosphates et du ciment, lesquels ont quasiment annihilé le secteur local de la pêche, verront désormais s’y ajouter la pollution issue de la centrale électrique.

Le rôle des fonds publics français : L’État français détient 24 % d’Engie, la Caisse des dépôts et sa filiale CNP Assurances en détiennent près de 4%. À quoi s’ajoutent des investissements significatifs aussi bien du Fonds de réserve pour les retraites que de l’Ircantec. Egis, filiale de la Caisse des dépôts, a participé à l’agrandissement du port de Safi pour qu’il puisse recevoir les millions de tonnes de charbon sud-africain nécessaires au fonctionnement de la future centrale.

8. TransMountain, un nouvel oléoduc géant pour les sables bitumineux canadiens

Keystone XL, Énergie Est, et maintenant TransMountain Expansion Project. Tous ces projets d’oléoducs géants au Canada, tous fortement contestés, ont un objectif commun : faciliter l’exportation du pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta vers les marchés américains, asiatiques et européens, et permettre ce faisant le triplement de la production dont rêvent les multinationales pétrolières. Or les sables bitumineux, en plus de provoquer une vaste désolation environnementale et sociale autour de leur zone de production (lire notre enquête Comment transformer un paradis boréal en un enfer boueux et toxique : grâce aux sables bitumineux), sont l’une des sources fossiles les plus émettrices de gaz à effet de serre, déversant des tonnes de carbone dans l’atmosphère.

Si les oléoducs Keystone XL et Énergie Est ont été bloqués provisoirement, les travaux ont commencé sur le TransMountain, un projet de l’entreprise Kinder Morgan qui doit relier l’Alberta au port de Vancouver. Et ce, en dépit de l’opposition résolue des Premières nations et de la ville de Vancouver. La construction d’une partie de l’oléoduc a été confiée, là encore, au groupe français Vinci.

Le rôle des fonds publics français : Le Fonds de réserve pour les retraites est lié financièrement à Kinder Morgan (environ 21 millions d’euros en actions et obligations) et Vinci (plus de 47 millions d’euros en actions).

9. Du Sahara algérien aux Pyrénées, une nouvelle route du gaz

L’Algérie apparaît comme l’un des partenaires privilégiés des dirigeants européens et des multinationales pour réduire la dépendance du vieux continent envers le voisin russe. Frappé de plein fouet par la chute du cours des hydrocarbures, et confronté à la baisse programmée de ses gisements historiques, le régime algérien vient de relancer l’exploitation du gaz de schiste. Début 2015, des premiers forages par fracturation hydraulique dans le sud saharien – à propos desquels le nom de Total avait été cité - ont donné naissance à un important mouvement social, qui a forcé les autorités à reculer provisoirement (lire notre enquête d’alors).

Écouler ce gaz vers l’Europe implique la construction de nouvelles infrastructures. C’est par exemple le gazoduc Galsi reliant l’Algérie à l’Italie (et à la Corse), dont l’un des principaux protagonistes n’est autre qu’EDF, via sa filiale Edison. Autre projet problématique : le gazoduc MidCat entre l’Espagne et la France, dont l’objectif est de permettre d’écouler vers le reste de l’Europe le gaz arrivant massivement d’Algérie – ou du Nigeria – dans les gazoducs et les terminaux méthaniers espagnols. Le chantier du MidCat a été provisoirement bloqué dans les Pyrénées catalanes, du fait de l’opposition locale mais aussi des doutes de certains acteurs français. L’Espagne et la Commission européenne continuent à se démener pour que ce projet voit finalement le jour, ce qui ne manquera pas d’accélérer les développements gaziers en Algérie.

Le rôle des fonds publics français : Les deux opérateurs des gazoducs français sont impliqués dans les nouveaux projets d’infrastructures liés à l’approvisionnement en gaz algérien. Le premier, GRTgaz, est propriété à 75% d’Engie (24% État français, 4% CDC et CNP) et à 25% de la CDC et de ses filiales. Le second, TIGF, est détenu à 18% par EDF (84% État français). EDF est par ailleurs directement impliquée via sa filiale Edison dans le gazoduc Galsi. Enfin, le Fonds de réserve pour les retraites a investi dans deux autres acteurs européens de ces projets, l’italienne Snam et l’espagnol Enagas.

10. Coral, une nouvelle manne gazière au large du Mozambique

Depuis la découverte en 2012 d’un immense gisement au large de ses côtes, le Mozambique se rêve en puissance gazière. Avec 5 000 milliards de m3 estimés dans le nord du pays, ses réserves seraient les troisièmes d’Afrique après celle de l’Algérie et du Nigeria. De quoi alimenter pour des années les marchés des pays industrialisés. C’est l’entreprise pétrolière italienne Eni qui a pris les devants pour exploiter cette ressource, avec Coral South LNG, un projet associant six puits de forage et une plateforme de liquéfaction flottante, qui pourrait produire plus de 3,3 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an. Le tout est déjà vendu, à BP en l’occurrence, dans le cadre d’un contrat d’approvisionnement pour 25 ans.

C’est donc à nouveau un projet « frontière », ouvrant l’accès à des gisements offshore en eaux très profondes comportant de nombreux défis techniques. Le gouvernement du Mozambique n’a pas ménagé ses efforts pour que ce projet se réalise, offrant de multiples facilités et exemptions à Eni et à ses partenaires. Partenaires parmi lesquels on retrouve, une nouvelle fois, l’entreprise française Technip, qui aura la charge de l’ingénierie, la fourniture des équipements, la construction, l’installation et la mise en service et le démarrage de l’unité flottante de liquéfaction. Technip a demandé à son actionnaire Bpifrance une garantie publique à l’export, comme celle dont elle bénéficie pour le projet Yamal LNG (voir ci-dessus).

Le rôle des fonds publics français : La Banque publique d’investissement soutient la participation de Technip au projet en tant qu’actionnaire et potentiellement en apportant une garantie publique. Ircantec et le Fonds de réserve pour les retraites détiennent près de 60 millions d’euros en actions et obligations Eni.

11. La centrale de Thabametsi, comment l’Afrique du sud s’obstine dans le charbon

 

90% de l’électricité en Afrique du Sud provient du charbon. Le pays est par ailleurs l’un des principaux producteurs au monde de cette ressource fossile, dont il extrait environ un quart de milliard de tonnes par an. Pas étonnant que son gouvernement, et les grands groupes miniers qui exploitent les mines de charbon sud-africaines, soient décidés à maintenir le secteur en activité malgré les impératifs climatiques. Ce dont témoigne le projet de nouvelle centrale charbon de Thabametsi, dans le bassin minier du Waterberg, au nord du pays. D’une capacité de 630 MW, cette centrale brûlerait 3,8 millions de tonnes de charbon par an à plein régime, rejetant 10 millions de tonnes de carbone par an dans l’atmosphère, soit l’équivalent des émissions de CO2 d’un petit pays industrialisé comme le Luxembourg. Le projet a d’abord été porté par Engie (alors GDF Suez), qui l’a abandonné en 2015. Mais il a depuis été repris par l’entreprise japonaise Marubeni.

Le rôle des fonds publics français : La Caisse des dépôts et consignations possède des actions dans au moins un opérateur de mines de charbon en Afrique du Sud, Anglo American. Le Fonds de réserve pour les retraites détient 2,4 millions d’euros en actions de Marubeni, ainsi que des participations dans Anglo American et Glencore (également opérateur de mines de charbon en Afrique du Sud).

12. L’aide au développement française va-t-elle financer une centrale charbon en Chine ?

 

Le sort des équilibres climatiques planétaires se joue, pour une bonne partie, en Chine. Le pays, qui avait énormément augmenté sa consommation de charbon depuis 20 ans pour accompagner son développement économique, s’efforce désormais de changer de cap, en investissant massivement dans les renouvelables. Les projets de nouvelles centrales au charbon restent cependant nombreux en Chine.

C’est dans ce contexte que l’Agence française de développement (AFD) envisage d’accorder un prêt de 41 millions d’euros à l’entreprise Xinjiang Tianfu Energy, en vue de la construction d’une unité de cogénération en marge d’une centrale de charbon de 660 MW dans la ville de Shizhen, dans le nord de la province du Xinjiang. Ce prêt est officiellement présenté par l’AFD comme une contribution à la transition énergétique, au motif qu’il permettra d’optimiser la consommation de charbon dans la centrale. Cependant, selon une note interne de l’institution révélée par Mediapart, ce projet « reviendrait à pérenniser l’utilisation d’une centrale à charbon, ce qui pourrait être interprété comme le financement de ce secteur ». Le tout dans un contexte de répression des minorités ethniques du Xinjiang par le gouvernement de Pékin, qui a placé la province sous tutelle économique et militaire directe, à travers des entreprises publiques ou parapubliques comme Xinjiang Tianfu Energy.

Le rôle des fonds publics français : L’Agence française de développement (AFD) envisage un prêt de 41 millions d’euros à l’entreprise Xinjiang Tianfu Energy

Olivier Petitjean et Barnabé Binctin

Photo de une : © Eros Sana / Basta !
Eni CC (Goliat) ; Junep A CC (Hambach) ; © ryan vizzions (DAPL) ; Kremlin CC (Yamal) ; Greenpeace (Brésil) ; Albinfo CC (TAP) ; mhobi CC (Safi) ; US Geological Survey (Trans Mountain) ; Adam CC (Algérie) ; Zukiman Mohamad CC (Coral) ; Bert Kaufman CC (Thabametsi) ; Lhoon CC (Chine).

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Notes

[1] Une ambition qui unit représentants de la finance publique et privée et certains environnementalistes, comme en témoigne la tribune commune dans Le Monde signée l’année dernière par Gérard Mestrallet (Engie, Paris Europlace), Pierre-René Lemas (Caisse des dépôts), Pascal Canfin (WWF) et Philippe Zouati (Natixis).

[2] Voir à ce sujet la récente note d’Attac sur les obligations vertes : La « finance verte » est-elle vraiment verte ?

[3] En réalité, en tenant compte des fuites de méthane (notamment lorsqu’il s’agit de gaz non conventionnel), un gaz bien plus nuisible pour le climat que le CO2, le gaz est potentiellement tout aussi sale que le charbon. Voir ici et .

[4] Voir le reportage du Monde.

[5] Voir notre article.

Brasseurs et malteurs font mousser mille bières artisanales face à la domination des marques industrielles

 

par Sophie Chapelle

La suprématie des bières industrielles, vendues quasiment partout, va-t-elle bientôt décliner ? Les brasseries artisanales se multiplient en France. L’hexagone compte aujourd’hui près de 1100 brasseries, contre une trentaine dans les années 80. Une majorité explorent des produits simples, naturels et artisanaux, élaborés en petite quantité et distribués localement. Avec 185 établissements brassant blondes, ambrées, brunes ou blanches, la région Auvergne - Rhône-Alpes est à l’avant-garde. Peu à peu, une filière locale, de la céréale jusqu’au recyclage des sous-produits, en passant par le maltage, prend forme. Reportage.

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