Ecologie

Notre-Dame-des-Landes, l’expulsion des Zadistes est illégale et dangereuse

 

ENTRETIEN AVEC MAITRE DUJARDIN MEMBRE DU SAF

Daniel Roucous

Humanite.fr

L’opération d’expulsion des Zadistes de Notre-Dame-des-Landes par les forces de l’ordre, lundi 9 avril au lever du jour, fait craindre un nouveau Sivens surtout qu’elle est juridiquement illégale.

Trois questions à Claire Dujardin, membre du SAF, avocate des Zadistes de Sivens et de la famille de Rémi Fraisse. Pour elle « la situation de NDDL mérite, vu les années d’occupation, les activités créées, les projets alternatifs proposés mais aussi l’échec de telles opérations à Sivens, que l’Etat fasse preuve de discernement et de raison. »

L'Humanité.fr.- Vu l’état des procédures, les expulsions de certains Zadistes de NDDL ne seraient pas légale selon le communiqué du SAF du 29 mars 2018 (avant-veille de la fin de la trêve es expulsions). Confirmez-vous ? 

Claire Dujardin : " Dès lors que des occupants vivent sur des terres, au dela du délai de 48 heures permettant une expulsion des lieux sans décision de justice, leur expulsion répond aux régles de droit commun et ils doivent bénéficier des droits liés au logement, meme s'ils sont sans droit ni titre.  Ainsi, le propriétaire doit saisir le juge pour qu'il y ait un débat contradictoire, et ce, quelque soit la situation des occupants. 

C'est ensuite au juge d'examiner chaque situation, en fonction de leur situation personnelle et professionnelle. Des délais peuvent etre accordés, par exemple si la personne démontre qu'elle avait été expulsée avant et n'avait pas d'autres solutions d'hébergement, qu'elle a déposé un dossier DALO, que son habitation est liée à son activité professionnelle, qu'elle y vit depuis plusieurs années etc."

L'Humanité.fr.- Tous les Zadistes ont-ils le même statut sur ces terres et si non quelles solutions juridiques selon leurs situations ? Il y a aussi des agriculteurs qui ont été expropriés…

Claire Dujardin : "Il doit y avoir des occupants qui vivent sur les lieux depuis quelques mois, d'autres depuis plusieurs années et d'autres qui ont créée une activité sur place. Si des occupants ont leur activité professionnelle sur place, le juge doit prendre en compte cet élément et soit rejeter la demande d'expulsion car ils ont des titres les autorisant à exploiter les terres ou a avoir leurs activités professionelles sur place, soit accorder des délais importants. 

Le juge a un rôle de conciliation des parties, raison pour laquelle la procédure d'expulsion aurait dû passer par un débat contradictoire, pour permettre aussi de trouver des solutions convenables, acceptées par tout le monde et permettant une évacuation calme."

L'Humanité.fr.- Quelle est votre position par rapport à l’expulsion depuis lundi 9 avril au matin des Zadistes ?

Claire Dujardin : "cette expulsion est non seulement illégale mais dangeureuse et inefficace. 

Elle est illégale en raison des éléments développés dans le communiqué du SAF du 29 mars 2018 puisque les décisions de justice ont été prises sans débat contradictoire et sans éléments justifiant la saisine du juge sur requête. Il s'agit donc d'une voie de fait. L'opération d'expulsion de la ZAD est en réalité une opération de maintien de l'ordre alors qu'il n'y a aucun trouble à l'ordre public et aucune urgence à évacuer maintenant et dans ces conditions. 

Les dernières opérations de ce type ont eu lieu à Bure et les difficultés ne sont pas pour autant résolues et de nouveaux occupants vont s'y installer de nouveau. L'opération identique à celle qui avait eu lieu à Sivens, a donné lieu à des expulsions illégales, des violences importantes et des blessés, dont Elsa MOULIN, jeune femme qui vivait dans une caravane à Sivens et a été grièvement blessée à la main par une grenade de désencerclement envoyée par un gendrame dans la caravane. Le gendarme est mis en examen et sera poursuivi pénalement. Il y a eu d'autres blessés sur les journées d'évacuation à Sivens, des affaires personnelles brûlées en toute illégalité. 

La situation de NDDL mérite, à plus d'un titre, vu les années d'occupation et les activités créées sur le site, les projets alternatifs proposés mais également au vu de l'échec de telles opérations à Sivens, que l'Etat tire les leçons et fasse preuve de discernement et de raison. 

Nous dénonçons donc cette opération dangereuse, illégale et déstructrice. »

Alors, tu vas encore nous parler de la ZAD ?

 

 

 Article de Daniel Shneidermann sur le site Arrêts sur image.

 

Alors ce matin, tu nous parles de Macron, j'imagine ! Pourquoi ? Il a dit quelque chose? Oui. Que le lien entre l'Eglise et l'Etat était abimé, et qu'il fallait le réparer. Et alors ? Eh ben, la laïcité, tout de même ! La loi de 1905 ! Ce scandale qui... Mais ce discours, que va-t-il changer ? Euh, dans l'immédiat, rien. Un peu comme celui de Sarkozy, quand il avait dit que jamais l'instituteur ne pourrait remplacer le curé ? Voilà. Dans ce genre. Alors pourquoi tout le monde en parle aux radios du matin ? Mais...parce qu'il faut bien parler de quelque chose. Et qu'on ne va tout de même pas traiter le même sujet deux matins de suite. 

Par exemple, on ne va pas parler de la ferme des cent noms. La ferme des quoi ? Des cent noms. C'est un des lieux de vie de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes. Et il a été rasé hier. Tu vas nous parler de la ZAD deux matins de suite ? T'es fou. Tu vas perdre des visiteurs uniques. Eh bien, ils auront tort. Parce que la ferme des cent noms, c'était une vraie expérience agricole.  Une serre, une bergerie, des ânes, des moutons. Alors pourquoi elle a été rasée ? Parce que ses initiateurs ne voulaient pas s'inscrire individuellement à la préfecture. Afin, comme disent Jade Lindgaard et Christophe Gueugneau dans Mediapart"de maintenir le cadre commun et solidaire de la zone, permettant de mutualiser les moyens et les idées, ainsi que d’éviter l’émiettement des terres"

Selon la préfecture, citée par Mediapart, "aucun projet agricole individuel n’a été déposé aux Cent Noms". Et c'est pourquoi la ferme a été rasée, ce qui a révolté tous les zadistes, et même les "bons" zadistes, ceux qui prônaient le dialogue avec les autorités.  Aux yeux de l'Etat, une seule solution pour l'agriculture : chacun chez soi, chacun pour soi, chacun sur ses cinq hectares, chacun ses traites qui te plombent pour trente ans. La mutualisation ? Pourquoi pas les kolkhozes, tant qu'on y est. A la limite, s'ils avaient développé une appli, aux cent noms, s'ils s'étaient entre-notés les uns les autres, avec des commentaires et des étoiles, on aurait pu discuter. Mais ce projet ringard !

Alors, c'est pour cette raison, que... ? Oui. Raser la ferme des cent noms, c'est une décision éminemment politique. Le tas de planches, il est concret. Plus concret qu'un discours aux évêques, voué à l'oubli.

 

Aidons Lactalys à faire preuve de transparence

Lait, pizzas, médicaments… ces industriels qui nous empoisonnent

 

Par Périco Légasse

Lait, pizzas, pâtes à tartiner, cosmétiques, produits d’entretien, médicaments… Les industriels n’hésitent pas à nous fourguer des produits dangereux. À présent, il appartient aux politiques d’agir.

L’affaire est entre les mains de la justice. Une dizaine de familles, dont les bébés ont été contaminés après avoir consommé du lait en poudre Lactalis, ont déposé plainte contre le groupe présidé par Emmanuel Besnier. À la date du 20 décembre, l’autorité de surveillance Santé publique France a en effet recensé 35 cas de salmonellose chez des nourrissons, dont il a été formellement établi que 31 d’entre eux avaient bu du lait provenant de l’usine Lactalis de Craon. Depuis, une enquête judiciaire a été ouverte par le parquet de Paris pour « mise en danger de la vie d’autrui », « tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine » et « inexécution d’une procédure de retrait ou de rappel d’un produit ». Car même s’il n’y a pas de cas de mortalité, la salmonellose peut être fatale sur des organismes fragiles. En mars 2017, suite à une intoxication collective portant sur 19 cas, deux personnes sont mortes au Danemark après avoir consommé un plat de viande congelé de la marque Normeat. Et selon le Statens Serum Institut de Copenhague, qui a procédé aux analyses sur les malades, les victimes ont été infectées par une souche unique de salmonella. Il faut remonter à 1992 et à l’épidémie de Listeria monocytogenes provoquée par de la langue de porc en gelée de la marque Paul Prédault, géant sarthois de la rillette, avec intoxication de 279 personnes, dont 63 sont décédées, pour trouver un scandale d’une telle ampleur. À l’époque, l’industriel responsable du drame avait été protégé par la Direction générale de l’alimentation du ministère de l’Agriculture.

GAGNER DU TEMPS

Les temps ont changé et le gouvernement n’a pas hésité cette fois à désigner le coupable. Car il semblerait que Lactalis ait tenté de gagner du temps quant au délai de retrait des lots de lait contaminés et qu’il a fallu l’insistance du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, auprès d’Emmanuel Besnier (dont Stéphane Le Foll, ex-ministre de l’Agriculture, disait ne pas avoir le numéro de portable), pour que le premier groupe laitier mondial daigne obtempérer. Le 10 décembre, à l’issue de leur échange, passablement excédé, le ministre se fendait d’un communiqué sans appel : « Les mesures prises par l’entreprise n’ étaient pas de nature à maîtriser le risque de contamination des produits destinés à l’alimentation d’enfants en bas âge. » Plus ennuyeux, ainsi que l’a révélé Le Canard enchaîné, la direction de Lactalis aurait été au courant de la présence de salmonelles dans son unité de production depuis… février 2017. Nos confrères indiquent que, selon l’enquête de la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP), le groupe avait procédé à des contrôles signalant en interne la présence de la bactérie sur du carrelage et du matériel de nettoyage, au mois d’août 2017, présence confirmée par un nouveau contrôle en novembre. Le plus étonnant est qu’une inspection sanitaire de routine, diligentée au mois de septembre par la DDCSPP de la Mayenne, n’avait, elle, rien détecté… Saisie début décembre par le ministère de la Santé après les premiers cas d’intoxication, la Répression des fraudes nationale dépêchait illico un groupe d’enquête à Craon. Surprise, le rapport de septembre ne signalant aucune trace de salmonelle était introuvable. En revanche les enquêteurs découvraient sur place que l’une des deux colonnes de séchage transformant le lait en poudre de lait était saturée de salmonelles. Aussitôt alerté, le préfet de Laval ordonnait la fermeture partielle de l’usine le 9 décembre, bloquant la production du lait pour nourrissons mais pas celle des boîtes de céréales. Arrêté qui ne sera rendu public que le 29 décembre, juste après que des parents de bébés malades ont saisi la justice. Président d’une association de victimes ayant lui-même déposé plainte, Quentin Guillemain s’étonne qu’une partie de l’usine puisse continuer à fonctionner alors que Lactalis a rappelé certains lots de céréales pour enfants le 21 décembre 2017.

JOUER AVEC LE FEU

Comment une multinationale, aussi vigilante que Lactalis sur les processus de fabrication de produits sensibles, ayant mis en place des procédés de contrôle drastiques - ce que personne ne lui conteste -a-t-elle pu laisser se développer une contamination aussi massive ? Pourquoi, au-delà de ces mesures de sécurité aux mailles si serrées, la bactérie a-t-elle quand même pu s’installer et contaminer un circuit ultra surveillé sur un délai aussi prolongé ? Un mois après les faits, plusieurs hypothèses sont évoquées : négligence, imprudence ou même malveillance… Mais tout d’abord, d’où vient-elle, cette bactérie ? Salmonella du séro-type agona, de son nom scientifique, est une entérobactérie, à savoir un bacille Gram négatif évoluant dans le sol, l’eau et le système intestinal des humains ou des animaux. Le phénomène s’étant déjà produit en 2005 sur des laits infantiles de la marque Picot, avec 141 cas de nourrissons contaminés, l’Institut Pasteur la connaît bien. Selon certains vétérinaires confrontés au problème, une des probabilités acceptables pour expliquer la présence de salmonelle dans le lait porte sur l’ensilage. C’est une méthode de conservation du fourrage, destiné à nourrir le bétail, qui consiste à stocker des végétaux pilés, en l’occurrence du maïs, sous de vastes bâches en plastique, afin que leur fermentation lactique décuple les capacités énergétiques de l’aliment en laissant le troupeau à l’étable. L’ensilage est l’aliment emblématique de l’élevage intensif, afin de réduire au minimum le prix de revient du lait destiné à l’industrie. Mal maîtrisé, l’ensilage peut devenir un bouillon de culture à grande échelle. Des animaux sauvages, notamment des rongeurs, s’introduisant sous les bâches pour manger le maïs peuvent contaminer le lot de leurs déjections. Si ces animaux sont porteurs de bactéries pathogènes, genre listeria, escheri-chia ou salmonella, alors le risque que les animaux nourris avec ce maïs ensilé soient contaminés, donc le lait qu’ils produisent, est plus que réel. Reste ensuite à savoir comment la bactérie peut survivre et se faufiler dans un système ultra protégé. Signalons également à l’heure où nous bouclons, qu’ E.Leclerc a reconnu avoir vendu du lait pour bébé Lactalis malgré le rappel en vigueur. Une information qui nous rappelle le rôle des grandes surfaces dans l’effondrement de la qualité alimentaire pour cause de course folle au prix toujours plus bas. Au-dessous d’un certain seuil, on joue avec le feu. Si la grande distribution acceptait de payer le litre de lait à son juste prix, les industriels pourraient sans doute mieux maîtriser la qualité de leurs productions, voire l’améliorer.

HORREUR ALIMENTAIRE

Confrontés au fléau de la malbouffe, les puissants de ce monde nous racontent aussi des salades, histoire de nous faire avaler n’importe quoi… Ainsi, un amendement dit « Nutella », voté par le Sénat le 7 novembre 2012, taxant l’huile de palme dans les pâtes à tartiner au chocolat, à raison de 300 euros la tonne, afin de réduire les impacts catastrophiques d’un excès de consommation sur la santé des enfants, fut aussitôt torpillé par la ministre de la Santé de l’époque, Marisol Touraine. Ainsi McDo lançant sa « saga des fromages » avec un McCheese au beaufort, un McCheese au reblochon et un McCheese à la tomme de Savoie, avait juste omis de préciser que le beaufort ne représentait que 51 % du fromage utilisé, le reblochon 8,5 % et la tomme 6 %. Commencée en 2000, la procédure judiciaire s’est achevée en mai 2011, devant la Cour d’appel de Versailles, avec la condamnation de McDo. Ainsi, encore, la société Comigel, célèbre en 2013 pour avoir livré des lasagnes au cheval roumain pour le compte de Findus, avait été achetée en 2007 par Céréa Gestion, un fonds de pension français coactionnaire d’« usines à bouffe » comme Buffalo Grill, Planet Sushi et Léon de Bruxelles, par ailleurs bras financier d’un géant du lobby céréalier connu sous le nom d’Unigrains, alors propriété du Crédit Agricole, de la Société Générale, de BNP-Paribas et de Natixis. Quand la traçabilité de la malbouffe remonte directement à la salle des coffres…

Ainsi toujours du curry contenant du jaune de méthyle, un colorant industriel déclaré cancérigène, qui a été utilisé par la société néerlandaise Calcic pour teinter du couscous en boîte et des plats cuisinés. On avait retrouvé ce colorant toxique dans des cocktails commercialisés par le groupe Intermarché sous la marque Cigalou et Caravelle. Un scandale lui aussi révélé par Le Canard Enchaîné. Même nos bonnes vieilles pizzas, que l’on croyait hors d’atteinte de la perversion mercantile, sont touchées. Si une pizza artisanale peut être un délice, une pizza « à l’américaine » peut se transformer en horreur alimentaire. Une étude a montré que nombre de pizzas ambulantes sont des concentrés de malbouffe. La plupart seraient fabriquées avec du faux fromage à base de «  Lygomme TACH Optimum », une substance destinée au marché européen depuis 2009 et composée d’amidons, de galactomannane (E 410,412, 417) et de carraghénane (E 407), deux gélifiants enrichis d’arômes artificiels particulièrement nocifs. Le genre d’aliments qui mériterait que l’on indique sur l’emballage, à la façon d’un paquet de cigarettes : « Manger tue ». Pour le reste, la logique du productivisme agricole continue à faire des dégâts majeurs sur l’environnement et la santé. Et si la France s’est engagée à réduire de 50 % l’usage des pesticides dans son agriculture d’ici 2018, elle reste un des premiers utilisateur de « produits phytosanitaires de protection des plantes » (la formule peut laisser croire à une infusion pour convalescents…) avec 67 000 tonnes par an, surtout dans la viticulture, derrière l’Espagne (70 000 tonnes) et devant l’Italie (50 000 tonnes), soit une hausse de 20 % depuis 2007, même si les commandes ont pour la première fois baissé en 2016. Sans oublier les abattoirs, dont les images terrifiantes, diffusées par le mouvement végan L214 révèlent une situation abominable. Au-delà de la barbarie, on sait que les conditions d’hygiène, notamment lors des abattages religieux, où les chairs sont en contact avec les organes et le sang, sont parfois abominables.

Au terme de cette sinistre démonstration, nous en revenons toujours au même point. Le poison et la malbouffe pourraient être sérieusement limités, voire évités, si l’on comprenait une fois pour toutes que, plus on baisse le coût de production, plus on abaisse la qualité, donc la sécurité alimentaire. La balle est aujourd’hui dans le camp du pouvoir politique, qui ne le sait que trop bien. Ou la grande distribution est enfin contrainte, au nom du libéralisme, sans contours ni subterfuges, de payer le prix qui permet aux producteurs (paysan, artisan ou industriel), de vivre de leur travail, ou cela finira très mal.

marianne.net

Les zadistes sont tournés vers l’avenir

 

Par Nicolas de La Casinière

La Zad reste prudente quant au rapport des médiateurs. On y prévoit une fête pour la victoire d’étape et une mobilisation quoi qu’il arrive. Mais le grand sujet, c’est de préparer l’avenir et les usages de la terre. Reportage.

La Zad se mouille consciencieusement. Même pour répondre aux journalistes et même si le sujet du rapport des trois médiateurs ne les excite pas plus que ça. « Rien ne change. C’est vrai, l’abandon du projet d’aéroport ne va pas nous laisser indifférents, mais la seule question qu’on a envie de poser, c’est qu’est-ce qu’on fait après ? », dit une zadiste en remontant sa capuche, pluie en biais oblige. « Dès qu’une mouche pète, on voit débouler les journalistes, mais c’est juste parce que le gouvernement est dans la merde, ajoute le fromager de la ferme de Bellevue. On ne les intéresse pas pour ce qu’on fait ici. Ça fait dix fois que je bouge mes camemberts devant des caméras, juste pour faire des images, alors que l’activité de fromager, c’est surtout du temps à laver et relaver des trucs... Nous, on continue à vivre, à produire, à habiter. » Pas sûr que beaucoup de zadistes épluchent en détail les 63 pages cosignées par Anne Boquet, Michel Badré et Gérard Feldzer.

Ce mercredi 13 décembre, loin de Matignon, la pluie est aussi grasse que grise, suintant d’un ciel bas que pique mollement le phare pointant au-dessus de La Rolandière, la longère qui accueille notamment le groupe presse de la Zad. « Les médiateurs apportent des éclairages techniques, mais la question de l’aéroport est avant tout politique, ça n’a jamais été un dossier technique, dit une des Camilles porte-parole. Comme on s’y attendait, il y a deux options. On attend donc la décision que prendra le gouvernement. Nous, ce qui nous importe, c’est l’avenir de la Zad. » S’opposer à l’aéroport et à « son monde » n’est pas qu’une formule, l’abandon du projet ne peut être vu que comme une étape. « On est sur un territoire qui a toujours été défendu et qui garde intacte la détermination à promouvoir les usages vis-à-vis de la propriété. Il n’y a qu’à relire ce que disait déjà Michel Tarin (syndicaliste paysan, militant historique contre l’aéroport, décédé en 2015) dans les années 70. La force du mouvement, c’est sa détermination à construire ensemble l’avenir de la Zad. Plus généralement, on traverse un moment, une époque où on a conscience d’aller droit dans le mur. On a besoin d’espoir, pas de gesticulations ni de "One Planet Summit". Ici, on incarne la construction de formes de vie autour de communs, dans la solidarité, avec un impact écologique plus léger, loin de la surconsommation. »

L’Assemblée des usages

Créée en septembre, l’« assemblée des usages » a tenu quatre grandes réunions avec de 50 à 120 personnes. « Les commissions, on peut en parler ? » (au journaliste). Rapide échange entre deux porte-parole pour éviter de fâcher des composantes. « Oui, oui, pas de problème. » Des commissions, donc, analysent les scénarios vis-à-vis des terres, délégation de propriété de l’État ou autres hypothèses. Les propositions d’installations agricoles sont étudiées pour conseiller, aiguiller les postulants à une création de fermes vivrières, à vocation marchande, sans exploitation animale, voire sans motorisation, selon celles et ceux qui veulent s’y investir. On y discute des conflits d’usage et des possibles règles de partage des terrains, voire du règlement des litiges sur les manières d’y cohabiter, d’accéder à des parcelles, de circuler. Tout s’y discute, se projetant un peu plus dans un autogouvernement durable de la zone, dans l’esprit du texte-charte dit des « Six points pour l’avenir de la Zad ». Les paysans du collectif Copain ne sont pas très prolixes : « On avait décidé dès le départ de ne pas participer à la médiation. On a laissé la Confédération Paysanne intervenir sur l’artificialisation des sols. Le volet technique, c’est pas trop notre logique. Bien sûr, c’est intéressant que, pour la première fois, l’aménagement de l’actuel aéroport soit pris en compte. Mais tant qu’on n’a pas la réponse du gouvernement... » dit Cyril Bouligand.

La fiesta de la victoire

Depuis l’été, le climat est plutôt à un étrange optimisme. La composition du trio de « médiateurs », qui sont plutôt apparus comme des consultants du gouvernement, et les retours des groupes qui ont joué le jeu des auditions, laissait présager une écoute plus sincère des arguments des opposants, notamment sur l’idée de faire avec l’existant en améliorant l’actuel aéroport au sud-ouest du centre-ville. « Mais on reste toujours prudents. C’est vrai les détails techniques relevés par le rapport des médiateurs, confortent la majorité des arguments des opposants mais tout peut être retourné comme une crêpe. On se souvient du point de vue contre le projet émis et argumenté par la rapporteure publique à la Cour administrative d’appel de Nantes en novembre 2016 qui, à la surprise générale des juristes, n’avait pas du tout été suivi. » Pour anticiper, certains évoquent depuis septembre l’éventualité d’une fête à improviser sur place en cas d’annonce de l’abandon du projet d’aéroport et d’afflux de militants voulant se retrouver pour marquer ça en réjouissances. « Oui, on s’accordera un moment de célébration de la victoire, chacun aura une joie d’avoir contribué, mais rien ne sera joué à ce moment-là, lors de l’annonce de la décision politique. Toutes les parties vont forcément montrer les muscles... » L’idée de fiesta en cas de victoire sur le projet d’aéroport entend réaffirmer que le combat ne s’arrêterait pas là mais évoluerait sur la défense d’une zone d’expérimentation de pratiques agricoles, de production, d’échanges ou autres, hors des diktats de l’économie capitaliste.

Un bien commun des luttes

Au même moment, le message de mobilisation est réactivé auprès des comités de soutien dans toute la France : lors de l’annonce de la décision du gouvernement, rassemblement devant les préfectures partout en France. C’est un rappel des appels : « S’ils reviennent… Mobilisations, occupations, blocages » de fin 2016 quand l’expulsion de la Zad paraissait plausible et imminente. Parallèlement, chacun a conscience sur le terrain que la machine à fantasmes est repartie à plein. Un journaliste de France Info parle ce 13 décembre de zadistes « prêts à faire couler le sang ». Quatre jours avant, Valeurs Actuelles croit savoir que le bocage est truffé de pièges à couper des pieds, copiés sur la guérilla vietnamienne. Son journaliste, ancien du ministère de l’Intérieur de l’ère Sarkozy, reprend les élucubrations les plus absurdes de la paranoïa policière, assurant aussi que les zadistes cachent une armurerie, et sont prêts à tuer, entraînés par des anciens commandos des forces spéciales devenus anarchistes... « Ce n’est pas la première fois qu’on entend ce genre de fables, dit un zadiste. Il va falloir démonter ces fictions, redire que le mouvement est composé de beaucoup de gens différents, naturalistes, paysans, militants politiques qui ont su se forger un horizon commun. En stigmatiser une partie est un grand classique, jusqu’à inventer des proto-terroristes, pour nier tout ce qu’a d’inspirant ce mouvement, et bien au-delà de Notre-Dame-des-Landes, au point que certains l’ont qualifié de "bien commun des luttes"... »

Les comités anti-aéroport se préparent aussi à une grande mobilisation sur la Zad pour la fin de la DUP (déclaration d’utilité publique) du 8 février 2018. Comme on le voit, le calendrier de l’avenir commence tout de suite.

(Illustrations : ©Nicolas de La Casinière/Reporterre)

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