Economie

14 juin. La hausse de la CSG est une arnaque

Lu sur le site de l'UCR CGT : http://www.ucr.cgt.fr/textelong.php?IDchapitre=995&IDrub=81&IDsousrubrique=297

 

Loin de retomber, le mécontentement des millions de retraités s’accroît dans le pays contre la réduction arbitraire des pensions. La manifestation du 14 juin, à l’appel de 9 organisations de retraités, va encore le montrer. Il nous faut gagner cette bataille contre plusieurs injustices cumulées.

 

En demandant « une loi de finance rectificative » pour l’exécution du budget de l’année 2018 afin de ne pas faire prendre en charge par la CSG des dépenses qui étaient alimentées jusque-là par des cotisations chômage et maladie, les 9 organisations de retraités qui appellent à une journée d’action, le 14 juin, mettent le gouvernement de tricheurs dirigé par Edouard Philippe face à ses responsabilités.

Le Conseil d'Etat reconnaît l'anomalie

La démarche commune des 9 est d’autant plus pertinente que le Conseil d’État vient de censurer plusieurs articles majeurs d’un nouveau projet gouvernemental d’assurance chômage en rappelant que la cotisation est la base du financement de la protection sociale. En conséquence, il demande au gouvernement de s’interroger sur le remplacement des cotisations par l’impôt.

Le Conseil d’État ose ainsi rappeler ce qu’est le droit, ce que le Conseil constitutionnel, présidé par l’ancien Premier ministre Laurent Fabius, s‘est gardé de faire quand il a validé le budget. Son devoir était pourtant de s’opposer à cette anomalie qui consiste à faire payer par les retraités -qui n’ont plus rien à voir avec l’Unedic- les cotisations chômage qui relèvent des accords paritaires entre le patronat et les syndicats.

Voilà pourquoi le Conseil constitutionnel a approuvé une arnaque qui se traduit par une diminution de la pension nette de l’ordre de 1,83%, via une augmentation de la CSG de 1,7 point sur la pension brute. Ceci après des années de perte de pouvoir d’achat du fait du blocage des retraites.

Cette hausse de la CSG a quelque chose d’odieux dans la mesure où le pouvoir politique tente de faire passer l’idée qu’il faut réduire le pouvoir d’achat des retraités pour augmenter le salaire des actifs d’un petit 1%, sans que cela ne coûte un seul centime à leurs exploiteurs. En effet, la hausse de la CSG imposée aux retraités est revendiquée par Emmanuel Macron et son gouvernement pour supprimer la part de cotisation des salariés pour le chômage et la maladie. Mais, comme les retraités n’y ont plus droit, les faire cotiser pour le chômage est incongru et probablement illégal.

Le 14 juin, dire non à l’arnaque

La troisième injustice - bien qu’Emmanuel Macron ait remercié les retraités qu’il a spolié au journal de Jean-Pierre Pernaut en avril - résulte du fait que lui et son gouvernement ont, en même temps, supprimé l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), réduit les impôts sur les bénéfices des entreprises, alors que les profits sur l’exercice 2017 se sont envolés tandis que les PDG, les très hauts cadres et les banquiers n’en finissent pas de s’attribuer des bonus en tous genres.

On ne peut même pas dire que cela profite à l’économie du pays. Si le nombre de chômeurs sans une seule heure travaillée a baissé de 32 100 personnes durant le premier trimestre 2018, cela ne fait que 0,9% de baisse sur trois mois et nous avons toujours 3,7 millions de chômeurs à temps complet. Pire encore, le chômage de longue durée au-delà d’un an continue de progresser, tandis que la précarité des demandeurs d’emploi à activité réduite (avec des boulots de quelques heures par mois) augmente aussi, de même que leur nombre qui est de 2,1 millions en France métropolitaine.

En même temps qu’il tente d’imposer un traitement discriminatoire aux retraités, Emmanuel Macron dit vouloir réformer et unifier les systèmes de retraite afin que, selon lui, « chaque euro cotisé donne les mêmes droits acquis pour tous » au moment de la retraite. Mais il s’est attaqué en janvier 2018 à ces droits acquis par 16 millions de retraités via les cotisations versées durant une vie de travail.

Gérard Le Puill

 
 
Continuez à signer la pétition en ligne : http://www.retraitesencolere.fr/

 

Une réforme des retraites ? Pour mieux baisser les pensions ?

Après les premières rencontres avec le Haut-commissaire à la réforme des retraites (HCRR), la CGT reste très interrogative et particulièrement vigilante face à un projet dont tous les objectifs ne sont pas affichés, en particulier celui du niveau des pensions qui en ressortirait.

On observe déjà que, pour légitimer la démarche, la critique du système actuel ne brille pas par son objectivité. Ainsi, le mécanisme « par annuités » en vigueur dans tous les régimes de base est condamné au motif que certaines règles ne correspondent plus aux objectifs fixés. La belle découverte ! A force de dégrader les paramètres tout au long des réformes additionnées depuis 1993, le système a fini par devenir difficile à lire et par produire des retraites en baisse. Mais, n’était-ce pas le but de ces réformes ?

Pour autant et malgré ces dégradations, notre système de retraite par annuités et par répartition, grâce au principe de solidarité qui le fonde, a sorti les retraités de la pauvreté en moins de 30 ans : ils étaient 28 % à vivre en-dessous du seuil de pauvreté (défini comme 50 % du salaire médian) en 1970, ils n’étaient plus que 4,7 % en 1997 (Insee Première n°761). Aujourd’hui, les proportions d’actifs et de retraités vivant en-dessous du seuil de pauvreté restent équivalentes

Le HCRR, à partir des travaux du COR (Conseil d’orientation des retraites), fait également ce constat : notre système conserve effectivement une part importante de solidarité. Pour la CGT, c’est effectivement essentiel car cela permet encore aujourd’hui de diminuer les inégalités liées au travail.

On peut alors se poser la question : mais pourquoi s’aventurer dans une réforme systémique qui va chambouler tous les repères aussi bien pour les travailleurs que pour les retraités ? De surcroît alors que les comptes sont grosso modo à l’équilibre. Rappelons que la Suède a englouti, dans la phase de transition de sa réforme, plusieurs années de pensions mises en réserves.

Pourquoi ne pas répondre clairement aux difficultés réelles et connues : le niveau des pensions dans l’avenir et le taux de remplacement que peuvent espérer les jeunes générations ; les basses pensions ; l’égalité femmes/hommes ; une vraie prise en compte de la pénibilité ; le maintien du pouvoir d’achat des retraites ; une réforme du financement liée à l’emploi. Autant de sujets mis en avant par la CGT depuis plusieurs années et réaffirmés lors de la rencontre avec M. Delevoye, Haut-Commissaire à la réforme des retraites.

Chambouler les repères et centrer le débat sur du meccano administratif, points ou comptes notionnels, est-ce innocent ? N’y aurait-il pas d’autres objectifs, d’autres intentions ? On est bien obligé de s’interroger.

Sous couvert de simplification, n’y a-t-il pas en réalité la volonté de mettre en place un système produisant une baisse encore plus forte des pensions futures, de manière automatisée, dans des conditions illisibles pour le commun des salariés ?

La CGT pose les questions que tous les salariés se posent : une réforme pour quel montant de pension, après quelle durée et à quel âge ? Questions qui sont soigneusement écartées dans ce projet de réforme.
Questions que la CGT n’aura de cesse de mettre en avant et sur lesquelles elle appelle la plus grande vigilance de tous les salariés.

Montreuil, le 26 Avril 2018

L’âge de la retraite va passer à 63 ans alors que le chômage de longue durée s’aggrave pour les « seniors »

 

par Morgane Remy

 

Une nouvelle réforme des retraites est en train de passer en catimini. Plusieurs partenaires sociaux ont conclu un accord de principe qui doit être signé ce 30 octobre : l’âge de départ à la retraite va s’allonger d’un an – à 63 ans – si les futurs retraités ne souhaitent pas subir une dévalorisation de leurs pensions. Problème : malgré les précédentes réformes, les entreprises n’ont pas fourni d’efforts suffisants pour garder en activité leurs salariés de plus de 55 ans. Ceux-ci sont encore nombreux à être poussés vers la sortie, voire à connaître le chômage de longue durée, même si certains cadres arrivent à rebondir. Dans ces conditions, un nouvel allongement des cotisations aggravera davantage les inégalités. Enquête.

L’âge de départ en retraite sera encore repoussé. Les organisations patronales et trois organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC et CFTC) sont en train de se mettre d’accord pour réformer le système de retraites complémentaires Agirc-Acco. Objectif : 6,1 milliards d’économies à l’horizon 2020. Dans le cadre de cet accord, la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein sera allongée d’un an. A partir de 2019, si un senior préfère partir à 62 ans, soit l’âge légal de départ à la retraite pour le régime général, il perdra 10% de sa retraite complémentaire pendant deux ans. S’il choisit de partir à 63 ans, aucun malus ne s’applique. Cotiser plus longtemps ou accepter une pension plus faible, telles seront les options à choisir. Ce qui aggravera encore davantage les inégalités existantes. Car à plus de 55 ans, que l’on soit cadre ou ouvrier, homme ou femme, et sous la menace du chômage de longue durée, les perspectives seront bien différentes. François Hollande estime qu’il ne s’agit pas « d’un report de l’âge de la retraite » mais d’une « liberté » laissée aux salariés... Quant aux syndicats, ils sont partagés : CGT et FO ont refusé l’accord de principe, ce dernier qualifiant le dispositif de « catastrophique ».

« L’espérance de vie à 60 ans, c’est-à-dire le nombre d’année qu’il nous reste à vivre à cet âge, progresse constamment. Il faut bien adapter notre système de retraites pour le rééquilibrer financièrement », justifie Jean-Louis Malys, secrétaire national de la CFDT, syndicat qui a signé l’accord de principe le 16 octobre et devrait le valider ce 30 octobre. Si cette espérance de vie à 60 ans n’a cessé d’augmenter depuis des décennies, elle diffère selon la catégorie professionnelle [1]. Un ouvrier vivra cinq ans et demi de moins, en moyenne, qu’un cadre. Et pour bénéficier d’une retraite à taux plein, encore faut-il être en activité...

« La France n’a toujours pas résolu la question de l’emploi des seniors »

La réforme de 2010 avait déjà abouti à repousser l’âge légal de deux ans : de 60 à 62 ans ou 63 à 65 ans, pour ceux qui n’ont pas cotisé les 43 annuités nécessaires. En parallèle, afin d’éviter que les entreprises ne se séparent de leurs salariés âgés, le gouvernement a démantelé les dispositifs de pré-retraites publics et les niches fiscales et sociales des pré-retraites privées. Il a également imposé une pénalité, de 1% du montant des rémunérations versées aux salariés, aux entreprises qui ne signaient pas d’accords en faveur de l’emploi des seniors.

Les résultats sont-ils au rendez-vous ? Selon les chiffres du Conseil d’orientation des retraites en 2014, le taux d’emploi des 55-59 ans a fortement progressé, atteignant 68 %. Idem pour les 60-64 ans, dont un sur quatre est toujours en activité. Les entreprises auraient donc joué le jeu, arrêtant de licencier massivement leurs salariés quinquagénaires. Ce n’est qu’une apparence statistique.

« Si la France a rattrapé son retard au sein de l’Europe pour le taux d’emploi des 55-59 ans, elle reste très en dessous des niveaux européens pour les 60-64 ans et n’a pas réussi à significativement allonger la vie active. Surtout, le chômage des seniors s’est accru plus vite que pour les autres catégories d’âge depuis 2008 », détaille Anne-Marie Guillemard, sociologue et professeur des universités. Le taux de chômage des 55-64 ans s’établit actuellement de 7%, selon la Dares [2]. « La France n’a donc toujours pas vraiment résolu la question de l’emploi des seniors », conclut Anne-Marie Guillemard.

L’obsolescence programmée du salarié

L’OCDE, dans son rapport Mieux travailler avec l’âge en France souligne pudiquement que « la transition de l’emploi à la retraite est particulièrement précoce et problématique pour de nombreux seniors ». Seul un salarié sur deux est passé directement de son emploi à la retraite entre 2008 et 2011. Cela signifie que les autres (45%) connaissent le chômage ou des dispositifs intermédiaires de sortie de l’emploi. « Après 55 ans, le marché du travail est caractérisé par d’importantes sorties d’emploi », reconnaît même le très néolibéral Institut Montaigne, dans son enquête sur l’emploi des seniors [3].

La cause ? Les seniors, dont les salaires ont progressé tout au long de leur carrière, sont souvent jugés trop chers tandis que, à l’aune des critères de rentabilité immédiate, ils deviendraient moins productifs avec le temps. « Alors que les seniors sont tout à fait capables de s’adapter – y compris au numérique –, le monde du travail a tendance à considérer leurs compétences comme obsolètes, analyse Serge Guérin, sociologue et auteur de Vive les vieux ! [4]. Cela tient aussi au fait que les entreprises peinent à investir sur les seniors en terme de formations. »

Un tiers des salariés vulnérables sont mis à la porte après 50 ans

Les salariés âgés accèdent moins fréquemment que leurs cadets à la formation. En 2006, environ un tiers des salariés âgés de 50 ans et plus ont déclaré avoir suivi une formation au cours des 12 derniers mois, contre la moitié des salariés plus jeunes.
En outre, la pénibilité du travail n’étant pas gérée au fil de la carrière, les salariés concernés s’épuisent plus rapidement. La pénibilité concerne près d’un salarié sur trois, selon l’enquête Santé et itinéraire professionnel de 2007 [5]. Les personnes de 50 à 59 ans, qui ont été durablement exposées à de conditions de travail difficiles, sont alors moins souvent en bonne santé : une sur quatre se déclare limitée dans ses activités quotidiennes du fait d’un problème de santé, contre une sur six pour les autres salariés du même âge.

 

Plutôt que gérer cet aspect de santé tout au long de la vie professionnelle, comme certaines filières industrielles allemandes qui veillent à éviter de maintenir trop longtemps un employé sur un poste pénible [6], le patronat français préfère la solution de facilité : près d’un tiers des salariés les plus vulnérables sont mis à la porte des entreprises après 50 ans. « Nous avons vu beaucoup d’entreprises gérer les problèmes de pénibilité en encourageant les départs des seniors, témoigne Pierre-Yves Chanu, économiste à la CGT, qui a suivi les précédentes réformes de retraite. Par exemple chez un grand industriel où les ouvriers étaient exposés à de fortes températures, la rupture conventionnelle était présentée comme une solution « gagnant-gagnant », puisque le salarié cessait de souffrir et l’entreprise pouvait recourir aux services d’un ouvrier plus jeune. »

Quand la rupture conventionnelle remplace les pré-retraites

La rupture conventionnelle semble devenir le mode privilégié par les sociétés pour encourager les salariés quinquagénaires à partir. En moyenne, 16% des fins de CDI pour licenciement sont des ruptures conventionnelles. Leur part dépasse les 25 % pour les salariés âgés de 58 à 60 ans [7]. « Il y a un alignement des intérêts des acteurs (salariés comme entreprises) qui fait du départ anticipé des seniors un acte globalement consensuel », analyse l’Institut Montaigne. Un « alignement » qui se fait souvent sous la pression de l’employeur et qui se traduit par un accord avec l’employé pour une sortie anticipée. Comme les plus de 50 ans bénéficient de trois ans d’indemnisation au lieu de deux, les allocations chômage permettent souvent de faire la jonction avec la retraite à taux plein à 62 ans. « Ce ne sont rien de moins que des pré-retraites déguisées », résume Anne Sonnet, responsable seniors de l’OCDE [8].

Les ruptures conventionnelles à l’initiative des employeurs sont légions. « Mes confrères et moi-même le constatons : il y a des recours aux ruptures conventionnelles à répétition, souligne Sophie Bourrier, psychologue du travail proposant des consultations dans le cadre du réseau Souffrance et Travail. Mais certaines sociétés font attention à les limiter en nombre et dans le temps afin d’éviter un contrôle de l’inspection du travail. » Cette dernière risquerait alors de les requalifier en licenciement. « Pour la CGT, ce dispositif est surtout favorable aux employeurs qui mettent une pression sur les salariés afin qu’ils acceptent, note Pierre-Yves Chanu. Surtout, ils ne les informent pas que cela réduira de fait le niveau de leur pension. »

Des seniors qui se battent pour leurs droits

Difficile de savoir quelle est l’ampleur de ces pressions pour la signature d’une rupture conventionnelle. Cependant beaucoup de témoignages concordent. Comme celui de Jean-Pierre, aujourd’hui âgé de 67 ans et à la retraite. Il raconte, ce qu’il a vécu il y a sept ans quand il était salarié et conseiller prud’homal CFDT : « Dans une mission locale du Languedoc Roussillon, le directeur avec lequel j’entretenais de bonnes relations m’a proposé une rupture conventionnelle qui ne présentait, selon lui, que des avantages pour moi. Après une longue réflexion, j’ai finalement refusé. Dès lors, j’ai été sujet à de nombreuses et malveillantes pressions professionnelles jusqu’à ce qu’une procédure de licenciement soit engagée contre moi pour faute grave. Bouleversé psychologiquement par cette démarche, après conseils de mon syndicat et au vu des pièces de mon dossier, j’ai entamé une démarche judiciaire pour harcèlement moral et discrimination syndicale. » L’affaire s’est conclue par un accord transactionnel qui lui a permis d’obtenir une retraite à taux plein à 65 ans mais aussi un dédommagement financier.

Agnès, âgée aujourd’hui de 53 ans, basée en Rhône-Alpes, a pour sa part finalement accepté la rupture conventionnelle que son employeur lui proposait. Après avoir géré pendant 20 ans l’exploitation d’un logiciel de gestion très spécifique, l’entreprise pour laquelle elle travaillait a opté pour une mutation informatique. « En 2013, nous avons fait la migration. Ayant été mise à l’écart du projet et me retrouvant sans fonction précise, j’ai demandé une formation et proposé de mettre mes compétences au service d’une autre équipe de l’entreprise », raconte cette dernière.

Le traumatisme du chômage de longue durée

La quinquagénaire n’est alors pas étonnée quand elle obtient un rendez-vous avec le service des ressources humaines…. qui lui propose finalement une rupture conventionnelle. « Deux ans auparavant, ils avaient déjà procédé ainsi avec quelques postes occupés par des plus de 50 ans », se souvient-elle. Agnès ne veut alors pas quitter son entreprise, anticipant les difficultés qu’elle rencontrera sur le marché du travail. « Mais c’était peine perdue. Quand un poste de vendeuse à domicile de produits innovants allemands s’est présenté, j’ai accepté de lâcher prise mais j’ai vécu cette rupture conventionnelle, après 20 ans d’ancienneté, comme un licenciement. » Aujourd’hui, elle bénéficie encore de deux ans de chômage. Elle a conscience que son temps est compté… même si elle se remet encore doucement du choc de ce départ. « J’aurais du mal à reprendre un poste dans l’immédiat. Une mission courte, même pour un poste sans qualification, me permettrait de remettre un pied à l’étrier. »

Une fois au chômage, le risque principal est que la situation s’enlise. « Tout le monde peut se retrouver au chômage, analyse Gérard Cornilleau, économiste à l’OFCE [9]. Mais quand on est senior, parfois dès 50 ans, on tombe dans une trappe dans laquelle il est très difficile de sortir : le chômage de longue durée. » En clair : si les entreprises ne licencient plus massivement les seniors, ils ne les recrutent pas non plus. Tandis qu’en 2007, les plus de 55 ans ne représentaient « que » 8% des chômeurs très éloignés de l’emploi, ils correspondent désormais au quart (24%) de cette catégorie en 2013.

« J’étais prêt à balayer les cours mais cela n’intéressait personne »

Ils vivent alors souvent le chômage comme une expérience d’exclusion durable. Ce fut le cas pour Didier, aujourd’hui âgé de 66 ans. Il a connu une traversée du désert sur le marché du travail, entrecoupé de quelques expériences, jusqu’à sa retraite. A 45 ans, alors qu’il occupait un poste de cadre et manageait une quinzaine de personnes, il est licencié. Il se bat, obtient des stages, des missions courtes en comptabilité pour des entreprises et même pour le Diocèse de Marseille. Mais pour mieux revenir à Pôle Emploi, la case départ.

A 50 ans, il tente sa chance et lance sa boite. « C’était avec un collègue chômeur », précise-t-il. Ils lancent ensemble une entreprise de machines-outils testant l’étanchéité de contenants. Mais l’investissement initial n’est pas rentabilisé. L’entreprise meurt. « J’avais 52 ans ; j’étais au tapis, explique-il aujourd’hui, la voix encore chargée d’émotion. Plus l’âge avançait, moins j’avais de réponse à mes sollicitations… Je me marginalisais. »

Dans le cas d’un chômage de longue durée qui pèse tant sur les finances que sur le moral, la retraite représente alors un soulagement. « Je rentrais à nouveau dans un schéma normal. Je retrouvais ma fierté. Je cessais d’être demandeur, en permanence. C’était ça le plus difficile : j’étais prêt à balayer les cours mais même cela n’intéressait personne. » Un rejet qui illustre le fait que le marché du travail n’est pas clément et l’est encore moins vis-à-vis des seniors.

Création d’entreprise : une solution réservée aux cadres qui en ont les moyens

Souvent la solution face à la réticence des entreprises à recruter des seniors est, pour ces derniers, la création de sa propre entreprise. C’est le choix qu’a fait Sonia, suite à un plan de départs volontaires, en Ile-de-France. « J’étais responsable commerciale pour un groupe hôtelier et je souhaitais redevenir assistance de direction, avec des missions plus larges, souligne Sonia, actuellement âgée de 52 ans. Mais je me suis heurtée à la réalité du marché du travail : j’étais trop vieille pour un CDI. »

Elle envoie des CV sans préciser son âge mais, à l’occasion de nombreux entretiens, réalise que cela coince. Beaucoup de non-dits. « On me disait que je connaissais trop de monde dans mon secteur, que j’étais trop qualifiée ou on ne me rappelait simplement pas », se souvient-elle. Pleine de bonne volonté, elle décide de s’investir dans une association professionnelle et, au bout d’un an, crée son auto-entreprise. « J’ai eu de la chance. Mon ancien employeur, présent au sein de cette association, m’a proposé de faire une mission proche de ce que je réalisais pour lui. » Elle utilise alors son carnet d’adresses pour promouvoir le lancement d’un nouvel hôtel. Le client – ancien-employeur – est ravi de la prestation et lui commande d’autres missions. La responsable commerciale à son compte a ainsi accepté d’être flexible – et a été en capacité de le faire – en espérant, qu’avec le temps, son carnet de commande sera suffisamment conséquent pour recruter à son tour. « Au moins, aujourd’hui, je dégage un salaire correct. »

Des pensions inférieures de 40% à celles des hommes

Cette perspective est bien loin d’être garantie pour les femmes à l’approche de la retraite. « Malgré huit lois successives, les femmes en France gagnent toujours 27% de moins que les hommes, tous temps de travail confondu. Or qui dit inégalités salariales, dit faibles pensions de retraites : les femmes ont ainsi des pensions inférieures de 40% à celles des hommes. Elles ont encore aujourd’hui des carrières plus courtes que les hommes, elles partent en retraite en moyenne plus tard », pointe un collectif d’associations pour le droits des femmes, dans une lettre ouverte adressée aux trois syndicats signataires de l’accord [10].

Devenir un créateur d’entreprise quand on est un « senior chômeur » n’est pas à la portée de tous. Les ouvriers et employés au chômage ne disposent pas des ressorts et des réseaux d’un cadre. Ceux qui peuvent compter sur la solidarité de leur famille et, surtout, de leur conjoint ont plus de chance de réussir. Ce qui signifie que leurs proches doivent aussi en avoir les moyens. La solidarité privée succède alors à celle, publique, de la société. De quoi encore renforcer les inégalités. Est-ce bien la volonté des organisations syndicales qui s’apprêtent à signer l’accord ?

Morgane Remy

Photo : Manifestation à Brest contre la réforme des retraites de 2010 / CC Jyc1 via Flickr

Notes

[1] Voir les indicateurs de la Sécurité sociale.

[2] Voir ici.

[3] A consulter ici.

[4] Editions Michalon, 2008.

[5] A consulter ici.

[6] Voir ici.

[7Chiffres de 2012 du ministère du Travail.

[8] Voirici.

[9] Voir ici.

[10] Lettre ouverte signée par Attac, la Fondation Copernic, Osez le féminisme, le Planning familial, Les effronté-e-s... à lire ici.

Darmanin au pays de l'or gris

 https://beta.arretsurimages.net/chroniques/n-a-14

Encore des bisous aux vieux. Ils n'auront jamais été autant bisouillés devant les caméras. Après Macron, c'est Gérald Darmanin qui s'y colle. L'Emission Politique de France 2 a amené le ministre des comptes publics parler CSG dans un thé dansant. Trois bises, trois pas de danse : c'est pratique, le vieux. Trois bises, trois pas de danse, un air d'accordéon (le vieux n'aime que l'accordéon) et ça se laisse tondre gentiment. "On vous a augmenté vos retraites." "Huit euros par mois !" "C'est mieux que rien".

Sauf qu'après le thé dansant, Darmanin doit affronter un autre calibre : Olivier Besancenot. Lequel Besancenot commence par lui faire admettre que la hausse de la CSG sur les pensions de retraite, contrairement aux proclamations répétées du gouvernement, s'appliquera bien aussi à des retraités dont la pension est inférieure à 1200 euros, pour peu qu'ils vivent en couple. C'est le revenu fiscal du ménage, qui sera pris en compte (petit tour de passe-passe supplémentaire dans la présentation de la mesure). Réponse de Darmanin : il existe aussi des retraités à 1200 euros qui sont assujettis à l'ISF. Sans doute sans doute. Et il y a aussi des canards à cornes.

Tant qu'on est sur le sujet des vieux, glissons donc sur les EHPAD. Leurs personnels étaient justement dans la rue le même jour. On n'a jamais tant parlé des maisons de retraite médicalisées que depuis quelques mois. L'EHPAD est désormais un sujet politique, avec son manque de moyens de plus en plus éclatant. Les personnels ne craignent plus de parler de douches, d'incontinence, et du fameux "VMC" (visage mains cul) à quoi se résume parfois la toilette des résidents, faute de temps. C'est une révolution qui n'a pas été assez soulignée.

Une des particularités du secteur, c'est qu'il se partage entre public et privé. La lutte des classes divise aussi le quatrième âge. Soudain, une phrase citée par Besancenot : "le filon de l'or gris a de quoi faire rêver les investisseurs". Un journal, assure Besancenot, aurait écrit ça. Vérification faite, c'est exact. Un journal, Le Revenu, a écrit ça. Ce magazine s'adresse aux investisseurs désemparés, qui hésitent entre l'achat d'actions des deux géants français de la maison de retraite médicalisée, Orpea et Korian. Et oui : il y a bien des investisseurs, qui salivent sur le gros gâteau d'Alzheimer, et sur les délicieuses promesses de Parkinson. On se couche, des étoiles plein les yeux.

Darmanin au thé dansant

Les retraités à l’Elysée dénoncent la poursuite de l’austérité

Communiqué Intersyndical

Les neuf Organisations de retraités (UCR-FO, UCR-CGT, UNAR-CFTC, UNIR/CFE-CGC, FSU-Retraités, UNIRS-Solidaires, FGR-FP, Ensemble et Solidaires-UNRPA et LSR) ont été reçues par le Conseiller social du Président de la République, Monsieur Michel YAHIEL.


Elles lui ont remis les cartes postales-pétitions signées par 92 776 personnes auxquelles il faut ajouter 3 178 autres signatures en ligne, sachant qu’en outre des milliers d’autres ont été déposées dans les Préfectures sur tout le territoire national le même jour.


Elles ont rappelé leurs revendications touchant au pouvoir d’achat en demandant l’arrêt du gel des pensions et des retraites, l’abrogation des mesures fiscales qui frappent les retraités, l’amélioration du pouvoir d’achat et le retour à une indexation au 1er janvier calculée sur l’évolution des salaires et non des prix.


Le Conseiller a indiqué que la Loi de financement en préparation changerait le mode de calcul des revalorisations. Elles seraient désormais calculées sur l’évolution des prix des douze mois précédents et non plus en fonction d’une prévision qui aurait conduit, certaines années, à une évolution négative des retraites.


Mais, il a confirmé que la date de revalorisation resterait au 1er octobre et ne serait pas ramenée au 1er avril comme toutes les autres prestations (cela entraînera des dates de revalorisations différentes pour l’ASPA -minimum vieillesse- et le minimum contributif).


Les retraités se sont étonnés qu’aucune annonce n’ait été faite au 1er octobre, ce qui confirmerait la poursuite du gel des pensions en vigueur depuis le 1er avril 2013. Le Conseiller social a indiqué que l’annonce viendrait bientôt. Mais le rapport de la Commission des comptes de la Sécurité sociale prévoit que les pensions de retraite devraient être revalorisées de 0,1% au 1er octobre (ce qui représenterait environ 1 euro de revalorisation par mois sur une pension moyenne !).


Le Conseiller social a reconnu que les mesures fiscales avaient touché les retraités, mais a estimé que les mesures récentes (la suppression de la première tranche d’imposition sur le revenu) vont alléger la pression fiscale pour une partie d’entre eux !


S’agissant du projet de Loi d’adaptation de la société au vieillissement (ASV), les neuf Organisations de retraités ont rappelé leur demande de participation aux Instances de consultation, tant au niveau national que local. Le Conseiller social a confirmé la publication de la Loi au 1er janvier 2016 et relayera la demande des Organisations de retraités d’être consultées régulièrement, reconnaissant ainsi que la représentation des retraités devra être assurée dans le cadre de la nouvelle organisation.


Au final, c’est bien la poursuite de l’austérité qui a été confirmée, faute de mesures concrètes pour améliorer les retraites. Les Organisations réunies ce jour rappellent que 10% des retraités vivent sous le seuil de pauvreté.


Les Organisations de retraités ont décidé de poursuivre la campagne d’information et de mobilisation et envisagent de construire une nouvelle journée de mobilisations le 24 novembre 2015.


La baisse du niveau de vie des retraités n’est ni acceptable, ni inéluctable !


Paris, le 5 octobre 2015

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