Ecologie

Des insecticides « tueurs d’abeilles » censés être interdits bénéficieront de dérogations

 

Par Sophie Chapelle

Vraie mesure environnementale ou simple affichage gouvernemental ? Depuis le 1er septembre, les néonicotinoïdes sont officiellement interdits en France, en vertu de la loi biodiversité adoptée en août 2016. Cette famille d’insecticides, qui agit sur le système nerveux central des insectes, est accusée de contribuer à la disparition des pollinisateurs, comme les abeilles. Le 1er août, le gouvernement a publié la liste des cinq néonicotinoïdes interdits [1]. Immédiatement, plusieurs organisations agricoles, dont la FNSEA, ont dénoncé ce décret, faisant valoir qu’un « très grand nombre de producteurs » se retrouvaient « dans une impasse technique dramatique » [2]. Elles réclamaient « l’adoption immédiate » de dérogations « sur certaines filières où les alternatives n’existent pas ou sont très insuffisantes », en vue de ne pas « accentuer les distorsions de concurrence ».

Or, la loi biodiversité prévoit justement des dérogations à cette interdiction jusqu’en 2020. Qu’en dit le ministère de l’Agriculture ? Il assure que ces dérogations ne seront délivrées que pour des produits à base d’acétamipride, l’un des néonicotinoïdes interdits, et dans de « faibles volumes »... [3]. « Cette interdiction n’aura pas de sens si des dérogations sont accordées, souligne François Veillerette, porte-parole de Générations futures. Même en très faible quantité, les néonicotinoïdes restent hautement toxiques pour les abeilles. Il faut donc les interdire complètement. » D’autre part, l’acétamipride est jugé toxique pour l’être humain par l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA).

Pour les ONG de défense de l’environnement, la liste publiée par le gouvernement est par ailleurs incomplète, tous les pesticides tueurs d’abeilles n’y figurant pas. C’est notamment le cas du sulfoxaflor, substance dont l’association Générations futures a obtenu la suspension de la vente par la justice en 2017 (notre article), ou bien encore de la flupyradifurone. Les organisations demandent à ce que les parlementaires « prennent la mesure de cette menace » et incluent ces deux pesticides dans la loi alimentation qui doit faire l’objet d’une nouvelle lecture à l’Assemblée nationale le 12 septembre. Le 30 août, une pétition exigeant l’interdiction définitive des insecticides « tueurs d’abeilles », signée par près de 200 000 personnes, a été remise au ministre de l’Agriculture [4].

Photo : © UNAF / Remise des signatures le 30 août 2018 devant le ministère de l’Agriculture.

Notes

[1] Il s’agit du clothianidine, de l’imidaclopride, du thiaméthoxam, de la thiaclopride et de l’acétamipride. Voir le décret.

[2Voir le communiqué commun.

[3Voir cet article de Libération.

[4] Cette pétition a été initiée par Agir pour l’Environnement, l’Union Nationale de l’Apiculture Française, la Fédération Française de l’Apiculture Professionnelle et Sum Of Us.

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