Economie

Janaillac viré par les salariés d'Air France !

Ainsi, le PDG d'Air France avait voulu court-circuiter les négociations entre patronat et syndicats en appelant à un référendum... Changer les règles du jeu pour faire taire la revendication salariale, voilà ce que proposent les premiers de cordée à la Macron : la loi quand ça les arrange et on se débrouille autrement sinon.

Et c'est une double défaite : Janaillac s'est fait court-circuiter à son tour.

Maintenant il faut satisfaire la revendication d'augmenter les salaires d'Air France de 5,1%, c'est la simple actualisation en fonction de la hausse du coût de la vie, alors que l'entreprise a fait 588 millions de bénéfices d'exploitation en 2017 !

La grève a fait perdre de l'argent à la compagnie ? Certes, si le patronat avait réfléchi dès le début, cela n'aurait pas eu lieu.

Le patronat n'est vraiment pas bon pour les entreprises.

 

Rappelons ci-dessous pourquoi le référendum dans ces conditions pose problème (à lire complet dans cette tribune parue dans le journal L'Humanité ICI):

« Référendum » à Air France : le sacre des hors-la-loi

 

Une tribune de Guillaume Gourgues, maître de conférences en science politique, Université de Franche-Comté et Jessica Sainty, maîtresse de conférences en science politique, Université d’Avignon

Depuis le 26 avril, et jusqu’au 4 mai, les 46 771 salariés d’Air France sont invités à s’exprimer, via un vote en ligne, sur la question suivante : « Pour permettre une issue positive au conflit en cours, êtes-vous favorable à l’accord salarial proposé le 16 avril 2018 ? ». Jean-Marc Janaillac, P-D.G. d’Air France-KLM, a voulu cette « consultation », aux airs de référendum, pour contourner l’intersyndicale des pilotes de la compagnie et son refus d’accepter le dit accord, et de désavouer par là-même la grève.

La communication du P-D.G. d’Air France, soutenue par le premier ministre en personne, se présente avec tous les aspects de l’évidence et du bons sens : dans un contexte de crise et de concurrence féroce dans le secteur du transport aérien, les pilotes, « enfants gâtés » et nostalgiques d’un corporatisme perdu, auraient basculé dans un jusqu’au-boutisme nuisible à l’entreprise, tant leurs revendications sont irréalistes et leur grève coûteuse (son coût est actuellement l’objet d’un concours de surenchère). Rendre la parole à la majorité des salariés, forcément non solidaires des pilotes, puisque non-grévistes, est une manière de se libérer de la « prise d’otage » syndicale.

Qu’il nous soit permis d’apporter quelques bémols à cette communication savamment orchestrée.

Primo, rappelons que l’argument du « contexte » et de la « crise » avait déjà été utilisé lors d’un référendum chez Air France… en 1994 ! La stratégie du P-D.G de l’époque, Christian Blanc, s’était d’ailleurs avérée payante, puisqu’une majorité de salariés avaient accepté de renoncer à de nombreux acquis sociaux – d’où le nom de « référendum abdicatif » donné alors à ce scrutin. Sur fond de libéralisation et de concurrence avec l’Allemagne, ce vote avait été salué par ceux qui considéraient déjà que les salariés devaient consentir à des sacrifices pour le bien de l’entreprise. Vingt-cinq ans plus tard, les passionarias du sacrifice (celui des autres, cela va sans dire) sont encore là, à réclamer toujours plus de privations et de baisses de prétentions salariales.

Secundo, cet appel à la « libre expression » des salariés ne doit tromper personne. Comme dans de nombreux référendums abdicatifs d’origine patronale, ce vote se tient sous la menace : s’il est désavoué,  M. Janaillac partira. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a jugé cette posture « courageuse », alimentant lui aussi la menace en arguant qu’une « entreprise qui verrait son patron partir ainsi ne serait pas dans les meilleures conditions pour affronter la suite ». La liberté d’expression est donc ici mise sous la tutelle du chantage patronal et gouvernemental, privant les salariés du groupe d’un climat serein qui serait nécessaire pour voter en son âme et conscience sur le contenu de l’accord négocié.

Tertio, l’opposition systématique entre minorité syndicale et majorité silencieuse est un mythe. Lors du seul référendum d’entreprise tenu depuis le vote de la loi El Khomri, au sein de RTE, les salariés ont massivement rejeté un accord auquel les syndicats majoritaires s’opposaient également (1) Ce refus fait écho à celui qu’ont opposé nombre d’ouvriers des usines Fiat au même type de procédé, en 2010 et 2011, pourtant sous le coup d’une menace de fermeture en cas de rejet de l’accord (2) Pour nombre de salariés, être non-gréviste ne signifie pas qu’ils sont en désaccord avec les mots d’ordre de la grève ou avec ceux qui ont encore les moyens de construire des rapports de force, légaux et encadrés par le droit, dans les entreprises.   

La direction d’Air France choisit donc de sortir du cadre légal de la négociation salariale, en se livrant à une consultation, poliment qualifiée « d’extra-légale », mais qui, de fait, méprise les règles de ce qu’il reste de la démocratie sociale. Les promoteurs de la loi El-Kohmri avait juré, la main sur le cœur, que le référendum d’entreprise resterait à l’initiative des syndicats, et que les directions ne pourraient y avoir recours. Mais après les ordonnances travail, la tentation de se doter de procédures consultatives sur mesure, marginalisant les organisations syndicales, est trop forte pour une partie du patronat.  

La tolérance que suscite cette désinvolture juridique a de quoi surprendre : où sont passés les sentences martiales sur l’état de droit qui justifiaient l’expulsion sans ménagement des zadistes de Notre-Dame-desLandes ? Pourquoi ne pas rappeler M. Janaillac au respect du droit du travail, dont on nous avait expliqué il y a quelques mois qu’il était enfin à la mesure des ambitions du patronat ? Pourquoi continuer de gloser sur la légalité de la grève et les soit-disantes « prises d’otages » – propos d’autant plus indécents qu’ils nécessitent de rappeler systématiquement la constitutionnalité du droit de grève et des libertés syndicales ? Comme le Premier ministre, nous ne sommes pas salariés d’Air France, nous ne connaissons que très partiellement la situation de celles et ceux qui travaillent dans l’entreprise, et nous n’avons aucune leçon à leur donner. Mais nous nous permettons de leur adresser un message : cette consultation est bien un chantage, qui reflète un climat d’affaiblissement plus large des capacités de défense des salariés. Voter non à cet accord est possible et se justifie.

Quelle que soit l’issue de la consultation, les enseignements que nous en tirons d’ores et déjà dépassent largement le cas d’Air France : les « enfants gâtés » du patronat, soutenus par les élites politiques, sont bel et bien entrés dans un contournement conscient, public et assumé des capacités de résistance et de négociation des salariés

(1) « Les salariés de RTE refusent massivement un accord temps de travail que la direction tentait d'imposer par un référendum », L’Humanité, 30 mars 2017.

(2) Nous renvoyons sur ce point à ce que nous écrivions il y a trois ans déjà : « Prendre le chantage de Smart au sérieux », L’Humanité, 18 décembre 2015.

La double peine des femmes au chômage, moins visibles et moins indemnisées que les hommes

 

par Nolwenn Weiler, Rachel Knaebel

 

Le gouvernement prévoit une nouvelle réforme de l’assurance chômage pour le printemps. Celle-ci va-t-elle pénaliser encore davantage les femmes ? Bien qu’étant en grande partie actives, ces dernières sont toujours en première ligne des temps partiels contraints, des salaires au rabais et des emplois précaires. Résultat : une fois au chômage, elle perçoivent des allocations près de 20% plus faibles, en moyenne, que les hommes. Soit 868 euros par mois... Et peinent à retrouver du travail dès que l’âge fatidique est atteint : « Quand on a plus de 50 ans, c’est mort pour retrouver du travail », témoignent-elles. Analyse d’une inégalité.

Christine, 53 ans, est auxiliaire de vie pour personnes âgées depuis quinze ans. Payée en « chèque emploi-service universel » (Cesu), par les particuliers chez lesquelles elle travaille, elle trouve que son métier ressemble plus à celui d’une infirmière que d’une aide ménagère : « Je fais le ménage, mais aussi les toilettes des personnes âgées. Je les aide aussi à se lever... » Un jour, il y a cinq ans, un de ses employeurs décède. Puis, Christine se blesse au travail, et tombe malade. Reconnue inapte par la médecine du travail, ses employeurs ont dû la licencier.

Mais Pôle emploi refuse d’abord de l’indemniser. « Depuis quatre ans, c’est toujours la même chose : "On ne peut rien faire pour vous, il manque un papier"... » Son travail d’aide à la personne, avec des horaires fragmentés et plusieurs employeurs, assorti de contrats ultra-précaires comme les Cesu, est un emploi typiquement féminin. Christine, veuve, vit en région parisienne et élève seule un enfant de dix ans.

« C’est plus difficile pour les femmes, bien-sûr, estime Joëlle Moreau, porte-parole de l’association Agir ensemble contre le chômage (AC !). Tous les emplois dégradés sont pour elles : par exemple dans le nettoyage ou le secteur de l’aide à la personne, où l’on trouve principalement des CDD, des contrats précaires, des temps partiels. De plus les femmes mènent souvent plusieurs vies, comme lorsqu’elles sont mères célibataires. »

Un chômage des femmes invisible

Si le taux de chômage des femmes est aujourd’hui légèrement inférieur à celui des hommes (9,9 % contre 10,2 % en 2016), ces chiffres cachent des inégalités dans l’accès à l’emploi. Sur la tranche d’âge des 30-39 ans, le taux de chômage des femmes est ainsi supérieur à celui des hommes (10,2 % pour les femmes âgées de 30 à 39 ans contre 9,2 % pour les hommes). Et elles sont sur-représentées dans les catégories B et C du chômage : celles des personnes recherchant un emploi mais qui ont travaillé un nombre réduit d’heures le mois précédent. Ces personnes ne sont pas comptabilisées dans le le taux de chômage officiel, annoncé chaque mois. Or, au sein de ces catégories B et C du chômage, on dénombre, en décembre 2017, 1,2 million de femmes et 959 000 hommes [1]. C’est dans la catégorie A (personnes sans aucune activité) que les femmes sont, légèrement, moins nombreuses : 1,6 million de femmes contre 1,7 million d’hommes.

Par ailleurs, les personnes qui cherchent un emploi mais ne sont pas immédiatement disponibles, et celles qui ne sont pas considérées comme recherchant un emploi activement, ne sont pas comptabilisées comme étant au chômage [2]. La définition institutionnelle du chômage, qui classe comme chômeurs les personnes souhaitant travailler et disponibles rapidement, rend ainsi invisible le chômage réel ou la précarité subie des femmes, bien plus nombreuses à devoir s’occuper seules d’enfants.

Les découragées, les indisponibles ou les sous-employées

« Pour celles qui ont des enfants, ce critère pose la question de la disponibilité du mode de garde et de son coût, précise l’économiste Séverine Lemière, maitresse de conférences à l’IUT Paris Descartes [3] La question du désir ou non de travailler est aussi à prendre avec beaucoup de pincettes, surtout pour les femmes, insiste-elle. Quand on ne dispose pas de moyen de garde pour ses enfants, ou que son coût dépasse les revenus du travail, la question du souhait de travailler ne se pose pas de la même manière. Le non emploi des femmes est aussi davantage accepté socialement que celui des hommes. » La société considère qu’elles auront toujours de quoi s’occuper à la maison. « Rendre le non-emploi plus visible par d’autres indicateurs que ceux du chômage, et prendre en compte les personnes qui ne sont pas immédiatement disponibles pour travailler, est très compliqué politiquement : cela ferait exploser les chiffres ! », avance l’économiste.

Les femmes sont aussi largement plus concernées que les hommes par le sous-emploi, qui réunit notamment les personnes en temps-partiel subis. En 2015, 1,7 million de personnes étaient en situation de sous-emploi, dont 1,2 million de femmes contre moitié moins d’hommes. Le taux global de chômage masque d’autres variables, relève la sociologue Margaret Maruani, auteure de Travail et emploi des femmes, publié par les éditions La Découverte en 2017. « Plus on s’éloigne du chômage officiel pour aller vers le chômage de l’ombre – les découragés, les indisponibles ou en sous-emploi – plus on trouve de femmes », résume-t-elle.

Salaires inférieurs aux hommes et temps partiel imposé

En 2016, près d’une femme sur trois travaillant étaient à temps partiel, contre seulement 8,2 % des hommes [4] Les femmes occupent le gros des emplois fragmentés, telle l’activité d’auxiliaire de vie de Christine, payés en Cesu. Et qui permettent rarement d’arriver à un temps plein. Ce sont encore elles qui supportent la plupart du travail domestique et de l’éducation des enfants. 26 % des femmes qui sont à temps partiel ont officiellement fait ce « choix » pour s’occuper de leurs enfants, contre 6 % des hommes.

Pénalisées par leur surcharge de travail domestique non rémunéré, les femmes le sont aussi par les inégalités de salaires qui persistent. Tous temps de travail confondus, les femmes touchent au total un salaire un quart inférieur – 25,7 % exactement – à celui des hommes. À temps complet, les femmes touchent 16,3 % de moins que les hommes. À poste et expérience équivalents, les femmes perçoivent toujours 12,8 % de moins que leurs collègues masculins.

À revenus et taux d’emploi inférieur, les indemnités de chômage sont, en toute logique, elles aussi inférieures : quand elles sont indemnisées par l’assurance chômage, les femmes touchent en moyenne 200 euros de moins que les hommes. Le montant moyen net d’indemnisation mensuelle est très significativement plus élevé pour les hommes (1074 euros) que pour les femmes (868 euros), notamment en raison d’un moindre recours au temps partiel et d’un salaire moyen plus élevé pour les hommes, relève l’Insee.

« Tout ferme : services publics, collèges, centres de soins hospitaliers »

« Elles ont par ailleurs plus difficultés à se reclasser, ajoute Joëlle Moreau, de l’association « AC ! ». Car dans les secteurs plus féminins, il y a de moins en moins d’emplois. Comme sur les caisses de supermarché, où vous avez désormais des caisses automatiques, avec une seule personne pour les surveiller. Il y a de moins en moins d’emplois où les femmes peuvent s’insérer et elles sont de plus en plus en concurrence avec les hommes. Pour les femmes qui arrivent à 45-50 ans, c’est encore plus difficile. »

Une autre Christine, 58 ans, a travaillé depuis l’âge de 16 ans, comme vendeuse, en boulangerie, en porte-à-porte, ainsi que dans dans le nettoyage. Elle s’est aussi occupé de ses enfants. Aujourd’hui en recherche d’emploi – non indemnisée – depuis des années dans l’est de la France, elle a effectué plusieurs stages avant d’intégrer sur concours une formation « responsable d’atelier de production horticole ». « Diplôme obtenu, je n’ai pas pu trouver d’emploi. Il n’en existe quasiment plus dans ma région. Tout ferme : services publics, collèges, centres de soins hospitaliers... À presque 59 ans, je ne me fais guère d’illusions. Je touche donc le RSA, sauf durant les périodes de formation, où je touche une rémunération. »

« Quand on a plus de 50 ans, c’est mort pour retrouver du travail »

« Quand on a plus de 50 ans, c’est mort pour retrouver du travail, tranche Nadine Hourmant, délégué syndicale FO chez Doux, le volailler qui avait licencié un millier de personnes en 2012. Physiquement, on ne tient plus la marée. Les cadences sont telles, dans tous les métiers, qu’on est pas assez productives. » La formation, tant vantée par l’actuel gouvernement, ne résout pas tout. « L’une des mes anciennes collègues a passé son permis poids lourd, dit Nadine Hourmant. Mais elle ne trouve pas de boulot. Pensez-vous, une femme au volant d’un camion. »

« Les agents de Pôle emploi ne peuvent pas inventer des emplois qui n’existent pas, juge Joëlle Moreau. Mais avant que Nicolas Sarkozy ne supprime la mesure, en décembre 2012, les chômeurs de plus de 55 ans étaient dispensés de recherche d’emploi. Nous demandons que cela soit mis à nouveau en place. » Autre suggestion : la prise en charge de la spécificité du chômage féminin par des politiques publiques spécifiques, à l’image de celles qui sont menées en faveur des jeunes.

Rachel Knaebel et Nolwenn Weiler

Notes

[1] Voir ici.

[2] Voir la définition du chômage par l’Insee ici.

[3] Séverine Lemière est également membre du réseau de recherche Mage (Marché du travail et Genre).

[4] Source : Secrétariat d’État chargé de l’Égalité, chiffres 2017. Voir ici.

"Les impôts vont baisser de 2 milliards d’euros en 2018" : l’enfumage de Bruno Le Maire

 

Par Emmanuel Lévy et Thomas Vampouille

Dans une vidéo adressée ce mercredi 24 janvier à l’éditorialiste Éric Brunet sur Twitter, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire promet aux Français deux milliards de baisse d’impôts en 2018. Mais la méthode de calcul de Bercy est contestable à plusieurs titres…

"Les impôts vont bien baisser en 2018". Droit dans ses bottes, Bruno Le Maire a pris la peine ce mercredi 24 janvier de répondre, dans une courte vidéo sur Twitter, à l’éditorialiste de RMC Éric Brunet, qui avait interpellé l’exécutif avec cette question : "Est-ce que Macron nous a menti quand il nous a dit qu’il allait baisser les impôts ?". Et le ministre de l’Économie et des Finances de brandir ce chiffre à l’appui : "Ils vont baisser très précisément de 2 milliards d’euros" (et de "5,5 milliards d’euros en année pleine). [1] Ce qui est loin d’être établi… Explications.

La savante confusion entretenue par le gouvernement

D’abord, le gouvernement parle-t-il vraiment de baisse des impôts ou bien de hausse du pouvoir d’achat ? La différence peut paraître subtile mais elle est fondamentale : quand on parle de pouvoir d’achat, on prend en compte non seulement l’évolution des impôts, mais aussi celle des prestations sociales, du coût de la vie, voire des changements d’habitudes escomptés. Or, pour arriver à son calcul, le gouvernement a déjà admis, par la voix de son porte-parole Benjamin Griveaux le 20 décembre, tenir compte de changements de comportements qu’il espère. "La fiscalité indirecte sur le tabac et sur le diesel a pour vocation de changer les comportements", a ainsi détaillé le techno. Argument imparable : l’État augmente les taxes mais si les Français fument moins et bazardent leur voiture diesel, ils gagneront du pouvoir d’achat. CQFD. C’est comme si Bercy augmentait la TVA mais calculait que les Français feraient par conséquent moins de courses et que donc, ils gagneraient du pouvoir d’achat au bout du compte ! C’est donc déjà en pariant sur ces changements d’habitudes que l’exécutif promet aux Français 2 milliards de pouvoir d’achat en plus, puis 5,5 milliards l’an prochain en année pleine. En les faisant passer discretos pour des baisses nettes d’impôt... Abracadabra !

Le calcul bien moins optimiste de l’OFCE

Même sur le résultat de ses calculs, le gouvernement est contesté : trop optimistes. D’après ceux de l’OFCE, au contraire, les mesures du budget voté promettent de s’avérer dans leur ensemble "quasiment neutres sur le pouvoir d’achat global des ménages en moyenne en 2018". Concrètement, il s’agirait de 200 millions d’euros de hausse, autant dire pas grand-chose. En revanche, pour ce qui est des impôts, l’organisme table plutôt sur… une hausse nette de 1,6 milliard d’euros.

Deux milliards de baisse d’impôt, oui… mais pour les ultra-riches !

Autre chose que masque l’écran de fumée de Bruno Le Maire : les baisses de cotisations et de la taxe d’habitation dont il argue ne sont pas, comme il l’affirme, les "deux mesures principales" de la loi de Finances votée pour 2018. La plus grosse baisse d’impôt de l’année est ailleurs : c’est la transformation de l’impôt sur la fortune (ISF) en super taxe sur l’immobilier. Avec un chèque net de 3,2 milliards d’euros, ce dispositif est le plus puissant du budget. Mais il ne concerne que ceux qui le payent, c’est-à-dire les plus fortunés des Français, soit 1% seulement des ménages (environ 340.000 foyers). Fait amusant : dans un rapport que publiera justement ce jeudi le Conseil des prélèvements obligatoires, figure en annexe un rapport dit "particulier", commandé à une inspectrice générale des finances et à un économiste de France Stratégie. Les deux auteurs ont établi une intéressante décomposition de qui économise quoi parmi ces riches bienheureux. Un niveau de détail qui donne à voir qui sont les véritables gagnants. Et c’est là qu’on peut trouver 2 milliards d’euros de baisse nette d’impôt : c’est la galette partagée… entre 34.000 ménages anciennement soumis à l’impôt sur la fortune ! Soit 0,1% des Français.

Les plus attentifs auront noté que, curieusement, le ministre en a bien rabattu sur les chiffres brandis il y a à peine un mois par son propre gouvernement. À l’issue du Conseil des ministres du 20 décembre, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux promet en effet "une baisse d’impôt pour les ménages de 5,5 milliards d’euros pour 2018". Réponse à une note de l’Insee qui calcule que le budget 2018 va "augmenter les prélèvements obligatoires sur les ménages d’environ 4,5 milliards d’euros".

marianne.net

 

[1] 5 milliards ou 2 milliards, faudrait savoir !

 

Le technicien de l’enfumage

Bruno Le Maire tient donc compte d’un élément passé sous silence par son collègue : les deux mesures qu’il cite, à savoir "la baisse de la taxe d’habitation et la baisse des charges et des cotisations sur les salaires", ne produiront pas leur plein effet cette année. Ainsi, la baisse des cotisations salariales est prévue en deux temps : -2,2 points depuis le 1er janvier, -0,75 à venir en octobre. Tandis qu’en face, l’augmentation parallèle d’1,7 point de la CSG, elle, est pleinement effective depuis le début de l’année. Quant à la baisse de la taxe d’habitation pour 80 % de ceux qui la paient, elle n’interviendra pas non plus avant la fin d’année. D’où cette précision de Bruno Le Maire dans sa vidéo : "2 milliards d’euros cette année" d’impôts en moins puis, "dès 2019, ce sera 5,5 milliards d’euros". En année pleine.

CSG. Injustice fiscale rime avec injustice sociale

 

La ministre du Travail vient de déclarer que « l’argent ne tombe pas du ciel, il faut faire un choix », pour expliquer les sacrifices imposés aux retraités. Non, l’argent « tombe » du travail passé et présent. Mais où va-t-il ? Car jamais l’injustice fiscale n’a été aussi flagrante. Jamais les inégalités sociales n’ont été aussi dramatiques.

En France, 700 milliards d’euros échappent aux prélèvements fiscaux, 80 milliards de plus s’y ajoutent chaque année. Au niveau mondial, Gabriel Zulman a établi scientifiquement dans son ouvrage « La richesse cachée des nations » que l’évasion représentait 10 à 12% de la richesse mondiale.

Sans cette fraude fiscale, il n’y aurait pas de dette, ni de déficit public, ni de trou de la Sécurité sociale. Cette question est donc centrale pour quiconque veut penser une société plus respectueuse de ceux qui produisent vraiment les richesses dans notre pays.

Où va l'argent produit par le travail ?

C’est vrai en France, c’est aussi vrai dans le monde. « En 2015, 62 personnes possédaient à elles seules les mêmes richesses que 3,5 milliards de personnes (soit la moitié la plus pauvre de l'humanité), contre 388 personnes en 2010 », révélait le rapport de l’ONG Oxfam sur les inégalités dans le monde. Depuis 2015, les 1% les plus riches détiennent autant de richesses que le reste de la planète.

« Maintenant, un bus suffit pour rassembler les milliardaires qui possèdent la moitié des richesses mondiales », ironise l’économiste américain Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie. Cette accumulation phénoménale de richesses explique le creusement des inégalités sans précédent dans le monde depuis un siècle.

Une usine à produire d'immenses inégalités

En France, les 1% les plus riches détiennent 25% des richesses nationales. En 2016, 21 milliardaires possédaient à eux seuls autant que les 40% des personnes les plus pauvres. C’est pourtant dans cette situation intolérable que le gouvernement Macron a décidé de réduire l’Impôt sur la fortune et que la droite au Sénat l’a carrément supprimé !

Alors que selon l’Insee et la Fondation Abbé Pierre, 9 millions de Français vivent avec moins de 1 015€ par mois. En 10 ans, notre pays a vu le nombre de pauvres croître de 600 000 et compte 143 000 SDF, alors que 40% des personnes éligibles au RSA ne le réclament pas.

Ces chiffres éloquents donnent cependant la clé des transformations à opérer : dénoncer les nombreuses façons qu’ont les grandes sociétés d’échapper à l’impôt, exiger que la lutte contre l’évasion fiscale soit résolument menée en toute transparence, limiter de façon drastique les exonérations et les possibilités d’optimisation fiscale aménagées par les gouvernements depuis plus de trente ans.

Le 15 mars nous défilerons aussi contre l’injustice fiscale.

Pascal Santoni

"Qu’est-ce que le néolibéralisme ? Un programme de destruction des structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur" Pierre Bourdieu.

Les effets de la hausse de la CSG, c’est maintenant

 

Les retraités constatent ce mois-ci l’amputation de leurs revenus par la hausse de la CSG. L’adoption de cette mesure ne doit pas entamer notre détermination à la rejeter. Neuf organisations de retraités s’adressent aux députés. L’économiste Henri Sterdyniak démonte les arguments d’Emmanuel Macron.

Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE et membre des « Economistes atterrés »  notait avant l'adoption de la mesure : « Bizarrement, Emmanuel Macron prétend que les prestations chômage qui couvriront tous les actifs deviendront de ce fait une prestation universelle. C’est une interprétation erronée(…) les prestations chômage, retraite ou maladie de remplacement restent des prestations d’assurance sociale. Cet argument est utilisé pour justifier de remplacer les cotisations chômage (et maladie) des salariés, soit 3,15 points par 1,7 point de CSG. Le projet d’Emmanuel Macron brise toute logique sociale et soulève de nombreux problèmes ».

Des effets durables. Une hausse à répétition ?

L’économiste confirmait qu’« alors que les salariés profiteraient d’une hausse de 1,8% de pouvoir d’achat, les retraités subiraient une perte de pouvoir d’achat de 1,85%, alors qu’ils ne bénéficient pas depuis trop longtemps de revalorisation des pensions quelle que soit l’évolution des salaires. La réforme réduirait immédiatement le taux de remplacement net des retraites de 72% à 69,5% alors que celui-ci est déjà sur une pente descendante du fait des réformes en cours. Cette baisse ne s’inscrit pas dans une réflexion d’ensemble sur l’évolution souhaitable du niveau de vie relatif des retraités. Elle fragilise encore la garantie de niveau de vie que devrait apporter le système des retraites puisqu’une mesure analogue pourrait être prise demain pour les cotisations familles et santé ».

Ce risque est déjà accru par la décision d'Emmanuel Macron d’accorder des indemnités de chômage aux démissionnaires et non plus aux seuls travailleurs licenciés. Il fait cela pour pousser des gens à devenir auto-entrepreneurs. Un chômeur qui se lancerait dans ce secteur précaire resterait inscrit au chômage plus longtemps. Voilà pourquoi le coût de ce changement pourrait dépasser 8 milliards d’euros la première année et coûter 3,5 milliards de plus à l’Unedic chaque année. Macron voudra-t-il alors imposer de nouvelles hausses de la CSG aux retraités ?

Les retraités sont-ils prêts à se laisser faire ? En se regroupant dans les syndicats, ils auront d’autant plus de chance de se faire entendre. L’enjeu est d’importance, l’UCR-CGT est présente sur ce terrain.

Gérard Le Puill

Les neuf organisations de retraités s’adressent au président de la République et appellent leurs organisations à faire signer massivement les cartes de vœux à l’intention d’Emmanuel Macron et à les déposer dans toutes les Préfectures.

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