Ecologie

Du ministère de l’impossible à celui de l’imposture

 

Par Gérard Charollois

En France, dans le régime institutionnel issu de l’actuelle constitution, tout pouvoir émane de la présidence de la république, faisant de ce pays une monarchie élective avec son chef, ses courtisans, ses obligés, ceux que le chef récompense pour leur docilité et ceux qui espèrent que leur soumission servile leur vaudra une promotion.

En France, la chasse, l’élevage, l’agrochimie s’organisent, plus qu’ailleurs en lobbies corporatistes artificiellement entretenus bien au-delà de ce qu’ils représentent démographiquement dans la société. En France comme partout ailleurs en revanche, la secte « libérale » célèbre le culte de l’entreprise privée, de la promotion, de la croissance spéculative et non qualitative, sacrifiant les intérêts écologiques et sociaux à la loi du Marché. En France, le ministère de l’Environnement, dit de l’Écologie, est celui qui subit le maximum de pression des lobbies et des petits intérêts sordides d’oligarques en mal d’opérations lucratives menées au détriment des milieux naturels. Homme de convictions, Nicolas Hulot, fort de l’immense sympathie de ses concitoyens, crut pouvoir imposer tant aux lobbies qu’à la secte « libérale », les changements indispensables pour préserver la viabilité de la terre et le maintien de la biodiversité, des avancées de la condition animale.

Il a échoué et le monarque électif invita son ami Thierry Coste, lobbyiste de la chasse et des armuriers, à une réunion le lundi 27 août, provoquant un sursaut de dignité de son ministre et son départ. Amis lecteurs, vous le saviez puisque je vous ai exposé le scénario, un an à l’avance. Pour attirer dans ses filets le populaire Nicolas Hulot, le monarque lui promit l’abandon de l’aéroport Nantais et rien d’autre. Il faut se réjouir de cet abandon mais constater que des milliers d’hectares disparaissent chaque mois sous l’asphalte et le béton et que la faune demeure soumise aux exactions des chasseurs, premiers destructeurs choyés par le monarque. Non, hélas, le départ de Nicolas Hulot n’éveillera pas les consciences des politiques, puisqu’ils en sont dépourvus et son seul mérite sera d’ébranler le pesant sommeil des spectateurs de la vie publique qui s’imaginaient que le « Macronisme » (traduisez le thatchérisme) était soluble dans l’écologie et le social.

En contribuant à la chute de popularité du régime, la démission de Nicolas Hulot n’aura pas été vaine. On ne fait pas de l’écologie avec les amis du lobby chasse, avec la finance qui veut des montagnes d’or, des autoroutes, des lotissements partout. Un nouveau ministre s’imagine honoré d’accepter une charge lui conférant moins de pouvoir qu’un Colbert ou un Turgot, ministres d’Ancien Régime. Que fera-t-il ? Il recevra les amis du président avec le respect qui s’impose et rien ne changera. Une infime minorité exercera son emprise mauvaise sur ce pays en violation des aspirations majoritaires. La nature sera massacrée, l’animal torturé, la démocratie bafouée par la loi des lobbies. J’exècre les lynchages et les dénigrements dirigés contre les personnes car seuls importent les faits et le grand combat des idées. Aussi, je m’abstiendrai de toute critique à l’encontre de François de Rugy. Je m’en tiendrai aux faits, sans le moindre commentaire.

Ce militant écologiste adhéra au parti Les Verts et fut élu député de cette formation en Loire-Atlantique. En 2015, il se sépare de son parti et soutient le gouvernement de Manuel Valls dont il souhaiterait être ministre. En janvier 2017, il signe la charte de la primaire de la « belle alliance populaire » et concourt à cette primaire en s’engageant à soutenir celui qui en sortirait vainqueur. Toutefois, il refuse ce soutien à Benoît Hamon et se rallie à Emmanuel Macron. Le parti du président détenant la majorité absolue à l’Assemblée Nationale le porte à la présidence de cette assemblée. La fédération nationale des chasseurs se réjouit de sa nomination au ministère de l’Écologie. Qu’en pensent les 84 % des Français qui souhaitent l’abolition de la chasse à courre ? Quelles conséquences de ces gesticulations politiciennes pour les millions d’alouettes, de grives, d’oiseaux d’eau exterminés par les « gestionnaires de la faune » ? Puisqu’en cinquième république, seul compte la volonté du monarque, les ministres étant sur des sièges éjectables, pour sauver l’arbre, l’animal et l’homme, le temps n’est pas venu. Dans les médias, les fumigènes s’agiteront pour vous parler de "transition énergétique", de "volonté de changements", de "climat". Dans les faits, rien ne sortira aussi longtemps que les lobbies gangrèneront l’État.

J’entends bien : il y a des contraintes économiques, techniques, sociales pour orienter autrement la politique énergétique. Mais, pour protéger nos oiseaux, pour interdire la torture des blaireaux par la vénerie, il suffirait d’un peu de courage et de dignité. Mais cela ne fleurit guère dans les allées du pouvoir !

Gérard Charollois

ecologie-radicale.org

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