Ecologie

Lait, pizzas, médicaments… ces industriels qui nous empoisonnent

 

Par Périco Légasse

Lait, pizzas, pâtes à tartiner, cosmétiques, produits d’entretien, médicaments… Les industriels n’hésitent pas à nous fourguer des produits dangereux. À présent, il appartient aux politiques d’agir.

L’affaire est entre les mains de la justice. Une dizaine de familles, dont les bébés ont été contaminés après avoir consommé du lait en poudre Lactalis, ont déposé plainte contre le groupe présidé par Emmanuel Besnier. À la date du 20 décembre, l’autorité de surveillance Santé publique France a en effet recensé 35 cas de salmonellose chez des nourrissons, dont il a été formellement établi que 31 d’entre eux avaient bu du lait provenant de l’usine Lactalis de Craon. Depuis, une enquête judiciaire a été ouverte par le parquet de Paris pour « mise en danger de la vie d’autrui », « tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine » et « inexécution d’une procédure de retrait ou de rappel d’un produit ». Car même s’il n’y a pas de cas de mortalité, la salmonellose peut être fatale sur des organismes fragiles. En mars 2017, suite à une intoxication collective portant sur 19 cas, deux personnes sont mortes au Danemark après avoir consommé un plat de viande congelé de la marque Normeat. Et selon le Statens Serum Institut de Copenhague, qui a procédé aux analyses sur les malades, les victimes ont été infectées par une souche unique de salmonella. Il faut remonter à 1992 et à l’épidémie de Listeria monocytogenes provoquée par de la langue de porc en gelée de la marque Paul Prédault, géant sarthois de la rillette, avec intoxication de 279 personnes, dont 63 sont décédées, pour trouver un scandale d’une telle ampleur. À l’époque, l’industriel responsable du drame avait été protégé par la Direction générale de l’alimentation du ministère de l’Agriculture.

GAGNER DU TEMPS

Les temps ont changé et le gouvernement n’a pas hésité cette fois à désigner le coupable. Car il semblerait que Lactalis ait tenté de gagner du temps quant au délai de retrait des lots de lait contaminés et qu’il a fallu l’insistance du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, auprès d’Emmanuel Besnier (dont Stéphane Le Foll, ex-ministre de l’Agriculture, disait ne pas avoir le numéro de portable), pour que le premier groupe laitier mondial daigne obtempérer. Le 10 décembre, à l’issue de leur échange, passablement excédé, le ministre se fendait d’un communiqué sans appel : « Les mesures prises par l’entreprise n’ étaient pas de nature à maîtriser le risque de contamination des produits destinés à l’alimentation d’enfants en bas âge. » Plus ennuyeux, ainsi que l’a révélé Le Canard enchaîné, la direction de Lactalis aurait été au courant de la présence de salmonelles dans son unité de production depuis… février 2017. Nos confrères indiquent que, selon l’enquête de la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP), le groupe avait procédé à des contrôles signalant en interne la présence de la bactérie sur du carrelage et du matériel de nettoyage, au mois d’août 2017, présence confirmée par un nouveau contrôle en novembre. Le plus étonnant est qu’une inspection sanitaire de routine, diligentée au mois de septembre par la DDCSPP de la Mayenne, n’avait, elle, rien détecté… Saisie début décembre par le ministère de la Santé après les premiers cas d’intoxication, la Répression des fraudes nationale dépêchait illico un groupe d’enquête à Craon. Surprise, le rapport de septembre ne signalant aucune trace de salmonelle était introuvable. En revanche les enquêteurs découvraient sur place que l’une des deux colonnes de séchage transformant le lait en poudre de lait était saturée de salmonelles. Aussitôt alerté, le préfet de Laval ordonnait la fermeture partielle de l’usine le 9 décembre, bloquant la production du lait pour nourrissons mais pas celle des boîtes de céréales. Arrêté qui ne sera rendu public que le 29 décembre, juste après que des parents de bébés malades ont saisi la justice. Président d’une association de victimes ayant lui-même déposé plainte, Quentin Guillemain s’étonne qu’une partie de l’usine puisse continuer à fonctionner alors que Lactalis a rappelé certains lots de céréales pour enfants le 21 décembre 2017.

JOUER AVEC LE FEU

Comment une multinationale, aussi vigilante que Lactalis sur les processus de fabrication de produits sensibles, ayant mis en place des procédés de contrôle drastiques - ce que personne ne lui conteste -a-t-elle pu laisser se développer une contamination aussi massive ? Pourquoi, au-delà de ces mesures de sécurité aux mailles si serrées, la bactérie a-t-elle quand même pu s’installer et contaminer un circuit ultra surveillé sur un délai aussi prolongé ? Un mois après les faits, plusieurs hypothèses sont évoquées : négligence, imprudence ou même malveillance… Mais tout d’abord, d’où vient-elle, cette bactérie ? Salmonella du séro-type agona, de son nom scientifique, est une entérobactérie, à savoir un bacille Gram négatif évoluant dans le sol, l’eau et le système intestinal des humains ou des animaux. Le phénomène s’étant déjà produit en 2005 sur des laits infantiles de la marque Picot, avec 141 cas de nourrissons contaminés, l’Institut Pasteur la connaît bien. Selon certains vétérinaires confrontés au problème, une des probabilités acceptables pour expliquer la présence de salmonelle dans le lait porte sur l’ensilage. C’est une méthode de conservation du fourrage, destiné à nourrir le bétail, qui consiste à stocker des végétaux pilés, en l’occurrence du maïs, sous de vastes bâches en plastique, afin que leur fermentation lactique décuple les capacités énergétiques de l’aliment en laissant le troupeau à l’étable. L’ensilage est l’aliment emblématique de l’élevage intensif, afin de réduire au minimum le prix de revient du lait destiné à l’industrie. Mal maîtrisé, l’ensilage peut devenir un bouillon de culture à grande échelle. Des animaux sauvages, notamment des rongeurs, s’introduisant sous les bâches pour manger le maïs peuvent contaminer le lot de leurs déjections. Si ces animaux sont porteurs de bactéries pathogènes, genre listeria, escheri-chia ou salmonella, alors le risque que les animaux nourris avec ce maïs ensilé soient contaminés, donc le lait qu’ils produisent, est plus que réel. Reste ensuite à savoir comment la bactérie peut survivre et se faufiler dans un système ultra protégé. Signalons également à l’heure où nous bouclons, qu’ E.Leclerc a reconnu avoir vendu du lait pour bébé Lactalis malgré le rappel en vigueur. Une information qui nous rappelle le rôle des grandes surfaces dans l’effondrement de la qualité alimentaire pour cause de course folle au prix toujours plus bas. Au-dessous d’un certain seuil, on joue avec le feu. Si la grande distribution acceptait de payer le litre de lait à son juste prix, les industriels pourraient sans doute mieux maîtriser la qualité de leurs productions, voire l’améliorer.

HORREUR ALIMENTAIRE

Confrontés au fléau de la malbouffe, les puissants de ce monde nous racontent aussi des salades, histoire de nous faire avaler n’importe quoi… Ainsi, un amendement dit « Nutella », voté par le Sénat le 7 novembre 2012, taxant l’huile de palme dans les pâtes à tartiner au chocolat, à raison de 300 euros la tonne, afin de réduire les impacts catastrophiques d’un excès de consommation sur la santé des enfants, fut aussitôt torpillé par la ministre de la Santé de l’époque, Marisol Touraine. Ainsi McDo lançant sa « saga des fromages » avec un McCheese au beaufort, un McCheese au reblochon et un McCheese à la tomme de Savoie, avait juste omis de préciser que le beaufort ne représentait que 51 % du fromage utilisé, le reblochon 8,5 % et la tomme 6 %. Commencée en 2000, la procédure judiciaire s’est achevée en mai 2011, devant la Cour d’appel de Versailles, avec la condamnation de McDo. Ainsi, encore, la société Comigel, célèbre en 2013 pour avoir livré des lasagnes au cheval roumain pour le compte de Findus, avait été achetée en 2007 par Céréa Gestion, un fonds de pension français coactionnaire d’« usines à bouffe » comme Buffalo Grill, Planet Sushi et Léon de Bruxelles, par ailleurs bras financier d’un géant du lobby céréalier connu sous le nom d’Unigrains, alors propriété du Crédit Agricole, de la Société Générale, de BNP-Paribas et de Natixis. Quand la traçabilité de la malbouffe remonte directement à la salle des coffres…

Ainsi toujours du curry contenant du jaune de méthyle, un colorant industriel déclaré cancérigène, qui a été utilisé par la société néerlandaise Calcic pour teinter du couscous en boîte et des plats cuisinés. On avait retrouvé ce colorant toxique dans des cocktails commercialisés par le groupe Intermarché sous la marque Cigalou et Caravelle. Un scandale lui aussi révélé par Le Canard Enchaîné. Même nos bonnes vieilles pizzas, que l’on croyait hors d’atteinte de la perversion mercantile, sont touchées. Si une pizza artisanale peut être un délice, une pizza « à l’américaine » peut se transformer en horreur alimentaire. Une étude a montré que nombre de pizzas ambulantes sont des concentrés de malbouffe. La plupart seraient fabriquées avec du faux fromage à base de «  Lygomme TACH Optimum », une substance destinée au marché européen depuis 2009 et composée d’amidons, de galactomannane (E 410,412, 417) et de carraghénane (E 407), deux gélifiants enrichis d’arômes artificiels particulièrement nocifs. Le genre d’aliments qui mériterait que l’on indique sur l’emballage, à la façon d’un paquet de cigarettes : « Manger tue ». Pour le reste, la logique du productivisme agricole continue à faire des dégâts majeurs sur l’environnement et la santé. Et si la France s’est engagée à réduire de 50 % l’usage des pesticides dans son agriculture d’ici 2018, elle reste un des premiers utilisateur de « produits phytosanitaires de protection des plantes » (la formule peut laisser croire à une infusion pour convalescents…) avec 67 000 tonnes par an, surtout dans la viticulture, derrière l’Espagne (70 000 tonnes) et devant l’Italie (50 000 tonnes), soit une hausse de 20 % depuis 2007, même si les commandes ont pour la première fois baissé en 2016. Sans oublier les abattoirs, dont les images terrifiantes, diffusées par le mouvement végan L214 révèlent une situation abominable. Au-delà de la barbarie, on sait que les conditions d’hygiène, notamment lors des abattages religieux, où les chairs sont en contact avec les organes et le sang, sont parfois abominables.

Au terme de cette sinistre démonstration, nous en revenons toujours au même point. Le poison et la malbouffe pourraient être sérieusement limités, voire évités, si l’on comprenait une fois pour toutes que, plus on baisse le coût de production, plus on abaisse la qualité, donc la sécurité alimentaire. La balle est aujourd’hui dans le camp du pouvoir politique, qui ne le sait que trop bien. Ou la grande distribution est enfin contrainte, au nom du libéralisme, sans contours ni subterfuges, de payer le prix qui permet aux producteurs (paysan, artisan ou industriel), de vivre de leur travail, ou cela finira très mal.

marianne.net

Aidons Lactalys à faire preuve de transparence

Hamburger de vers ou pâtes aux grillons, les repas bio et locaux de demain pour protéger l’environnement ?

 

par Simon Gouin, Sophie Chapelle

 

Êtes-vous entomophage, c’est à dire mangeurs d’insectes ? Deux milliards d’êtres humains consomment déjà régulièrement les petites bestioles rampantes ou à six pattes. En France, les préparations à base d’insectes pénètrent progressivement le marché intérieur, en dépit d’une législation assez peu favorable. L’élevage d’insectes est-il vraiment écologique ? Quels sont leurs avantages nutritifs comparés, notamment, à la viande rouge, dont la consommation baisse ? Basta ! est allé à la rencontre des rares industriels et éleveurs s’étant lancés, en France, dans cette production et vous en révèle les coulisses.

On les saisit entre les doigts avec un peu d’appréhension. En bouche, ça croustille légèrement. A part un petit goût de friture, de tomate et de thym, avec lesquels ils sont aromatisés, les vers de farine que nous sommes en train de déguster n’ont rien de particulier. Passé l’effroi des premières minutes, les insectes passent de main en main avec une grande curiosité. Demain, accompliront-ils la promesse de devenir une des sources régulières de protéine pour nos repas ?

C’est dans la banlieue proche de Toulouse, dans une petite zone industrielle aux bords de champs agricoles, que la société Micronutris est implantée depuis 2012. En temps normal, l’élevage d’insectes, qui serait le plus important en France, n’est jamais montré au public et aux journalistes qui doivent se contenter des salles d’exposition et de réunion. Les techniques industrielles sont bien gardées. Après avoir signé un cahier, revêtu une blouse, et chaussé des protèges-pieds, une visite express de la partie « élevage » donne un aperçu de cette exploitation agricole assez peu ordinaire.

Une alimentation végétale et biologique à base d’invendus

Des millions de vers de farine et de grillons répartis dans des bacs, empilés les uns sur les autres. Environ une tonne d’insectes ! Dans une autre pièce, l’équivalent en protéines de 2000 steaks de bœuf. Au fond des bacs, les insectes mangent un mélange de farine, de carottes et de céréales. Une alimentation 100 % végétale, issue de l’agriculture biologique, d’origine française mais pas locale, à base notamment d’invendus de maraîchers. Les insectes s’abreuvent à partir d’un bloc d’eau gélifiée, afin d’éviter qu’ils fassent leurs déjections dans le liquide. « Dans ces pièces, les frottements et la respiration de ces insectes créent de la chaleur, précise Cédric Auriol, le dirigeant de l’entreprise. Il n’y a pas besoin de chauffage. »

Une fois arrivés à maturité, les insectes sont mis au jeûne afin de pouvoir vider leur tube digestif. Ébouillantés, ils sont ensuite déshydratés pour être conditionnés ou transformés en différents produits, de l’apéro aux pâtes et barres énergétiques à partir de poudre d’insectes. « Un cycle de production dure entre six et douze semaines », explique Cédric Auriol. L’entreprise possède un parc de reproducteurs à partir duquel elle collecte les œufs et assure ainsi le renouvellement de la production. Du contrôle des aliments des insectes jusqu’à leur conservation à basse température afin de garder les protéines, en passant par la traçabilité classique dans la filière agro-alimentaire, l’élevage d’insectes impose une grande rigueur. En cas de développement d’acariens, l’entreprise utilise du vinaigre blanc et des agrumes pour les traiter.

En dépit des secrets de production bien gardés, quelques paysans ont décidé de se lancer dans l’élevage d’insectes de manière artisanale. C’est le cas de « la ferme aux grillons », nichée à Pélussin, un village de la Loire. Roxane Deléglise s’est installée comme agricultrice et lancée dans cet élevage il y a quatre ans. Pour se former, elle s’est appuyée sur les informations égrenées sur le web. Elle a choisi le grillon, « espèce locale », « plus facile à élever au niveau de la reproduction » que d’autres insectes. Élevés dans des bacs en plastique disposés de manière verticale, les grillons nécessitent peu de surface. L’agricultrice les nourrit avec des légumes qu’elle produit et utilise très peu d’eau – uniquement comme apport dans les végétaux servant d’aliment.

Vous reprendrez bien un peu de grillontine ?

Roxane Deléglise a toutefois besoin de chauffer la pièce pour favoriser le cycle de reproduction. « Plus il fait chaud, plus le grillon mange, plus il se reproduit », explique t-elle. Une fois que la femelle a été fécondée, elle pond près de mille œufs en un mois ! Au terme de dix jours d’incubation, les grillons sortent de terre. Roxane Deléglise les place ensuite dans des bacs de croissance où elle peut contrôler la chaleur. Au bout d’un mois et demi, les grillons ont atteint une taille suffisante pour être cuisinés.

 Les grillons sont vendus déshydratés, nature, au piment doux ou avec ail et persil. © Ferme aux grillons

L’étape suivante est la dégustation. Il y a un an et demi, Roxane Deléglise a ouvert des tables d’hôte. Pour franchir les éventuelles barrières psychologiques, elle propose des grillons déshydratés et varie les goûts, enrobant les insectes de chocolat, proposant des madeleines à la farine de grillon, ou suggérant sur du pain chaud une « grillontine beurre ail et persil » à base... de chair de grillons.

Des rendements bien meilleurs que ceux de la viande

Deux milliards d’humains consommeraient des insectes, notamment en Asie, en Amérique latine et en Afrique centrale. En dépit d’une législation européenne peu favorable, les insectes pénètrent depuis quelques années le marché intérieur. En 2015, 250 000 Français auraient croqué des insectes [1]. Mais leur prix reste prohibitif : il faut compter au moins 70 euros, en vente directe, pour 100g d’insectes de Micronutris – le prix moyen proposé par les sites de vente en ligne étant de l’ordre des 80 euros les 100 grammes. « Nous souhaitons faire des économies d’échelle pour atteindre un prix équivalent à la viande classique », avance Cédric Auriol. L’entreprise s’est engagée dans une mécanisation de certaines tâches pénibles, répétitives pour les ouvriers et chronophages (notamment le tri des bacs, leur lavage, etc.). Micronutris assume « des logiques d’optimisation et de modernisation », loin des élevages artisanaux ou familiaux de la Thaïlande, qui compte environ 20 000 fermes de ce type !

Manger des insectes serait bon pour la santé et l’environnement. L’entreprise toulousaine met en avant leurs qualités nutritives, dont un bon rapport oméga–3 et oméga-6, du magnésium et du fer. Côté protéines, la teneur est au moins aussi élevée chez plusieurs insectes que dans la viande bovine. Mais les petites bêtes ont un autre avantage : celui de transformer une très grande partie des aliments qu’ils ingurgitent. Il faut compter dix kilos d’aliments pour produire sept kilos d’insectes. Avec la même quantité de nourriture, seul 1 kilo de viande de bœuf est produit. « C’est aussi cinquante fois moins d’eau que pour l’élevage d’une viande animale, et cent fois mois de gaz à effet de serre », précise Cédric Auriol [2]. L’entreprise travaille à l’élaboration d’un référentiel en vue d’une certification biologique de la production.

Pour la FAO, les insectes répondraient au défi d’une alimentation d’une population mondiale de plus en plus nombreuse [3], quand d’autres mettent en avant la culture d’OGM et la viande de synthèse (lire notre article sur le sujet) ! « Nous pensons que consommer des insectes peut nous permettre de préserver nos ressources et de manger de la viande demain », souligne Cédric Auriol avec un brin de provocation. Pourquoi favoriser leur élevage ? « Tous les insectes présents dans la nature ne sont pas comestibles. Certains sont très utiles dans les écosystèmes. En prélever abondamment risque de bouleverser les équilibres. Et dans la nature, on ne sait pas s’ils ont été en contact avec des pesticides. »

En France, des freins réglementaires

Micronutris emploie directement une douzaine de salariés, auxquels il faut ajouter huit agents commerciaux. Un certain succès est donc au rendez-vous mais le flou entourant la législation complique la donne. Si la Belgique et les Pays-Bas favorisent la commercialisation d’insectes pour la consommation humaine, ce n’est pas le cas d’autres pays de l’Union européenne, dont la France. En cause : un règlement européen de 1997 soumet tout « nouvel aliment » – dont les préparations à base d’insectes – à une autorisation communautaire avant la mise sur le marché [4]. Cette autorisation repose sur une évaluation des risques censée démontrer l’innocuité de la denrée. Or, la Commission européenne n’a donné jusqu’ici aucune autorisation à ce sujet.

L’État français suit l’avis de la Commission, et renvoie vers l’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) qui recommande « la prudence » en matière de risques sanitaires liés à la consommation d’insectes [5].

Ces derniers mois, la réglementation européenne s’est toutefois assouplie. Depuis le 1er juillet, les poissons d’élevage peuvent désormais être nourris avec de la farine d’insectes. La Fédération de la filière insectes en France, souligne avoir présenté des dossiers auprès de l’Union européenne dont l’étude est en cours [6]. Pour l’heure, si rien n’interdit l’élevage ou la consommation d’insectes en France, les freins réglementaires en matière de commercialisation peuvent expliquer le faible nombre d’éleveurs et d’entreprises se lançant dans l’hexagone. Aujourd’hui, 95% des produits à base d’insectes vendus en France sont importés, souligne Cédric Auriol, donc sans garantie sur la qualité des élevages.

Simon Gouin et Sophie Chapelle

Photos : © Micronutris sauf mention contraire.

Notes

[1] Voir cet article de Libération

[2] Ces chiffres sont extraits d’un rapport de la FAO, 2014.

[3] Voir également ici.

[4] Voir le règlement de la Commission européenne n°258/97 sur les nouveaux aliments (règlement « Novel Food »). Le statut de « nouvel aliment » est établi sur la base de l’absence d’historique de consommation en Europe avant 1997. Un nouveau règlement européen Novel Food adopté en 2015 (n°2015/2283) entrera en vigueur début 2018.

[5Voir la réponse du secrétaire d’État en charge de la Consommation et l’avis de l’Anses en date du 12 février 2015 relatif aux risques sanitaires en lien avec la consommation d’insectes.

[6] Voir le site de la fédération.

Les zadistes sont tournés vers l’avenir

 

Par Nicolas de La Casinière

La Zad reste prudente quant au rapport des médiateurs. On y prévoit une fête pour la victoire d’étape et une mobilisation quoi qu’il arrive. Mais le grand sujet, c’est de préparer l’avenir et les usages de la terre. Reportage.

La Zad se mouille consciencieusement. Même pour répondre aux journalistes et même si le sujet du rapport des trois médiateurs ne les excite pas plus que ça. « Rien ne change. C’est vrai, l’abandon du projet d’aéroport ne va pas nous laisser indifférents, mais la seule question qu’on a envie de poser, c’est qu’est-ce qu’on fait après ? », dit une zadiste en remontant sa capuche, pluie en biais oblige. « Dès qu’une mouche pète, on voit débouler les journalistes, mais c’est juste parce que le gouvernement est dans la merde, ajoute le fromager de la ferme de Bellevue. On ne les intéresse pas pour ce qu’on fait ici. Ça fait dix fois que je bouge mes camemberts devant des caméras, juste pour faire des images, alors que l’activité de fromager, c’est surtout du temps à laver et relaver des trucs... Nous, on continue à vivre, à produire, à habiter. » Pas sûr que beaucoup de zadistes épluchent en détail les 63 pages cosignées par Anne Boquet, Michel Badré et Gérard Feldzer.

Ce mercredi 13 décembre, loin de Matignon, la pluie est aussi grasse que grise, suintant d’un ciel bas que pique mollement le phare pointant au-dessus de La Rolandière, la longère qui accueille notamment le groupe presse de la Zad. « Les médiateurs apportent des éclairages techniques, mais la question de l’aéroport est avant tout politique, ça n’a jamais été un dossier technique, dit une des Camilles porte-parole. Comme on s’y attendait, il y a deux options. On attend donc la décision que prendra le gouvernement. Nous, ce qui nous importe, c’est l’avenir de la Zad. » S’opposer à l’aéroport et à « son monde » n’est pas qu’une formule, l’abandon du projet ne peut être vu que comme une étape. « On est sur un territoire qui a toujours été défendu et qui garde intacte la détermination à promouvoir les usages vis-à-vis de la propriété. Il n’y a qu’à relire ce que disait déjà Michel Tarin (syndicaliste paysan, militant historique contre l’aéroport, décédé en 2015) dans les années 70. La force du mouvement, c’est sa détermination à construire ensemble l’avenir de la Zad. Plus généralement, on traverse un moment, une époque où on a conscience d’aller droit dans le mur. On a besoin d’espoir, pas de gesticulations ni de "One Planet Summit". Ici, on incarne la construction de formes de vie autour de communs, dans la solidarité, avec un impact écologique plus léger, loin de la surconsommation. »

L’Assemblée des usages

Créée en septembre, l’« assemblée des usages » a tenu quatre grandes réunions avec de 50 à 120 personnes. « Les commissions, on peut en parler ? » (au journaliste). Rapide échange entre deux porte-parole pour éviter de fâcher des composantes. « Oui, oui, pas de problème. » Des commissions, donc, analysent les scénarios vis-à-vis des terres, délégation de propriété de l’État ou autres hypothèses. Les propositions d’installations agricoles sont étudiées pour conseiller, aiguiller les postulants à une création de fermes vivrières, à vocation marchande, sans exploitation animale, voire sans motorisation, selon celles et ceux qui veulent s’y investir. On y discute des conflits d’usage et des possibles règles de partage des terrains, voire du règlement des litiges sur les manières d’y cohabiter, d’accéder à des parcelles, de circuler. Tout s’y discute, se projetant un peu plus dans un autogouvernement durable de la zone, dans l’esprit du texte-charte dit des « Six points pour l’avenir de la Zad ». Les paysans du collectif Copain ne sont pas très prolixes : « On avait décidé dès le départ de ne pas participer à la médiation. On a laissé la Confédération Paysanne intervenir sur l’artificialisation des sols. Le volet technique, c’est pas trop notre logique. Bien sûr, c’est intéressant que, pour la première fois, l’aménagement de l’actuel aéroport soit pris en compte. Mais tant qu’on n’a pas la réponse du gouvernement... » dit Cyril Bouligand.

La fiesta de la victoire

Depuis l’été, le climat est plutôt à un étrange optimisme. La composition du trio de « médiateurs », qui sont plutôt apparus comme des consultants du gouvernement, et les retours des groupes qui ont joué le jeu des auditions, laissait présager une écoute plus sincère des arguments des opposants, notamment sur l’idée de faire avec l’existant en améliorant l’actuel aéroport au sud-ouest du centre-ville. « Mais on reste toujours prudents. C’est vrai les détails techniques relevés par le rapport des médiateurs, confortent la majorité des arguments des opposants mais tout peut être retourné comme une crêpe. On se souvient du point de vue contre le projet émis et argumenté par la rapporteure publique à la Cour administrative d’appel de Nantes en novembre 2016 qui, à la surprise générale des juristes, n’avait pas du tout été suivi. » Pour anticiper, certains évoquent depuis septembre l’éventualité d’une fête à improviser sur place en cas d’annonce de l’abandon du projet d’aéroport et d’afflux de militants voulant se retrouver pour marquer ça en réjouissances. « Oui, on s’accordera un moment de célébration de la victoire, chacun aura une joie d’avoir contribué, mais rien ne sera joué à ce moment-là, lors de l’annonce de la décision politique. Toutes les parties vont forcément montrer les muscles... » L’idée de fiesta en cas de victoire sur le projet d’aéroport entend réaffirmer que le combat ne s’arrêterait pas là mais évoluerait sur la défense d’une zone d’expérimentation de pratiques agricoles, de production, d’échanges ou autres, hors des diktats de l’économie capitaliste.

Un bien commun des luttes

Au même moment, le message de mobilisation est réactivé auprès des comités de soutien dans toute la France : lors de l’annonce de la décision du gouvernement, rassemblement devant les préfectures partout en France. C’est un rappel des appels : « S’ils reviennent… Mobilisations, occupations, blocages » de fin 2016 quand l’expulsion de la Zad paraissait plausible et imminente. Parallèlement, chacun a conscience sur le terrain que la machine à fantasmes est repartie à plein. Un journaliste de France Info parle ce 13 décembre de zadistes « prêts à faire couler le sang ». Quatre jours avant, Valeurs Actuelles croit savoir que le bocage est truffé de pièges à couper des pieds, copiés sur la guérilla vietnamienne. Son journaliste, ancien du ministère de l’Intérieur de l’ère Sarkozy, reprend les élucubrations les plus absurdes de la paranoïa policière, assurant aussi que les zadistes cachent une armurerie, et sont prêts à tuer, entraînés par des anciens commandos des forces spéciales devenus anarchistes... « Ce n’est pas la première fois qu’on entend ce genre de fables, dit un zadiste. Il va falloir démonter ces fictions, redire que le mouvement est composé de beaucoup de gens différents, naturalistes, paysans, militants politiques qui ont su se forger un horizon commun. En stigmatiser une partie est un grand classique, jusqu’à inventer des proto-terroristes, pour nier tout ce qu’a d’inspirant ce mouvement, et bien au-delà de Notre-Dame-des-Landes, au point que certains l’ont qualifié de "bien commun des luttes"... »

Les comités anti-aéroport se préparent aussi à une grande mobilisation sur la Zad pour la fin de la DUP (déclaration d’utilité publique) du 8 février 2018. Comme on le voit, le calendrier de l’avenir commence tout de suite.

(Illustrations : ©Nicolas de La Casinière/Reporterre)

reporterre.net

Pour une interdiction totale de tous les pesticides néonicotinoïdes tueurs d'abeilles en Europe

POLLINIS a besoin de votre mobilisation, de toute urgence, pour empêcher les lobbies de l’agrochimie de saboter l’interdiction des tueurs d’abeilles que nous sommes en passe d’obtenir à Bruxelles.

Si ce n’est pas déjà fait, SVP signez sans attendre la pétition aux députés européens, et transférez ce message le plus largement possible autour de vous.

Il a fallu des années de bataille, les cris d’alarme répétés des apiculteurs qui voient année après année leurs cheptels se réduire, les rapports inquiétants des scientifiques qui dénoncent sans détours les effets mortels des pesticides néonicotinoïdes sur les colonies d’abeilles…

… la mobilisation répétée de centaines de milliers de citoyens qui refusent qu’on sacrifie les abeilles, et avec elles l’alimentation et la santé de toute la population, pour servir les intérêts à court terme de quelques multinationales influentes…

… et le travail au corps-à-corps mené par nos équipes auprès des parlementaires, rendez-vous après rendez-vous, pour les convaincre de prendre des décisions fortes et sans appel pour une interdictiondéfinitive de tous les tueurs d’abeilles en Europe !

Le mois dernier, tout ce travail a porté ses fruits : une députée courageuse, Mme Maria Lidia Senra Rodriguez, a déposé nos amendements pour l’interdiction des néonicotinoïdes lors d’un projet d’initiative sur l’apiculture (1)(2).

Dans quelques jours – le 22 novembre exactement – ces amendements seront soumis au vote des quelques députés qui composent la Commission Agriculture du Parlement européen. Et s’ils passent ce cap, c’est l’ensemble des députés qui devront voter le texte en janvier 2018.

Je dis bien « s’ils passent le cap » : car en ce moment même, tous les lobbies des tenants du tout-chimique en agriculture se sont ligués pour tirer à boulets rouge sur nos amendements, et s’assurer qu’ils seront retoqués par les députés de la Commission Agriculture !

C’est pour ça que je fais appel à vous de toute urgence, pour nous aider à peser plus fort dans la balance que leurs chantages aux licenciements et leurs menaces de délocalisation.

Nous avons déjà réuni 157 000 signataires à notre pétition aux députés européens : aidez-nous à doubler ce chiffre dans les jours qui viennent en :

- signant vous-même, si ce n’est pas déjà fait, la pétition

- transférant ce message à tout votre carnet d’adresses

Expliquez bien à vos amis que, tant qu’on n’aura pas réussi à faire interdire l’ensemble des substances néonicotinoïdes tueuses d’abeilles au niveau européen, les scandales comme celui qu’on vient d’essuyer, en France, avec la mise sur le marché de deux produits contenant du Sulfoxaflor, un néonicotinoïde nouvelle génération qui va encore accélérer le déclin des abeilles et des pollinisateurs sauvages (3)…

…continueront à être monnaie courante, sans que les autorités françaises ne puissent, sur le long terme, s’y opposer.

La preuve : face à la mobilisation immédiate des citoyens et des apiculteurs, le gouvernement n’a pu négocier que… 3 mois de sursis, avant la vente effective du nouveau tueur d’abeilles (4) !

C’est au niveau européen qu’il faut maintenant obtenir cette interdiction salutaire pour les abeilles et notre avenir alimentaire. Et pour ça, il n’y a pas de meilleur espoir que le vote de l’amendement que nous avons arraché de haute lutte - et qui, sans votre aide, sera torpillé sans merci par les lobbies de l’agrochimie.

Il n’y a plus une minute à perdre :

Une étude spectaculaire menée à grande échelle en Allemagne pendant 27 ans vient de révéler que 76 % au moins des insectes volants auraient disparu depuis 1989. Et les chercheurs pensent que ces résultats auraient été les mêmes dans les autres pays européens ! (5)

Ces chiffres sont effrayants :

Les abeilles ne sont que la face émergée de l’iceberg. Leur déclin est visible par les apiculteurs qui s’occupent d’elles au quotidien. Mais avec elles, ce sont également des milliers de papillons, bourdons, bombyles ou syrphes qui succombent en silence : les chercheurs commencent à peine à lever le voile sur les effets des pesticides néonicotinoïdes sur les pollinisateurs sauvages – et ce qu’ils trouvent fait froid dans le dos…

Les pollinisateurs sont essentiels à la qualité, la quantité et la diversité de notre alimentation, et assurent la reproduction de plus de 80% des fruits, légumes et plantes à fleurs (6).

Les tomates par exemple, ne peuvent être pollinisées efficacement que par les bourdons, les seuls à pouvoir faire vibrer ces fleurs pour qu’elles libèrent leur pollen (7). Or près de la moitié (46%) des espèces de bourdons d’Europe sont en déclin (8)…

Selon une étude publiée en Décembre 2016 dans la revue Nature, l’augmentation du nombre de maladies qui résulteraient de la disparition de certains pollinisateurs majeurs pourrait engendrer 1,4 million de décès supplémentaires chaque année dans le monde (9).

Face à ces chiffres apocalyptiques, il n’y a pas à tergiverser. Et pourtant : certains députés se laissent encore tenter par les arguments court-termistes de l’industrie agrochimique…

…Montrez-leur que leurs électeurs n’acceptent pas qu’ils sacrifient une seconde de plus les abeilles et les pollinisateurs !

PHASE 2 Je signe la pétition

De notre côté, nous continuons à multiplier les rendez-vous au Parlement européen, pour convaincre les députés de voter nos amendements salutaires pour les abeilles.

Si notre démarche est soutenue par plusieurs centaines de milliers de citoyens européens, croyez-moi, même les plus réfractaires d’entre eux y verront une menace à leur réélection, et seront forcés de se ranger de notre côté.

Nous sommes en passe de gagner cette bataille : il ne faut que 2 petites minutes de votre temps pour faire pencher la balance.

SVP, cliquez sur ce lien pour signer la pétition, et diffusez ce message le plus largement possible autour de vous – en le transférant à vos amis par email, ou en partageant cette action sur les réseaux sociaux.

 Facebook  Twitter  G  

Un grand merci par avance pour votre engagement dans cette bataille cruciale pour l’avenir des abeilles et de tout l’environnement qui en dépend !

Bien cordialement,

Nicolas Laarman

Délégué général

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Références :

(1) 2017/2115(INI) Perspectives et défis pour le secteur apicole de l'Union européenne

(2) Amendements n°176, 187, 188, 194, 195, 394

(3) Nouveaux pesticides : pourquoi l’Anses doit revoir sa copie - Séverin Husson, La Croix, 22/10/2017

(4) Communiqué du Ministère de la Transition Ecologique

(5) More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas, Caspar A. Hallmann , Martin Sorg, Eelke Jongejans, Henk Siepel, Nick Hofland, Heinz Schwan, Werner Stenmans, Andreas Müller, Hubert Sumser, Thomas Hörren, Dave Goulson, Hans de Kroon - PLOS Published: October 18, 2017

(6) Abeilles domestiques, pollinisation et biodiversité végétale – site du projet FlorAbeilles

(7) Elevage, comportement de butinage et utilisation du bourdon terrestre pour la pollinisation, D. Lefebvre, P. Aupinel, S. Le Cun, J. Pierre Inra/Ensar UMR

(8) European Red List of Bees, Nieto, A., Roberts, S.P.M., Kemp, J., Rasmont, P., Kuhlmann, M., García Criado, M., Biesmeijer, J.C., Bogusch, P., Dathe, H.H., De la Rúa, P., De Meulemeester, T., Dehon, M., Dewulf, A., Ortiz-Sánchez, F.J., Lhomme, P., Pauly, A., Potts, S.G., Praz, C., Quaranta, M., Radchenko, V.G., Scheuchl, E., Smit, J., Straka, J., Terzo, M., Tomozii, B., Window, J. and Michez, D. 2014. European Red List of bees. Luxembourg: Publication Office of the European Union.

(9) Safeguarding pollinators and their values to human well-being, Simon G. Potts, Vera Imperatriz-Fonseca, Hien T. Ngo, Marcelo A. Aizen, Jacobus C. Biesmeijer, Thomas D. Breeze, Lynn V. Dicks, Lucas A. Garibaldi, Rosemary Hill, Josef Settele & Adam J. Vanbergen 540, 220–229 (08 December 2016) doi:10.1038/nature20588

 

 

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