Ecologie

Avez-vous entendu parler du projet Europacity ?

Il s’agit d’un projet de centre commercial géant (500 magasins), avec un parc aquatique climatisé et une piste de ski artificielle, mais aussi une salle de spectacle et une ferme urbaine, que le groupe de grande distribution Auchan et un investisseur chinois (Wanda) veulent construire – avec le soutien des pouvoirs publics – sur les terres les plus fertiles d’Europe, à Gonesse, à 15 km au nord de Paris.

Ce projet, qui se présente comme une initiative entièrement privée, bénéficie d’un financement public d’un milliard d’euros pour créer une gare du futur Grand Paris Express, qui desservira le site.

 Indigné.e.s par ce gâchis de terres agricoles, et ce détournement d’argent public, des citoyen.ne.s lancent un appel à la mobilisation !

Le Collectif pour le Triangle de Gonesse, en partenariat avec des associations de défense de l’environnement, organise une journée de mobilisation sur les lieux, à Gonesse. Le Réseau des AMAP, adhérent du Collectif, est partenaire de cet événement et organise un bal paysan. 

Toutes et tous à Gonesse dimanche 21 mai pour défendre les terres agricoles franciliennes. Nous planterons des courges, nous danserons, nous pique-niquerons et nous marcherons jusqu’à la mairie pour porter joyeusement notre message : Plus de légumes, Moins de bitume !Rejoignez l’Acte 1 du Mouvement des Sauveurs de Terres !

Et en attendant de vous déhancher sur place, vous pouvez déjà swinguer sur l’air composé par Manu Chao pour l’occasion

Une boîte à outils en ligne pour transformer le travail et « ne plus perdre sa vie à la gagner »

 

par Rédaction

 

Grève, cancer professionnel, droit d’alerte, médecine du travail : voici quelques uns des nombreux thèmes abordés par la « petite boîte à outils ». Ce site, mis en ligne il y a quelques jours par l’union syndicale Solidaires, recense de nombreuses informations sur la santé au travail, les droits des travailleurs, et les luttes menées pour les défendre. Objectif : donner aux travailleurs des outils pour s’organiser, améliorer les conditions de travail, et ne plus perdre sa vie à la gagner.

Une ressource destinée à celles et ceux qui souhaitent lutter pour améliorer leurs conditions de travail : tel est l’objectif de la « petite boîte à outils » que l’Union syndicale Solidaires a mis en ligne le 30 novembre. Destiné à l’ensemble des salariés et de leurs représentants, ce site recense des « chantiers », sous forme de récits ou d’analyses. Ainsi l’histoire du long combat mené par les salariés du géant alimentaire Triskalia, pour faire reconnaître leur intoxication aux pesticides comme une maladie professionnelle (lire aussi nos articles sur le sujet).

Autre « chantier » : le décryptage du Lean management, également appelé « toyotisme ». Imaginée par les ingénieurs de Toyota, cette méthode de management impose aux salariés de faire mieux et plus avec moins de moyens. Elle s’exporte bien au-delà du Japon : multinationales, services publics, gros industriels et sous-traitants. Introduite dans les entreprises avec le prétendu assentiment des salariés, cette méthode d’organisation provoque une explosion du stress et des risques psycho-sociaux. Le dossier montre comment y résister, comme l’action juridique que mène Sud Chimie au sein de Sanofi.

Parmi les outils disponibles (web docs, infographies, vidéos...) sur la « petite boîte à outils », le bulletin mensuel « Et voilà ! ». Il propose chaque mois des éléments de jurisprudence, avec des analyses des décisions et des pistes pour s’en inspirer. « Et voilà ! » s’intéresse aussi aux initiatives universitaires, syndicales ou associatives liées aux enjeux de santé et des conditions de travail. La « petite boîte à outils » ouvre par ailleurs une Agora, qui référencera ce qui est disponible sur la toile en matière de santé au travail.

Protéger les alternatives de soutien à l’agriculture paysanne de la récupération des multinationales

 

par Jocelyn Parot (Urgenci)

Tandis que les Amap et autres systèmes d’agriculture associant producteurs et consommateurs se développent en Europe, et dans le Monde, des start-up tentent de récupérer ses principes. Aux États-Unis, des entreprises d’achat-revente proposent jusqu’à 30 000 paniers ! C’est notamment pour s’opposer à cette récupération et « protéger notre alimentation contre la volonté des multinationales de cadenasser la souveraineté alimentaire » que les acteurs européens de ces réseaux d’initiatives locales ont élaboré une déclaration européenne de l’agriculture soutenue par les citoyens. L’ONG Urgenci, à l’origine de cette démarche, détaille les enjeux de ce cheminement collectif.

Bayer achète Monsanto pour 66 milliards de dollars. La partie de Monopoly continue avec quelques géants agro-industriels se partageant le contrôle du vivant. En réaction, un sentiment d’urgence anime des millions de personnes : ils ressentent le besoin d’agir, de reprendre en main leur alimentation. Leurs mots d’ordre : l’autonomie du paysan, la capacité de choix du consommateur, le droit de décider du modèle agro-alimentaire qui nous nourrit. Leur répertoire d’action collective est large. Mais l’un des modes d’engagement les plus aboutis et les plus exigeants est l’Agriculture soutenue par les citoyens (ASC).

Ce terme recouvre aussi bien les Amap, Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne en France, que leurs précurseurs historiques, les Teikei au Japon ou encore les CSA (Community Supported Agriculture) en Amérique du Nord. Il s’agit d’un modèle de vente directe contractualisée, s’appuyant sur une relation directe entre le producteur et ses consommateurs. Les partenaires fondent leurs échanges sur la relation humaine, en partageant les risques, les responsabilités et les fruits de l’activité agricole, à travers un engagement mutuel de long terme.

Plus de 600 000 personnes engagées

Le mouvement croît dans des contextes aussi différents que l’Angleterre, où les systèmes alimentaires sont fortement mondialisés depuis des siècles, et la Roumanie, où les paysans en agriculture de semi-subsistance sont encore des millions. Il faut dire que les mêmes questions s’y posent pourtant, à des degrés divers : la question environnementale, avec l’agriculture conventionnelle, source importante de gaz à effets de serre, qui carbure aux énergies fossiles ; la question sanitaire, avec la révélation récurrente de scandales alimentaires ; enfin, la disparition des paysans, dont la moyenne d’âge est partout proche de 60 ans, et dont le corollaire est l’exode rural.

D’après le recensement mené en 2015 dans 22 pays européens, il y aurait entre 600 000 et un million de personnes engagées dans un partenariat de ce type en Europe [1]. La marge d’incertitude est due à la diversité du mouvement, à sa spontanéité et à sa créativité. Il est délicat de suivre sa croissance, exponentielle ici, plus modérée là-bas. Les temporalités ne sont pas les mêmes. L’Allemagne, par exemple, connaît actuellement une explosion des initiatives de ce type similaire à celle connue en France il y a 10 ans.

Rendez-vous post industriel pour un mouvement de transition

150 paysans et mangeurs venus de 26 pays, de l’Irlande à la Géorgie et de la Norvège à la Grèce, ont choisi de se rassembler, du 16 au 18 septembre 2016, dans le cadre de la troisième Rencontre européenne des mouvements d’ASC, à Ostrava, en Silésie tchèque, dans un lieu parfait pour illustrer la transition post-industrielle. Dul Hlubina abrite en un même espace les vestiges d’une mine de charbon avec son puits visible à des kilomètres à la ronde, une cokerie et une usine sidérurgique avec trois hauts-fourneaux. Aujourd’hui métamorphosé en lieu de rencontres, de création culturelle et de loisirs, ce site exceptionnel symbolise la transition d’un modèle à l’autre.

Dans son appel initial au rassemblement, Urgenci, le réseau international de l’ASC, présentait ces partenariats comme un remède aux blessures infligées à nos sociétés. Or, le terme grec ancien pour remède est pharmakon, qui signifie également « poison ». On sait que la même substance, utilisée d’une manière différente, peut guérir ou tuer. Le mouvement de l’ASC doit ainsi se poser la question de son impact. L’ASC n’aggrave-t-elle pas le mal social quand elle tombe dans le piège de l’entre-soi, ou quand le localisme l’emporte sur la solidarité transfrontalière ? N’aggrave-t-elle pas le mal économique lorsqu’elle devient fournisseur de beaux phrasés, de discours et d’idées pour des start-up financiarisées ?

Guérir les blessures de nos sociétés

Au contraire, l’ASC est un antidote lorsqu’elle s’appuie sur des formations adéquates, privilégiant une approche critique, et lorsque sont évaluées avec précision ses réussites, en coopération avec le monde de la recherche. L’ASC est un antidote lorsque son développement s’accompagne de l’éducation des jeunes dans de nouvelles façons de consommer, ou encore lorsque ses relais mobilisent au-delà des clivages culturels et sociaux, pour influencer les politiques publiques. La puissance de l’ASC réside dans son approche quotidienne fondée sur des relations directes, de personne à personne. Cependant, il faut apporter, par l’action en réseau, des correctifs, afin de partager les bienfaits de systèmes alimentaires socialement responsables, économiquement viables et écologiquement durables.

C’est ce sentiment de solidarité et de responsabilité qui a porté le travail collectif sur la Déclaration adoptée le samedi 17 septembre à Ostrava. Il existait déjà un certain nombre de textes fondateurs : les principes des Teikei de Teruo Ichiraku (1978), la Charte des Amap révisée par le Mouvement interrégional des Amap en 2014, la charte des CSA du Royaume-Uni, mais il n’existait pas encore de texte commun aux acteurs européens. Cette déclaration est le fruit de quinze mois de travail, de trois ateliers européens, d’une quinzaine d’ateliers nationaux d’écriture et de centaines de contributions individuelles ou collectives.

Comment faire vivre la Déclaration européenne de l’ASC ?

Une déclaration doit s’inscrire dans une stratégie partagée. Sa première mission est d’être une source d’inspiration pour les initiatives isolées, d’affirmer la nature de mouvement social de l’ASC et de montrer que tous ses acteurs européens parlent le même langage. Cette Déclaration est la carte d’identité du mouvement. La Déclaration veut par ailleurs limiter les récupérations en réaffirmant les objectifs de l’ASC. Nous ne vivons pas dans un monde de télétubbies ! Même en Californie, les acteurs locaux ont dû faire inscrire dans le Farm Bill, la loi agricole de l’État, une définition des CSA. Il était en effet nécessaire d’en freiner la capture par des entreprises d’achat-revente proposant jusqu’à 30 000 « paniers »... En Europe, les tentatives de récupération commerciale et de marchandisation des principes foisonnent. Pour se prémunir contre ces pillages, il faut clarifier les différences.

La troisième mission, c’est d’être un texte de référence pour toute action de plaidoyer. Les partenariats d’ASC représentent un maillage de plus en plus visible et sollicité. Il faut choisir le dialogue avec les institutions, celles en tout cas qui sont à la recherche de solutions concrètes, mais il faut répondre en cohérence avec ce texte collectif. L’ASC n’est pas une solution globale. C’est une démarche localisée. C’est pourquoi il y a chez ses acteurs les plus engagés une conscience aiguës de faire partie d’un mouvement plus large, celui de la Souveraineté alimentaire [2]. La Souveraineté alimentaire, c’est garder le futur de notre alimentation ouvert, protéger notre alimentation contre la volonté des multinationales de la cadenasser. C’est dans cette ouverture vers plusieurs futurs possibles que la Déclaration d’Ostrava doit être considérée. C’est une boussole, ou c’est cette carte qu’on ouvre devant soi avant de se mettre en route. Ce n’est pas un aboutissement, mais un cheminement collectif.

Jocelyn Parot, secrétaire général d’Urgenci

 

Notes

[1] Lire le rapport de l’ONG Urgenci

[2] Ses représentants porteront leur message collectif lors du Forum Nyéléni Europe pour la Souveraineté alimentaire, qui aura lieu à Cluj, en Roumanie, du 26 au 30 octobre prochains. Des centaines de citoyens revendiqueront leur droit à définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles.

La France, championne d’Europe de l’agriculture bio en circuit court, mais plus pour longtemps ?

Lu sur http://www.bastamag.net/Plus-de-2000-Amap-en-France-le-boom-des-circuits-courts

 

par Sophie Chapelle

Une fois n’est pas coutume, la France est en pointe en Europe dans le développement de circuits courts, qui associent agriculteurs et consommateurs pour des produits de qualité vendus au prix le plus juste pour chacun. L’agriculture biologique poursuit également son essor : 21 nouvelles fermes en bio se créent ou s’y convertissent chaque jour. Mais ce mouvement, porté par des agriculteurs pionniers et des consommateurs engagés reste peu soutenu politiquement, et est menacé par une vision rétrograde de l’agriculture portée par la droite.

Les paniers de produits agricoles, souvent bio, distribués directement du producteur au consommateur, ont le vent en poupe. La France est même championne d’Europe en la matière, loin devant la Suisse, les Pays-Bas et l’Allemagne qui la suivent en nombre de consommateurs concernés. Deux mille associations de maintien de l’agriculture paysanne (Amap) y ont été recensées en 2015 par le mouvement Miramap. Elles fournissent fruits et légumes « équitables » en circuits courts à environ 320 000 personnes. C’est davantage que partout ailleurs en Europe, et dix fois plus qu’en Allemagne ou en Italie.

« Il s’agit d’un modèle de vente directe contractualisée, s’appuyant sur une relation directe entre le producteur et ses consommateurs, rappelle Jocelyn Parot, secrétaire général d’Urgenci, qui tente de structurer ce mouvement à l’échelle européenne [1]. « Les partenaires fondent leurs échanges sur la relation humaine, en partageant les risques, les responsabilités et les fruits de l’activité agricole, à travers un engagement mutuel de long terme. »

Les régions les plus en pointe sont l’Île-de-France, Rhône-Alpes et Pays-de-la-Loire. La dynamique est également forte en Aquitaine, PACA, Midi-Pyrénées et Bretagne.

La création de la première Amap en France remonte à 2001, en périphérie d’Aubagne, par deux agriculteurs proches de l’association altermondialiste Attac. L’objectif : prouver que les fermes de proximité peuvent s’en sortir tout en permettant à des consommateurs d’acheter des aliments de qualité. En évitant la grande distribution, ce système permet d’approcher le prix le plus juste, à la fois pour le producteur et pour les consommateurs. Ceux-ci peuvent s’informer facilement de la manière dont leurs aliments sont cultivés ou élevés, les agriculteurs s’engageant à leur ouvrir leurs fermes. Toutes les exploitations membres d’une Amap ne sont pas en bio mais s’engagent à pratiquer une agriculture « respectueuse des hommes, de l’environnement et de l’animal ».

 

Des partenariats de ce type existent dans les autres pays européens, sous d’autres appellations (Community Supported Agriculture en anglais) [2]. « L’Allemagne, par exemple, connaît actuellement une explosion des initiatives de ce type similaire à celle connue en France il y a 10 ans, souligne Jocelyn Parot. Mais au sein de l’Union européenne, la France apparaît comme le pays le plus structuré. » Pour se prémunir des tentatives de récupération commerciale – des entreprises d’achat-revente proposent par exemple jusqu’à 30 000 « paniers » en Californie ! –, une Déclaration européenne de l’agriculture soutenue par les citoyens a été adoptée en septembre 2016 afin de réaffirmer des principes communs.

20% de croissance du marché bio

L’agriculture biologique, qu’elle soit ou non en circuits courts, connait parallèlement une forte expansion malgré les dénigrements dont elle a longtemps fait l’objet (à relire : L’agriculture biologique prise au piège de la grande distribution). Fin septembre, l’Agence Bio a annoncé une progression de 20% de croissance du marché bio en France entre 2015 et 2016. Elle estime que les terres consacrées au mode de production bio dépasseront la barre des 1,5 million d’hectares, soit plus de 5,8% de la surface agricole utile. Les disparités restent cependant importantes entre territoires. Et le soutien politique à cette alternative est inégal.

Lire aussi : Agriculture bio : votre région soutient-elle vraiment les alternatives aux pesticides ?

Vingt-et-une nouvelles fermes bio chaque jour

Neuf personnes sur dix en France mangent désormais des aliments biologiques, au moins occasionnellement, contre 54 % en 2003 [3]. Face à cette demande, les agriculteurs tentent tant bien que mal de suivre le rythme : chaque jour, vingt-et-une nouvelles fermes bio s’installent ou se convertissent ! « C’est un essor extrêmement important que l’on n’a jamais vécu, se réjouit Stéphanie Pageot, la présidente de la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB). On espère créer une dynamique collective qui va construire une nouvelle alternative à l’agriculture en France. » [4]. En surface agricole, la France, avec ses 5,8% de territoire agricole en bio, reste cependant loin derrière l’Autriche (20%), l’Italie ou la Suède (10%).

Comment poursuivre la dynamique alors que la population agricole ne cesse de diminuer ? Les agriculteurs représentaient un tiers de la population active à la fin de la seconde guerre mondiale, ils ne sont plus que 2 % à travailler la terre. « Plus de 10 000 fermes disparaissent par an, faute de repreneur, englouties sous le béton des villes ou accaparées par un voisin agriculteur qui désire s’agrandir », rappellent Lucile Leclair et Gaspard D’Allens dans leur livre Les néo paysans [5]. Le salut pourrait venir de personnes étrangères au monde agricole. « Les néo-paysans prennent peu à peu la relève, ils réunissent déjà 30 % des installations et si la conjoncture se poursuit, ils représenteront un tiers des agriculteurs à l’horizon 2020. (...) À rebours du modèle conventionnel, ils optent pour des productions variées, des transformations à la ferme, des circuits courts. Selon une enquête des Jeunes Agriculteurs et du MRJC (Mouvement rural de jeunesse chrétienne, ndlr), plus de 60 % d’entre eux souhaitent s’installer en agriculture biologique. »

A droite : à mort l’agro écologie, vive les pesticides et les OGM

Cet état de grâce se poursuivra-t-il en 2017 ? A droite, ni François Fillon ni Alain Juppé ne semblent particulièrement sensibles au succès de l’agriculture biologique. Le sujet ne figure pas dans leurs programmes en matière agricole. François Fillon, nouveau favori des primaires de la droite, souhaite même « accélérer l’homologation des produits phytosanitaires » et favoriser l’innovation « génétique » [6]. Comprenez : autoriser plus facilement les pesticides qui souffriraient de règles trop « contraignantes », ainsi que les cultures OGM. « L’argument de santé publique semble peu fondé » précise son programme, au mépris de toutes les études scientifiques sur les effets néfastes des pesticides (lire nos articles).

François Fillon envisage de « soutenir les circuits directs de vente du producteur au consommateur » par des crédits d’impôt. Mais l’un de ses récents soutiens mène une politique totalement contraire. Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, ancien sarkozyste et nouveau fillonniste, diminue drastiquement les financements en faveur de l’agriculture paysanne. Le réseau régional des Amap va connaitre en 2016 une baisse de 35 % de ses subventions, ce qui le contraint à supprimer trois emplois.

Pour Nicolas Sarkozy, désormais éliminé, agro-écologie et circuits courts entre agriculteurs et consommateurs se résumaient à un folklore pour bobos : « Et pendant qu’on y est, on pourrait même toucher le béret et on aurait le droit, pour chaque produit acheté, de prendre une photo », se moquait-il en février 2016 [7]. Les 30 000 exploitations en bio génèrent pourtant 72 000 emplois environ, presque deux fois plus que le même nombre de fermes conventionnelles, frappées par la crise [8]. Avec ce type de responsables politiques, pas sûr que la France demeure bien longtemps championne d’Europe dans la lente construction d’un modèle agricole satisfaisant pour tous.

Sophie Chapelle, avec Ivan du Roy

Quand un berger et ses chèvres réenchantent Paris et sa banlieue

 

par SideWays

Un troupeau de chèvres arpentant les rues de Paris et de Bagnolet en quête de pâturages. Des légumes en bas des immeubles. Des ateliers manuels avec les jeunes du quartier. Ce sont quelques unes des activités proposées par l’association Sors de Terre, installée depuis huit ans à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis. Au milieu du béton, un lieu où se déconstruisent les concepts de politiques publiques et s’ouvre le champ des imaginaires, menacé par une opération de rénovation urbaine du quartier. Reportage en photos et vidéo de Side-Ways.

Pour regarder cet article en grand format, mélangeant textes, photos, vidéos et sons, cliquez ici :

http://side-ways.net/episode9/magazine/

 

Aux Malassis, à Bagnolet, l’association Sors de Terre existe depuis 8 ans. Au début, Gilles y jardinait avec les enfants. Puis peu à peu les activités de l’association se sont développées. Un grand changement a été l’arrivée de Lucas, David et Yvan pour participer aux activités. Ils se sont enthousiasmés et deux brebis et une chèvre ont été achetées. Pour elles, avec les habitants du quartier, ils ont construit une bergerie en bois sur un terrain clos où plus personne n’allait. Et le troupeau a grandi. Aujourd’hui, il y a plus de vingt-cinq têtes et quatre fois plus de pattes.

Avant de venir s’installer ici, Gilles a travaillé dans des fermes à la campagne, à la montagne. Il avait appris à connaître les animaux. Et quand il est revenu en ville, il déconnait avec ses potes : « un jour j’aurai des chèvres en ville ». Lui-même n’y croyait pas. « C’était plus un délire qu’un rêve, c’est pas quelque chose que je voulais vraiment. Et quand ça s’incarne, c’est un peu fou. »

Pour faire manger les chèvres, il les amène pâturer dans les allées, les friches qui se situent dans les environs. À l’improviste, les gens du quartier le rencontrent, discutent et la présence des animaux délie les langues. On caresse les chèvres, on parle de souvenirs, du quartier, certains rebroussent leur chemin...« Il y a des choses que je n’aurais pas anticipées, comme tous ces gens qui ont été bergers, qu’ils viennent d’autres régions de France ou d’autres pays, serbes, kabyles, espagnols, maliens... Ça paraît logique, mais tu n’y penses pas. »

De retour à la bergerie, après la sortie des écoles, les enfants arrivent, seuls ou accompagnés, ils jouent, les parents leur racontent des histoires, leur histoire parfois, ils découvrent les animaux. De temps en temps, de manière spontanée et en fonction des besoins et des envies de chacun, Lucas ou Gilles proposent des activités. « Il y a un truc qui est posé ici, qui s’apparente à du respect. Un mélange entre respect et fantaisie, le respect de la fantaisie, dans un univers assez normé, et dans un quartier où comme partout, ça se saurait si la fantaisie était la règle. »

 

 

Depuis la naissance des chevreaux, tous les soirs, il y a le moment de la traite des chèvres. Quelques habitants du quartier ont pris leurs habitudes et viennent acheter un litre de lait ou les œufs des poules qui se baladent dans la bergerie. Chacun a sa raison de venir passer du temps dans ce square si particulier.

Huguette : « Quand je viens ici, je ne pense pas à mon âge, à la maladie, aux impôts. J’ai envie de peindre, j’ai envie de planter. On échange des graines de coquelicot, de lin bleu. J’amène mes épluchures et je prends du compost pour les plantes, sur le balcon. »

Azzedine : « Je viens chercher du lait de chèvre, de temps en temps. Je le bois le matin avec des dattes d’Algérie, ça me rappelle mon enfance. Et je viens chercher des œufs aussi, ils sont très bons. »

André - « J’habite ici depuis toujours. Un jour, je suis passé devant, je suis venu les aider et depuis le temps, je suis toujours là... Je viens souvent faire un petit tour, je viens bricoler. Mes petits-fils viennent aussi. »

Jamel et Enzo : « J’amène mon petit-fils, pour qu’il découvre les animaux. Et puis, il y a des jeux. C’est lui qui demande à venir, il connaît la bergerie car il était à la crèche à côté. »

 

La bergerie est le lieu principal de l’association, où se trouvent le jardin potager et les animaux. Elle est ouverte à tous quand un membre de l’association est là et que la porte est ouverte. Il n’y a pas d’horaires spécifiques, ils se modifient en fonction des multiples activités qui se développent au fur et à mesure des opportunités et des propositions. Ainsi, plusieurs fois par semaine, des ateliers organisés avec les structures éducatives et médico-pédagogiques ont lieu sur place avec des groupes d’enfants ou des adolescents handicapés.

Les ateliers se déplacent aussi au collège du quartier. Dans ce dernier, l’objectif est de transformer les locaux avec les élèves volontaires, au fur et à mesure des ateliers, par l’apport de plus de végétal, des constructions en bois, de la peinture. Pendant trois ans, Ayda, plasticienne, a largement contribué à égayer la vie de l’association en colorant les lieux et animant des ateliers, au collège comme à la bergerie.« D’un seul coup, tu sens que là ça s’arrête une seconde, il y a un truc qui a été dit, soit par moi, soit par les mômes et d’un seul coup, ça fait tilt dans la tête de tout le monde, explique-t-elle. Un peu comme quand tu lis un vers et que ça te fait quelque chose. Il y a une dimension poétique... »

« Notre boulot, note Gilles, c’est d’opérer un décalage. Ne pas rester bloqué sur des histoires de jardinage, d’écologie, de vivant, mais retrouver un lien avec leur vie, avec leur environnement. C’est être à l’écoute et être capable de rebondir sur tout ce qui se présente, comme situation ou comme parole. C’est ouvrir des fenêtres. »

Un peu plus loin, à une centaine de mètres de la bergerie, des prés ont été construits avec les habitants entre deux barres d’immeubles. Cet espace avait été délaissé par la municipalité. Aujourd’hui, les brebis y pâturent régulièrement. Lucas et Gilles entretiennent les alentours : tonte des pelouses, taille des arbustes, etc. La présence des animaux et le fait que le lieu ait été rendu plus agréable a permis de réactiver cette parcelle qui n’était presque plus fréquentée.

À la suite de différentes propositions, le travail de gestion des espaces verts est une activité qui se développe au sein de l’association, avec une conscience différente de celle dont on a l’habitude. L’un de leurs contrats, à Bobigny, est lié à une résidence d’une dizaine d’immeubles, avec deux hectares d’espaces verts. Ces derniers étaient gérés jusque-là de manière classique : pelouses, arbustes taillés de manière identique, etc. D’un commun accord avec le bailleur, ils reprennent en main les îlots un à un, en leur donnant une identité, modifiant ainsi les lieux afin qu’ils puissent être réinvestis.

« Ce que nous proposons, c’est une gestion écologique et sociale, précise Lucas. On s’attache aux usages et aux pratiques qui ont lieu dans les lieux publics sur lesquels on intervient et on essaie au maximum de favoriser ceux qui méritent de l’être. Concernant les techniques d’entretien, c’est une gestion différenciée, avec des pratiques plus écologiques et du coup plus économiques. »

Le travail de gestion, « c’est 50% d’intervention sur les espaces et 50% de social ». Gilles et Lucas prennent à cœur de discuter avec ceux qui viennent, afin de leur expliquer ce qui va changer et pourquoi. Des sessions d’activités sont organisées avec les habitants volontaires pour construire du mobilier et jardiner, notamment afin qu’ils puissent avoir leur mot à dire.

Les chèvres viennent aussi de temps à autre. Elles facilitent la rencontre et permettent d’ouvrir la discussion. Les habitants sont heureux de les voir et cela contribue à modifier leur rapport aux espaces où les bêtes sont présentes. « On n’essaye pas de les convaincre, souligne Lucas. On explique juste ce que l’on fait et pourquoi. Rien que d’ouvrir cette discussion, cela permet de comprendre, même si on n’est pas d’accord. C’est quelque chose d’important pour les habitants du quartier de savoir ce qui va changer près de chez eux. »

« L’espace vert est métaphorique, décrypte Gilles. Telle gestion suppose tel usage, tel ordre social. Tu changes la gestion d’un lieu par le fait de venir avec des animaux, par le fait de faire une gestion différenciée, en filigrane, qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que tu veux changer la relation entre les gens. Ça va faire bouger les choses, ça va faire bouger l’ordre social, ça va faire bouger les règles. Et donc, c’est bien accueilli par certains, c’est mal accueilli par d’autres. Ces discours sur ces espaces verts et sur leur gestion, ça cristallise toutes les envies, mais aussi les oppositions qu’il y a dans le quartier. »

D’autres contrats d’entretien sont en passe d’être signés, chacun avec ses particularités propres, et adaptés au cas par cas. Pour un lycée de Pantin, c’est toute la gestion des espaces verts qui est repensée autour de l’implantation d’un petit troupeau de quelques brebis, accompagné de toutes les formations, activités et de l’encadrement nécessaire pour une expérience favorable à tous. Chaque proposition donne l’occasion de réfléchir avec leur commanditaire, permet de parler du projet en lui-même, mais aussi d’expliquer le cadre et la philosophie de travail de l’association.

C’est à ce moment que Gilles fait un véritable travail de déconstruction des concepts de politiques publiques tel qu’« éco-pâturage », « nature en ville », « création de lien social », etc. qui n’ont pas, ou plus de sens. Cette redéfinition et cette clarification du vocabulaire, base de la discussion, permettent de parler de façon concrète, d’expliquer clairement ce qu’ils font, pourquoi et ce qui les intéresse.

Extraits d’articles parus sur le blog "Sors de terre"

« Mes chères chèvres, mes chères brebis,
asseyez vous que je vous apprenne la bonne nouvelle.
Je vous demande de vous asseoir au cas où elle ne serait pas de votre goût. Vous êtes… vous êtes… des tondeuses écologiques ! Oui oui, des tondeuses, c’est bien ça, mais… écologiques. Mais non, mais biensûr, biensûr, vous n’êtes pas vraiment des tondeuses… bon bon d’accord, pas du tout des machines ! …et ? comment ? ah oui, …vous n’êtes pas écologiques non plus… mais bien sur que vous n’êtes pas écologiques, je n’ai jamais dit ça ; …je vous annonce simplement que c’est comme ça qu’on parle de vous… »

« On croit à ce qu’on fait
On sait pourquoi on le fait
Pas pour la nature en ville
Pas pour l’agriculture urbaine
Pas pour le participatif
Pas pour la concertation
Pas pour le vivre ensemble
Ce sont les mots des vendeurs de sommeil
On le fait
Parce qu’on aime la vie
Et ça suffit »

Ce travail de déconstruction de concepts de politiques publiques afin de les remplir de « quelque chose qui émane du terrain », les membres de l’association ne le font pas seulement avec leurs partenaires espaces verts, mais avec tous les interlocuteurs qu’ils rencontrent, qu’il s’agisse de municipalités, d’écoles, de structures de handicap, du monde universitaire, etc. Parmi les mots que l’on entend dans toutes les bouches, il y a le mot « participatif ». Impliquer les habitants dans les décisions, faire des réunions de concertation, etc.

À l’association Sors de Terre, on ne parle pas de concertation, on ne fait pas de réunions publiques, on ne prévient même pas quand on fait des chantiers collectifs, ou très peu. Parce que ça se fait sur le moment, sur la motivation, avec les gens qui sont là, ou ceux qui arrivent, parce qu’on est en train de construire quelque chose et que ceux qui passent ont envie de participer. On construit, là où on est, avec ceux qui sont là. On ne cherche pas à être pote avec tout le monde, mais on se respecte dans ses différences. Et au final, les gens sont présents et ils sont prêts à se battre pour que la bergerie reste là où elle est.

C’est ce qui s’est passé en 2014, quand le maire de Bagnolet a donné 3 semaines à l’association pour quitter les lieux. Les habitants se sont mobilisés et aux élections suivantes, le maire qui voulait les expulser disait qu’« il était avec la bergerie ».

Cet épisode démontre une chose : quand on fait réellement les choses avec les habitants, on acquiert un pouvoir politique. Et ça, les politiques n’en veulent pas. Du participatif oui, à partir du moment où ça se passe dans des ateliers, dans des réunions, où l’on donne la parole aux gens, mais que ça n’a pas d’impact sur leur pouvoir propre.

Alors en France, les opérations de rénovation urbaine s’enchaînent, avec leurs réunions de concertation où l’on se plaint que personne ne vient, mais en même temps qui ne servent pas à grand-chose. Si on n’entend pas la voix des habitants, c’est aussi parce qu’on n’a pas envie de l’entendre.

L’opération de rénovation urbaine du quartier des Malassis à Bagnolet est en cours. La bergerie actuelle doit disparaitre en 2018.

 

Les habitants sont prêts à s’engager pour que l’actuelle reste à sa place, et qu’elle ne soit pas remplacée par une bergerie municipale sur un autre terrain. Certains ont même créé une pétition de soutien, indépendamment des membres de l’association. De leur côté, après une longue période de réflexion et suite à un dernier rendez-vous très décevant avec le maire, ces derniers ont décidé de prendre leurs responsabilités vis-à-vis des habitants et de leur projet en relançant une pétition. Elle a pour objectif de préserver l’indépendance de la future bergerie, qui ne peut pas devenir municipale sans vider l’initiative de son essence.

Une chose est sûre, si elle se lance dans ce combat, l’association ne le fait pas uniquement pour défendre ses propres intérêts. La discussion ne portera pas que sur la bergerie en elle-même : il n’est pas question d’être "l’arbre qui cache la forêt". La mairie doit prendre en compte les besoins réels des habitants dans leur ensemble. La question n’est pas tant une question d’argent que de la manière dont il est alloué. « S’ils s’occupent du quartier, ils s’occuperont bien de nous aussi, parce qu’on fait partie du quartier et qu’on est du quartier. Et que s’ils traitent des vrais problèmes, nous on est une petite part pour s’investir dans le positif. » Tout le monde a besoin d’espoir, et la bergerie, dans sa forme et dans son fonctionnement, est messagère d’espoir.

 

Gilles : « On s’en fout des autorisations, on ne demande pas d’autorisation à quiconque. Pour faire ce que l’on fait, ce qui est important, c’est que les gens l’acceptent.
Avant qu’on arrive, avant qu’on investisse le lieu, tout était déjà là. Il y avait les espaces disponibles et les gens pour l’accueillir. Ce que l’on fait, ce n’est pas sorti de nulle part. Ça vient aussi des habitants. »

« C’est possible qu’il y ait un mec qui se balade avec un petit troupeau de chèvres dans les rues de Bagnolet, dans les rues de Paris, n’importe où. Donc j’aime bien me dire que si ça c’est possible, ça rend d’autres choses possibles aussi. En fait, ici, tout serait possible. »

Hélène Legay et Benoit Cassegrain (Side-Ways)

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