Par Sophie Chapelle

« Sortir du glyphosate d’ici à 2021 » figure bien dans le programme dévoilé le 9 mai par les animateurs de la liste Renaissance, parrainée par Emmanuel Macron. Or, la cohabitation au sommet de la liste de l’écologiste Pascal Canfin avec le président du syndicat des Jeunes Agriculteurs, Jérémy Ducerle, ne plaide pas pour une action commune claire après le scrutin du 26 mai. Ce syndicat est très proche de la FNSEA qui défend mordicus l’usage du glyphosate, comme nous le relatons dans cette enquête. Selon un document révélé par le journal Le Monde, Jérémy Ducerle a été classé par la firme Monsanto comme un « supporter » et « utilisateur de GLY (glyphosate) ».

Interrogé à ce sujet, Jérémy Ducerle répond : « Il n’y aura pas d’interdiction sans solution. La question n’est plus de savoir si on sort ou si ou ne sort pas. Nous avons décidé de sortir mais de sortir proprement. » Les récentes décisions et déclarations du parti présidentiel ne semblent pas aller dans le sens d’une interdiction rapide du glyphosate. Le 15 septembre dernier, les députés de la République en Marche (LREM) ont rejeté à nouveau l’inscription de cette interdiction dans la loi. Fin janvier, Emmanuel Macron déclarait même que la France ne parviendrait pas à se passer « à 100 %» du glyphosate dans les trois ans car cela « tuerait notre agriculture ».

Un nouveau rapport, qui sera rendu le 16 mai au Sénat, affirme qu’« aucune étude prouve le caractère cancérogène du glyphosate ». Or son rapporteur, Pierre Médevielle, est un soutien de la liste Renaissance menée par Nathalie Loiseau. Ce sénateur UDI de Haute Garonne, claironne « qu’en l’état actuel de nos connaissances, le glyphosate est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge ». L’eurodéputé écologiste José Bové voit là « le discours de Monsanto ». « Quand certaines personnes affirment que le glyphosate n’est pas dangereux, c’est comme celles qui prétendent que le réchauffement climatique est un fantasme. Ce discours ne tient pas la route. » La tête de liste LREM aux européennes, Nathalie Loiseau, a tenu à prendre ses distances avec les propos de Pierre Médevieille, et estime pour sa part « qu’un sénateur n’est pas un scientifique ». Quel que soit l’échelon politique, LREM reste fidèle à son « en même temps ».

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