Economie

En plein coeur du Paris chic, le personnel d’un palace en route pour une grève dure

 

Par Thomas Clerget

A deux pas de la place Vendôme et de ses boutiques cossues, le personnel de ménage d’un hôtel de luxe est en grève depuis maintenant trois semaines, réclamant notamment son intégration directe au sein des effectifs de l’hôtel. Mais le conflit, qui s’est tendu ces derniers jours avec l’intervention de la police, est aussi le fruit des ordonnances Macron de 2017 : ces dernières menacent l’existence de représentants du personnel des sous-traitants dans l’hôtel, et par conséquent l’avenir de leurs conditions de travail. Le mouvement semble parti pour durer. Reportage.

« Nous resterons le temps qu’il faudra ! » « On sera là demain, la semaine prochaine, et s’il le faut le mois prochain aussi ! » Rassemblés samedi 13 octobre devant le Park Hyatt Vendôme, un hôtel de luxe situé à 200 mètres de la place parisienne du même nom, les salariés en grève du palace, qui font principalement partie du personnel de ménage, annoncent la couleur haut et fort. Femmes de ménage, gouvernantes, personnel technique, ainsi que des représentants des syndicats CGT impliqués dans le mouvement, se succèdent au mégaphone et affirment leur détermination : le mouvement est prévu pour durer, ils s’y sont préparés, et sont prêts à en assumer les conséquences. Les soutiens, jeunes militants ou représentants d’autres mouvements, comme Femmes solidaires ou les « postiers du 92 », en grève depuis plus de six mois, applaudissent en écho.

La direction de l’hôtel ne s’attendait probablement pas à voir débarquer une bonne centaine de personnes venues troubler la quiétude de ses riches clients, en plein cœur du Paris chic. Mais le piquet de grève de la veille, évacué de force par la police, est encore dans tous les esprits. Les images ont circulé sur les réseaux sociaux, renforçant la solidarité avec les grévistes, principalement employés par STN, un sous-traitant du groupe hôtelier Park Hayatt. Les grévistes demandent en premier lieu leur intégration directe, sans passer par la sous-traitance, au personnel du palace. Une dizaine d’employés « directs » d’Hyatt (sur 220) participent aussi au mouvement déclenché il y a trois semaines, et réclament de leur côté une augmentation significative des salaires. Chez le sous-traitant, environ 50 salariés seraient en grève, sur les 80 régulièrement employés dans l’hôtel.

 

Évacuation par la police et accrochage avec des vigiles privés

Gouvernante employée par le sous-traitant STN, Fama est, comme ses camarades, encore sous le choc de la veille : « J’ai pleuré toute la journée... Nous ne sommes pas des criminels quand même ! Heureusement, le rassemblement aujourd’hui fait beaucoup de bien au moral. » Vendredi vers midi, la tension est rapidement montée quand les forces de l’ordre, en tout une dizaine de cars de police, ont demandé aux grévistes - environ 30 personnes - de libérer le trottoir devant l’hôtel. Les salariés ont finalement été repoussés manu militari au coin de la rue, où des grilles de chantier sont installées. « Ils nous ont coincés là, entre les grilles et le mur, pendant des heures, raconte Fama, toujours affectée. Nous devions leur demander l’autorisation pour aller faire pipi... » Selon leurs témoignages, les salariés sont restés parqués entre trois et quatre heures, jusqu’à l’arrivée d’élus – notamment Eric Coquerel, député de la France insoumise, et Danielle Simonnet, élue de Paris – qui ont intégré la nasse, avant que la police ne finisse par libérer tout le monde.

Vidéo de l’évacuation policière vendredi 12 octobre, filmée par le site Révolution permanente.

Tôt le matin, ce même vendredi, les tensions liées à l’occupation des abords de l’hôtel avaient déjà conduit deux grévistes à l’hôpital, après un accrochage cette fois avec des vigiles privés chargés de la sécurité du palace. Dénonçant le remplacement des grévistes par d’autres salariés, dans des conditions qu’ils soupçonnent d’être illégales, certains syndicalistes avaient décidé de bloquer l’entrée du personnel, à l’arrière de l’établissement. L’un des deux hommes évacués par les pompiers est sorti de l’hôpital le jour même, le second deux jours plus tard. Tiziri Kandi, animatrice de la CGT-HPE – le syndicat qui emmène la grève chez STN –, pointe une « agression » des salariés par les vigiles, et précise qu’au moins une plainte a été déposée.

Revenant sur ces événements lors du rassemblement du lendemain, les grévistes dénoncent une entrave au droit de grève – par le remplacement des salariés – et à la liberté de manifester – par l’évacuation policière du piquet –, mais aussi « une justice pour les riches et une autre pour les pauvres ». Expulsés du trottoir la veille, nassés au coin de la rue, ils s’indignent que les vigiles ayant envoyé deux des leurs à l’hôpital n’aient pas été inquiétés. « Il y a un parti pris des autorités, juge Tiziri Kandi. Ces dernières sont dans une logique de protection du groupe Hyatt. » Un nouveau rassemblement était appelé ce lundi 15 octobre à midi. Mais les tensions perdurent : selon la CGT-HPE, la préfecture demanderait aux grévistes de déplacer leur rassemblement sur le trottoir d’en face. Ces derniers revendiquent leur droit de manifester au pied de l’hôtel avec lequel ils sont en conflit.

Tout autour, les symboles sont omniprésents, donnant plus de relief encore aux questions soulevées par ce conflit : à quelques pas à peine, place Vendôme, la peinture des vieilles fenêtres en bois du ministère de la Justice se dégrade lentement, sa frise ornementale protégée par un filet contre les chutes de pierre. Ce n’est pas le cas de la boutique Rolex et de l’hôtel Ritz qui l’encadrent, avec leurs devantures impeccables. Sous les arcanes de la rue de la Paix, l’obscène étalage des boutiques de luxe n’est pas moins parlant : dans une vitrine sur-éclairée, une veste en cachemire est vendue 5000 euros. A l’entrée d’une boutique d’une grande marque de luxe français, les vendeurs proposent d’accompagner les clients dans leur « visite » des lieux. Un sac à main trône, 9000 euros la pièce. Dans une pâtisserie voisine, la tartelette au citron à 17 euros semblerait presque bon marché.

Un conflit social né des ordonnances Macron

Les sous-traitants du Park Hyatt, où la chambre est facturée entre 1000 et 10 000 euros la nuit, ont d’autres préoccupations. Malgré des améliorations qu’ils reconnaissent, obtenues lors de grèves précédentes, leurs conditions de travail restent difficiles, les cadences élevées. « C’est un palace : les clients sont extrêmement exigeants, rappelle une salariée. Et chez Park Hyatt, ils sont maniaques, très maniaques ! » Ces dernières années, l’hôtel est passé de 4 à 5 étoiles, puis a gagné le label « palace ». Pour les salariés employés en direct, les salaires seraient pourtant restés inférieurs aux autres établissements parisiens de même rang, de 300 euros selon Sameh Hamouda, l’un de leurs représentants syndicaux. « Ce sont pourtant les salariés qui ont contribué à cette montée en gamme », souligne Kandi Tiziri. Paradoxalement, les employées de STN, dont les salaires varient entre 1600 et 2000 euros par mois, sont mieux payées que celles et ceux employés en direct par l’hôtel. « Ce que nous demandons, précise Kandi Tiziri, c’est à la fois l’intégration des sous-traitants, et un alignement sur le statut le plus haut, celui de STN. »

 

Si les salaires sont plus élevés chez STN qu’au Hyatt, pourquoi demander une intégration ? « On sera mieux traitées, mieux considérées chez Hyatt qu’en étant sous-traitantes, complète Fama. Sinon on ne peut pas parler avec eux, ils nous renvoient toujours vers STN. On aura aussi un bon comité d’entreprise, des avantages. » L’un des motifs essentiels du conflit est aussi à chercher du côté des conséquences des récentes réformes : les salaires et conditions de travail gagnés durant les précédentes grèves menées chez STN, sont en fait directement menacés par les mesures issues des « ordonnances Macron » de 2017. Suite à ces dernières, les salariés du sous-traitant ne pourront plus se présenter aux élections professionnelles dans l’hôtel où ils sont mis à disposition. Seul subsistera un Conseil social et économique (CSE) central chez STN, groupe de 4500 employés. Les salariés devront donc batailler pour obtenir des représentants de proximité sur leur lieu de travail.

« Sans représentants du personnel, ils vont nous massacrer !, alerte Nora, une syndicaliste employée chez STN, au mégaphone. Ici, on vient de très, très loin. Aujourd’hui nos salaires sont corrects, les conditions de travail difficiles, mais meilleures qu’avant... Il n’est pas question de revenir en arrière ! » Pour conserver des représentants syndicaux sur le site, et espérer sauver les conditions d’emploi actuelles – dont les augmentations de salaire, qui avaient été concédées sous forme de prime – l’intégration des sous-traitants à l’hôtel est donc une revendication stratégique. Pour y parvenir, le mouvement de l’Holiday Inn de la porte de Clichy, victorieux après 111 jours de grève et qui avait déjà été emmené par la CGT-HPE (avec la CNT-SO), donne une idée du cap à suivre. « Ce nouveau mouvement ne vient pas de nulle-part, confirme Kandi Tiziri. Et avec l’application des ordonnances en février 2019, c’est le moment où jamais de sauver le statut de ces salariées. »

Thomas Clerget

Le nombre impressionnant de seniors qui vivent quasiment sans rien

 

Une étude révèle que les personnes de plus de 50 ans vivent souvent sans emploi, ni retraite… Un tiers des seniors sans emploi, ni retraite, vivent en dessous du seuil de pauvreté.

C’est le triste constat que tire ce mercredi une étude du service statistique du ministère de la Santé (Drees), révélée par Le Figaro. Selon le document, 1,4 million de Français, âgés de 53 à 69 ans, ne perçoivent ni revenu d’activités, ni pension de retraite. La pauvreté touche donc 11 % des seniors. L’étude se penche sur les problématiques que traverse cette catégorie de la population.

Une majorité de femmes

Ces seniors sont majoritairement des femmes (pour deux sur trois), relève l’étude. Ils sont âgés en moyenne de 58 ans et sont en moins bonne santé que les retraités : "29 % se déclarent en mauvais ou très mauvais état de santé et 30 % ont une reconnaissance administrative de handicap, contre, dans les deux cas, 11 % de l’ensemble des seniors", précise le texte. De plus, la moitié d’entre eux n’a pas de diplôme ou juste le certificat d’études primaires (CEP), contre 27 % des seniors qui travaillent et 40 % des retraités. 13 % de ces seniors sont quant à eux au chômage : "Le sentiment d’éloignement du marché du travail et le découragement prédominent" chez ces personnes, constatent les auteurs de l’étude.

Un contraste frappant

Ces seniors sans travail ni retraite sont plus exposés à la pauvreté que les actifs ou retraités. En effet, un tiers d’entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 1 265 euros par mois. Ces seniors sont également plus exposés à la précarité lorsqu’ils sont seuls ou que leur conjoint est dans la même situation, sans emploi ni retraite.

Seulement, l’étude nuance ce constat de pauvreté car un quart de ces seniors se situent parmi les 40 % des ménages les plus aisés : « Il s’agit en majorité de femmes en couple sans enfant à charge, âgées d’une soixantaine d’années et étant relativement diplômées », majoritairement propriétaires, et vivant en bonne santé, explique enfin l’étude du ministère de la Santé.

capital.fr

Baromètre Ipsos-SPF 2018 : l'intensification de la pauvreté

Article tiré de Convergence numérique n°1, le journal du Secours Populaire Français.

 

 

Les Français sont désormais 39% (+2 points par rapport à 2017) à avoir connu une situation de pauvreté. « Depuis trente ans, cette précarité ne cesse de s’accroître. Ce chiffre de 39 % est colossal ! C’est pourquoi, nous devons tous nous sentir concernés pour soutenir l’association et aider ainsi les plus modestes », affirme avec conviction Thierry Marx, chef de cuisine et parrain de la campagne Pauvreté-Précarité.

 

Les personnes pauvres, de plus en plus pauvres  

 

Indicateur-phare du baromètre Ipsos-SPF, la proportion de personnes avouant leur crainte de la pauvreté est toujours très forte. Plus d’un Français sur deux a connu la pauvreté ou a craint d'y être confronté, à un moment de sa vie. En 2007, avant le début de la dernière crise, moins d’un Français sur deux faisait part d’une telle angoisse. Ils disent à 81% redouter l’avenir pour leurs descendants.

 

Restriction dans l'alimentation

 

Un Français sur cinq (21%) a du mal à se nourrir : un chiffre qui grimpe à une personne sur deux chez les plus pauvres. Autre point alarmant : 19% des parents déclarent éprouver des difficultés pour payer la cantine scolaire. La majorité des ménages les plus modestes confesse ne pas pouvoir faire face à cette dépense.

 

L'indispensable aide alimentaire européenne 

 

Face à l’intensification de la pauvreté en Europe, les Français estiment impératif à 92% de conserver l’aide alimentaire fournie par l’Union européenne et 84% sont convaincus qu’elle permet de repérer d’autres problèmes vécus par les personnes et d’apporter une solidarité plus globale. Ils sont 3 sur 4 à considérer que l’Union européenne n’agit pas assez contre la pauvreté.

 

Un seuil de pauvreté subjectif en hausse 

 

Près de 9 millions de Français vivent sous le seuil officiel de pauvreté, fixé à
1 015 euros(Insee, publication de 2017). Ils seraient plus nombreux si l’on retenait le seuil de 1 118 euros avancés par les Français dans ce baromètre.  

Plan pauvreté : des mesures symboliques et un manque d’ambition

 

Par Erwan Manac’h

Emmanuel Macron a listé ce jeudi les mesures de son « plan pauvreté ». Elles doivent améliorer le système actuel, par petites touches, mais s’avèrent cosmétiques au regard des conséquences de sa propre politique économique. Le plan pauvreté était attendu avec un mélange d’impatience et de scepticisme. Maintes fois retardé et préparé dans un contexte de coupes budgétaires, il devait néanmoins donner une coloration sociale à un quinquennat qui patine. Parmi les annonces, trois mesures symboliques se dégagent. Elles sont surtout destinées à corriger des trous noirs du système d’aide français :

 

• L’école obligatoire à partir de 3 ans, pour que tous les enfants aillent en maternelle, afin de lutter contre les inégalités dès le plus jeune âge.
• Des petits déjeuners dans les écoles et collèges des quartiers pauvres. Une aide aux directeurs d’établissement du Réseau d’éducation prioritaire (REP) devra être créée pour les inciter à organiser ces petits déjeuners, car 13 % des enfants de ces établissements arrivent à l’école le ventre vide.
• L’obligation faite aux services de l’aide social à l’enfance de d’étendre son action aux 18-21 ans qui n’ont pas de logement, d’emploi ou de formation. Le contrat jeune majeur accompagne déjà 20 900 jeunes de 18 à 21 ans, mais il reste très insuffisant. 30 % des sans-abri nés en France sont des anciens enfants placés, estime ainsi le Conseil économique, social et environnemental.

Dans le détail, Emmanuel Macron annonce aussi vouloir améliorer la formation des aides maternelles et faciliter la construction de crèches à vocation sociale dans les villes pauvres. Les communes concernées auront un « bonus financier » qui leur permettra de financer les constructions à hauteur de 90 % de l’investissement. Le chef de l’État annonce que 100 000 contrats de « garantie jeune », programme de retour à l’emploi signé avec les missions locales, seront mobilisés chaque année, sans préciser s’il s’agit d’une augmentation ou d’une simple pérennisation du dispositif actuel, déjà déployé à hauteur de 100 000 contrats par an. Emmanuel Macron annonce également un soutien aux initiatives « Territoire zéro chômeur de longue durée » et « Convergence »,dont le nombre de bénéficiaires doit « plus que doubler », annonce le Président. Il n’est donc pas question d’une généralisation, comme il en a été un temps question.

Les aides bientôt conditionnées à une activité ?

Le gouvernement renonce également au « versement social unique », qui devait fusionner les minimas sociaux dans un seul et même dispositif automatique. Celui-ci aurait en effet représenté un coût important, vu l’ampleur du non-recours aux aides sociales (40 % des ménages éligibles au RSA n’en ont pas fait la demande). Il se résout uniquement à simplifier l’aide au paiement d’une complémentaire santé. Emmanuel Macron lance en revanche le chantier, qui devra aboutir en 2020 avec la présentation d’un texte de loi, d’un « revenu universel d’activité ». Il s’agit de « créer un véritable service public de l’insertion. Un même guichet, simple, unique », pour gommer « l’absurdité du système dans lequel nous vivons ».

Le sens de ce « revenu universel d’activité » est aussi d’inciter, voire de contraindre, les allocataires à travailler, à en croire les intentions affichées par le chef de l’État. « Il est inacceptable que ceux qui peuvent prendre un emploi ne le fassent pas. Face aux droits, il doit y avoir un devoir et des sanctions », a-t-il martelé. Le « revenu universel d’activité », qui devra fusionner les minimas sociaux et permettra à « chacun de bénéficier d’un filet de sécurité », est donc « conçu pour que le retour à l’emploi soit le plus rapide possible » et pour que « nous nous assurions que les devoirs des allocataires soient respectés ». Derrière un pupitre floqué de la promesse de « faire plus pour ceux qui ont moins », Emmanuel Macron a donc conservé une teinte libérale. « Le projet productif, dit-il, permet seul l’émancipation de chacun » et le travail offre à chacun de « retrouver sa part de liberté ».

8 milliards, qui dit mieux ?

La grande question accompagnant ce plan reste celle des moyens financiers. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, communiquait ce jeudi matin sur une enveloppe de 8 milliards d’euros sur l’ensemble du quinquennat. Un chiffre qu’il faut rapporter à un investissement annuel de 2 milliards par an sur quatre ans, et analyser dans le détail pour déceler d’éventuels effets d’annonce et recyclages d’annonces anciennes. L’association ATD Quart monde a déjà fait ce calcul, comme l’a dit sa présidente Claire Hedon ce jeudi sur France Info : “Dans les 8 milliards annoncés, il y en a 4 déjà qui sont du redéploiement.” La refonte du CAP petite enfance se fera par exemple, a annoncé Emmanuel Macron, par une mobilisation de 100 millions d’euros du Fonds d’innovation sociale. Sans préciser si la somme est à déduire du milliard déjà annoncé en janvier pour ce fonds, qui agrégeait lui-même déjà des financements existants et de l’argent privé. Idem pour l’obligation, faite aux départements, d’accompagner les jeunes de 18 à 21 ans sans activité, pour laquelle 50 millions d’euros seront « mobilisés », sans qu’il soit précisé s’il s’agit d’une dépense nouvelle.

L’opposition tacle d’ailleurs comme un seul homme la faiblesse du plan en matière de moyens. Du côté du Parti Socialiste, Olivier Faure, Premier secrétaire, fait son calcul : 8 milliards d’euros sur quatre ans dans un pays qui compte 8,8 millions de pauvres, « c’est 62 centimes par jour » et par personne. « Le plan cadeaux fiscaux c’est 600 000 euros par an en moyenne et par individu pour les plus fortunés. » Au Parti Communiste, Ian Brossat relève également que « la suppression de l’impôt sur la fortune, c’est 4 milliards chaque année ». Tandis qu’Adrien Quatennens, député LFI, estime qu’un plan pauvreté véritablement ambitieux aurait dû faire en sorte « que le RSA soit directement donné à ceux qui en ont le droit sans qu’il aient à faire des démarches ».

Ces annonces sont également à mettre en regard des choix budgétaires du gouvernement. Le désengagement massif de l’État de la politique de logement fera reculer le logement social au profit du logement privé à bas coût. La baisse des contrats aidés fragilise quant à elle des milliers d’associations, notamment dans le social. Le sous-investissement dans les universités laisse, avec l’entrée en vigueur de Parcoursup, au moins 3 000 bacheliers sans affectation. Tandis qu’Emmanuel Macron attire l’attention sur les 2 millions de jeunes sans travail ni formation, « qui deviennent des perdus de vue ». C’est dans le détail qu’il faudra donc analyser, mesure par mesure, les effets de ce plan pauvreté.

politis.fr

L'immigration tire-t-elle les salaires et l'emploi vers le bas ?

Pour alimenter la réflexion sur le rapport entre le niveau des salaires et l'immigration, un point sur les études réalisées. Sans oublier que ce sont les patrons qui décident du niveau des salaires. Non ?

Article complet en cliquant ICI.

 

Par Anthony Edo 

 

Manifestation anti raciste et pour l'accueil des immigrés en Allemagne (Crédits : © Wolfgang Rattay / Reuters) Questions à Anthony Edo, économiste au CEPII

L'idée selon laquelle l'immigration se traduit fatalement par une dégradation du marché du travail est-elle juste ?

Elle le serait si le facteur démographique (ici l'augmentation du nombre de travailleurs) était le seul déterminant du salaire moyen et de l'emploi. Si tel était le cas, en effet, l'arrivée de nouveaux travailleurs signifierait plus de concurrence entre tous et, par conséquent, l'emploi pris par les uns détruirait celui des autres. Mais le marché du travail n'est pas figé : la quantité de travail n'est pas une grandeur fixe à partager. Cette quantité peut varier, en l'occurrence augmenter, selon la capacité des entreprises à réagir à l'arrivée de nouveaux travailleurs : vont-elles adapter leur stock de capital et leur technique de production de façon à maintenir un niveau élevé de capital par travailleur, auquel cas la productivité de ces derniers sera au même niveau qu'avant le choc migratoire ? Tout dépend aussi de l'ampleur des effets induits de l'immigration : les immigrés ne sont pas seulement des travailleurs, ils consomment, entreprennent, innovent et participent ainsi à la création de richesses et exercent, en conséquence, des effets positifs sur la croissance, les salaires et l'emploi.

Pas simple ! Mais alors comment fait-on pour évaluer les effets de l'immigration sur les salaires et l'emploi ?

En effet, ce n'est pas simple. Par exemple, on pourrait se dire qu'il suffit d'évaluer si les zones géographiques où la présence immigrée a le plus augmenté sont aussi celles où le salaire moyen (ou l'emploi) a le plus augmenté ou baissé pour savoir si l'effet de l'immigration sur les salaires (l'emploi) est positif ou négatif. Mais ce serait considérer que les choix de résidence des immigrés sont indépendants des conditions économiques locales. Or, ils peuvent ne pas l'être. En effet si les immigrés sont plus enclins à s'installer dans les régions les plus dynamiques sur le plan économique, alors l'effet mesuré sur les salaires ou l'emploi pourrait refléter ce choix plutôt que l'effet de la présence immigrée.

Pour contourner cette difficulté, il est possible d'exploiter des épisodes historiques d'immigration soudaine, massive et non-anticipée. Dans ces cas particuliers, les choix de localisation des immigrés sont vraisemblablement moins connectés aux performances économiques du pays d'accueil. C'est ce que les économistes David Card, pour les États-Unis, et Jennifer Hunt, pour la France, ont fait. Le premier évalue les conséquences économiques de l'arrivée de plus de 125 000 réfugiés cubains à Miami en 1980. La seconde examine les conséquences du rapatriement d'environ 900 000 Français d'Algérie entre 1962 et 1968 (suite à l'indépendance de l'Algérie) sur l'emploi et les salaires des travailleurs résidant en métropole.

Quels sont les résultats de ces études ?

Les résultats de David Card indiquent que le choc migratoire n'a eu aucun effet sur le salaire et le taux d'emploi moyen de Miami. Ceux de Jennifer Hunt montrent qu'en moyenne le rapatriement des 900 000 Français d'Algérie a eu un effet négatif, bien que limité, sur l'emploi et les salaires des métropolitains. La principale conclusion de ces études est que l'immigration n'a pratiquement pas d'effets sur le salaire et l'emploi moyens des travailleurs. Des études plus récentes (théoriquement fondées et neutralisant les problèmes liés aux choix de localisation des immigrés), menées aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France, le confirment. Certaines d'entre elles montrent même que l'immigration a parfois des effets légèrement positifs sur le salaire moyen des natifs : les nouveaux arrivants dégraderaient plutôt les conditions d'emploi des précédentes vagues d'immigration et permettraient aux natifs de se réorienter vers des emplois plus rémunérateurs.

Donc peu d'effets sur le salaire ou l'emploi moyen. Mais est-ce le cas pour toutes les catégories de travailleurs ?

A priori, non. Ce qui se passe en moyenne peut effectivement masquer des effets différents selon les catégories de travailleurs. Tout dépend des caractéristiques des nouveaux entrants comparées à celles des natifs.

En théorie, l'arrivée de travailleurs immigrés devrait détériorer l'emploi et les salaires des travailleurs natifs qui possèdent les mêmes qualifications, car ils sont en concurrence sur le marché du travail. À l'inverse, elle devrait moins affecter, voire améliorer les conditions d'emplois de ceux dont les qualifications sont différentes : ces derniers vont en effet pouvoir se concentrer sur les tâches pour lesquelles ils sont les plus productifs. Ainsi, un afflux de travailleurs immigrés qualifiés devrait réduire le salaire des travailleurs natifs qualifiés et accroître celui des non qualifiés

En France, entre 1990 et 2010, la part des immigrés dans la population active est passée de 7 % à 10 %. Sur ces 10 %, en 2010, plus d'un quart (28 %) avaient un niveau d'éducation élevé (au moins 2 années d'études après le baccalauréat) alors qu'ils n'étaient que 10 % (des 7 %) en 1990. À l'inverse, la part des immigrés faiblement qualifiés (sans diplôme ou brevet des collèges) a chuté de 67 % à 39 % entre 1990 et 2010. Pendant cette période, l'immigration a donc surtout augmenté le nombre relatif de travailleurs qualifiés. De ce fait, entre 1990 et 2010, l'immigration en France a réduit le salaire des natifs qualifiés et augmenté légèrement celui des natifs faiblement qualifiés. L'immigration a ainsi redistribué la richesse des travailleurs qualifiés vers les travailleurs moins qualifiés et contribué à réduire les inégalités salariales. Pas forcément les effets mis en avant dans le débat public !

 

Propos recueillis par Isabelle Bensidoun & Jézabel Couppey-Soubeyran

< Pour aller plus loin

Edo A. [2016], « Migrations et mouvements de réfugiés : état des lieux et conséquences économiques », in CEPII L'économie mondiale 2017, La Découverte, « Repères », Paris.

Edo A. et Toubal F. [2014], « L'immigration en France, quelles réactions des salariés et de l'emploi ? », Lettre du CEPII, n° 347, septembre.

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