Economie

La double peine des femmes au chômage, moins visibles et moins indemnisées que les hommes

 

par Nolwenn Weiler, Rachel Knaebel

 

Le gouvernement prévoit une nouvelle réforme de l’assurance chômage pour le printemps. Celle-ci va-t-elle pénaliser encore davantage les femmes ? Bien qu’étant en grande partie actives, ces dernières sont toujours en première ligne des temps partiels contraints, des salaires au rabais et des emplois précaires. Résultat : une fois au chômage, elle perçoivent des allocations près de 20% plus faibles, en moyenne, que les hommes. Soit 868 euros par mois... Et peinent à retrouver du travail dès que l’âge fatidique est atteint : « Quand on a plus de 50 ans, c’est mort pour retrouver du travail », témoignent-elles. Analyse d’une inégalité.

Christine, 53 ans, est auxiliaire de vie pour personnes âgées depuis quinze ans. Payée en « chèque emploi-service universel » (Cesu), par les particuliers chez lesquelles elle travaille, elle trouve que son métier ressemble plus à celui d’une infirmière que d’une aide ménagère : « Je fais le ménage, mais aussi les toilettes des personnes âgées. Je les aide aussi à se lever... » Un jour, il y a cinq ans, un de ses employeurs décède. Puis, Christine se blesse au travail, et tombe malade. Reconnue inapte par la médecine du travail, ses employeurs ont dû la licencier.

Mais Pôle emploi refuse d’abord de l’indemniser. « Depuis quatre ans, c’est toujours la même chose : "On ne peut rien faire pour vous, il manque un papier"... » Son travail d’aide à la personne, avec des horaires fragmentés et plusieurs employeurs, assorti de contrats ultra-précaires comme les Cesu, est un emploi typiquement féminin. Christine, veuve, vit en région parisienne et élève seule un enfant de dix ans.

« C’est plus difficile pour les femmes, bien-sûr, estime Joëlle Moreau, porte-parole de l’association Agir ensemble contre le chômage (AC !). Tous les emplois dégradés sont pour elles : par exemple dans le nettoyage ou le secteur de l’aide à la personne, où l’on trouve principalement des CDD, des contrats précaires, des temps partiels. De plus les femmes mènent souvent plusieurs vies, comme lorsqu’elles sont mères célibataires. »

Un chômage des femmes invisible

Si le taux de chômage des femmes est aujourd’hui légèrement inférieur à celui des hommes (9,9 % contre 10,2 % en 2016), ces chiffres cachent des inégalités dans l’accès à l’emploi. Sur la tranche d’âge des 30-39 ans, le taux de chômage des femmes est ainsi supérieur à celui des hommes (10,2 % pour les femmes âgées de 30 à 39 ans contre 9,2 % pour les hommes). Et elles sont sur-représentées dans les catégories B et C du chômage : celles des personnes recherchant un emploi mais qui ont travaillé un nombre réduit d’heures le mois précédent. Ces personnes ne sont pas comptabilisées dans le le taux de chômage officiel, annoncé chaque mois. Or, au sein de ces catégories B et C du chômage, on dénombre, en décembre 2017, 1,2 million de femmes et 959 000 hommes [1]. C’est dans la catégorie A (personnes sans aucune activité) que les femmes sont, légèrement, moins nombreuses : 1,6 million de femmes contre 1,7 million d’hommes.

Par ailleurs, les personnes qui cherchent un emploi mais ne sont pas immédiatement disponibles, et celles qui ne sont pas considérées comme recherchant un emploi activement, ne sont pas comptabilisées comme étant au chômage [2]. La définition institutionnelle du chômage, qui classe comme chômeurs les personnes souhaitant travailler et disponibles rapidement, rend ainsi invisible le chômage réel ou la précarité subie des femmes, bien plus nombreuses à devoir s’occuper seules d’enfants.

Les découragées, les indisponibles ou les sous-employées

« Pour celles qui ont des enfants, ce critère pose la question de la disponibilité du mode de garde et de son coût, précise l’économiste Séverine Lemière, maitresse de conférences à l’IUT Paris Descartes [3] La question du désir ou non de travailler est aussi à prendre avec beaucoup de pincettes, surtout pour les femmes, insiste-elle. Quand on ne dispose pas de moyen de garde pour ses enfants, ou que son coût dépasse les revenus du travail, la question du souhait de travailler ne se pose pas de la même manière. Le non emploi des femmes est aussi davantage accepté socialement que celui des hommes. » La société considère qu’elles auront toujours de quoi s’occuper à la maison. « Rendre le non-emploi plus visible par d’autres indicateurs que ceux du chômage, et prendre en compte les personnes qui ne sont pas immédiatement disponibles pour travailler, est très compliqué politiquement : cela ferait exploser les chiffres ! », avance l’économiste.

Les femmes sont aussi largement plus concernées que les hommes par le sous-emploi, qui réunit notamment les personnes en temps-partiel subis. En 2015, 1,7 million de personnes étaient en situation de sous-emploi, dont 1,2 million de femmes contre moitié moins d’hommes. Le taux global de chômage masque d’autres variables, relève la sociologue Margaret Maruani, auteure de Travail et emploi des femmes, publié par les éditions La Découverte en 2017. « Plus on s’éloigne du chômage officiel pour aller vers le chômage de l’ombre – les découragés, les indisponibles ou en sous-emploi – plus on trouve de femmes », résume-t-elle.

Salaires inférieurs aux hommes et temps partiel imposé

En 2016, près d’une femme sur trois travaillant étaient à temps partiel, contre seulement 8,2 % des hommes [4] Les femmes occupent le gros des emplois fragmentés, telle l’activité d’auxiliaire de vie de Christine, payés en Cesu. Et qui permettent rarement d’arriver à un temps plein. Ce sont encore elles qui supportent la plupart du travail domestique et de l’éducation des enfants. 26 % des femmes qui sont à temps partiel ont officiellement fait ce « choix » pour s’occuper de leurs enfants, contre 6 % des hommes.

Pénalisées par leur surcharge de travail domestique non rémunéré, les femmes le sont aussi par les inégalités de salaires qui persistent. Tous temps de travail confondus, les femmes touchent au total un salaire un quart inférieur – 25,7 % exactement – à celui des hommes. À temps complet, les femmes touchent 16,3 % de moins que les hommes. À poste et expérience équivalents, les femmes perçoivent toujours 12,8 % de moins que leurs collègues masculins.

À revenus et taux d’emploi inférieur, les indemnités de chômage sont, en toute logique, elles aussi inférieures : quand elles sont indemnisées par l’assurance chômage, les femmes touchent en moyenne 200 euros de moins que les hommes. Le montant moyen net d’indemnisation mensuelle est très significativement plus élevé pour les hommes (1074 euros) que pour les femmes (868 euros), notamment en raison d’un moindre recours au temps partiel et d’un salaire moyen plus élevé pour les hommes, relève l’Insee.

« Tout ferme : services publics, collèges, centres de soins hospitaliers »

« Elles ont par ailleurs plus difficultés à se reclasser, ajoute Joëlle Moreau, de l’association « AC ! ». Car dans les secteurs plus féminins, il y a de moins en moins d’emplois. Comme sur les caisses de supermarché, où vous avez désormais des caisses automatiques, avec une seule personne pour les surveiller. Il y a de moins en moins d’emplois où les femmes peuvent s’insérer et elles sont de plus en plus en concurrence avec les hommes. Pour les femmes qui arrivent à 45-50 ans, c’est encore plus difficile. »

Une autre Christine, 58 ans, a travaillé depuis l’âge de 16 ans, comme vendeuse, en boulangerie, en porte-à-porte, ainsi que dans dans le nettoyage. Elle s’est aussi occupé de ses enfants. Aujourd’hui en recherche d’emploi – non indemnisée – depuis des années dans l’est de la France, elle a effectué plusieurs stages avant d’intégrer sur concours une formation « responsable d’atelier de production horticole ». « Diplôme obtenu, je n’ai pas pu trouver d’emploi. Il n’en existe quasiment plus dans ma région. Tout ferme : services publics, collèges, centres de soins hospitaliers... À presque 59 ans, je ne me fais guère d’illusions. Je touche donc le RSA, sauf durant les périodes de formation, où je touche une rémunération. »

« Quand on a plus de 50 ans, c’est mort pour retrouver du travail »

« Quand on a plus de 50 ans, c’est mort pour retrouver du travail, tranche Nadine Hourmant, délégué syndicale FO chez Doux, le volailler qui avait licencié un millier de personnes en 2012. Physiquement, on ne tient plus la marée. Les cadences sont telles, dans tous les métiers, qu’on est pas assez productives. » La formation, tant vantée par l’actuel gouvernement, ne résout pas tout. « L’une des mes anciennes collègues a passé son permis poids lourd, dit Nadine Hourmant. Mais elle ne trouve pas de boulot. Pensez-vous, une femme au volant d’un camion. »

« Les agents de Pôle emploi ne peuvent pas inventer des emplois qui n’existent pas, juge Joëlle Moreau. Mais avant que Nicolas Sarkozy ne supprime la mesure, en décembre 2012, les chômeurs de plus de 55 ans étaient dispensés de recherche d’emploi. Nous demandons que cela soit mis à nouveau en place. » Autre suggestion : la prise en charge de la spécificité du chômage féminin par des politiques publiques spécifiques, à l’image de celles qui sont menées en faveur des jeunes.

Rachel Knaebel et Nolwenn Weiler

Notes

[1] Voir ici.

[2] Voir la définition du chômage par l’Insee ici.

[3] Séverine Lemière est également membre du réseau de recherche Mage (Marché du travail et Genre).

[4] Source : Secrétariat d’État chargé de l’Égalité, chiffres 2017. Voir ici.

CSG. Injustice fiscale rime avec injustice sociale

 

La ministre du Travail vient de déclarer que « l’argent ne tombe pas du ciel, il faut faire un choix », pour expliquer les sacrifices imposés aux retraités. Non, l’argent « tombe » du travail passé et présent. Mais où va-t-il ? Car jamais l’injustice fiscale n’a été aussi flagrante. Jamais les inégalités sociales n’ont été aussi dramatiques.

En France, 700 milliards d’euros échappent aux prélèvements fiscaux, 80 milliards de plus s’y ajoutent chaque année. Au niveau mondial, Gabriel Zulman a établi scientifiquement dans son ouvrage « La richesse cachée des nations » que l’évasion représentait 10 à 12% de la richesse mondiale.

Sans cette fraude fiscale, il n’y aurait pas de dette, ni de déficit public, ni de trou de la Sécurité sociale. Cette question est donc centrale pour quiconque veut penser une société plus respectueuse de ceux qui produisent vraiment les richesses dans notre pays.

Où va l'argent produit par le travail ?

C’est vrai en France, c’est aussi vrai dans le monde. « En 2015, 62 personnes possédaient à elles seules les mêmes richesses que 3,5 milliards de personnes (soit la moitié la plus pauvre de l'humanité), contre 388 personnes en 2010 », révélait le rapport de l’ONG Oxfam sur les inégalités dans le monde. Depuis 2015, les 1% les plus riches détiennent autant de richesses que le reste de la planète.

« Maintenant, un bus suffit pour rassembler les milliardaires qui possèdent la moitié des richesses mondiales », ironise l’économiste américain Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie. Cette accumulation phénoménale de richesses explique le creusement des inégalités sans précédent dans le monde depuis un siècle.

Une usine à produire d'immenses inégalités

En France, les 1% les plus riches détiennent 25% des richesses nationales. En 2016, 21 milliardaires possédaient à eux seuls autant que les 40% des personnes les plus pauvres. C’est pourtant dans cette situation intolérable que le gouvernement Macron a décidé de réduire l’Impôt sur la fortune et que la droite au Sénat l’a carrément supprimé !

Alors que selon l’Insee et la Fondation Abbé Pierre, 9 millions de Français vivent avec moins de 1 015€ par mois. En 10 ans, notre pays a vu le nombre de pauvres croître de 600 000 et compte 143 000 SDF, alors que 40% des personnes éligibles au RSA ne le réclament pas.

Ces chiffres éloquents donnent cependant la clé des transformations à opérer : dénoncer les nombreuses façons qu’ont les grandes sociétés d’échapper à l’impôt, exiger que la lutte contre l’évasion fiscale soit résolument menée en toute transparence, limiter de façon drastique les exonérations et les possibilités d’optimisation fiscale aménagées par les gouvernements depuis plus de trente ans.

Le 15 mars nous défilerons aussi contre l’injustice fiscale.

Pascal Santoni

"Qu’est-ce que le néolibéralisme ? Un programme de destruction des structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur" Pierre Bourdieu.

Les effets de la hausse de la CSG, c’est maintenant

 

Les retraités constatent ce mois-ci l’amputation de leurs revenus par la hausse de la CSG. L’adoption de cette mesure ne doit pas entamer notre détermination à la rejeter. Neuf organisations de retraités s’adressent aux députés. L’économiste Henri Sterdyniak démonte les arguments d’Emmanuel Macron.

Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE et membre des « Economistes atterrés »  notait avant l'adoption de la mesure : « Bizarrement, Emmanuel Macron prétend que les prestations chômage qui couvriront tous les actifs deviendront de ce fait une prestation universelle. C’est une interprétation erronée(…) les prestations chômage, retraite ou maladie de remplacement restent des prestations d’assurance sociale. Cet argument est utilisé pour justifier de remplacer les cotisations chômage (et maladie) des salariés, soit 3,15 points par 1,7 point de CSG. Le projet d’Emmanuel Macron brise toute logique sociale et soulève de nombreux problèmes ».

Des effets durables. Une hausse à répétition ?

L’économiste confirmait qu’« alors que les salariés profiteraient d’une hausse de 1,8% de pouvoir d’achat, les retraités subiraient une perte de pouvoir d’achat de 1,85%, alors qu’ils ne bénéficient pas depuis trop longtemps de revalorisation des pensions quelle que soit l’évolution des salaires. La réforme réduirait immédiatement le taux de remplacement net des retraites de 72% à 69,5% alors que celui-ci est déjà sur une pente descendante du fait des réformes en cours. Cette baisse ne s’inscrit pas dans une réflexion d’ensemble sur l’évolution souhaitable du niveau de vie relatif des retraités. Elle fragilise encore la garantie de niveau de vie que devrait apporter le système des retraites puisqu’une mesure analogue pourrait être prise demain pour les cotisations familles et santé ».

Ce risque est déjà accru par la décision d'Emmanuel Macron d’accorder des indemnités de chômage aux démissionnaires et non plus aux seuls travailleurs licenciés. Il fait cela pour pousser des gens à devenir auto-entrepreneurs. Un chômeur qui se lancerait dans ce secteur précaire resterait inscrit au chômage plus longtemps. Voilà pourquoi le coût de ce changement pourrait dépasser 8 milliards d’euros la première année et coûter 3,5 milliards de plus à l’Unedic chaque année. Macron voudra-t-il alors imposer de nouvelles hausses de la CSG aux retraités ?

Les retraités sont-ils prêts à se laisser faire ? En se regroupant dans les syndicats, ils auront d’autant plus de chance de se faire entendre. L’enjeu est d’importance, l’UCR-CGT est présente sur ce terrain.

Gérard Le Puill

Les neuf organisations de retraités s’adressent au président de la République et appellent leurs organisations à faire signer massivement les cartes de vœux à l’intention d’Emmanuel Macron et à les déposer dans toutes les Préfectures.

"Les impôts vont baisser de 2 milliards d’euros en 2018" : l’enfumage de Bruno Le Maire

 

Par Emmanuel Lévy et Thomas Vampouille

Dans une vidéo adressée ce mercredi 24 janvier à l’éditorialiste Éric Brunet sur Twitter, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire promet aux Français deux milliards de baisse d’impôts en 2018. Mais la méthode de calcul de Bercy est contestable à plusieurs titres…

"Les impôts vont bien baisser en 2018". Droit dans ses bottes, Bruno Le Maire a pris la peine ce mercredi 24 janvier de répondre, dans une courte vidéo sur Twitter, à l’éditorialiste de RMC Éric Brunet, qui avait interpellé l’exécutif avec cette question : "Est-ce que Macron nous a menti quand il nous a dit qu’il allait baisser les impôts ?". Et le ministre de l’Économie et des Finances de brandir ce chiffre à l’appui : "Ils vont baisser très précisément de 2 milliards d’euros" (et de "5,5 milliards d’euros en année pleine). [1] Ce qui est loin d’être établi… Explications.

La savante confusion entretenue par le gouvernement

D’abord, le gouvernement parle-t-il vraiment de baisse des impôts ou bien de hausse du pouvoir d’achat ? La différence peut paraître subtile mais elle est fondamentale : quand on parle de pouvoir d’achat, on prend en compte non seulement l’évolution des impôts, mais aussi celle des prestations sociales, du coût de la vie, voire des changements d’habitudes escomptés. Or, pour arriver à son calcul, le gouvernement a déjà admis, par la voix de son porte-parole Benjamin Griveaux le 20 décembre, tenir compte de changements de comportements qu’il espère. "La fiscalité indirecte sur le tabac et sur le diesel a pour vocation de changer les comportements", a ainsi détaillé le techno. Argument imparable : l’État augmente les taxes mais si les Français fument moins et bazardent leur voiture diesel, ils gagneront du pouvoir d’achat. CQFD. C’est comme si Bercy augmentait la TVA mais calculait que les Français feraient par conséquent moins de courses et que donc, ils gagneraient du pouvoir d’achat au bout du compte ! C’est donc déjà en pariant sur ces changements d’habitudes que l’exécutif promet aux Français 2 milliards de pouvoir d’achat en plus, puis 5,5 milliards l’an prochain en année pleine. En les faisant passer discretos pour des baisses nettes d’impôt... Abracadabra !

Le calcul bien moins optimiste de l’OFCE

Même sur le résultat de ses calculs, le gouvernement est contesté : trop optimistes. D’après ceux de l’OFCE, au contraire, les mesures du budget voté promettent de s’avérer dans leur ensemble "quasiment neutres sur le pouvoir d’achat global des ménages en moyenne en 2018". Concrètement, il s’agirait de 200 millions d’euros de hausse, autant dire pas grand-chose. En revanche, pour ce qui est des impôts, l’organisme table plutôt sur… une hausse nette de 1,6 milliard d’euros.

Deux milliards de baisse d’impôt, oui… mais pour les ultra-riches !

Autre chose que masque l’écran de fumée de Bruno Le Maire : les baisses de cotisations et de la taxe d’habitation dont il argue ne sont pas, comme il l’affirme, les "deux mesures principales" de la loi de Finances votée pour 2018. La plus grosse baisse d’impôt de l’année est ailleurs : c’est la transformation de l’impôt sur la fortune (ISF) en super taxe sur l’immobilier. Avec un chèque net de 3,2 milliards d’euros, ce dispositif est le plus puissant du budget. Mais il ne concerne que ceux qui le payent, c’est-à-dire les plus fortunés des Français, soit 1% seulement des ménages (environ 340.000 foyers). Fait amusant : dans un rapport que publiera justement ce jeudi le Conseil des prélèvements obligatoires, figure en annexe un rapport dit "particulier", commandé à une inspectrice générale des finances et à un économiste de France Stratégie. Les deux auteurs ont établi une intéressante décomposition de qui économise quoi parmi ces riches bienheureux. Un niveau de détail qui donne à voir qui sont les véritables gagnants. Et c’est là qu’on peut trouver 2 milliards d’euros de baisse nette d’impôt : c’est la galette partagée… entre 34.000 ménages anciennement soumis à l’impôt sur la fortune ! Soit 0,1% des Français.

Les plus attentifs auront noté que, curieusement, le ministre en a bien rabattu sur les chiffres brandis il y a à peine un mois par son propre gouvernement. À l’issue du Conseil des ministres du 20 décembre, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux promet en effet "une baisse d’impôt pour les ménages de 5,5 milliards d’euros pour 2018". Réponse à une note de l’Insee qui calcule que le budget 2018 va "augmenter les prélèvements obligatoires sur les ménages d’environ 4,5 milliards d’euros".

marianne.net

 

[1] 5 milliards ou 2 milliards, faudrait savoir !

 

Le technicien de l’enfumage

Bruno Le Maire tient donc compte d’un élément passé sous silence par son collègue : les deux mesures qu’il cite, à savoir "la baisse de la taxe d’habitation et la baisse des charges et des cotisations sur les salaires", ne produiront pas leur plein effet cette année. Ainsi, la baisse des cotisations salariales est prévue en deux temps : -2,2 points depuis le 1er janvier, -0,75 à venir en octobre. Tandis qu’en face, l’augmentation parallèle d’1,7 point de la CSG, elle, est pleinement effective depuis le début de l’année. Quant à la baisse de la taxe d’habitation pour 80 % de ceux qui la paient, elle n’interviendra pas non plus avant la fin d’année. D’où cette précision de Bruno Le Maire dans sa vidéo : "2 milliards d’euros cette année" d’impôts en moins puis, "dès 2019, ce sera 5,5 milliards d’euros". En année pleine.

Bras de fer social en Allemagne sur la semaine de 28 heures

 

 

Le puissant syndicat allemand de la métallurgie IG Metall a donné lundi le coup d’envoi d’un bras de fer social qui s’annonce comme l’un des plus durs de ces dernières années en Allemagne.

Plusieurs dizaines de débrayages sont en cours lundi dans tout le pays, en particulier dans le secteur automobile, pour soutenir des revendications portant notamment sur la réduction du temps de travail à 28 heures hebdomadaires.

Conformément à une stratégie bien huilée, les arrêts de travail affectent des entreprises soigneusement choisies, dont Volkswagen, Porsche, Otis et Bombardier, dans l’ouest en Rhénanie du Nord-Westphalie (avec 700.000 grévistes annoncés), dans le sud avec le Bade-Wurtemberg et dans l’est avec les régions du Brandebourg, de Saxe et Berlin.

IG Metall entend renforcer sa pression dès mardi, en appelant à débrayer dans 143 entreprises, et le mouvement doit durer au moins une semaine après de premières grèves d’avertissement très localisées la semaine dernière, notamment chez Porsche.

Depuis octobre, le syndicat exige pour les 3,9 millions d’employés du secteur une augmentation salariale de 6%. La fédération patronale Gesamtmetall propose 2%. Rien d’inhabituel. En général, les parties se retrouvent à mi-chemin.

Semaine de 28 heures

Mais le conflit porte surtout cette fois sur un aménagement inédit du temps de travail demandé par IG Metall : le passage de la semaine de travail de 35 à 28 heures pour ceux qui le souhaitent, avec compensation partielle du manque à gagner salarial par l’employeur.

La formule serait valable deux ans au maximum et l’employeur devrait garantir un retour à un poste à plein temps.

Le patronat du secteur la juge inadmissible et impraticable. Il estime que près des deux tiers des salariés seraient éligibles à cet aménagement du temps de travail et redoute un casse-tête administratif et des ateliers dépeuplés.

Les employeurs soulignent également le risque de discrimination en cas de mise en place de ce régime pour les employés travaillant déjà à temps partiel pour un salaire réduit d’autant.

Cette question a déjà fait achopper des négociations de branche à l’automne. Si l’impasse se confirme, l’étape suivante pourrait être la grève dure, une rareté dans ce pays pétri de culture de la cogestion.

Sans avancée du patronat, il sera "extrêmement difficile de mener cette négociation salariale à bien en se bornant à des grèves d’avertissement", a prévenu ce week-end un responsable d’IG Metall, Roman Zitzelsberger.

Les débrayages accompagnent traditionnellement les négociations salariales en Allemagne. En revanche, IG Metall n’a pas organisé de grève nationale et illimitée depuis 2003.

Gesamtmetall menace, lui, de porter l’affaire devant les tribunaux. Le ton est déjà très âpre entre partenaires sociaux, dans un pays qui s’était habitué ces dernières années à des négociations sociales plutôt apaisées dans un contexte de bonne santé de l’économie.

Economie florissante

La menace d’un conflit à durée indéterminée dans des industries florissantes et clés pour l’Allemagne, comme l’automobile ou les machines-outils, inquiète les patrons du secteur.

"Les grèves ne sont généralement pas un moyen approprié pour résoudre les conflits salariaux, elles nuisent à l’exportation, donc à l’entreprise et in fine aux employés", a prévenu Bertram Brossardt, le dirigeant du patronat bavarois de la métallurgie et de l’industrie électrique.

IG Metall arrive à la table des négociations en position de force, porté par une conjoncture au beau fixe. Tous les fondamentaux de l’économie allemande, emploi, exportations, inflation, sont dans le vert.

Après avoir exigé pendant des décennies la redistribution des fruits de la croissance, IG Metall apporte cette fois une revendication neuve dans le paysage syndical mondial.

Avec près de 2,3 millions d’adhérents, IG Metall, qui défend les salariés toutes catégories confondues dans l’industrie (Siemens, ThyssenKrupp), la sidérurgie, l’automobile (VW, Daimler, Porsche), l’électronique ou encore le textile, est le plus gros syndicat d’Europe.

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