Succès de la journée "collège désert" à  Brossolette le mardi 1er avril. Même initiative ce vendredi 5 avril en Seine-Saint-Denis, et notament à Jean Zay et Jean Renoir (suivi à 90%).

Pourquoi ce mouvement a-t-il lieu?

La rentrée qui se prépare est la première du gouvernement Sarkozy et elle montre toute la gravité de ses projets pour l’école publique.           

Les dotations horaires pour l’année prochaine, le projet de réforme de la Fonction Publique et le plan-banlieue dessinent une politique de régression d’une grande cohérence : diminution des moyens, aggravation des conditions de travail, création d’un marché scolaire et d’une école au rabais singulièrement pour les enfants des milieux populaires.             

Dans notre Académie, 1178 postes disparaissent. Ce plan social se traduira côté cour par des suppressions massives de classes, des effectifs plus lourds, une réduction de l’offre scolaire pour nos élèves, des enseignants surchargés et moins disponibles, et côté jardin par une surcharge de travail, le gel des salaires, une démultiplication des tâches à accomplir au détriment de l’enseignement. Alors même que cette année, le rectorat a dû recourir à des retraités pour pallier aux précédentes baisses de postes, les nouvelles suppressions programmées seront très lourdes de conséquences.              

Ce volume jamais vu de suppressions, sans rapport avec la légère baisse démographique… a un rapport direct avec la politique cynique de ce gouvernement en matière d’emploi et de salaires. En effet, alors que des milliers d’emplois sont supprimés, le gouvernement veut imposer à ceux qui travaillent déjà 40 heures par semaine, selon les propres chiffres du Ministère, des heures supplémentaires. Ces dernières sont en augmentation de 42%. Le gouvernement prétend améliorer le suivi individualisé des élèves…et augmente les effectifs par classe ; il prétend rendre les enseignants plus disponibles en augmentant leur temps de présence sur les établissements…en alourdissant leur charge de travail. Derrière des discours démagogiques se cache, bien mal, un plan de dynamitage du système scolaire.  

Des « bonnes vielles recettes qui ont fait leurs preuves»… aux vieilles casseroles…

Eloquentes à cet égard sont les conclusions de la commission Pochard. Initialement prévue pour travailler sur la revalorisation de la condition enseignante, elle a en fait accouché de propositions visant à une transformation de fond de notre système éducatif.            

L’axe de ces propositions est de renforcer l’autonomie des établissements et des chefs d’établissement, transformés en véritables managers. Chaque établissement sera libre de son organisation interne : le chef d’établissement définira avec le conseil pédagogique un projet d’établissement, base d’un contrat avec les autorités de tutelle, qui fixera les missions et conditions de travail des personnels mais aussi  les horaires-élèves et les contenus d’enseignement. Quid de l’éducation nationale qui prétendait mettre tous les enfants d’une classe d’âge, quel que soit leur milieu, en contact avec une culture commune ? Et la liberté pédagogique base du métier d’enseignant ?            

Les propositions de la commission Pochard comme les projets de Sarkozy et Darcos remettent gravement en cause l’unité et la qualité du service public d’éducation…particulièrement dans les quartiers populaires où des moyens supplémentaires sont nécessaires pour égaliser les chances de réussite des élèves.             

Sarkozy le signifiait dans sa lettre aux éducateurs : « dans l’école que j’appelle de mes vœux…il y aura moins d’heures de cours…et les professeurs seront moins nombreux » et dans celle adressée à Darcos : « réduire le volume horaire imposé aux enfants » et que chaque collège « organise sa politique pédagogique en fonction du public qu’il a ».            

La commission Pochard, docile, préconise donc l’enseignement de deux cercles concentriques : le socle commun des connaissances et éventuellement des « compléments et approfondissements possibles » qui seront enseignés…ou pas, dans le cadre de la liberté de l’organisation interne de chaque établissement…et de leurs moyens ! Mais dans le cadre général de la Loi Organique aux Lois de Finance (LOLF) les moyens seront attribués en fonction des résultats, et plus un établissement cumulera de difficultés, moins il aura de moyens !  Le choix des coupes sont d’ailleurs à cet égard significatives : ce sont les établissements qui auraient le plus besoin de moyens qui perdent le plus de postes d’enseignants. On mesure les dégâts que vont faire de telles orientations en mettant en concurrence (déloyale !) des établissements plus autonomes dont les évaluations seront rendues publiques pour que les parents puissent choisir…dans le cadre de la suppression de la carte scolaire…Mais en matière de « choix », seuls quelques-uns obtiendront satisfaction…et les autres devront se contenter de ce qui sera devenu un vrai marché  scolaire.  Pour favoriser la création de ce marché, le gouvernement annonce qu’il financera l’installation d’écoles privées en banlieue car, dit-il, elles ont fait leurs preuves dans la lutte contre l’échec scolaire. Alors que l’argent public est retiré du service public, le gouvernement propose d’en transférer au privé.            

Inutile de dire que ces mesures renforceront une école qui fonctionne déjà à deux vitesses, au lieu de réduire les inégalités sociales et scolaires, ces réformes créeront un véritable apartheid. D’autant plus qu’on semble s’acheminer vers la disparition de la notion d’éducation prioritaire : ces établissements devant se concentrer sur la seule maîtrise du socle commun avec des mesures ciblées pour les « bons pauvres méritants » (en nombre limités !) qui pourront être extraits de leurs établissements difficiles où la masse de leurs camarades devront, eux, se contenter du socle commun.            

Mesure révélatrice à cet égard : la bivalence sera prioritairement généralisée dans les établissements ZEP. En lycée, les horaires élèves seront aussi diminués, notamment par la réduction de l’offre scolaire et des options et la réorganisation des différentes séries.            

Ainsi  nos élèves et leurs familles ont tout à perdre à ces projets présentés comme pragmatiques et inspirés des expériences des autres pays mais qui sont en réalité des projets très idéologiques qui ont échoué à améliorer les performances des élèves dans tous les pays où elles ont été expérimentées. Du président du pouvoir d’achat au « travailler plus, plus mal, pour gagner moins ! »            

En tant qu’enseignants, nous refusons cette école à deux vitesses dans laquelle les inégalités sociales et territoriales s’accroîtraient au détriment des enfants des milieux populaires réduits à un enseignement au rabais.            

En tant que salariés, nous refusons le projet réactionnaire et libéral du gouvernement en matière d’emploi et de salaires. Comme pour beaucoup d’autres travailleurs, le gouvernement entend s’attaquer à nos conditions de vie et de travail. Elu en promettant de faire « gagner plus » à ceux qui le souhaiteraient, les mesures qu’il propose aux enseignants sont révélatrices de toute une politique. Alors que le salaire réel de base diminuera, il propose de compenser cette perte par des heures supplémentaires. Mais même en acceptant une augmentation de son temps de travail de 22%, la prime compensant cette hausse ne serait que de 14%...En clair, il s’agit de travailler plus pour gagner moins !            

Mais pourquoi accepter de travailler plus, alors que de nombreux jeunes qualifiés ne trouvent pas d’emploi ? Le gouvernement prétend lutter contre le chômage et donne l’exemple dans les services publics en….réduisant les postes aux concours. Ce choix est inacceptable. Qui plus est, la surcharge de travail qu’occasionneraient une refonte de nos obligations de service (passage de 18 à 22 heures) et l’obligation d’accepter jusqu’à 4 h supplémentaires, comme le suggère la commission Pochard, auraient de lourdes conséquences sur la qualité de l’enseignement que nous dispensons. Une heure de cours devant élève demandant le double de travail maison en moyenne (préparation, correction), les enseignants ne pourront, surchargés de classes qu’ils le seront, que diminuer la qualité pédagogique de leurs enseignements. Mais qu’importe au gouvernement, 2 ans après le rétablissement de l’apprentissage à 14 ans (et du travail de nuit dès 15 ans) que toute une fraction de la jeunesse n’ait plus accès à la culture la plus vaste possible ? Celui qui prétend inspirer ses réformes de l’humanisme de la Renaissance, se contenterait en fait que la grande masse d’entre eux sache « lire et compter ». Nous n’acceptons pas la destruction de services de qualité offerts à l’ensemble de la population en échange de quelques isolats « d’excellence » offerts aux « happy few ».           

D’ailleurs, l’enseignement ne serait plus que le « cœur » de notre travail. Non seulement de nouveaux collègues seraient amenés à enseigner plusieurs disciplines mais viendrait s’ajouter une partie de la charge de travail qui incombait jusqu’alors aux Co-psy et aux CPE. Encore des nouvelles économies budgétaires sur le dos de la qualité de nos métiers.                        

Il s’agit clairement de réduire le coût de l’Education Nationale en diminuant les horaires des élèves, en dégradant nos conditions de travail et nos statuts. Ce projet est rétrograde. Prétendument fondées sur des nécessités budgétaires, ces réformes ne sont pourtant en rien fatales. Nous n’acceptons pas de cautionner une société qui n’aurait pas d’argent pour les jeunes des milieux populaires et qui n’aurait aucun mal à débourser 16 milliards sous forme de cadeaux fiscaux aux plus riches. Nous refusons en tant que salariés d’être des variables d’ajustement.

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