Ecologie

L’Amazonie, convoitée par l’agrobusiness et l’industrie minière, en danger imminent avec l’élection de Bolsonaro

Par Rachel Knaebel

 

Le nouveau président brésilien élu ce 28 octobre a multiplié les annonces visant directement l’Amazonie, les défenseurs de l’environnement et les communautés autochtones. Jair Bolsonaro veut la fin des démarcations de terres indigènes et ouvrir de larges zones de forêts à l’exploitation minière et à l’agrobusiness, des secteurs économiques qui ont appuyé sa candidature. Si l’élection de Bolsonaro, et la violence qu’il attise par ses discours, constituent une menace directe pour la vie des communautés locales, l’avenir de l’Amazonie nous concerne tous : l’accélération de sa destruction aura de lourdes conséquences sur l’équilibre climatique de la planète.

« Bolsonaro est une menace pour la planète », prévenait entre les deux tours de l’élection brésilienne la journaliste brésilienne Eliane Brum dans les colonnes d’El Pais Brasil. Parce que le nouveau président du Brésil, Jair Bolsonaro, ancien militaire, élu dimanche 28 octobre avec 55 % des suffrages exprimés, menace la démocratie dans le cinquième plus grand pays du monde. Mais aussi parce qu’il représente un danger direct pour le climat, et donc, pour le monde entier.

Le nouveau président élu – qui doit entrer en fonction en janvier – a déjà annoncé qu’il voulait retirer le Brésil de l’Accord de Paris sur le climat. Avant de tempérer ce refus : le Brésil respecterait l’Accord de Paris si on lui laissait les mains libres sur l’Amazonie. C’est bien là le cœur de son programme en matière de destruction de l’environnement : le politicien d’extrême droite a multiplié les déclarations qui laissent craindre le pire pour l’Amazonie brésilienne, ses forêts et ses réserves d’eau douce.

Le programme de Bolsonaro prévoit la mise sous tutelle de l’environnement par le ministère de l’Agriculture. Cette « fusion » aura pour conséquence de soumettre encore davantage la défense de l’environnement aux intérêts de l’agrobusiness, puissant secteur économique au Brésil. De vastes cultures de soja – souvent OGM, exportées ensuite vers l’Amérique du Nord et l’Europe – remplacent progressivement l’écosystème amazonien et participent à la déforestation.

Violences contre les agences de protection de l’environnement

Bolsonaro soutient aussi l’ouverture de larges zones de l’Amazonie à l’exploitation minière. Il conteste les mesures de protection des terres indigènes et des quilombolas, ces communautés de descendants d’esclaves affranchis. Les députés et sénateurs dits « ruralistes » élus au parlement comptent sur le nouveau président pour défendre leurs intérêts face aux communautés amérindiennes et aux dépens de l’intérêt général de la planète.

Quelques jours avant l’élection présidentielle, ce groupe d’élus issu de différents partis de droite qui représentent l’agrobusiness au parlement brésilien, avait officiellement annoncé son soutien à Bolsonaro. Suite aux élections législatives du 7 octobre, les élus ruralistes peuvent désormais compter sur 115 députés et sénateurs. Sans oublier les nouveaux élus du parti de Bolsonaro, le PSL, qui est devenu le deuxième groupe politique à la chambre des députés avec 52 élus, juste derrière celui du Parti des travailleurs (gauche).

« C’est une crise totale pour l’Amazonie, juge Christian Poirier, directeur de l’ONG Amazon Watch. Pendant la période électorale, il y a déjà eu un effet Bolsonaro, avec une augmentation de 40 % du déboisement dans la forêt amazonienne. Les mafias du bois ou les orpailleurs illégaux se sentent déjà tout permis depuis un moment, avec cette perspective d’avoir Bolsonaro comme président. Ils pensent qu’ils peuvent agir impunément. Et de fait, Bolsonaro a annoncé qu’il interdirait aux agences environnementales de punir les déboisements illégaux. »

Entre les deux tours, le 20 octobre, des agents de l’agence fédérale de protection de l’environnement Ibama (Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles) ont été agressés dans la région du Rondônia, pendant une opération de lutte contre la déforestation illégale. Leurs voitures ont été brûlées. La veille, des agents de l’Institut de conservation de la biodiversité (l’ICMBio, Instituto Chico Mendes de Conservação da Biodiversidade) avaient été victimes d’une embuscade dans l’État du Pará, lors d’une opération de contrôle de la déforestation.

« L’agrobusiness attend qu’un Bolsonaro détruise les protections environnementales »

Déjà plus de 20 % de la forêt amazonienne – dont près des deux tiers se trouvent au Brésil – a été détruite, alors que la zone joue un rôle essentiel dans la régulation du climat mondial. Dans le bassin du fleuve Xingu, l’une des zones les plus convoitées à l’Est de l’Amazonie, plus de 100 000 hectares de forêt ont été rasés en dix mois, soit l’équivalent d’un département comme le Val d’Oise [1]. Avec Bolsonaro au pouvoir, cette déforestation risque de prendre des dimensions bien plus dévastatrices et rapides. Avec des effets potentiellement dramatiques sur les populations locales, et le climat mondial.

« Bolsonaro a dit qu’il voulait en finir avec les démarcations de terres indigènes. Mais il veut aussi ouvrir à l’exploitation minière et à l’agrobusiness de larges zones de l’Amazonie protégées pour des raisons environnementales », souligne Christian Poirier. L’an dernier, le gouvernement de Michel Temer, le président intérimaire (droite) avait déjà tenté d’ouvrir à l’exploitation minière, par simple déchet, un parc naturel de l’Amazonie aussi large que la Suisse (voir notre article). Il avait été obligé de reculer face aux protestations et à une décision de justice. « Je ne pense pas que Bolsonaro sera sensible à ce type de pressions. Ils se sent totalement libre d’attaquer ce type de réserves naturelles, craint Christian Poirier. Il veut exploiter l’Amazonie avec les Nord-américains. Il y a déjà une entreprise canadienne qui souhaite exploiter de l’or en Amazonie, des multinationales de l’agrobusiness sont aussi sur les rangs. Ils attendent qu’un Bolsonaro détruise les protections environnementales. »

Les populations autochtones « en danger »

Les populations locales d’Amazonie sont déjà les premières exposées aux conséquences environnementales des grands projets énergétiques, comme le barrage du Belo Monte (lire le dossier de notre Observatoire des multinationales), ou miniers, comme le projet de mine d’or de Belo Sun, une entreprise canadienne. Des cas réguliers de pollutions de l’eau sont déjà constatés de la part d’entreprises industrielles et minières européennes, comme la française Imerys et la norvégienne Norsk Hydro (lire notre article « Polluées, menacées, déplacées : ces communautés amazoniennes aux prises avec des multinationales européennes »). Ces atteintes déjà graves à l’environnement risquent bien de se multiplier.

« Bolsonaro a annoncé la reprise des projets de barrages hydroélectriques, alors qu’ils avaient été suspendus. Cela aussi est très inquiétant », souligne Gert-Peter Bruch, de l’ONG Planète Amazone. « Certes, pour la première fois à des élections présidentielles, il y avait une candidate indigène à la vice-présidence [Sonia Guajajara, aux côté de Guilherme Boulos, pour le parti de gauche PSOL], et une députée indigène élue au Congrès [Joênia Wapichana, élue pour le parti écologiste Rede]. Mais les luttes indigènes subissent de plus en plus la répression depuis la destitution de l’ancienne présidente Dilma Roussef. Les processus de démarcation des terres indigènes sont au point mort. Cette année, on devrait commémorer les 30 ans de la constitution brésilienne de 1988, constitution qui permet aux populations autochtones de se faire entendre. Mais aujourd’hui, avec l’élection de Bolsonaro, cette constitution est en danger. » Et les droits des populations indigènes avec elle.

« Nous allons nous battre comme nous le faisons depuis 518 ans »

Le colistier de Bolsonaro, le général Hamilton Mourão, a déclaré pendant la campagne vouloir faire adopter une nouvelle constitution, sans assemblée constituante. Bolsonaro a aussi annoncé « en finir avec l’activisme environnemental », ne plus laisser « un centimètre de terre démarqué pour les réserves indigènes » tout en libéralisant le port d’armes (lire notre article à sujet). Cela risque fort de favoriser les attaques et assassinats contre les activistes amérindiens et les défenseurs de l’environnement. En 2017, 57 défenseurs de l’environnement et des terres indigènes avaient été assassinés au Brésil, la plupart dans les territoires amazoniens. Ce qui fait du Brésil, avant même l’élection de Bolsonaro, le pays le plus meurtrier en la matière [2].


« Nous craignions que la situation empire. Bolsonaro fomente la haine et la violence contre les populations indigènes, avec un discours qui nous accuse d’être un obstacle au développement, ignorant notre contribution à l’équilibre de l’environnement. Alors que nous savons que nos territoires aident à la stabilité climatique et que notre préservation de ces écosystèmes est bénéfique à tout le monde, a réagi dans une déclaration Dinamã Tuxá, coordinateur de l’Association des populations indigènes du Brésil (Apib). Son discours donne à ceux qui vivent autour des territoires indigènes le droit de pratiquer la violence et de tuer impunément. Bolsonaro représente l’institutionnalisation de la violence au Brésil. Nous allons résister à cette haine en protestant dans les rues et par la justice. Nous allons nous battre comme nous le faisons depuis 518 ans », et le début de la colonisation du Brésil par les Européens. « Bolsonaro représente le profil d’une grande partie des Brésiliens, qui n’acceptent pas les peuples indigènes », précise Luiz Eloy Terena, de l’Apib.

Pour Christian Poirier, d’Amazon Watch, c’est aussi aux Européens et aux Nord-Américains d’agir pour l’Amazonie : « Nous, Européens et Américains du Nord, nous avons une responsabilité. Nous devons envoyer un message clair aux acteurs de la déforestation en Amazonie. Il faut viser les gros acteurs du négoce de soja d’Amazonie, et s’adresser aux investisseurs pour qu’ils arrêtent de mettre de l’argent dans des activités qui détruisent l’Amazonie. Il faut un mouvement contre les investisseurs. »

Rachel Knaebel

Lire aussi :

- Polluées, menacées, déplacées : ces communautés amazoniennes aux prises avec des multinationales européennes

 

Notes

[1] Alerte lancée par l’Institut socio-environnemental.

[2] Voir le recensement annuel de l’ONG Global Witness.

Du ministère de l’impossible à celui de l’imposture

 

Par Gérard Charollois

En France, dans le régime institutionnel issu de l’actuelle constitution, tout pouvoir émane de la présidence de la république, faisant de ce pays une monarchie élective avec son chef, ses courtisans, ses obligés, ceux que le chef récompense pour leur docilité et ceux qui espèrent que leur soumission servile leur vaudra une promotion.

En France, la chasse, l’élevage, l’agrochimie s’organisent, plus qu’ailleurs en lobbies corporatistes artificiellement entretenus bien au-delà de ce qu’ils représentent démographiquement dans la société. En France comme partout ailleurs en revanche, la secte « libérale » célèbre le culte de l’entreprise privée, de la promotion, de la croissance spéculative et non qualitative, sacrifiant les intérêts écologiques et sociaux à la loi du Marché. En France, le ministère de l’Environnement, dit de l’Écologie, est celui qui subit le maximum de pression des lobbies et des petits intérêts sordides d’oligarques en mal d’opérations lucratives menées au détriment des milieux naturels. Homme de convictions, Nicolas Hulot, fort de l’immense sympathie de ses concitoyens, crut pouvoir imposer tant aux lobbies qu’à la secte « libérale », les changements indispensables pour préserver la viabilité de la terre et le maintien de la biodiversité, des avancées de la condition animale.

Il a échoué et le monarque électif invita son ami Thierry Coste, lobbyiste de la chasse et des armuriers, à une réunion le lundi 27 août, provoquant un sursaut de dignité de son ministre et son départ. Amis lecteurs, vous le saviez puisque je vous ai exposé le scénario, un an à l’avance. Pour attirer dans ses filets le populaire Nicolas Hulot, le monarque lui promit l’abandon de l’aéroport Nantais et rien d’autre. Il faut se réjouir de cet abandon mais constater que des milliers d’hectares disparaissent chaque mois sous l’asphalte et le béton et que la faune demeure soumise aux exactions des chasseurs, premiers destructeurs choyés par le monarque. Non, hélas, le départ de Nicolas Hulot n’éveillera pas les consciences des politiques, puisqu’ils en sont dépourvus et son seul mérite sera d’ébranler le pesant sommeil des spectateurs de la vie publique qui s’imaginaient que le « Macronisme » (traduisez le thatchérisme) était soluble dans l’écologie et le social.

En contribuant à la chute de popularité du régime, la démission de Nicolas Hulot n’aura pas été vaine. On ne fait pas de l’écologie avec les amis du lobby chasse, avec la finance qui veut des montagnes d’or, des autoroutes, des lotissements partout. Un nouveau ministre s’imagine honoré d’accepter une charge lui conférant moins de pouvoir qu’un Colbert ou un Turgot, ministres d’Ancien Régime. Que fera-t-il ? Il recevra les amis du président avec le respect qui s’impose et rien ne changera. Une infime minorité exercera son emprise mauvaise sur ce pays en violation des aspirations majoritaires. La nature sera massacrée, l’animal torturé, la démocratie bafouée par la loi des lobbies. J’exècre les lynchages et les dénigrements dirigés contre les personnes car seuls importent les faits et le grand combat des idées. Aussi, je m’abstiendrai de toute critique à l’encontre de François de Rugy. Je m’en tiendrai aux faits, sans le moindre commentaire.

Ce militant écologiste adhéra au parti Les Verts et fut élu député de cette formation en Loire-Atlantique. En 2015, il se sépare de son parti et soutient le gouvernement de Manuel Valls dont il souhaiterait être ministre. En janvier 2017, il signe la charte de la primaire de la « belle alliance populaire » et concourt à cette primaire en s’engageant à soutenir celui qui en sortirait vainqueur. Toutefois, il refuse ce soutien à Benoît Hamon et se rallie à Emmanuel Macron. Le parti du président détenant la majorité absolue à l’Assemblée Nationale le porte à la présidence de cette assemblée. La fédération nationale des chasseurs se réjouit de sa nomination au ministère de l’Écologie. Qu’en pensent les 84 % des Français qui souhaitent l’abolition de la chasse à courre ? Quelles conséquences de ces gesticulations politiciennes pour les millions d’alouettes, de grives, d’oiseaux d’eau exterminés par les « gestionnaires de la faune » ? Puisqu’en cinquième république, seul compte la volonté du monarque, les ministres étant sur des sièges éjectables, pour sauver l’arbre, l’animal et l’homme, le temps n’est pas venu. Dans les médias, les fumigènes s’agiteront pour vous parler de "transition énergétique", de "volonté de changements", de "climat". Dans les faits, rien ne sortira aussi longtemps que les lobbies gangrèneront l’État.

J’entends bien : il y a des contraintes économiques, techniques, sociales pour orienter autrement la politique énergétique. Mais, pour protéger nos oiseaux, pour interdire la torture des blaireaux par la vénerie, il suffirait d’un peu de courage et de dignité. Mais cela ne fleurit guère dans les allées du pouvoir !

Gérard Charollois

ecologie-radicale.org

Le soupçon... par Allan Barte

Les dossiers sur la table du prochain ministre de l’Écologie

Cet article de Reporterre a été publié avant qu'on apprenne le nom du remplaçant de Nicolas Hulot. Un article pour réfléchir. Mais avec de Rugy, on ne risque pas d'être déçus.

Marie Astier (Reporterre) et Émilie Massemin (Reporterre)   

Quels dossiers attendent le nouveau ministre de l’Écologie ? Pesticides, nucléaire, biodiversité, budget 2019… Reporterre liste les défis à relever par le remplaçant de Nicolas Hulot.

Nicolas Hulot ne voulait plus se contenter des « petits pas ». Le nouveau — ou la nouvelle — ministre parviendra-t-il à en faire de plus grands ? Pour démontrer son ambition écologique, il pourra s’investir dans les nombreux dossiers laissés par son prédécesseur. Reste à voir si le contexte gouvernemental, qui change peu, lui en laissera l’occasion… On lui souhaite bon courage.

Le budget, le nerf de la guerre

L’écologie sera-t-elle gagnante dans le budget 2019 de l’État ? Les premières lignes qui se dessinent ne semblent pas aller dans ce sens. Selon le Canard enchaîné du mercredi 29 août, la semaine précédant sa démission, Nicolas Hulot aurait cédé à la colère en apprenant que le Premier ministre prévoit de ponctionner 200 millions d’euros à l’écologie pour les reverser à… l’Agence de financement des infrastructures, qui investit notamment dans les nouvelles autoroutes ! Sans doute un signe que, comme en 2018, le budget des Agences de l’eau, normalement destiné à la préservation des milieux aquatiques et à la qualité de l’eau, sera ponctionné en 2019 pour renflouer les caisses de l’État.

Autre sujet financier majeur : alors que « la hausse de la fiscalité sur le carbone a été actée l’année dernière, la question de l’affectation à la transition énergétique de cette fiscalité, qui représentera en 2019 près de 10 milliards d’euros, n’a toujours pas été tranchée », s’inquiète l’Association des collectivités territoriales et des professionnels (Amorce). « La tendance actuelle laisse donc présager une utilisation de plus en plus importante des taxes environnementales pour équilibrer le budget de l’État, et pas pour réussir la transition écologique », estime-t-elle.

Énergie et transports : l’avenir du nucléaire et du vélo en suspens

Elle orientera les politiques énergétiques de la France pour la période 2023 - 2028 : il s’agit de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui doit mettre en œuvre des objectifs à la fois fortement symboliques et transformateurs, inscrits dans la loi de transition énergétique : réduction de la part du nucléaire, hausse de la part des énergies renouvelables à 32 % en 2030, réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % en 2030 par rapport à 1990, etc.

Selon le calendrier initial, la PPE finale devait être présentée d’ici la fin de l’année 2018. Mais le gouvernement a pris du retard : le brouillon du décret, originellement prévu pour le mois de juillet, n’a toujours pas été dévoilé. Le Premier ministre l’a finalement promise pour cet automne.

Point très sensible de cette PPE, la place du nucléaire. Le ou la successeur de Nicolas Hulot devra tenir tête à EDF, qui a réitéré en mai son intention de ne fermer aucun réacteur d’ici 2029 hormis ceux de Fessenheim, de prolonger la durée de vie de certaines centrales jusqu’à soixante ans et de déployer en France un nouveau type d’EPR. L’ex-ministre de la Transition écologique a échoué à cet exercice. En novembre dernier, il avait dû annoncer qu’il serait « difficile de tenir le calendrier » prévu par la loi de réduire la part du nucléaire à 50 % d’ici 2025, sans présenter de nouvelle échéance. En janvier, la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), une administration du ministère, avait délibérément écarté les scénarios d’une sortie rapide du nucléaire proposés par Réseau d’électricité de France (RTE). Et un rapport commandé au printemps par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, et Nicolas Hulot, évoqué par le quotidien Les Échos du 30 août, prône la construction de six nouveaux EPR à partir de 2025 — alors que le chantier de Flamanville (Manche) accumule surcoûts et malfaçons (problème de cuve, de soudures, etc.).

Autre dossier atomique sur le bureau du prochain — ou de la prochaine — ministre de la Transition écologique et solidaire, la gestion des déchets radioactifs, alors que plus d’un million de mètres cubes de ces substances ultradangereuses sont entassées sur le territoire. Le gouvernement doit participer à la définition d’un nouveau Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR) pour la période 2019-2021. Un débat public sur ce thème avait été annoncé pour ce mois de septembre, mais la Commission nationale du débat public a indiqué le 29 août à Reporterre qu’il subsistait un « flou » sur les dates. Ce débat devrait être l’occasion d’aborder le projet d’enfouissement des déchets radioactifs en couche géologique Cigéo à Bure (Meuse). Mais aussi l’avenir de l’usine de retraitement de La Hague (Manche) et de la filière française de recyclage des combustibles nucléaires usés, pointées dans un rapport parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires rendu public en juillet dernier.

Les transports également ne sont pas arrivés à l’heure. Le projet de loi d’orientation sur les mobilités (LOM) était annoncé pour le printemps 2018… Les premiers éléments du texte n’ont finalement été connus qu’au début de l’été, et celui-ci n’est pas encore passé en Conseil des ministres. Quelle place pour l’alternative à la voiture ? Comment rendre le transport de marchandises plus propre ? Le train et surtout le vélo sont, selon les associations écologistes, pas assez considérés par le gouvernement. Une réunion autour du futur Plan vélo était annoncée pour la rentrée. Sans doute attend-on désormais un nouveau ministre pour fixer la date.

Agriculture et alimentation : beaucoup d’annonces à confirmer

Sur ces sujets, beaucoup d’espoirs ont déjà été déçus : la loi issue des états généraux de l’alimentation (pas encore adoptée) est moins ambitieuse que les consensus auxquels étaient arrivés les participants. Ainsi, entre autres, l’interdiction du glyphosate en trois ans n’y figurera pas. Il faut dire que sur ces sujets, Nicolas Hulot avait un obstacle de taille sur sa route, à savoir le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert. « Je ne veux pas passer mon temps dans des querelles avec Stéphane Travert », a déclaré l’ex-ministre de l’Écologie mardi dernier sur France Inter, actant que « la remise en cause du modèle agricole dominant n’est pas là ».

Le nouveau ministre devra donc se battre pour confirmer les quelques avancées obtenues par Nicolas Hulot. Une « task force » sur le glyphosate a été mise en place. Sera-t-il vraiment interdit en France à partir de 2021 ? Y aura-t-il des dérogations et, si oui, seront-elles nombreuses ? Les conditions de mise en œuvre de la promesse présidentielle feront l’objet de toutes les vigilances, et d’âpres combats entre pro et antipesticides.

Les maigres mesures obtenues de haute lutte par les défenseurs de l’écologie dans la loi Agriculture et Alimentation vont devoir aussi être confirmées lors de son dernier passage, en septembre, devant l’Assemblée nationale. Il s’agit de l’obligation d’avoir 50 % de produits « sous signes de qualité » dans les cantines (dont 20 % de bio) et l’extension de l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes aux produits agissant selon les mêmes mécanismes.

Sur le sujet des néonicotinoïdes, d’ailleurs, à noter que si cinq substances sont interdites à partir du 1er septembre, on attend toujours la liste des dérogations, qui pourront durer jusqu’au 1er juillet 2020. Là encore, la bataille est en ce moment rude entre ONG et lobbys des cultivateurs de betteraves et de céréales.

Autre dossier agricole, qui lui en est à ses débuts : les négociations autour de la future Politique agricole commune de l’Union européenne. Les milliards d’euros qu’elle dispense vont-ils servir à réorienter l’agriculture vers plus de durabilité ? Les négociations en cours ne vont pas dans ce sens… Mais la France, en tant que principal bénéficiaire de cette politique, peut peser, si elle le souhaite.

La biodiversité sans défenseur ?

« Tout le monde s’en fiche », avait déploré Nicolas Hulot devant l’Assemblée nationale en mars dernier. Le Plan biodiversité présenté début juillet reste encore à traduire en actes.

Une décision hautement symbolique et polémique doit aussi être confirmée, celle de la réintroduction de deux ourses dans le Béarn. Des éleveurs manifestaient mercredi 29 août pour réaffirmer leur opposition, tandis que les associations de défense du plantigrade s’inquiètent.

Climat : la France donnera-t-elle l’exemple ?

Un rendez-vous important aura lieu à la fin de l’année, avec la COP24 (la 24e Conférence des parties), qui doit à la fois adopter les règles du jeu de l’accord de Paris sur le climat (il fixe comme objectif le maintien du réchauffement climatique en dessous des 2°C) et motiver les pays à augmenter leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En effet, pour l’instant la somme des promesses ne permet pas de passer en dessous de la barre des 2°C.

Dans ces négociations climatiques à 27 pays (26 sans le Royaume-Uni) au sein de l’Union européenne, et à 195 parties à l’échelle internationale, on pourrait croire que la France n’a que peu d’influence. Mais elle a une place symbolique. Elle a présidé la COP21, qui a permis la signature de l’accord de Paris sur le climat. Elle a également un rôle moteur au sein de l’Union européenne, qui elle-même est perçue internationalement comme le continent le plus ambitieux sur les questions climatiques.

La France peut donc au moins montrer l’exemple. Difficile : nos émissions de gaz à effet de serre ont augmenté en 2017. Il va falloir rectifier le tir.

Grands projets inutiles et luttes écologiques

L’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne clôt pas le dossier, loin de là. La question de l’attribution des terres revient sur la table cet automne : iront-elles aux projets alternatifs des écolos et zadistes qui les ont arrachées à Vinci, ou seront-elles redistribuées par les acteurs classiques de l’agriculture conventionnelle ? Si l’on en parle moins au niveau national, sur le terrain, le sujet est explosif.

Autre haut-lieu des luttes écologiques, Bure, dans la Meuse, où l’opposition au projet d’enfouissement de déchets nucléaires combat de longue date. La répression policière et judiciaire a été très sévère. Le nouveau ministre sera aussi jugé à l’aune de son attitude sur ce dossier.

 

Manifestations des opposants au projet Cigéo à Bure (Meuse), le 5 juin 2016.

Encore plus à l’Est, le projet de contournement autoroutier de Strasbourg, malgré de nombreux avis négatifs, a été confirmé le jour même de la démission de M. Hulot, mais les opposants ne se démobilisent pas.

Autre dossier chaud symbolique de l’artificialisation des sols, le projet de mégacentre commercial et de loisirs Europacity, à Gonesse (Val d’Oise). Alors qu’il a été retoqué par le tribunal administratif, l’État l’a relancé en faisant appel. Quelle sera la position du successeur de Nicolas Hulot sur ce dossier ?

 


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