Ecologie

Elections dans les chambres d’agriculture : les partisans des pesticides toujours majoritaires

A lire en entier sur Bastamag

Dans une quasi indifférence médiatique, le monde agricole vient d’élire ses représentants dans les chambres d’agriculture, « sorte de mini-gouvernement de l’agriculture à l’échelle locale » [1]. Ce scrutin, qui a lieu tous les 6 ans, permet d’observer les rapports de force à l’œuvre entre différentes visions du modèle agricole, dans un contexte où le mal-être social des paysans est de plus en plus pesant. Pour les défenseurs d’une agriculture à taille humaine, moins polluante, privilégiant les filières courtes, la déception est de taille face aux partisans d’une agriculture productiviste, dépendante des intrants chimiques et des hydrocarbures, qui demeurent largement majoritaires.

Ainsi la FNSEA, alliée aux syndicat des Jeunes agriculteurs (JA), et grande défenseure des pesticides, poursuit sa domination avec près de 56 % des voix (contre 55,57 % en 2013). Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, a déclaré à la sortie de sa rencontre avec Emmanuel Macron, le 11 février, qu’elle attendait désormais du gouvernement « plus de reconnaissance du syndicalisme majoritaire ».

La Coordination rurale arrive en deuxième position, avec environ 21,5 % des voix, comme en 2013. Ce syndicat, dont la composition est très hétérogène – avec, localement, des représentants parfois proches des droites extrêmes – défend un certain protectionnisme doublé d’une dénonciation des trop grandes normes et contraintes qui pèseraient sur les exploitations. La Coordination rurale gagne trois départements : Vienne, Haute-Vienne et Lot-et-Garonne.

Courte victoire de la Confédération paysanne en Loire-Atlantique

Dans ce dernier, elle obtient près de 60 % des votes ce qui la renforce dans son combat en faveur du barrage de Caussade, une retenue d’eau artificielle controversée. Sa construction est quasi achevée alors que le tribunal a tranché pour l’arrêt du chantier. Plusieurs associations environnementales dont France Nature Environnement ont lancé l’alerte face à ce non respect de l’État de droit. Le 23 janvier, à l’appel de la Coordination rurale, environ 300 agriculteurs ont empêché les gendarmes d’exécuter les ordres de la préfecture, qui a annoncé vouloir mettre les engins du chantier sous scellés. « Nous sommes les gilets pare-balle des agriculteurs » affirme le futur président de la Chambre, promettant « d’autres retenues, d’autres lacs dans le département car il y a besoin d’eau »... Quelles qu’en soient les conséquences environnementales (notre enquête).

La Confédération paysanne, syndicat davantage sensible aux conséquences environnementales des pratiques agricoles que la FNSEA, et favorable aux filières courtes et biologiques, devrait dépasser la barre symbolique des 20 %, en très légère progression comparé à 2013. Elle conquiert deux chambres, l’une à Mayotte et l’autre en Loire-Atlantique, où se joue en ce moment l’attribution des terres de Notre-Dame-des-Landes. Dominique Deniaud, le futur président de la Chambre en Loire-Atlantique, confiait, quelques semaines avant le scrutin, que sa liste avait à cœur de défendre « le partage du foncier » [2].

La Confédération paysanne accompagne depuis plusieurs mois les porteurs de projets voulant s’installer sur la Zad, et se heurtent à des tensions « entre les paysans en devenir et des agriculteurs qui désirent exploiter des parcelles pour lesquelles ils ont touché des primes d’éviction ». En avril prochain, l’État va rétrocéder 895 hectares au département, terres ayant été initialement cédées pour construire l’aéroport. Cette victoire à la chambre pourrait changer la donne dans les discussions en cours avec l’État sur l’avenir agricole de cette zone. La « conf’ » réalise également de bons scores dans les zones d’agriculture de montagne (plus de 30 % en Ariège, en Ardèche, dans les Alpes de Haute-Provence ou dans l’Ain) au contraire des plaines céréalières franciliennes ou picardes où ses scores sont les plus bas (moins de 10 %).

Une abstention en forte hausse

Autre fait majeur de ces élections : une abstention croissante. La participation s’élève à seulement 45 %, soit une baisse de près de dix points par rapport à 2013. Or, chaque voix compte, comme le montre l’élection en Loire-Atlantique, où le vote s’est joué à deux voix près sur plus de 7000 votants. Selon le mode de scrutin en vigueur, la liste qui arrive en tête dans chaque département gagne la moitié des sièges – l’autre moitié se répartit à la proportionnelle entre les différents syndicats. Dans le cas de la Loire-Atlantique, ces deux voix font la différence : la Confédération paysanne rafle 13 sièges, contre 3 à la liste FNSEA-JA et 2 à la Coordination rurale.

Les pourcentages n’ont par ailleurs rien d’anecdotique. Passer la barre des 10 %, permet d’être représenté au sein d’instances essentielles : la commission départementale d’orientation de l’agriculture (CDOA), qui valide les projets d’installation et d’agrandissement, le comité technique Safer (société d’aménagement foncier et d’établissement rural) pour la vente des terres agricoles, le tribunal des baux ruraux, qui tranche en cas de problèmes de fermage [3].

Le résultat de ces élections fixe également la répartition des financements publics – 11 millions d’euros au total par an – pour chacun des syndicats, pour les six années à venir. D’après Le Monde, la FNSEA-JA perçoit 6,129 millions d’euros, la Coordination rurale 2,495 millions d’euros et la Confédération paysanne, 2,3 millions. Au regard des résultats des élections 2019, la répartition et le montant des financements devraient peu bouger. Le lobbying de la FNSEA en faveur des pesticides et du glyphosatenotamment, continuera donc dans les six années à venir d’être massivement financé par les contribuables.

- Voir les résultats des chambres, département par département.

Notes

[1] Citation de l’agronome Jacques Caplat dans Libération

[2] Lire à ce sujet Campagnes Solidaires n°345

[3] Lire à ce sujet cet article de Reporterre

Des « jardins-forêts » comestibles au coeur des villes face au réchauffement et à l’effondrement de la biodiversité

Par Paloma de LinarèsVincent Liegey

Imaginer des villes où le béton laisserait progressivement la place à des « jardins-forêts comestibles » : c’est le pari lancé à Budapest, grâce à l’autogestion et à des initiatives spontanées. « Dès le premier jour les habitants du voisinage se sont rapidement appropriés le lieu, témoignent Paloma de Linarés, coordinatrice du projet et Vincent Liégey, co-auteur d’Un projet de Décroissance. « Réduire la consommation des espaces urbains pour ouvrir des espaces verts et comestibles permet de réduire notre vulnérabilité » au changement climatique, défendent-ils.

Le 11 novembre 2018, pour inaugurer le projet de jardin-forêt comestible publique à Budapest, nous avons organisé une première journée de plantation d’arbres fruitiers. Le projet a été lancé en partenariat avec la municipalité d’un des arrondissements de la capitale hongroise et la coopérative sociale décroissante Cargonomia dans le cadre d’une recherche doctorale sur l’agroforesterie urbaine. Cette réappropriation d’un espace public est le fruit de plus d’une année de coopération, de prospection et de dialogue avec différents partenaires et acteurs.

Nous sommes ainsi allés à la rencontre de chercheurs en agroforesterie, nous avons échangé avec des ONG locales actives en environnement et en permaculture, des fermiers, avec le réseau très dynamique des jardins communautaires de Budapest, puis nous avons présenté le projet devant des élus locaux. L’objectif est de rapprocher les urbanistes, les décideurs et les experts en agroforesterie et permaculture pour repenser l’utilisation des espaces publics en ville et démocratiser l’agriculture urbaine en impliquant les citoyens.

Les multiples bienfaits du « jardin-forêt » en milieu urbain

L’agroforesterie est une pratique ancestrale qui se réimplante dans les campagnes européennes. Cette pratique est basée sur l’interaction écologique et économique entre plantes ligneuses et annuelles et rompt avec la monoculture. Mais les bienfaits de cette pratique vont au-delà des besoins en rendement. La parcelle agricole est structurée afin de créer un écosystème résilient et autonome. En valorisant la biodiversité, les risques d’épidémies sont moindres, la gestion de l’eau est plus économique et écologique, puis l’utilisation de pesticides est bannie. C’est une pratique respectueuse des saisons, des cycles des végétaux et du sol. La production alimentaire est alors mieux intégrée au paysage rural et à l’écosystème existant. Les bienfaits sont également sociaux car cette reconversion des terres agricoles crée de nouvelles opportunités d’emplois et une nouvelle ère d’expérimentations.

Le projet de jardin forêt public à Budapest a été inspiré par plusieurs pays tropicaux qui ont maintenu une pratique agroforestière forte en zone urbaine et un système de jardin forêt à proximité de leurs foyers. Dans les pays tempérés, le concept de jardin forêt a été introduit par un botaniste anglais Robert Hart au cours des années 1960. Basé sur son modèle, nous avons créé un plan de plantation avec une diversité de strates végétales : des arbres à canopée importante, des arbres fruitiers, des baies, des arbustes et des vignes. Le projet s’est ainsi construit en concertation avec les partenaires, en particulier la municipalité. L’utilisation de support visuel illustrant à quoi pourrait ressembler le projet a été des plus utile pour dépasser un certain scepticisme. Il a fallu expliquer le choix des espèces, leur fonction dans l’espace, les raisons derrière le choix de l’agroécologie, les bienfaits pour les usagers et l’appui des personnes mobilisées derrière le projet. Il était aussi question de valoriser la culture locale et de s’adapter au contexte en incluant une dimension conviviale.

Un projet au budget quasi nul mais requiérant beaucoup d’entraide

Le terrain alloué par l’arrondissement est dans un quartier résidentiel, sur un milieu humide artificiellement asséché dans les années 1970. Actuellement, ce terrain vague sert aux résidents qui promènent leur chien et au stationnement illégal de véhicules. Grâce à une étude approfondie du terrain et du contexte, nous avons choisi des plantes adaptées au milieu, résilientes à la pollution urbaine et à la sécheresse qui s’accentue avec les années, afin de limiter la pression sur les écosystèmes. Le plan ne propose que des espèces endémiques et variées, avec des espaces de plantations libres pour les habitants. Suivant les principes de permaculture, d’autres végétaux seront plantés au pied des arbres selon leurs bénéfices comme l’attraction de pollinisateurs, leur caractéristique répulsive, leur apport dans l’aération du sol, l’apport en nutriments et la rétention de l’eau. Le projet évoluera sur une année.

Dans la lignée de la philosophie de Cargonomia et s’appuyant sur les principes de la décroissance, le projet se fait avec un budget quasiment nul mais s’appuie sur les réseaux de savoir-faire, d’entraide et de bonnes pratiques. Ainsi, nous ne faisons aucune demande de subvention. Avec un contrat longue durée, le projet s’inscrit dans une logique de réappropriation de l’espace public et questionne une autre gouvernance des communs. L’enjeu est de créer un espace pour planter les arbres en plein sol, sans avoir besoin de matériaux, de bacs ou de jardinières, qui peuvent s’avérer très coûteux.

Ouvrir les espaces publics à la créativité et à la biodiversité

Les outils, les matériaux de base sont prêtés par les partenaires avec la participations des voisins. Nous avons commencé par quatre arbres fruitiers pour amorcer un échange avec la communauté. Cela permet aux habitants et usagers habitués de voir l’espace se modifier graduellement. La gestion de la forêt comestible est basée sur des initiatives spontanées et l’autogestion. Dès le premier jour les habitants du voisinage se sont rapidement appropriés le lieu. Les voisins apportaient l’eau pour arroser les arbres de leur propre initiative. Un bénévole a pris son vélo pour distribuer des prospectus établis par la mairie sur le projet dans les boîtes aux lettres des habitants. Le lendemain, un autre voisin a créé et installé lui-même les tuteurs, en bambou récupérés un peu plus loin, sur les arbres avec une certaine fierté et heureux de communiquer son initiative. Le maire et son adjointe ainsi que les médias de quartier ont participé à cette première journée.

Dans un contexte où le climat doit se rééquilibrer, il faut s’adapter et comprendre le changement des écosystèmes, en limiter les pertes et se préparer à des périodes extrêmes. Les décideurs, urbanistes et paysagistes ont le pouvoir d’allouer les terrains publics comme biens communs. Réduire la consommation des espaces urbains pour ouvrir des espaces verts et comestibles permet de réduire notre vulnérabilité. Les botanistes, écologistes, biologistes, paysagistes et jardiniers par leurs connaissances ont un rôle à jouer dans la transition écologique et l’éducation environnementale.

Verdir les espaces publics et les rendre aux habitants

Les programmes éducatifs et la consultation d’experts horticoles permettent de planifier la ville sur la base des écosystèmes et d’accompagner les individus à valoriser leurs ressources et moins dépendre des produits marchands. Il faut repenser les villes avec une diversité d’espaces verts, verdir les espaces publics et les rendre aux habitants, rapprocher les villes des campagnes, réduire la pression agricole sur les campagnes. L’industrialisation alimentaire dans les villes ou les campagnes ne devrait servir qu’en cas de crise car elle ne protège pas la biodiversité et consomme plus d’énergie. De même, cela pose la question des espaces publics, trop utilisés pour garer des voitures...

Créer un espace comestible public permet plusieurs choses. D’abord, l’émancipation sociale. Le jardinage crée un rapport spontané entre les individus. Cela permet des rencontres et l’amorce d’une communication et d’échanges d’idées. Ensuite, c’est une nouvelle manière de s’approprier l’espace public. Il devient un espace de création et d’inventions. Nous utilisons des outils simples : meilleurs pour le sol et l’environnement mais aussi pour l’intellect. Le travail manuel élève la réflexion, permet d’assimiler des connaissances, donne le temps de sentir et d’observer, comme le dessin à la main permet à l’artiste de découvrir et de créer.

Repenser une ville fertile, autonome et conviviale

Finalement, cela permet de réduire la consommation des espaces. Nous pouvons imaginer l’espace public différemment et créer une autre forme d’occupation ; encourager le changement de l’usage du sol pour un système écologique et pour le bien être social. Nous pouvons ouvrir ou reconvertir des espaces et des lieux et accompagner à la réappropriation, à l’autogestion, permettre aux usagers de reconstruire leur milieu, rapprocher les services et réduire les dépenses en besoins vitaux. Il faut diversifier les espaces verts et leurs fonctions et les connecter avec des voies vertes. La connexion entre ces lieux permet l’échange de ressources et de services et une plus grande communication comme par exemple par l’utilisation du vélo et du vélo-cargo.

Ce projet est une expérimentation qui a pour ambition d’être aussi un projet pilote qui influence la politique de la ville. Le dernier rapport du GIEC qui est des plus alarmant, invite à arrêter la déforestation et à planter des arbres. Nous pensons que cela concerne aussi la ville, ou comment repenser une ville fertile, organique, autonome et conviviale. Il s’agit là d’un enjeu vital face à l’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle mais aussi dans la construction d’un autre vivre ensemble, d’une autre démocratie, d’un autre rapport à la nature, aux outils et aux communs.

Paloma de Linarés, doctorante et coordinatrice du projet d’Agroforestrie Urbaine de Budapest, et Vincent Liegey, co-auteur d’Un Projet de Décroissance et coordinateur de Cargonomia ainsi que des conférences internationales de la Décroissance.

- Plus d’infos sur www.cargonomia.hu

 

La Zad de Notre-Dame-des-Landes toujours en lutte pour son avenir

Par Collectif

L’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne marque pas la fin des expérimentations collectives mises en œuvre localement. Alors qu’un comité de pilotage doit se prononcer début octobre sur les conventions d’occupation, le sort de ce précieux pan de bocage requiert la convergence de forces multiples. Accès collectif à la terre, pratique des communs, combat pour de nouvelles manières d’habiter, soin du bocage... Autant de questions sur lesquelles les habitants de la Zad appellent à converger les 29 et 30 septembre. Basta ! relaie l’appel.

Dans un monde qui s’emmure, l’existence de la Zad a ouvert des imaginaires aussi éclatants que tangibles. Depuis l’opération César en 2012, elle a servi de point de référence et d’espoir à une foule de personnes qui jugeaient indispensable de construire ici et maintenant d’autres possibles. Après l’abandon de l’aéroport face à un mouvement aussi offensif que massif, le gouvernement a tout mis en œuvre pour se venger et mettre un point final à des années d’expérimentations collectives insolentes. Une série d’attaques militaires, administratives, politiques et judiciaires ont amputé une partie de la Zad et fragilisé son assise, et ce malgré les formes de résistance qui se sont trouvées sur ces différents terrains. La signature, en juin, d’un lot de conventions sur les terres occupées a néanmoins marqué une forme de cessez-le-feu et le maintien d’un ensemble de lieux de vie et de projets.

Pourtant, le statu quo actuel est précaire : la Zad est toujours en lutte pour son avenir. Début octobre, un nouveau comité de pilotage va décider de la suite à donner aux conventions d’occupation. Il va formuler des orientations pour les années qui suivent face à ce qui s’est construit de singulier ici : le rapport aux communs, au soin du bocage, aux habitats, aux formes de production agricole et d’activités non-agricoles. C’est à ce moment que va être statuée la consolidation de l’emprise foncière des différents projets nés du mouvement ou sa remise en question. Ce qui se décidera dans des bureaux dépendra comme toujours de la présence d’un mouvement vibrant et actif à l’extérieur. C’est ce mouvement qui fera la réalité de ce qui continuera à se vivre sur le terrain face aux cadres institutionnels.

Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées régulièrement pendant des années sur la base d’un enjeu aussi clair que binaire : il y aurait ou pas un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, la Zad serait expulsée et le bocage détruit ou pas. Dorénavant, la menace persiste mais n’avance plus sous la forme d’un bloc de béton uniforme prêt à s’écraser brutalement sur nous. Le sens de la lutte se recompose et pourrait paraître offrir moins de prises directes. Cependant, tout autant que par le passé, le sort de ce précieux pan de bocage requiert la convergence de forces multiples. Aujourd’hui comme hier, ce qui va rester, se renforcer ou disparaître touche à des questions qui nous dépassent et qui infusent dans d’autres combats ailleurs dans le monde :

Luttes paysannes et accès collectif à la terre

Dans les semaines qui précèdent le comité de pilotage, il nous faudra mener campagne pour assurer la stabilisation des conventions sous des formes moins précaires et faire en sorte qu’aucun des projets ne soit laissé de côté. Nous aurons à défendre à ce titre l’existence d’une paysannerie solidaire, protectrice du bocage et vivrière face aux critères et normes d’une agriculture gangrenée par le productivisme.

Le maintien des activités agricoles mises en œuvre par celles et ceux qui ont protégé le bocage est toujours menacé à divers titres. Certaines parcelles - à Saint-Jean-du-Tertre ou à la Noë Verte par exemple - sont en effet aujourd’hui revendiquées par les agriculteurs ayant accepté de les céder pour le projet d’aéroport et de toucher des compensations financières tout en retrouvant des terres à l’extérieur. De manière générale, nous devons continuer à nous mobiliser pour que les terres préservées aillent à de nouvelles installations et non à l’agrandissement d’exploitations existantes.

Pour une pratique des communs

Parmi ce que l’histoire de la Zad a offert de plus précieux, il y a le développement d’une pratique des communs et la possibilité de prise en charge collective d’un territoire par ses usagers réels sans subir de plans d’aménagement parachutés. C’est en ce sens que nous devrons sauvegarder cet automne l’usage actuel et partagé de la forêt de Rohanne et d’autres espaces boisés, leur enrichissement tout comme les activités liées au bois d’œuvre pour les projet de la zad. Face au modèle entrepreneurial individualiste et libéral imposé par le pouvoir, nous maintiendrons plus largement la construction d’entités collectives reliées aux assemblées de territoire : structures coopératives sur l’usage ou fonds facilitant l’accès commun à la terre...

Combat pour les habitats

Alors que, de région en région, de nouvelles manières d’habiter se cherchent, les vagues d’expulsion du printemps ont écrasé une partie de la richesse unique du territoire de la Zad en terme d’architecture autonome et expérimentale. Certains des habitats légers préservés pourraient être de nouveau menacés dans les mois à venir. Alors que le Plan Local d’Urbanisme lié à la Zad est en cours d’élaboration, un autre des combats de la rentrée sera lié au maintien de la possibilité de bâtis inventifs et auto-construits.

Faire des Cabanes from Jonas M. on Vimeo.

Soin du bocage

Des années de vie dédiées aussi fortement à la défense d’une portion de terre humide ont décalé les regards et suscité une attention nouvelle au soin du monde et à ce qui relie quotidiennement les formes d’existences humaines et non-humaines. Elle a fait naître des manières de vivre et de cultiver qui ont la particularité rare de ne pas dégrader perpétuellement leur environnement. Cet automne, un diagnostic agro-environnemental va statuer sur les cadres de production préconisés officiellement sur ce territoire. Il nous faut veiller à ce que la sensibilité naturaliste résistante qui s’est épanouie ici ne se voit pas balayée par un retour à des formes d’agriculture classiques, incompatibles avec la préservation réelle de ce maillage bocager resserré, de ses haies, de ses tritons et de sa diversité.

Terres de résistance

Ces terres ont été sauvées en devenant carrefour des luttes, elles doivent aussi continuer à en être un des greniers. C’est l’objectif dans lequel se développent entre autres le réseau de ravitaillement, les cantines présentes auprès des grévistes ou migrant.e.s dans le pays nantais, et des infrastructures d’accueil et de formation. C’est dans cet esprit que nous voulons aussi continuer à aller à la rencontre d’habitant.e.s de quartier populaires ou d’autres territoires en lutte contre des projets destructeurs .

C’est sur ces différents points que nous vous appelons à converger nombreux-ses sur la Zad les samedi 29 et dimanche 30 septembre.

Pour tous contacts : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

- télécharger le programme 
- plus d’infos sur zad.nadir.org

 

Le Vaucluse envisage de détruire une ferme pionnière en agro-écologie

 

Par Sophie Chapelle

Une lourde menace pèse sur une ferme pionnière en agroécologie, située dans la zone péri-urbaine d’Avignon. Les cinq hectares de terres sur lesquels la ferme de la Durette se développe depuis dix ans appartiennent au Conseil départemental du Vaucluse. Ce dernier envisage de vendre le terrain. Les élus de la majorité – le département est présidé par Maurice Chabert (Les Républicains) – n’auraient pas, pour l’instant, retenu l’offre du collectif qui fait fonctionner cette ferme pilote. Résultat, des locaux situés en plein centre de cette ferme pourraient être vendus au Syndicat mixte d’électrification du Vaucluse, et les terres à un voisin en agriculture hors-sol. Alors que les élus doivent délibérer sur cette vente le 23 novembre, les porteurs du projet alertent : « cette vente empêcherait l’installation des trois jeunes avec le statut d’agriculteurs ruinant définitivement l’ensemble du projet ».

Les trois jeunes agriculteurs en question, ce sont Julien, Maxime et Raphaël. « Pour nous, l’histoire avait pourtant bien commencé », relatent-ils. En 2010, le Groupement régional d’agriculture biologique (Grab) souhaite élaborer des projets de recherche pour répondre à la question suivante : quels systèmes agricoles pour demain ? C’est de là que nait la ferme pilote en agroforesterie, associant des légumes, des arbres fruitiers, des volailles, des bandes fleuries et des haies sur une même parcelle.

Concevoir des fermes plus résistantes au changement climatique

Des agriculteurs, des chercheurs de l’Institut national de recherche agronomique et des experts de la Chambre d’agriculture s’associent alors à la démarche pour concevoir un système de verger-maraicher. « L’hypothèse de recherche est que l’augmentation de la biodiversité peut permettre d’être plus résilient pour gérer les maladies et les ravageurs (moins traiter) et l’adaptation au changement climatique », expliquent les porteurs de projet qui misent également sur la réduction de la consommation d’eau. Des agriculteurs doivent donc s’installer pour tester en condition réelle ce verger-maraicher, avant d’encourager son développement à plus grande échelle.

Depuis le lancement de la ferme agro-écologique il y a dix ans, plus de 500 000 euros de financements publics et privés ont été obtenus pour installer, rénover, planter et acheter du matériel agricole. Le projet prend de l’ampleur en 2014 grâce à une convention de mise à disposition de cinq hectares de terres octroyées par le département pour une durée de 20 ans. Les premiers arbres fruitiers sont plantés.

Augmentation des populations d’oiseaux et d’abeilles sauvages

Aujourd’hui, la ferme fonctionne avec quatre hectares de verger maraîcher et tunnels en production. L’installation de Julien, Maxime et Raphaël, tous trois en couveuse d’entreprises, est prévue en 2019. Ils approvisionnent d’ores et déjà chaque semaine 80 familles avec des paniers de légumes et fruits bio. Ils prévoient de doubler voire tripler ce nombre d’ici quatre ans. Les suivis sont assurés par quinze techniciens et chercheurs, et les premiers indicateurs de biodiversité indiquent une augmentation des populations d’oiseaux et d’abeilles sauvages comparativement aux systèmes agricoles plus classiques. « Tous accordons une importance particulière à faire la démonstration que les systèmes agro-écologiques locaux sont une des solutions pour l’avenir », explique Raphaël.

Mais au printemps 2018, la mauvaise nouvelle tombe. Le site est mis en vente pour 600 000 euros. La foncière Terre de Liens, dont la vocation est d’acquérir des terres agricoles afin de sécuriser l’installation d’agriculteurs sur le long terme, s’associe au Grab pour faire une proposition d’achat. Celle-ci n’est pas prise en compte par le Président du département et sa majorité de droite qui la juge « peu claire et tardive ». Concrètement, si les terres sont vendues à d’autres acquéreurs, les trois jeunes paysans auront pour seule garantie de pouvoir louer les terres sur une durée de quinze ans. Au-delà de cette date, les acquéreurs pourront utiliser comme ils veulent ces terres. « Un projet avec des arbres fruitiers ne se raisonne pas à l’échelle de quinze ans. Pour ces trois jeunes paysans, c’est un projet de vie ! », souligne Kristell Gouillou, de Bio de Provence-Alpes-Côte d’Azur.

« Il serait inadmissible et incohérent de faire capoter ce projet »

Des élus verts et communistes ont déjà fait savoir qu’ils se prononceront contre la vente de ces terres à « une agriculture hors sol » et au syndicat d’électrification de Vaucluse. « Le Grab s’est installé à Avignon depuis le début des années 1990 », fait valoir Europe Ecologie-Les Verts. « Il est temps vu la demande en France de solutions sur les alternatives aux pesticides, de leur donner beaucoup plus de moyens pour conduire ces études scientifiques sur l’agriculture bio et le maintien de la biodiversité. Il serait donc inadmissible et incohérent de faire capoter ce projet en cours de ferme bio expérimentale soutenu par les autorités scientifiques de l’INRA et d’autres collectivités territoriales. »

Cette vente intervient alors que le Plan agricole territorialisé de la communauté d’agglomération du Grand Avignon, encourage l’installation des jeunes agriculteurs pour un approvisionnement local et bio. Le Vaucluse vient par ailleurs de s’illustrer dans le palmarès de la vente des pesticides en 2017 dressé par Générations Futures. Les trois jeunes agriculteurs, et leurs soutiens, demandent le report du vote de la cession programmé le 23 novembre, afin que leur offre soit enfin considérée. Une pétition est en ligne et sera adressée aux organismes impliqués dans la vente du domaine.

- [Mise à jour le 23 novembre] La délibération a finalement été retirée ce matin et la proposition de rachat par Terre de Liens va être étudiée.

 

Huiles essentielles : comment la réglementation freine les alternatives aux pesticides de synthèse

 

Par Sophie Chapelle

La colère gronde chez des agriculteurs qui travaillent en biologique. Au mois de juin, leur fournisseur en huiles essentielles a été contraint de cesser son activité suite à un contrôle de la répression des fraudes, pointant un défaut d’ « autorisation de mise sur le marché ». « On ne peut pas utiliser les huiles essentielles, mais on laisse courir le RoundUp ! », s’insurge l’un d’eux. Alors que les essais en laboratoire démontrent une certaine efficacité des huiles essentielles contre certaines maladies des plantes, Basta ! a enquêté sur une réglementation qui empêche leur développement, alors que le glyphosate est, lui, épandu librement.

Vendre des produits composés d’huiles essentielles à des agriculteurs : cette pratique est-elle interdite par la loi ? Un artisan fait aujourd’hui la douloureuse expérience d’une réglementation inadaptée. Ses premiers essais d’huiles essentielles, il les a menés avec son père, dans les vergers. « Peu à peu, j’ai trouvé des formules particulières pour lutter contre les maladies et les ravageurs : d’abord sur les pommiers, puis sur les plantes cultivées, ensuite sur les grandes cultures », témoigne t-il*. Il y a dix ans, soucieux de proposer des substituts aux molécules chimiques de synthèse, il crée son entreprise dans l’Oise. Ses clients sont des agriculteurs bio installés en maraichage, viticulture, arboriculture et même en grandes cultures. « J’ai des clients qui ont jusqu’à 400 hectares en bio ! Avec les huiles essentielles, on arrive à une production presque équivalente à du conventionnel. »

Le 24 mai dernier, il est contrôlé par des agents de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP), un service de l’État. Dans leur lettre d’avertissement que s’est procurée Basta !, les inspecteurs lui reprochent de ne pas disposer d’ « autorisation de mise sur le marché » pour ses produits, et de mettre en avant des « allégations phytopharmaceutiques ». En clair, il n’a pas le droit d’indiquer sur l’étiquetage les propriétés phytosanitaires de ses produits, ce à quoi ils servent réellement. Son infraction peut être punie de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende... Sous pression, l’artisan finit par remettre ses formules aux agents de la répression des fraudes, de même que ses factures d’achats et son fichier clients. « Je ne suis pas un faussaire mais un chercheur avant tout. C’est fini », se désole t-il, contraint de cesser son activité.

« La recherche est très insuffisante au regard des enjeux »

Des agriculteurs, qui se fournissaient auprès de cet artisan, dénoncent un contrôle aberrant. « Quel danger représente-t-il ?, interroge Alan Testard, maraicher en Ille-et-Vilaine. On lui reproche de faire concurrence à l’industrie phytosanitaire ? C’est hallucinant qu’on ne puisse pas utiliser les huiles essentielles, alors qu’on laisse courir le Roundup qui est cancérigène ! » Alan utilise des huiles essentielles pour ses cultures depuis sept ans. Il en a d’abord commandé contre le mildiou des tomates, puis pour les courges et les pommes de terres. « C’est très efficace contre les maladies cryptogamiques [causées par des champignons, ndlr]. Les huiles essentielles sont le seul produit curatif inoffensif dont on dispose en bio. »

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Des essais in vitro, c’est à dire en laboratoire, confirment l’efficacité des huiles essentielles sur des maladies cryptogamiques [1]. Entre 2013 et 2015, l’Institut technique de l’agriculture biologique a également piloté un programme de recherche et d’expérimentation visant à évaluer l’efficacité de sept huiles essentielles contre le mildiou de la pomme de terre et la tavelure du pommier [2]. « Les résultats ont été extraordinaires en laboratoire, mais dès que l’on passe aux champs, on perd en efficacité », souligne l’un des acteurs du programme. « La recherche est très insuffisante au regard des enjeux », confirme un fabricant d’huiles essentielles. « On demande aux agriculteurs de changer leurs pratiques mais on les empêche d’aller sur des solutions biologiques. » Chercheurs et agriculteurs s’accordent sur la nécessité d’avoir davantage de références, d’informations et de résultats quant à l’utilisation des huiles essentielles en protection des cultures.

Seulement deux produits homologués

« Les huiles essentielles sont bien autorisées dans le cahier des charges bio, tout comme les plantes et leurs extraits, que ce soit sous forme de tisanes, de purins, de décoctions », détaille Alain Delebecq, conseiller technique en agriculture biologique. Mais, dès lors que l’on revendique un usage phytosanitaire contre un insecte ou une maladie, il faut que le produit soit homologué », c’est à dire soumis, évalué et agréé par différentes autorités française et européenne.

Actuellement, seuls deux produits commerciaux à base d’huiles essentielles disposent d’une autorisation de mise sur le marché et sont vendus en tant que produits phytopharmaceutiques. Il s’agit d’une part de l’huile essentielle d’orange douce, utilisée comme insecticide et fongicide sur les légumes, fruits et vignes, dont l’homologation a été obtenue par l’entreprise française Vivagro [3]. D’autre part, de l’huile essentielle de menthe verte qui agit comme un anti-germinatif pour les pommes de terre [4] commercialisée par l’entreprise Xeda International. « Les fabricants se lancent seulement s’il y a un marché, car le dossier d’homologation coûte très cher », souligne Alain Delebecq. Tout ce qui n’est pas rentable est donc laissé à l’abandon...

La demande d’autorisation, un processus « infernal »

Quid des autres huiles essentielles que les agriculteurs voudraient employer en agriculture ? « Ils peuvent le faire, mais officiellement, uniquement pour des raisons de stimulation de croissance [on parle alors de « biostimulant », ndlr] et pas en faisant valoir un usage phytosanitaire », précise Alain Delebecq. Plutôt que de devoir se justifier sur leurs pratiques, nombre d’agriculteurs préfèrent donc rester prudents et ne pas communiquer sur l’usage d’huiles essentielles. « On joue au jeu du chat et de la souris, et ce n’est pas comme cela qu’on avance, poursuit Alain Delebecq. Prenez l’exemple du neem [également appelé margousier des Indes et servant d’insecticide naturel, ndlr]. Alors qu’il était homologué dans d’autres pays, le produit a circulé sous le manteau en France pendant des années. Il a enfin bénéficié d’une autorisation provisoire, mais s’il n’y a pas une firme qui demande l’homologation, on refera un pas en arrière. »

Problème : l’homologation relève du parcours du combattant. Selon l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab), il faut compter entre 12 et 18 mois pour monter un dossier, le faire évaluer par différents organismes européens [5], avant d’obtenir une éventuelle approbation de la Commission européenne. Au terme de dix années de travail, l’Itab compte à son actif l’approbation de quinze substances de base, dont une seule huile essentielle... [6] Les dossiers concernant l’huile essentielle d’origan et de sarriette ont notamment été refusés par l’Union européenne, qui pointe des impacts sur la santé humaine et animale [7]. « C’est de plus en plus dur d’obtenir l’autorisation de mise sur le marché, confirme un expert ayant déjà procédé à plusieurs demandes. Les critères sont tels que ça devient infernal. Il faut parfois compter jusqu’à 5 millions d’euros pour financer un dossier... La commission européenne et l’Efsa [autorité européenne de sécurité des aliments] bloquent tout. Toutes les plantes sont perçues comme dangereuses. »

Un État « réfractaire à l’usage des molécules naturelles » ?

L’histoire de cet artisan dans l’Oise en rappelle une autre : celle d’Eric Petiot, entrepreneur paysagiste de l’Ain, spécialisé dans le traitement biologique des arbres. Le 31 août 2006, il reçoit la visite d’un agent du Service de la protection des plantes. Motif de l’inspection ? « Examiner la conformité de l’entreprise concernant la protection des végétaux ». Eric Petiot dispense des formations et des stages dans lesquels il enseigne comment soigner les plantes et les arbres... par les plantes. Dans le procès verbal établi à la suite de cette visite, il est signifié à Eric Petiot qu’il ne doit pas vanter les propriétés de fongicides, insecticides ou acaricides, puisque ses préparations ne sont pas homologuées. Douze ans après, rien n’aurait donc changé ?

Contacté par Basta !, Eric Petiot est clair : « Une huile essentielle est totalement biodégradable, elle ne laisse aucune trace dans l’environnement, contrairement à l’usage des molécules chimiques. Malheureusement, l’État demeure réfractaire à l’usage des molécules naturelles et veut faire rentrer les huiles essentielles dans le moule phytosanitaire. » Il dit ne plus rien attendre de l’État qui défend à ses yeux « une agriculture passéiste ». Sur le terrain pourtant, l’administration se révèle parfois plus ouverte. Des chambres d’agriculture accueillent par exemple des formations aux huiles essentielles. « J’ai aussi traité un parc de Matignon avec des huiles essentielles », souligne Eric Petiot, pointant les ambivalences de l’État.

Une avancée sur les préparations naturelles...

Des avancées ont toutefois été obtenues grâce à la mobilisation, pendant plus de dix ans, d’associations luttant pour que les préparations naturelles dites « peu préoccupantes » (PNPP), comme le purin d’ortie ou de prêle, ne soient plus soumises aux mêmes règles que les substances chimiques de synthèse. En avril 2016, le ministère de l’Agriculture a en effet publié un décret relatif à la procédure d’autorisation des substances naturelles à usage biostimulant [8].

Le décret précise que « les produits qui contiennent uniquement une ou plusieurs substances autorisées par l’arrêté mélangées avec de l’eau, et donc accessibles à tout utilisateur, peuvent désormais être mis sur le marché sans autre formalité », y compris ceux obtenus « par extraction par l’eau » ou « par distillation à la vapeur ». Les huiles essentielles issues des substances mentionnées dans la liste pourraient donc en faire partie, et ainsi être commercialisées. A la condition de ne pas mentionner de propriétés phytosanitaires, mais uniquement la possibilité de stimuler la croissance de la plante.

... mais des autorités encore très loin du compte

Or, le cas de l’artisan contrôlé dans l’Oise montre que les choses ne sont pas si claires. Car dans la lettre d’avertissement à son intention, il est mentionné que les huiles essentielles « ne peuvent pas être classées comme des préparations naturelles peu préoccupantes » et qu’elles ne sont pas des « substances naturelles à usage biostimulant ». Interrogé à ce sujet, le ministère de l’Agriculture n’a pas donné suite à notre demande. « On tente de se battre dans le cadre réglementaire mais on obtient des miettes, cette réglementation est complètement absurde », dénonce pour sa part Jean-François Lyphout, le président de l’Aspro-Pnpp qui défend l’usage des préparations naturelles en agriculture.

Alors que la liste publiée par le ministère comprend à ce jour un peu moins de 200 substances naturelles, les sénateurs se sont opposés au mois de mai à un amendement qui permettait d’élargir le nombre de substances autorisées. « La courge, si elle est trop consommée, fait tomber les cheveux, a argumenté Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture. Les feuilles de rhubarbe sont si toxiques qu’elles tuent la vie du compost. » [9]

« Les deux exemples concernent des plantes et parties de plantes que personne ne consomme. Il s’agit de la courge de Coloquinte, non consommée car toxique. Non seulement la feuille de rhubarbe n’est pas consommée, (seulement les cotes) mais le ministre nous apprend qu’elle tue le compost ; de quoi faire hurler de rire un grand nombre de jardiniers » a réagi l’Aspro-PNPP. Nombreux sont celles et ceux qui aimeraient observer autant de détermination de la part du ministre de l’Agriculture lorsqu’il s’agit du glyphosate ou des néonicotinoïdes.

 

*Cet artisan souhaite rester anonyme.

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