Ecologie

Brasseurs et malteurs font mousser mille bières artisanales face à la domination des marques industrielles

 

par Sophie Chapelle

La suprématie des bières industrielles, vendues quasiment partout, va-t-elle bientôt décliner ? Les brasseries artisanales se multiplient en France. L’hexagone compte aujourd’hui près de 1100 brasseries, contre une trentaine dans les années 80. Une majorité explorent des produits simples, naturels et artisanaux, élaborés en petite quantité et distribués localement. Avec 185 établissements brassant blondes, ambrées, brunes ou blanches, la région Auvergne - Rhône-Alpes est à l’avant-garde. Peu à peu, une filière locale, de la céréale jusqu’au recyclage des sous-produits, en passant par le maltage, prend forme. Reportage.

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Hulot encadré par une cadre de Veolia et un politicien néo-libéral

 

Fabrice Nicolino (Reporterre)

 

Le remaniement gouvernemental a imposé au ministre Hulot deux secrétaires d’Etat au pedigree bien peu environnemental : Mme Poirson a été une responsable de Veolia en Inde, société qui a reçu le prix Pinocchio désignant les multinationales aux mauvaises actions environnementales. M. Lecornu est un jeune politicien proche de Bruno Le Maire, et sans intérêt connu pour la question écologique.

Le remaniement ministériel du 21 juin 2017 change fortement la donne pour le ministre en charge de la Transition écologique, Nicolas Hulot. Car le voilà maintenant flanqué de deux secrétaires d’État, Brune Poirson et Sébastien Lecornu. On ne connaît pas encore leurs attributions précises, mais leur itinéraire commande de poser quelques questions.

Brune Poirson, de Veolia, entreprise lauréate du prix Pinocchio pour son action en Inde

Brune Poirson, 34 ans, est devenue députée du Vaucluse sous l’étiquette REM (République en marche), après avoir battu au second tour Hervé de Lépinau, qui prenait la suite, dans la circonscription, de Marion Maréchal-Le Pen. Sur le site officiel du parti macroniste, où elle présente sa candidature, Brune Poirson note : «Désireuse de participer à la vie publique de mon pays, j’ai intégré Sciences Po à Aix-en-Provence où j’ai acquis une solide connaissance des institutions nationales et régionales de notre pays. Puis je suis partie à Londres pour étudier une année d’études (sic) à la London School of Economics.»

La London School of Economics, cette LSE que tous les étudiants en économie connaissent de réputation, est tenue pour l’une des vitrines intellectuelles du néo-libéralisme dans le monde. L’Autrichien Friedrich Hayek, théoricien et militant de cette école de pensée, y exerça une influence déterminante pendant des décennies, à partir des années Trente du siècle écoulé.

Mais continuons avec l’exposé de madame Poirson : «Puis j’ai été portée par un engagement social. Je me suis engagée (re-sic) en Inde, aux côtés des plus démunis. J’ai été en charge de gérer des projets de distribution d’eau dans les bidonvilles. J’ai pris la mesure de l’importance cruciale de la bonne gestion des ressources environnementales dans le contexte du réchauffement climatique.» La réalité du passage de madame Poirson en Inde peut se lire tout autrement, car elle y été directrice du développement durable et de la responsabilité sociale d’une filiale de Veolia, Veolia Water India, dans la grande ville de Delhi, jusqu’en 2014.

Les habitants des bidonvilles, qui n’étaient pas les seuls destinataires de l’eau distribuée et vendue par Veolia, en ont-ils été satisfaits? Tel n’a pas été l’avis des Amis de la Terre, qui organisent chaque année la remise du «prix Pinocchio du développement durable», destiné à récompenser les entreprises adeptes du storytelling. En novembre 2013, 41 000 internautes ont décerné le prix à Veolia, dans la catégorie «Une pour tous, tout pour moi», pour avoir œuvré à la privatisation de l’eau dans des villes de l’Inde, dont Dehli, avec des effets très discutables sur les populations. Commentaire général des Amis de la Terre, qui reposent selon elle sur des faits inexacts. Elle estime qu’à Delhi, «le consortium [conduit par Veolia] a été sélectionné (…) en fonction de critères strictement techniques et opérationnels, ainsi que financiers avec l’évaluation du coût des travaux».

Sébastien Lecornu, un jeune ambitieux bien à droite

La nomination de Sébastien Lecornu, qui sera donc, lui aussi, secrétaire d’État auprès de Nicolas Hulot, est pour le moins inattendue. Car monsieur Lecornu est avant tout un professionnel de la «politique d’avant», pour reprendre une expression en vogue dans les milieux macronistes. Ce jeune homme de 31 ans a adhéré dès l’âge de 16 ans à l’UMP, puis a rejoint une structure de l’Eure très militante, Jeunes de Droite de la région de Vernon (JDV).

Plus jeune assistant parlementaire de l’Assemblée nationale, il est à 22 ans conseiller de Bruno Le Maire en 2008, quand ce dernier devient secrétaire d’État des Affaires européennes dans le gouvernement de François Fillon.
Monsieur Lecornu commence une carrière au pas de course, devenant maire de Vernon (Eure) et président à 28 ans du conseil départemental de l’Eure, précisément le département de Bruno Le Maire, dont il devient un ami proche. Il codirigera en 2013 la campagne de ce dernier pour la présidence de l’UMP. Président du musée des Impressionnismes de Giverny, président du conseil d’administration du Service départemental d’incendie et de secours de l’Eure, monsieur Lecornu semble ne s’être jamais intéressé à la nature, à l’écologie, à la biodiversité, à la crise climatique, à la qualité de l’air, aux pesticides, à l’agriculture biologique, aux forêts, aux océans, à l’élevage industriel, à la condition animale, à la pollution des rivières et des nappes phréatiques.

Mais que vont-ils faire?

Pour quelle raison le président Macron a-t-il décidé d’adjoindre deux secrétaires d’État à Nicolas Hulot? À ce stade, il est impossible de le savoir. Reporterre a interrogé les services de presse du ministère de la Transition écologique et de Matignon, qui n’ont donné aucune information sur les attributions de ces secrétaires d’Etat.

Mais la personnalité des deux nouveaux venus intrigue. Ne s’agit-il pas d’un encadrement très pensé des futures activités du ministre en titre? Madame Poirson incarne en effet une vision libérale de l’économie, au moment même où cette idéologie est largement mise en cause dans l’aggravation de la crise écologique planétaire. Quant à monsieur Lecornu, son extrême proximité avec monsieur Le Maire, qui est rappelons-le ministre de l’économie – la fameuse «forteresse de Bercy» -, peut faire craindre un retour plus rapide qu’attendu à un «réalisme» budgétaire, nécessairement raboteur de projets ambitieux. Monsieur Hulot est-il encore libre dans son ministère, ou déjà encerclé?


  • Complément d’info : Interrogé vendredi 23 juin sur BFM TV, Nicolas Hulot a précisé le rôle éventuel de ses nouveaux secrétaires d’Etat : "Pour ce qui concerne Brune Poirson, la mer, la biodiversité, les océans sont des sujets qui vont lui être rapidement et spontanément familiers. Quant à notre camarade Sébastien [Lecornu], sa connaissance des territoires est très importante, parce que la transformation écologique, énergétique, agricole, est conditionnée par la dynamique des territoires. Il peut être l’homme du dialogue et de la concertation."

Qu'est-ce qu'on attend ? Vendredi 16 juin à 20h

 Venez voir le film de Marie-Dominique Robin  :QU'EST-CE QU'ON ATTEND

 

                                                        Vendredi  16 juin 2017 20 h

                                                        au Cinéma André Malraux

                                                          25 cours de la république

                                                               à  910140 Bondy

 

Organisé par l'association BONDY ECOLOGIE et suivi d'un débat ;

 

seront présents pour le débat qui suivra :

 

Jean Yves SOUBEN, Vice Président de CPGT (Collectif Pour le Triangle de Gonesse)

qui vous parlera de l'urbanisation prévu de ces terres agricoles les plus proches de Paris et d'un projet alternatif

 

et Grégory DISSOUBRAY Coopérateur ENERCOOP qui répondra à vos questions sur les énergies renouvelables

 

                                            Nous comptons sur vous

Europacity : une lettre ouverte à Nicolas Hulot

 

Par Pierre Sassier

Il s’agit d’un projet pharaonique de parc d’attraction destiné à attirer 30 millions de visiteurs par an – autant que l’ensemble des parcs français, associé à un centre commercial taille XXL qui s’ajoutera à l’offre déjà existante en Ile-de-France. Construit sur les meilleures terres agricoles de la région, il sera situé dans un couloir aérien – là même où le Concorde s’est écrasé en 2000.

Alors même que l’argumentaire des promoteurs est basé essentiellement sur la création d’emplois, les conséquences de ce projet ont suscité, en particulier sur le site du débat public consacré à Europacity, une opposition massive et argumentée, tant de la part des collectivités locales, associations et syndicats que de celle des particuliers qui se sont exprimés sur le projet. Vous vous demanderez peut-être comment les associations et syndicats engagés dans l’opposition au projet peuvent se prononcer contre un projet présenté comme créateur d’emplois sur la région ?

- Parce que les précédents n’incitent guère à la confiance : nous avons à l’esprit l’exemple d’Eurodisney, qui n’a jamais créé le nombre d’emplois promis et vit financièrement sous perfusion de sa maison-mère. Plus récemment, Aéroville, situé près de l’aéroport de Roissy, n’a tenu ses promesses ni en termes de fréquentation, ni en termes d’emplois créés. Le millénaire à Aubervilliers est lui aussi en grande difficulté.

- Parce que le contexte actuel n’est pas favorable à ce genre d’entreprise : Cela s’explique parfaitement bien par le développement des achats en ligne, responsable des taux de croissance faibles de ce secteur : en effet, la fréquentation de ces centres croît de 1 % par an alors que ces centres se développent au rythme de 3 % par an. Les « marchands » suivent donc une « logique » qui leur est propre, celle de croire qu’on peut développer l’offre sans que la demande suive, ce qui est une hérésie sur le plan économique. Nous avons récemment appris que le secteur de la grande distribution aux États-Unis est en grande difficulté, ce qui implique que, comme d’habitude, nous nous décidons à imiter les américains au moment où ceux-ci font le constat que leur modèle « marche » de moins en moins bien.

- Parce que la création d’un centre commercial est synonyme de pertes d’emplois ailleurs : le phénomène a particulièrement touché la ville de Béziers et la Chambre de commerce de l’Hérault a évalué que pour un emploi créé en centre commercial, il y en avait trois qui disparaissent ailleurs, notamment dans les commerces de proximité. C’est ainsi qu’on aboutit à une désertification des centres-villes dont souffrent un grand nombre d’agglomérations.

- Parce que bizarrement, ces emplois détruits ne sont jamais pris en compte dans ces promesses de créations d’emploi : il n’y a d’ailleurs aucune étude sur les répercutions d’Europacity sur les emplois dans les départements limitrophes et pour cause : le comité « d’experts » qui a élaboré le projet a été formé par Auchan, sous la présidence de la famille Mulliez. À la question « qui paie ces experts », posée par un des participants au débat public de 2016, il n’a pas été répondu ! On a donc de sérieuses raisons de créditer ces « études » de la même objectivité qu’un rapport de Servier sur les effets secondaires du Médiator ! L’opposition est d’ailleurs révélatrice d’élus de la Seine-Saint-Denis, à une très grande majorité opposés au projet et d’élus du Val d’Oise, en majorité favorables : ceux qui savent avoir tout à y perdre contre ceux qui croient avoir tout à y gagner. Monsieur le Ministre, l’opposition concurrentielle entre territoires ne fait pas une politique d’aménagement du territoire.

- Parce que ce genre d’activité n’a jamais créé que des emplois précaires, peu qualifiés et mal payés à un moment où le déclin industriel de notre pays prend des proportions alarmantes. La CGT soutient un projet de revitalisation de l’ancien site PSA d’Aulnay, basé sur le développement et la localisation dans la zone d’entreprises « start-up » et de sociétés dédiées à la transition énergétique, qui pourrait s’intégrer dans un projet plus vaste d’aménagement d’un triangle de Gonesse entièrement dédié à l’exploitation agricole par des méthodes respectueuses de l’environnement et de la diversité. Un projet de ce type existe : c’est le projet CARMA, contre lequel le maire de Gonesse a mis son véto. Ce serait pourtant la moindre des choses qu’une question qui intéresse tous les franciliens, et même au-delà, ne soit pas décidée par la baronnie locale et, à travers elle, par les lobbies des affaires !

- Parce que les données récemment analysées par Jacqueline Lorthiois, membre du CPTG, confirment le caractère fallacieux et mensonger de ces promesses de création d’emploi.

Une autre raison d’opposition à ce projet réside dans l’investissement des deniers publics dans le projet : pour la modification des infrastructures routières et ferroviaires liées à Europacity, il a été avancé un budget de un milliard d’euros. C’est beaucoup pour un projet qui ne répond qu’aux besoins des nantis qui fréquenteront ce parc privé, lorsque des manques criants se font sentir ailleurs : justice « en voie de clochardisation » selon la formule de Médiapart, hôpitaux publics au bord de la crise de nerfs, manque d’entretien du réseau ferroviaire, comme en témoigne la catastrophe de Brétigny. C’est aussi beaucoup quand on sait que la famille Mulliez paie ses impôts en Belgique, mais sait se souvenir qu’il existe un État français lorsqu’il s’agit de le mettre à contribution.

Il y a enfin les raisons qui touchent plus particulièrement votre ministère de l’Environnement : ce projet de bétonnage de terres agricoles qui comptent parmi les plus riches d’Ile-de-France n’est que la partie émergée de l’iceberg. C’est, en France, 10 % des terres agricoles qui ont été bétonnées en l’espace de 50 ans. Aujourd’hui, le domaine agricole disparaît au rythme de 60 000 hectares par an et, à ce rythme, c’est une surface égale aux deux départements des Landes et de la Gironde qui auront disparu en 2050. Ce sont des données à prendre avec le plus grand sérieux, car c’est la famine que nous sommes en train de préparer pour les générations futures.

Monsieur le Ministre, vous vous êtes déclaré opposé à la destruction, au profit d’un aéroport, de la zone humide de Notre-Dame-des-Landes. Ce sont les mêmes raisons qui devraient vous pousser à vous opposer à la bétonisation anarchique qu’incarne Europacity : la disparition d’une zone humide à proximité d’une grande ville a une influence défavorable sur son climat. Il est estimé que si Europacity et les projets qui sont situés dans la proximité immédiate voient le jour, la température dans la capitale augmenterait de deux degrés. Ce qui ferait perdre aux parisiens les bénéfices de la COP21, si toutefois celle-ci était couronnée de succès.

Le débat public sur Europacity qui a eu lieu en 2016 a été révélateur : il a d’abord montré une opposition largement majoritaire au projet, tant au niveau des particuliers qui y ont participé qu’à celui des collectivités locales et associations qui se sont exprimées dans un cahier d’acteur. Malgré cela, le consortium Immochan-Wanda poursuit son projet comme si de rien n’était, notamment en allant faire sa propagande dans certaines écoles. Cette tentative de manipulation de la jeunesse n’a que peu à voir avec des cours d’éducation civique et nous voulons ici traduire l’irritation de citoyens qui ne se sentent pas écoutés, même quand ils disent des choses raisonnables.

Certaines données, évoquées dans le site du débat public, nous disent comment cela se passe dans d’autres capitales : Copenhague a adopté un plan de développement urbain en forme de main, la paume représentant le centre-ville et les doigts les zones de développement ; Berlin et Londres ont des densités de population respectives de 3 900 et 5 300 habitants par kilomètre carré, contre 21 000 à Paris intra-muros. Ce qui manque à cette dernière, ce sont les espaces verts -11 % de la superficie contre 40 % à Berlin et à Londres. Pour la qualité de vie des habitants d’Ile-de-France, il serait grand temps de renoncer au schéma de développement haussmannien qui a trop longtemps été le notre.

Dans le domaine de l’aberration, il y a aussi celle qui pourrait coûter des vies humaines : Europacity est, en effet, construit dans la proximité immédiate du site de la catastrophe du Concorde et, pas très loin, il y a eu le crash du Tupolev. C’est donc dans une zone de catastrophe aérienne potentielle, encadrée par deux aéroports et le terrain d’aviation de la Fedex, qu’est projetée la concentration humaine des clients d’Europacity. Si par malheur, la chute d’un avion faisait des victimes, le concepteur et le maire de Gonesse sont-ils prêts à en endosser la responsabilité morale et pénale ? Ou bien, n’ont-ils pas envisagé cette éventualité et diront-ils, comme l’ont fait les édiles de la Faulte-sur-Mer, « c’est la fatalité » ?

Des promesses d’emploi fallacieuses, l’implication du contribuable dans un projet qui ne bénéficiera qu’au concepteur, la destruction de terres agricoles, une démarche contraire à celle de la COP21, l’irresponsabilité des décisionnaires, tout cela nous semble des raisons suffisantes pour manifester une opposition irréductible au projet. Et à vous, monsieur le Ministre de l’Environnement ? Veuillez croire, monsieur le Ministre, à nos plus respectueuses salutations.

blogs.mediapart.fr

De Rémi Fraisse à Nicolas Hulot

 

Par Gérard Charollois

Le 30 octobre 2014, Rémi Fraisse, pacifique botaniste qui militait contre le barrage de Sivens, était tué par l’explosion d’une grenade dite de « désencerclement », tirée dans le dos. Le gouvernement Valls firent également preuve d’une violence policière exacerbée contre les écologistes et les opposants à la torture tauromachique.

Cet homicide participe de ces opérations de brutalités envers les militants et, parfois, de complaisance opportune envers des casseurs bien utiles pour discréditer les mouvements sociaux en lutte contre les régressions. Le meurtre de notre ami sera probablement passé par pertes et profits et nulle investigation ne portera sur les collusions financières entre le département du Tarn et la compagnie chargée de réaliser le barrage incriminé. À Sivens, d’autres militants écologistes furent blessés par les gendarmes mobiles puis par les nervis fascisants du lobby agricole venus casser de l’écolo avec des barres de fer. Une cause sacrée est celle qui mérite notre sacrifice. La nature est sacrée pour nous, n’en déplaise aux aménageurs, aux firmes, aux exploiteurs qui dominent le monde et qui imposent leur prévarication au détriment des impératifs de préservation de la biodiversité.

Lorsqu’un conflit oppose des exigences économiques à des préservations écologiques, les pouvoirs arbitrent presque toujours en faveur des premières. J’accuse certains pseudo-écologistes opportunistes d’avoir participé aux gouvernements complices des grands travaux nocifs, à des gouvernements qui n’ont rien fait en faveur de l’écologie, qui ont tué des loups et soufflé sur l’arriération des agro-cynégétiques. À l’heure où plus clairement encore la finance, le Medef, les milieux d’affaires accroissent leur emprise sur l’appareil d’État via l’élection du président et la confection d’un parlement à ses ordres, Nicolas Hulot apporte sa caution morale considérable à un gouvernement d’essence libérale, c’est-à-dire pro-aménagements spéculatifs. Va-t-il stopper les tirs de loups, supprimer les destructions de prédateurs naturels, le projet Notre-Dame-des-Landes et autres Roybon ?

Se bornera-t-il à célébrer quelques brillantes conférences internationales où l’on dissertera des vertus écologiques et tancera l’obscurantisme du milliardaire Trump ? Protéger la nature est une affaire concrète et non un exercice de dissertation. Or, les lobbies, les entreprises, la finance ne veulent pas d’écologie perçue comme une entrave à la spéculation, à la croissance, à l’initiative. Le Medef, les chambres de commerce et d’agriculture demandent moins de règlementations, moins de normes, moins de freins à leurs appétits, donc moins de protection de la nature et moins de protection du salarié. Pour créer des richesses, ils disent qu’il leur faut la liberté d’entreprendre, donc de détruire les sites naturels, de dégrader, de marchandiser, de rentabiliser le vivant sous toutes ses formes. Que pourra faire Nicolas Hulot au sein de la secte des adorateurs du Marché ?

Constater, sans doute bien vite, qu’il a été instrumentalisé pour embellir le décor que la finance déploie ces temps-ci devant les citoyens grégarisés, histoire de faire oublier le projet régressif et offrir au président de la République beaucoup de petits soldats à l’assemblée nationale. Ce que je pense : Nicolas Hulot est sincère, volontaire et convaincu dans sa démarche. Il imagine toujours servir la cause qui nous est chère par ses initiatives, ses conseils inspirés aux princes d’hier, son pacte soumis en 2007 à la signature de tous les candidats à la présidentielle du temps, bien vite renié par eux. Aujourd’hui, il espère peser de l’intérieur sur des ennemis de la terre prompts à asphalter, bétonner, entreprendre, relayer les firmes nuisibles et les lobbies rétrogrades. Nicolas HULOT obtiendra peut-être l’abandon de Notre-Dame-des-Landes, question emblématique, mais en revanche, il ne pourra rien faire pour le loup et, plus généralement, pour la faune.

Alors, faut-il le blâmer d’avoir cédé aux sirènes officielles ?
Non, car participer pour en limiter la nocivité ou s’opposer au Système planétaire de destructions totales peut se justifier, puisque seul le résultat compte : sauver du vivant. C’est une affaire de caractère. L’opposition au Système que je pratique, par tempérament de rebelle et d’insoumis, ne donne pas davantage de résultats que la participation aux apparences du pouvoir n’en produira. Ayons la lucidité et l’honnêteté intellectuelle de le dire. Le choix tient donc au tempérament de chacun de nous. Ma liberté, mon éthique, mes convictions me feront toujours préférer Rémi Fraisse à ces ministres qui n’exigèrent pas la moindre avancée pour l’arbre, l’animal et l’homme et qui siégèrent, hier, dans des gouvernements aux ordres des destructeurs de vie.

Devenir ministre n’est jamais un honneur mais parfois une charge. Cette nomination devient une honte lorsque cela s’accompagne de reniements. Je souhaite à Nicolas Hulot, pour la nature et pour lui-même, de ne rien renier.

Gérard Charollois

ecologie-radicale.org

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