Féminisme

ABCD de l’égalité : le gouvernement préfère le B.A.-BA du renoncement

Outil élémentaire et indispensable de lutte contre les stéréotypes, les inégalités et les discriminations sexistes, l’ABCD de l’inégalité est remisé par un gouvernement toujours plus faible devant la pression des lobbies rétrogrades. Pas la moindre de ses capitulations.

 

L’alliance des musulmans rigoristes et des catholiques intégristes auront eu sa peau : "l’ABCD de l’égalité", élaboré conjointement par le ministère de l’Éducation nationale, sous Vincent Peillon, et le ministère des Droits des femmes, ne sera pas généralisé à la rentrée 2014, contrairement à ce qui était prévu.

Après un tête-à-tête à Matignon avec François Hollande le 27 mai dernier, le nouveau ministre Benoît Hamon a décidé de sacrifier le dispositif, préférant « la médecine douce » face à la propagande contre la prétendue "théorie du genre" et les "Journées de retrait de l’école". Najat Vallaud-Belkacem a donné son accord pour cet abandon en rase campagne d’un outil pourtant simple et efficace pour combattre les stéréotypes garçons/filles à l’école. Les cheminots ou les intermittents auraient bien aimé une telle considération pour leurs revendications, mais ce gouvernement qualifié de gauche écoute à droite, des pigeons à la manif pour tous. Assommant.

Lutter à la racine des discriminations

L’objectif de ce dispositif n’était pourtant pas sorcier : agir dès l’école primaire pour lutter contre la formation des inégalités hommes/femmes et transmettre des valeurs d’égalité et de respect entre les filles et les garçons. La présentation de l’ABCD rappelle que « les inégalités de traitement, de réussite scolaire, d’orientation et de carrière professionnelle demeurent bien réelles entre filles et garçons. Les pratiques ordinaires dans la classe constituent des phénomènes souvent sexués, sans que les enseignants, l’ensemble des acteurs de l’éducation, les élèves et leurs familles en aient nécessairement conscience. Pour les élèves, interagir entre pairs, partager espaces et activités ; pour les enseignants, donner la parole, évaluer, sanctionner ou récompenser, orienter, obéit à des représentations le plus souvent implicites sur les compétences supposées des unes et des autres. Ces représentations, qui relèvent souvent de préjugés et stéréotypes profondément ancrés, peuvent être la source directe de discriminations ».
Ce récit institutionnel est parfaitement juste. Si l’on veut enrayer les écarts de salaires, la non mixité des métiers ou les violences faites aux femmes, c’est dès le plus jeune âge qu’il faut agir. Le kit imaginé afin d’outiller le corps enseignant et les élèves semblait pertinent pour une République qui a inscrit dans la loi, tout au long du XXe siècle, son objectif d’égalité entre les sexes, sans parvenir à lui donner une réalité concrète.

Victoire pour la coalition des peurs et de la désinformation

L’ABCD de l’égalité s’est expérimenté dans plus de 600 classes de 275 écoles au sein de dix académies volontaires. Il s’est décliné en formations des inspecteurs et inspectrices et du corps enseignant, ainsi qu’en expérimentations dans les classes, avec une batterie de documents à l’appui pour prendre la mesure des stéréotypes. Bref, cet ABCD, ce n’était que du bon pour l’égalité.
Depuis des mois, Farida Belghoul, l’égérie des "Journées de retrait de l’école", propage la rumeur, attise les peurs, unie les intégristes de divers horizons. Elle orchestre une opération de désinformation inédite, stipulant que les garçons seraient obligés de mettre des jupes ou que des cours de masturbation seraient donnés en maternelle. La force publique est restée comme abasourdie et apeurée devant cette offensive. Dans certains quartiers populaires, plus d’un quart des élèves ont parfois déserté l’école pour les fameuses "Journées du retrait". La rumeur a eu gain de cause dans de larges franges, ce qui traduit une grave crise de légitimité des institutions.
Au lieu de mener l’offensive et d’accroître l’information, le gouvernement a pédalé dans la semoule puis renoncé. Dans Le Monde, une tribune signée par des associations comme Osons le féminisme ou le Collectif éducation contre les LGBTphobies est aussitôt parue appelant le ministre à généraliser l’ABCD. Le lendemain, Benoît Hamon et Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, réagissaient par des messages identiques sur leurs comptes Twitter : « L’éducation à l’égalité est une mission essentielle de l’école. Il n’est nullement question d’y renoncer ». On se pince.

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