Economie

Vive la flexi- bi-bi-li-té

 

 

Par Anne Roumanoff

Cher Monsieur le Président, Je vous écris pour vous remercier. Grâce à vous, maintenant, on va être enfin un pays moderne avec de la flexi- bi-bi-li-té, flexli-bi-té, flexibilité. La fleb-li-xité, c’est un mot que j’arrive pas toujours bien à prononcer et qu’en France on a vraiment du mal à pratiquer. Oui, en France, on a plein de règlements compliqués, de lois de toutes sortes, d’organismes qu’on ne sait pas toujours à quoi ils servent, et c’est ça qui bloque la croissance. Si on enlève le poids des règlements, hop, la croissance va jaillir comme un volcan, se répandre partout et nous inonder de ses bienfaits. Et là, ça va être merveilleux : tout le monde aura du travail, sera heureux et il fera toujours beau alors qu’en ce moment il pleut, tout le monde fait la gueule et c’est très dur de trouver du boulot.

Attention, flexibilité, ça veut pas dire faire des acrobaties horaires ou des grands écarts de salaire. Non, ça veut dire qu’on est souple. C’est une attitude intérieure. Par exemple, les chauffeurs Uber, ils sont jeunes, modernes et très flexibles. Parfois ils gagnent pas trop, parfois ils gagnent bien, ça dépend des jours, mais ils disent rien parce qu’ils sont bien contents de rouler dans une belle voiture et d’offrir des bouteilles d’eau Cristalline à leurs clients. Les coursiers en vélo de Deliveroo aussi, ils pratiquent la flexibilité : ils pédalent toute la journée même quand il pleut et que ça glisse, ils ont peur de se faire renverser par une voiture, c’est eux qui paient leur vélo mais ils sont contents parce qu’ils font un métier moderne, de plein air, excitant et qui leur muscle les cuisses. Ceux qui critiquent les ordonnances, ils sont archaïques. Archaïque, c’est le contraire de moderne. Par exemple, les syndicats sont archaïques et Uber, c’est moderne. Je lui ai dit à mon papa qui est au chômage depuis un an : "T’as vu papa, le Président, il a fait des ordonnances pour guérir les malades du chômage." Mon papa m’a répondu : "La pilule est dure à avaler. Ces ordonnances me laissent un goût amer et en plus c’est même pas sûr que ça nous soigne." J’ai dit : "Papa, pour retrouver la santé, faut avoir confiance dans son médecin. Ce qui est bien avec le docteur Macron, c’est que tu vas rien sentir. En plus, il a mis plein de pommade pour que ça glisse mieux."

Le Premier ministre, Édouard Philippe, lui aussi, il est très doué pour nous endormir. Il arrive à nous anesthésier sans faire de piqûre, il suffit de l’écouter parler. Avec la ministre du Travail, quand ils ont expliqué les ordonnances, ils avaient l’air très, très fatigués. Elle, elle arrêtait pas de bafouiller et lui, il avait l’air accablé. Je crois qu’ils devraient se reposer avant la rentrée parce que leur mois de septembre risque d’être un peu agité. C’est bizarre, le Premier ministre même quand il sourit, on a l’impression qu’il a beaucoup de soucis alors que vous, monsieur le Président, vous avez toujours l’air heureux et pourtant vous avez de plus en plus de soucis. Je vous laisse, monsieur le Président, on doit aller faire les courses de rentrée avec mes parents. On va essayer de pas trop dépenser parce que leur conseiller bancaire, il manque vraiment de flexibilité.

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