Ecologie

Face au réchauffement climatique, des agriculteurs montrent la voie d’une irrigation responsable

 

par Sophie Chapelle

 

Dans les Hautes-Alpes, l’accès à l’eau pour les pâturages est essentiel. Mais nul besoin ici d’énergie fossile ou électrique pour irriguer : des canaux ont été construits à flanc de montagne voici plus de 500 ans. Grâce à la gravité, l’eau y circule jusque dans les vallées. Mais ce mode d’irrigation, qui favorise l’autonomie en fourrage des fermes d’élevage, est aujourd’hui menacé par le désengagement de l’État. Des paysans, avec l’aide du Département, ont décidé de reprendre en main l’entretien des canaux, en misant sur la solidarité entre les usagers.

Voilà vingt ans que Sylvain Martin s’est installé comme maraîcher à Vallouise, une petite commune des Hautes-Alpes – 800 habitants – située à 1300 mètres d’altitude, au cœur du massif des Écrins. Sur ce territoire marqué par un climat méditerranéen, l’accès à l’eau pour les cultures est « vital ». « Comme il y a des ruisseaux partout, des glaciers à proximité, je n’avais pas d’inquiétude lorsque je me suis installé, se rappelle Sylvain. Mais j’ai rapidement ressenti les effets du changement climatique, avec son lot de sécheresses répétées. »

Néanmoins pour arroser ses cultures, Sylvain n’a pas besoin de pompe électrique. Ses parcelles, comme celles d’une grande partie des Hautes-Alpes, sont desservies par un vaste réseau de canaux d’irrigation par gravité. « L’eau est prélevée dans les rivières en amont et circule dans des canaux à flanc de montagne jusque dans les vallées », explique le paysan. En pratique, l’eau s’écoule par gravité sur la parcelle, du fait de la pente, avant de s’infiltrer dans les sols.

Dans le monde, plus de 80% de l’irrigation est gravitaire

Peu connus, ces canaux ont pourtant une vieille histoire, la plupart ayant été creusés au 15ème siècle [1]. « Ces canaux, c’est plus qu’un patrimoine culturel, c’est un patrimoine de vie ! Sans cela, il n’y aurait pas ces villages de montagne avec des cultures maraîchères et de l’élevage », insiste Sylvain. En France, on trouve des réseaux d’irrigation gravitaires similaires à ceux des Hautes-Alpes principalement dans les Pyrénées-Orientales, dans les régions de montagne sèche ou dans des plaines comme celle de la Crau (Bouches-du-Rhône).

A l’échelle mondiale, ce type d’irrigation est majoritaire : alors que la surface irriguée globale avoisine les 250 millions d’hectares, 80 à 90 % seraient en irrigation gravitaire, en particulier au Proche-Orient. Ce n’est pas le cas de l’hexagone, où plus des trois-quart de l’irrigation repose sur l’aspersion avec pompe, l’irrigation gravitaire ne représentant que 14% des usages agricoles, malgré de nombreuses régions montagneuses ou vallonnées.

Une méthode d’irrigation cinq fois moins cher

« S’il reste beaucoup de ces canaux dans les Hautes-Alpes, c’est parce qu’ils sont très adaptés à l’agriculture de montagne avec ses petites fermes d’élevage », observe Thomas Raso, ingénieur en hydraulique travaillant au Conseil départemental. Même si l’usage peut paraître désuet, les prairies naturelles des Alpes du Sud sont régulièrement arrosées par ruissellement ou inondation, grâce aux canaux d’irrigation par gravité. « Les éleveurs font déborder le canal, ce qui entraine un gros arrosage. L’herbe en profite bien : elle prélève pendant deux à trois semaines de suite l’eau stockée dans les sols. C’est un arrosage très adapté aux prairies naturelles qui ont besoin d’une grosse quantité d’eau régulière. »

Ces pratiques contribuent à l’autonomie globale des fermes d’élevage en montagne. « Avec l’irrigation, on fait deux ou trois coupes d’herbe l’été, ce qui nous permet une forte autonomie en fourrage pour les six mois d’hiver », confirme Sylvain Martin. « Cette irrigation sécurise notre stock de foin. » Le regain de pousse permet également aux vaches de pâturer ces prairies durant l’automne. L’intérêt économique de ce mode d’irrigation est sans conteste pour les bénéficiaires : « Il faut compter entre 20 et 50 euros par an et par hectare avec l’irrigation gravitaire, alors que l’irrigation sous pression coûte de 100 à 200, voire 300 euros l’hectare », relève Thomas Raso.

Une irrigation sans énergie fossile ni électrique

Ces canaux garantissent-ils pour autant une plus-value écologique par rapport aux autres modes d’irrigation ? « C’est un peu controversé, reconnaît l’ingénieur. « L’irrigation gravitaire est un mode d’arrosage qui prélève beaucoup d’eau en amont dans les torrents. Il faut en effet un débit minimum pour que l’eau arrive jusque dans les vallées. Or cette eau en amont du canal est considérée par certaines institutions de contrôle comme de l’eau gaspillée : elle est prélevée dans le torrent et n’est pas utilisée directement pour l’arrosage mais pour pousser et transporter l’eau. »

Toutefois, pour l’ingénieur territorial, « les canaux ne gaspillent pas l’eau d’un point de vue global ». Selon lui, l’ensemble de cette eau finit par retourner dans le milieu naturel, que ce soit dans les plantes, les nappes phréatiques ou les torrents. Quant aux infiltrations éventuelles des canaux d’irrigation à ciel ouvert, elles peuvent contribuer à alimenter les nappes phréatiques.

Autre avantage : les canaux d’irrigation gravitaire n’ont besoin d’aucune énergie fossile ou électrique pour fonctionner, contrairement à l’arrosage par aspersion dont les tuyaux sont mis sous pression. Des recherches avancent même que ces canaux pourraient temporiser des crues torrentielles : lors de fortes précipitations, les eaux de ruissellement rencontrent obligatoirement des canaux qu’elles empruntent avant de rejoindre les rivières, étalant ainsi les précipitations dans le temps [2]. Thomas Raso admet néanmoins que la forte concentration de canaux sur certains secteurs a pu conduire à l’assèchement de cours d’eau : « Il y a des efforts à réaliser dans les secteurs où les prélèvements d’eau sont supérieurs à la ressource. ».

Désengagement de l’État

Les conflits d’usage et la surconsommation qui peuvent en résulter sont en partie liés à l’abandon, ces dernières années, de la gestion de ces canaux. Historiquement, ceux-ci ont été gérés sous forme d’ « association syndicale autorisée » (ASA), une structure composée des propriétaires de parcelles bénéficiant de l’irrigation [3]. « Dans notre cas à Vallouise, cette association remonte à 1850, illustre Sylvain Martin. Mais un certain désintérêt et le manque d’agriculteurs ont contribué à ce que l’ASA soit en sommeil ces dernières années. »

Vallouise est loin d’être un cas isolé. Jusque dans les années 2000, c’est l’État, via l’ancienne Direction départementale de l’agriculture et de la forêt (DDAF), qui accompagnait les associations d’irrigation. Mais l’ingénierie publique d’État a progressivement été démantelée, avant d’être complètement supprimée dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques engagée en 2007. « La conséquence, c’est que peu de travaux ont été réalisés pendant près de dix ans sur les petites structures d’irrigation, observe Thomas Raso. Mais les sécheresses récurrentes et le besoin de faire des économies d’eau ont décidé les élus des Hautes-Alpes à consacrer des moyens à l’assistance des communes et des ASA. »

A ce jour, le département compte plus de 200 associations d’irrigation, la plupart couvrant entre dix et deux cents hectares. « Entre 100 et 150 ASA sont réellement actives d’un point de vue comptable et juridique », détaille Thomas Raso. D’autres sont en situation difficile : si elles parviennent à maintenir l’irrigation, elles ne s’occupent plus des démarches administratives ou comptables. Certaines ASA ont même été abandonnées, l’eau ne circulant plus dans les canaux du fait du manque d’entretien. « Parfois, on ne voit même plus les canaux dans le paysage, constate l’ingénieur. Relancer une ASA est réalisable, mais demande beaucoup de pugnacité ».

Un fonctionnement reposant sur la solidarité entre usagers

Cela fait bientôt dix ans que Sylvain Martin s’attelle avec d’autres bénévoles à réactiver l’ASA d’irrigation à Vallouise : « Cela suppose de redéfinir un périmètre, d’installer des compteurs volumétriques, de mettre en place une comptabilité et une gestion spécifiques », témoigne t-il [4]. Le fonctionnement de l’ASA repose notamment sur le paiement d’une redevance, le « rôle ». « Nous sommes partis sur un montant fixe pour redémarrer et constituer une trésorerie. Il faut compter par exemple 3000 euros par an pour la gestion administrative de la structure. »

Mais la collecte du « rôle » n’est pas simple : l’ASA de Vallouise compte 800 propriétaires, 4000 parcelles très morcelées, et la dernière redevance a été payée en 1973... « Aujourd’hui, les plus gros utilisateurs rechignent à payer. Ils ne semblent pas réaliser que s’ils peuvent exercer leur métier, c’est parce ces canaux sont là, et depuis longtemps. » D’ici l’assemblée générale de l’ASA de Vallouise, au printemps 2018, la cogestion se fait avec l’appui de la préfecture.

« Le vrai problème, c’est l’entretien des canaux », poursuit Sylvain. « Certains sont à flanc de montagne, d’autres sont inaccessibles avec des engins. » Historiquement, cet entretien est basé sur le système dit « des corvées » effectuées par tous les usagers des canaux. « Si on est dans le périmètre de l’ASA, il faut compter quelques journées d’entretien pour curer, élaguer, remonter des murs, enlever des blocs... Avant, il y avait des centaines de personnes, mais de moins en moins de gens sont venus aux corvées. » Aujourd’hui, une quinzaine de personnes se retrouvent trois demi-journées dans l’année, pour entretenir près de 20 km de canaux porteurs, plus ou moins faciles d’accès. La clé pour qu’une ASA fonctionne ? « On a besoin que tout le monde soit solidaire dans la corvée et le paiement du rôle. » 

Sophie Chapelle

Photos © SGMB.

- Une : Canal de ville de Monêtier-les-Bains dans la plaine du Casset.

- Canal du Guibertin à Monêtier-les-Bains, en zone urbanisée.

- Corvée annuelle dans le Grand Canal de Ville de Briançon (mise en eau).


Série « Eau et climat », en partenariat avec France Libertés

Cet article est publié dans le cadre d’une série de reportages et d’enquêtes sur les enjeux de la gestion de l’eau et des sols dans le contexte du réchauffement climatique, réalisée avec le soutien de France Libertés - fondation Danielle Mitterrand. www.france-libertes.org

Notes

[1] Voir Florian Cibiel, L’irrigation du grand Briançonnais, mémoire de Master Formation métiers de la montagne, Pôle universitaire de Gap, 2015-2016.

[2] Florian Cibiel, Ibidem.

[3] Toutes les parcelles situées en aval du canal porteur et qui ont été incluses dans le périmètre irrigable font obligatoirement partie de l’ASA.

[4] L’ASA est un établissement public à caractère administratif (EPCA). C’est donc le Trésor public qui gère sa trésorerie. L’ASA édite et décide des tarifs pour chaque propriétaire en fonction du volume et du nombre d’hectares, et c’est le Trésor public qui envoie l’impôt et effectue les relances.

« Et puis un jour, l’eau s’est arrêtée » : quand São Paulo et ses 11 millions d’habitants ont frôlé la catastrophe

 

par Rachel Knaebel

 

La mégapole de São Paulo et sa région ont connu une pénurie d’eau inédite en 2014 au point d’entraîner rationnements et coupures en plein été brésilien. Depuis, le retour des précipitations n’a pas éloigné le spectre d’une nouvelle crise. En cause : la déforestation de l’Amazonie qui modifie les données climatiques, la gestion scandaleuse de la société d’approvisionnement qui préfère enrichir ses actionnaires, et l’incurie des politiques publiques, qui rechignent à investir dans les infrastructures et à soutenir des alternatives locales pourtant prometteuses. Enquête sur un effondrement hydrique qui menace.

« Et puis un jour, l’eau s’est arrêtée », se souvient ce couple de septuagénaires paulistains. Même ici, dans une zone résidentielle plutôt cossue de São Paulo, à Vila Madalena, plus une goutte d’eau ne sortait des robinets. « Alors, la copropriété a fait venir des camions d’eau, tous les deux jours. Nous les payions de notre poche. Puis l’eau est revenue, mais était rationnée, il n’y en avait pas le soir, ni la nuit. » C’était il y a moins de quatre ans. Le Brésil accueillait la coupe du monde de football, était en pleine année d’élections, présidentielles, à la chambre des députés et au Sénat, pour les gouverneurs et les assemblées des États fédérés. Cette année 2014, la plus grande ville brésilienne et ses 11 millions d’habitants, ainsi que toute sa région périphérique, ont traversé une crise de l’eau historique, qui a failli aboutir à un scénario catastrophe.

Après deux ans presque sans pluie, les réserves des lacs de barrages, qui alimentent en eau courante la mégalopole, sont vides. La société régionale de gestion de l’eau procède alors à des coupes et à des rationnements, mais sans grande transparence. Les plus pauvres, qui ne pouvaient se faire livrer de l’eau par camions et ne disposaient pas de réserves chez eux, se sont retrouvés dans des situations extrêmes.

Les quartiers pauvres, premiers frappés

« La crise a été bien pire dans les périphéries, même si les rationnements et les coupures touchaient tout le monde. Dans les zones les plus éloignées du centre, les gens se sont parfois trouvés quarante heures sans eau courante, avec un approvisionnement normal seulement deux à trois jours par semaine », rapporte aujourd’hui Marussia Whately, spécialiste en gestion des ressources hydriques et coordinatrice de l’Alliance pour l’eau, un regroupement d’organisations environnementales créé en 2014 pour chercher des réponses à la crise.

« Dans la lointaine périphérie Est de São Paulo, il y avait déjà des rationnements un an avant », complète Gabriel, activiste au mouvement MAB (mouvement des personnes atteintes par les barrages). Ces quartiers font partie des plus pauvres de la ville. Dans l’intérieur de l’État de São Paulo, dans la ville d’Itu, les coupures, qui avaient duré plusieurs semaines, provoquent même des débuts d’émeutes.

« Les niveaux de pluie étaient anormaux depuis 2011, précise Marussia Whately. Trois ans plus tard, avec les élections et la coupe du monde, le gouverneur de l’État a d’abord nié la crise. En décembre 2014 et janvier 2015, on utilisait les dernières réserves. Il a finalement plu en février. Puis la situation s’est stabilisée, et la Sabesp (la société régionale de gestion de l’eau, ndlr) a réalisé des travaux d’urgence sur le réseau. En 2016, il a recommencé à pleuvoir normalement. Tout le monde a alors oublié le problème. » Mais le risque d’effondrement du système d’eau courante est toujours là.

 Le réseau hydrique de la ville de São Paulo.

21 millions de personnes ont failli être privées d’eau

Au cœur de la crise, l’Alliance pour l’eau développe une application pour signaler les coupures. Elle publie également un guide de survie : il y est expliqué comment conserver une hygiène corporelle même sans eau, avec un liquide désinfectant et de l’eau de Cologne, ou encore des astuces pour réutiliser l’eau de la douche et de la machine à laver. Et, surtout, pour ne pas utiliser les chasses d’eau des toilettes ! Le guide préconise la mise en place de toilettes sèches, et de jeter les déchets aux ordures.

Une ville de 11 millions d’habitants, soit autant que la Belgique. Avec la région métropolitaine, cela fait plus de 21 millions d’âmes sans eau courante, donc sans douche et sans toilettes, voilà la catastrophe qui s’annonçait. « Je suis resté des jours sans dormir, se souvient Marzeni Pereira da Silva, ancien employé de la Sabesp, licencié en 2015. Qu’aurions-nous fait avec 21 millions de personnes sans eau ? S’il n’avait pas fini par pleuvoir, nous serions probablement arrivés à une rupture totale de l’approvisionnement à la mi-mars. ». Il était moins une.

Depuis que les averses ont repris, les réservoirs du système d’approvisionnement – un réseau de fleuves, de lacs de barrages et de canaux aménagé à partir des années 1940 – se trouvent dans une situation plus favorable. Le plus grand système d’approvisionnement de la région de São Paulo, le système dit Cantareira, est ainsi rempli à 41 %, contre 29 % seulement en 2013 [1].

La déforestation de l’Amazonie, cause majeure des sécheresses

Pour autant, rien ne dit qu’une nouvelle crise ne va pas frapper la mégapole dans les années à venir. Car la sécheresse qui a touché la région entre 2013 et 2015 n’est pas uniquement dû à un caprice météorologique. Une étude publiée en 2014 par l’institut de recherches brésilien Centro de Ciência do Sistema Terrestre souligne le rôle de la déforestation massive de l’Amazonie, située dans le nord du Brésil, sur les volumes de pluies qui tombent dans le sud. « La forêt amazonienne exporte de véritables fleuves aériens de vapeur d’eau », précisait l’étude intitulée « Le futur climatique de l’Amazonie » (O Futuro Climático da Amazônia).

Ces courants aériens alimentent les nuages et les pluies dans les régions méridionales du pays. C’est « la raison pour laquelle la portion méridionale de l’Amérique du Sud, à l’Est des Andes, n’est pas désertique comme le sont les aires situées à la même latitude sur d’autres continents », telles que le désert australien. Or, la forêt amazonienne est de plus en plus malmenée. Ces dernières décennies, « près de 763 000 km2 de forêt amazonienne [y] ont été détruits », précisait l’étude. « C’est l’équivalent de 184 millions de terrains de football ou de trois fois la surface de l’État de São Paulo ». La déforestation n’est pas prête de s’arrêter. L’actuel gouvernement ultra-conservateur a encore ouvert au défrichement, au mois d’août 2017, une large zone de l’Amazonie jusqu’ici protégée (voir notre article sur le sujet).

Une gestion des ressources défaillante

Il n’y a pas que la déforestation. La gestion de l’eau par la compagnie régionale, la Sabesp, est également critiquée depuis la crise. À São Paulo, les systèmes d’approvisionnement s’appuient entre autres sur les fleuves Pinheiros à l’Ouest, et Tietê au Nord. Ces deux fleuves sont presque inaccessibles et invisibles aux piétons. Sans berges aménagées, ils courent la plupart du temps entre bretelles et autoroutes urbaines. C’est son odeur qui signale sa présence quelque part derrière le bitume. Une odeur nauséabonde. Des conduites d’égout s’y déversent, ça et là.

« Tous les fleuves de São Paulo sont pollués par les égouts. Même le grand réservoir Billings est pollué. On ne peut pas l’utiliser, indique la coordinatrice de l’Alliance pour l’eau, Marussia Whately. La crise de l’eau est le résultat d’une combinaison de facteurs : la région manque d’eau, le de développement urbain est très rapide, les politiques d’accompagnement n’existent pas. Quand les pluies ont commencé à se faire plus rares, il a été décidé... de ne rien faire, de ne pas investir. Même après la crise, la politique suivie consiste à approvisionner la ville uniquement avec les réservoirs. Alors qu’il serait possible de réutiliser les eaux de pluie, par exemple. Pas forcément pour l’eau potable, mais pour d’autres usages. »

« Si une plus grande part des eaux usées étaient traitées, les ressources en eau disponibles augmenteraient, dit aussi Edson Aparecida, salarié de la Sabesp et activiste au sein du comité de lutte pour l’eau (Coletivo de Luta pela Água), un autre groupement né pendant la crise qui réuni différents mouvements populaires, syndicaux, pour le droit au logement. Le manque d’investissements dans le traitement des eaux usées est un gros problème. Tous les techniciens de la Sabesp savaient que cette crise pouvait arriver. Déjà en 2004, quand l’État fédéral a renouvelé l’autorisation de captation sur les fleuves de la région, il était écrit noir sur blanc que la Sabesp devrait diminuer sa dépendance au système d’approvisionnement Cantareira, qui ne pourrait pas suivre l’augmentation de la demande, et rechercher des solutions alternatives. Mais le gouvernement régional n’a rien fait. » Pour Marussia Whately, « le gouvernement de l’État a préféré envoyer des dividendes à ses actionnaires plutôt que de faire les travaux nécessaires. »

189 millions d’euros de dividendes versés après la sécheresse

La compagnie régionale de gestion de l’eau est déjà en partie privatisée. Aujourd’hui, seulement 50,3 % de son capital appartient au gouvernement de l’État de São Paulo, 19,8 % est négocié au New York Stock Exchange, la bourse de New York, et 29,9 % à la bourse de São Paulo. Le gouverneur de l’Etat, Geraldo Alckmin, porte même le projet de privatiser encore davantage la société, en la faisant passer sous le contrôle d’une holding, dont il annonce que l’État en conserverait encore, pour l’instant, la majorité des parts.

« Les actionnaires privés principaux sont des fonds de pension et les grandes banques d’investissements brésiliennes, précise Amauri Pollachi, de l’association des professionnels universitaires de la Sabesp. Ils portent une vision purement financière, en conséquence de laquelle la Sabesp ne réalise que les interventions les plus simples sur le réseau, et laisse de côté les opérations plus complexes, qui coûtent plus cher », accuse-t-il. En 2016, soit un an seulement après la crise de l’eau, la Sabesp a généré un chiffre d’affaires de 14 milliards de reais (3,5 milliards d’euros), et un bénéfice de près de 3 milliards de reais, soit plus de 750 millions d’euros ! [2].

« Selon la loi brésilienne sur les sociétés anonymes, au moins 25 % des gains d’une entreprise doivent être distribués comme dividendes aux actionnaires. Donc, sur les 3 milliards de reais de bénéfices en 2016, la Sabesp a distribué 750 millions de reais de dividendes », précise Amauri Pollachi. Soit 189 millions d’euros.

La moitié de cette somme est allée au gouvernement de l’État de São Paulo, qui n’est pas contraint de la réinvestir dans la gestion de l’eau et peut simplement l’intégrer à ses recettes. L’autre moitié, 94,5 millions d’euros, a enrichi les actionnaires privés des bourses de New York et de São Paulo. Cela moins de deux ans après que la population de la ville et d’une partie de l’État s’était retrouvée en partie sans accès à l’eau courante, et que la rupture totale d’approvisionnement s’approchait.

Des tarifs préférentiels pour les grandes sociétés consommatrices d’eau

La compagnie de l’eau nourrit plus d’égards pour les grandes entreprises que pour les Paulistains. En avril 2017, le site d’information indépendant brésilien Agência Pública révélait que 28 grandes entreprises installées à São Paulo, dont Volkswagen, Ford et Nestlé, ont continué, même après la crise, à payer leur eau moins cher que les habitants.

Ces tarifs préférentiels trouvent leur justification non pas dans les efforts que consentiraient ces sociétés pour économiser l’eau mais, au contraire, parce qu’elle en consomment, justement, beaucoup. Plus de 450 entreprises grosses consommatrices d’eau continuent ainsi à bénéficier de tarifs plus avantageux que ceux pratiqués normalement pour les clients professionnels… L’Agência Pública publiait ces données alors même que le directeur de la Sabesp venait d’annoncer une nouvelle augmentation des tarifs de l’eau pour les particuliers.

Dans un récent article du Guardian, l’actuel directeur de la compagnie paulistaine de gestion de l’eau, Jerson Kelman, pointait, lui, la déforestation de l’Amazonie comme principale cause de la crise de 2014. Et vantait les gros projets de nouvelles infrastructures en cours de réalisation, visant une réduction des pertes et le réaménagement des sources d’approvisionnement des réseaux.

L’enjeu de la récupération des eaux de pluie

Des travaux qui, selon Edson Aparecida et Amauri Pollachi, ne suffiront pourtant pas. « Au sein du collectif de lutte pour l’eau, nous avons fait des propositions. Nous voulions par exemple que le gouvernement lance un grand programme d’installation de citernes pour récupérer l’eau de pluie, sur les bâtiments publics, les écoles, ou encore les centres commerciaux. Cette eau pourrait être utilisée au moins pour le nettoyage des rues. »

De son côté, l’Alliance pour l’eau a développé, avec le soutien de conseillers municipaux de gauche, un projet de loi locale pour une meilleure gestion de l’eau et pour la sécurité hydrique dans la ville de São Paulo. Celui-ci prévoit notamment la mise en place d’une politique municipale d’utilisation des eaux de pluie à fin d’usages non-potables et de revitalisation des sources, ruisseaux et rivières naturelles de la ville. Le projet a été adopté lors d’une première lecture mi-décembre.

 Piscine d’eau d’une source installée dans le quartier de São Miguel, dans la zone est de São Paulo, utilisée par les habitants pour laver les voitures.

La crise a aussi forcé les habitants à chercher des solutions. Celles-ci ont durablement fait baisser la consommation. Comme cette cantine du centre de la ville qui récupère encore aujourd’hui, dans une citerne, l’eau de son lavabo de lavage des mains. « Au moment de la crise, nous récupérions l’eau de la machine à laver le linge et celle de la douche, pour l’utiliser pour la chasse d’eau, explique le couple du quartier de Vila Madalena. Ça, nous ne le faisons plus. Mais, avec la copropriété, de 16 appartements, nous avons fait installer un puits pour récupérer de l’eau pour le nettoyage des surfaces collectives. Cela a pris deux mois. Il a fallu faire faire des analyses, demander une autorisation, payer pour tout cela. Mais nous avons encore ce puits aujourd’hui. La station-service d’en face a fait la même chose pour le lavage des voitures. »

D’autres micro-alternatives tentent d’émerger

Dans les périphéries pauvres aussi, des alternatives se développent. Dans un quartier de São Miguel, dans l’extrême est de la ville, de l’eau issue d’une source naturelle coule depuis la butte située sous la ligne de train de banlieue. Elle est désormais utilisée pour laver les voitures des habitants. Un système de tuyaux et de robinets est installé au bord de la route pour la récupérer. « Pendant la crise, les habitants de ce quartier venaient s’approvisionner ici », rapporte Regiane Nigro. Responsable d’une association d’agro-écologie urbaine, elle a créé, quelques kilomètres plus loin, un projet de traitement alternatif des eaux usées d’une favela de 700 personnes, tout juste régularisée.

Les maisonnettes en brique sont construites sur le flanc raide d’une colline, qui débouche, en contrebas, sur une petite rivière couverte de végétation. « Une entreprise d’habitat social a négocié avec le propriétaire du terrain pour régulariser cette communauté. Aujourd’hui, les habitants paient un bail, ne risquent plus d’être expulsés, et ont des adresses officielles. À partir de la régularisation, la Sabesp a commencé à leur fournir l’eau courante. Mais elle a refusé de les raccorder au réseau de traitement des eaux usées », déplore la jeune femme. Pour le moment, les égouts dévalent donc une rigole le long des maisons, pour atterrir directement dans la rivière. Regiane Nigro cherche à y installer un système d’assainissement des eaux usées par des filtres aux plantes ou par un bio-digesteur. Mais pour cela, il faut des fonds. Que ni la Sabesp, ni l’État de de São Paulo ne comptent fournir.

Pendant ce temps, le gouvernement régional paie des espaces publicitaires pour vanter sur les ondes de la radio privée CBN sa gestion exemplaire de la crise hydrique de 2014. « Ce que l’État de São Paulo a fait ici, il peut le faire pour le Brésil tout entier », dit le spot. Le gouverneur de l’État, Geraldo Alckmin, celui-là même qui est critiqué pour avoir passé la crise sous silence pendant de longs mois en 2014, est aujourd’hui candidat déclaré pour les élections présidentielles brésiliennes qui auront lieu fin 2018.

Rachel Knaebel (texte et photos)

Série « Eau et climat », en partenariat avec France Libertés

Cet article est publié dans le cadre d’une série de reportages et d’enquêtes sur les enjeux de la gestion de l’eau et des sols dans le contexte du réchauffement climatique, réalisée avec le soutien de France Libertés - fondation Danielle Mitterrand. www.france-libertes.org

Notes

[1] Voir ici.

[2] Voir ici.

L’eau, et si on gagnait ?

Parce que l’eau et un bien commun de l’humanité, elle ne devrait pas être privatisée. Pourtant VEOLIA est chargée de sa distribution depuis une centaine d’années ! Selon la Chambre régionale des comptes, Veolia Eau en Ile-de-France a doublé sa rémunération depuis 2013 ! Le rapport est accessible en cliquant ICI, rien que la page de présentation est édifiante pour ceux qui n'aiment pas lire beaucoup.

Il y a une possibilité d’en sortir pour Bondy parce qu’Est Ensemble doit décider d’ici au 31 décembre 2017 comment exercer cette compétence et, en particulier, d’adhérer ou non, en totalité ou en partie, au SEDIF.

On se rappelle la forte mobilisation citoyenne en 2010 à Bondy et dans Est Ensemble contre l’adhésion au SEDIF.

Eau de Paris pourrait alimenter directement le territoire d’Est Ensemble à partir de l’usine de production d’eau potable de Joinville-le-Pont, sans passer par le réseau parisien.

La question est d’abord de sortir du SEDIF : on pourrait même se fournir auprès de Veolia si aucune canalisation ne nous relie à Eau de Paris, mais nous pourrions au moins distribuer et facturer par le service public, et non plus confier ces missions-là aussi à Veolia, c’est d’ailleurs ce que fait Bondy Habitat.

Devant toute l’agitation, et face au risque de voir ces communautés d’agglomération le quitter, le SEDIF a donné deux ans de plus pour décider de réadhérer, ou pas (voir la déclaration ci-dessous, l'avant-dernier paragraphe).

Comme quoi, les batailles citoyennes qu’on est sûr de perdre sont celles qu’on ne mène pas !

 

Déclaration eau octobre 2017

Les stations d’épuration par les plantes, une solution d’avenir pour traiter les eaux usées ?

par Nolwenn Weiler

Les stations d’épuration classiques, où s’accumulent des boues concentrant les polluants, ne sont pas les seuls systèmes à pouvoir être installés pour traiter les eaux usées. Des communes, mais aussi des particuliers, ont choisi de nettoyer leurs eaux grâce à des filtres plantés qui reproduisent les systèmes d’épuration naturels existant dans les zones humides : la phytoépuration. Bien qu’exigeante à mettre en œuvre, cette phytoépuration est souvent plus performante. Et favorise parfois une réduction des quantités d’eau consommées. Reportage.

Un espace vert de huit hectares, planté de saules et de roseaux, vers où convergent les égoûts : voilà à quoi ressemble de loin la « station d’épuration » de la commune de Bouvron, 2000 habitants, entre Nantes et Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Vu de près, le système est plus complexe. Les eaux usées qui arrivent à la station sont d’abord « dégrillées » : les gros déchets sont retenus par une simple grille, et les plus fins par des tamis à mailles fines, avant que l’eau ne file vers trois bassins plantés de roseaux qui permettent, à chaque étape du traitement, d’affiner la qualité de l’eau. Le système utilise également des couches de sable et de graviers de plus en plus fins.

Ce système de nettoyage de l’eau reproduit en fait un écosystème épuratoire naturel, que l’on trouve notamment dans les zones humides. Les bactéries présentes dans les racines des plantes se nourrissent des effluents, dégradent la matière organique, et la transforment en matière minérale assimilable par les plantes. En retour, les plantes aquatiques fournissent de l’oxygène aux bactéries, via leurs racines.

Un volume d’eaux à traiter divisé par deux

À Bouvron, l’eau épurée repart dans des fossés plantés de saules qui s’étendent sur plus de cinq hectares. Ces saules seront régulièrement taillées, leurs branches servant à alimenter la chaudière du pôle enfance de la commune. Plusieurs années de réflexion ont été nécessaires à la mise en place de cette station si particulière. « Nous avons commencé par diminuer le volume des eaux à traiter », explique Marcel Verger, le maire (PS) de la commune. La société fromagère, dont les eaux usées allaient directement vers la station d’épuration municipale, a été invitée à mettre en place son propre système de gestion des eaux usées.

« Nous avons aussi mis en place, partout, un réseau séparatif, qui permet de ne pas avoir à traiter l’eau de pluie. Avant, les eaux pluviales théoriquement "propres", étaient mélangées aux usées, pour être traitées également avant de retourner au milieu naturel. » Des petits gestes ont également été encouragés, avec par exemple la distribution gratuite de limiteurs de consommation d’eau aux particuliers. Résultat de ce travail réalisé en amont : un volume d’eau à traiter divisé par deux.

« Le système fonctionne encore mieux que prévu »

« La solution d’une station classique avait été envisagée. L’investissement était moindre, mais la gestion à l’année était plus chère. Sur la durée de vie de la station, une économie substantielle sera réalisée », affirme la commune. 1,4 millions d’euros ont été investis pour réaliser ce vaste système d’épuration des eaux usées par les plantes. Le budget de fonctionnement annuel varie entre 80 et 100 000 euros. « Nous avons décidé de maintenir la gestion de ce système en régie directe, insiste Marcel Verger. Nous avons créé un emploi, entièrement dédié à cette tâche. La personne a en charge toute la partie électromécanique : maintenance des pompes, des automates, ou encore des sondes. »

Cette personne entretient également avec les agents de l’équipe technique municipale les espaces verts, assure le désher­bage des bassins et de leurs abords. « Cela fonctionne encore mieux que prévu, se félicite le maire Marcel Verger. Pourtant, personne ne croyait à ce système. L’agence de l’eau nous a même imposé des normes plus strictes que les stations normales. » Une étude atteste par ailleurs de la robustesse des dispositifs de phytoépuration, même en période de subite et forte affluence dans des zones touristiques comme les campings.

5 millions de personnes non desservies par le tout-à-l’égout

Les systèmes de phytoépuration se développent aussi du côté des particuliers. En France, 5 millions de personnes ne sont pas desservies par le tout-à-l’égout, et doivent traiter elles-mêmes leurs eaux usées. On parle d’assainissement autonome, ou d’assainissement non collectif. Pendant longtemps, les filtres plantés ont été utilisés de manière expérimentale. Les particuliers désireux d’utiliser ce système « hors des clous » devaient signer des conventions avec leur mairie, et devaient parfois renoncer, ou procéder à des installations non autorisées.

Depuis 2009, certains procédés sont agréés par le gouvernement. D’après une étude menée ces cinq dernières années par l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea), dont les résultats ont été publiés en septembre, la phytoépuration est l’un des systèmes les plus satisfaisants pour la qualité de l’eau rejetée après traitement.

Beaucoup d’avantages, peu d’inconvénients

Au contraire, les systèmes les plus courants, comme les systèmes de micro-stations, ont de piètres résultats. Pour Martin Werckmann, du réseau spécialisé Aquatiris, le succès de leur système de phytoépuration est dû à leurs nombreuses années d’expérience. « Nous avons fait des tests sur le terrain avant d’aller sur les bancs d’essai qui permettent d’obtenir les agréments ministériels, mais qui n’ont finalement pas grand chose à voir avec la réalité. » Autre avantage, selon lui : avec la phytoépuration, il n’y a pas d’obsolescence. Ce n’est pas forcément le cas des stations compactes, dont les compresseurs doivent être changés au bout de dix ans sans que l’on soit sûr que les pièces sont encore disponibles.

La principale contrainte, reprend Martin Werckmann, c’est l’emprise au sol. La phytoépuration prend de la place : entre 10 et 20 m2 pour une famille de cinq personnes. L’installation est visible, et ne peut être déplacée. Éligible au prêt à taux zéro, un système de filtres plantés coûte de 8000 à 11 000 euros. Mais les systèmes auto-construits (non éligibles quant à eux) peuvent coûter moins de 2000 euros. Autre avantage : La plupart des procédés de traitement, en station d’épuration collective ou en assainissement non collectif, produisent des boues qui sont ensuite incinérées, mises en décharge, ou épandues en agriculture. Ce n’est pas le cas de la phytoépuration. « Le massif filtrant s’autorégule, précise Martin Werkmann. Il n’y a pas de production de boues. » La phytoépuration a peut-être un bel avenir devant elle.

Nolwenn Weiler

Série « Eau et climat », en partenariat avec France Libertés

 

Cet article est publié dans le cadre d’une série de reportages et d’enquêtes sur les enjeux de la gestion de l’eau et des sols dans le contexte du réchauffement climatique, réalisée avec le soutien de France Libertés - fondation Danielle Mitterrand. www.france-libertes.org

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Pour une gestion publique de l'eau, c'est maintenant !

Voici le voeu que proposera le groupe « Bondy autrement » au Conseil municipal du jeudi 28 septembre 2017.

 

Dans notre ville, l’eau qui coule des robinets est gérée par la multinationale VEOLIA. Avec la création de la Métropole du Grand Paris et des Établissements Publics Territoriaux (EPT), une possibilité existe pour que la gestion de cette eau redevienne publique… si les élus de Bondy le demandent et  si les élus d’Est Ensemble le décident.

En effet, depuis le 1er janvier 2016, la compétence eau est passée des villes et des agglos aux établissements publics territoriaux. Est Ensemble qui est devenu un établissement public territorial, auquel appartient Bondy, fait partie à titre provisoire du SEDIF (syndicat des eaux d’Île-de-France). Le SEDIF (Syndicat des eaux d’Ile-de-France) est un établissement public qui a confié la gestion du service public de l’eau à un délégataire, Veolia Eau d’Île-de-France, par une convention de délégation de service public.

Est Ensemble doit décider d’ici au 31 décembre 2017 comment exercer cette compétence et, en particulier, d’adhérer ou non, en totalité ou en partie, au SEDIF. En effet, il n’est pas obligatoire qu’un territoire ait un mode de gestion unique.

 

Parce que l’eau n’est pas une marchandise, mais un bien commun.

 

Considérant que rien ne justifie que les citoyens paient plus cher auprès d’un délégataire ce qu’une régie publique leur fournirait au juste coût de revient (un gain de l’ordre de 30% est possible), tout en renouvelant les équipements pour un service public performant, solidaire et responsable à l’égard des générations futures ;

Considérant que le mode de gestion en délégation de Service Public ne correspond pas au choix de Bondy ;

Considérant les nombreuses mobilisations citoyennes ces dernières années en faveur d’une gestion publique de la ressource « eau » pour éviter les dérives marchandes, mobilisations qui ont mené à de nombreux rétablissements du service public sur l’ensemble du territoire français et ce quelle que soit la couleur politique des villes ;

Considérant la forte mobilisation citoyenne en 2010 à Bondy et dans Est Ensemble contre l’adhésion au SEDIF ;

Considérant les études déjà réalisées par l’agglomération Est Ensemble par le bureau d’études SP2000 (devenu depuis Espelia) concluant que la régie est plus attractive, en terme de tarifs que la délégation de service public ;

Considérant l’hypothèse émanant d’Eau de Paris, qui consisterait à alimenter directement le territoire d’Est Ensemble à partir de l’usine de production d’eau potable de Joinville-le-Pont, sans passer par le réseau parisien ;

Considérant l’existence d’une direction de l’eau et de l’assainissement d’Est Ensemble, comptant plusieurs dizaines de salariés, qui pourrait être le support de la gestion publique dans le territoire ;

Considérant la nécessité d’engager rapidement une étude de faisabilité précise, avec un calendrier rapproché, avec des niveaux et durées d’amortissements des investissements adaptés et non réduits à 12 ans, sur les conditions d’alimentation de notre ville par Eau de Paris et de gestion du réseau, ainsi que les conditions juridiques de sortie de la ville du SEDIF. Ceci sans attendre la fin du contrat SEDIF-Veolia en 2022.

Le Conseil municipal demande à Est Ensemble de ne pas re-adhérer au SEDIF, de consulter les habitants et d'explorer les conditions d'une gestion publique et de la mettre en place, le cas échéant.

Il mandate la Maire de Bondy pour prendre contact avec « Eau de Paris » pour faire réaliser les études de faisabilité dans le cadre du marché d’études bilatérales que cet organisme a ouvert. Cette démarche n’impliquant pas de coût financier pour notre ville, les études sont prises en charge par Eau de Paris.

 

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