Luttes locales

11 mars 2017 : parrainage des lycéens sans-papiers

Un communiqué de Médecins sans frontières dénonce le comportement ignominieux des policiers français à l’égard des migrants

 

 

Par Pierrick Tillet

Un communiqué de Médecins sans frontières sur l’attitude des forces de l’ordre face aux migrants, en plein hiver. L’ignominie à son comble.

 

Paris, le 7 janvier 2017 – Médecins sans frontières dénonce la systématisation des violences policières qui ciblent les centaines de migrants parisiens en errance dans la capitale. Les policiers harcèlent les migrants en leur confisquant leurs couvertures, utilisant parfois des gaz lacrymogènes pour les disperser, allant jusqu’à leur interdire de s’asseoir dans la file d’attente du centre humanitaire de la Chapelle où ils attendent une place d’hébergement. Ces pratiques inacceptables mettent en danger la vie des migrants : les équipes de Médecins sans frontières ont dû prendre en charge huit personnes proches de l’hypothermie.

Depuis plusieurs semaines, le Centre Humanitaire de Paris, dispositif de l’État et de la ville de Paris ouvert le 10 novembre et destiné à accueillir et orienter les migrants récemment arrivés est saturé. Environ 100 à 150 personnes tentent quotidiennement d’y être admises et beaucoup doivent dormir dehors plusieurs jours avant qu’une place se libère. Alors que les températures sont devenues négatives, les violences policières se multiplient depuis une dizaine de jours, notamment dans les quartiers de la Chapelle et de Pajol : les forces de l’ordre réveillent les migrants en pleine nuit et leur confisquent leurs couvertures. En une semaine de consultations ambulatoires, les équipes de Médecins sans frontières ont déjà dû prendre en charge huit personnes proches de l’hypothermie. Depuis juin, une trentaine de campements ont été démantelés dans Paris et une grande majorité des migrants ont été mis à l’abri dans des structures d’hébergement provisoire. Depuis l’évacuation du dernier campement à Stalingrad début novembre, le gouvernement a annoncé qu’aucun nouveau campement ne sera toléré, grillageant les anciens lieux de regroupement des migrants, et intensifiant les patrouilles policières.

« En plein cœur de l’hiver, les pouvoirs publics devraient être en mesure de fournir des places d’hébergement à tous les migrants, en urgence. Au lieu de quoi les forces de l’ordre confisquent leurs couvertures ou les obligent à rester debout dans la file d’attente du centre pendant des heures, dans une tentative dérisoire de soustraire cette population en détresse à la vue du public. Ce déni de réalité par la violence doit cesser », commente Corinne Torre, Coordinatrice de Programmes à Médecins Sans Frontières.

Source : Médecins sans frontières

yetiblog.org

Récit : un chauffeur de car refuse de reconduire des migrants en Italie

Publié par L'Obs, ici.

 

Le conducteur d'une société d'autocars refuse d'appliquer l'ordre de réquisition du préfet des Alpes-Maritimes pour refouler des immigrés de l'autre côté de la frontière. La direction menace.

Il a fait preuve d'un rare courage. Un chauffeur d'une société de cars a refusé, lundi 5 août, de se plier à la réquisition de son véhicule ordonnée par le préfet des Alpes-Maritimes, qui lui intimait de reconduire en territoire italien des migrants. Une affaire révélée par le Groupe d'information et des soutien des immigrés (Gisti) et confirmée par nos informations.

Ce jour-là, quelque 200 migrants venus d’un centre d’accueil de Vintimille, en Italie, font irruption en France près de Menton. Par ordre de la préfecture, une équipe de la Police nationale tente de réquisitionner un bus dans le but de les renvoyer, en application de l’état d’urgence et du rétablissement des contrôles aux frontières italiennes au lendemain des attentats du 13-Novembre.Mais le chauffeur s’y oppose. Et rend l’opération caduque en exigeant un appel radio, des explications ainsi que la présence d’un contrôleur sur le terrain. Il raconte à "l'Obs" :"La décision de la préfecture s’est faite verbalement à la suite de l’arrivée fortuite de quelque 200 migrants venus d’Italie. Leur tentative n’a pas été fructueuse. J’ai réussi à retarder l’échéance en évoquant des procédures réglementaires jusqu’à ce qu’ils demandent à un autre chauffeur de le faire."Une version que les forces de l’ordre battent en brèche. Une autre compagnie de cars se serait en effet finalement chargée de la reconduite à la frontière, selon le Gisti. Le récalcitrant ne cache pas sa colère :

"Ne pas être complices de la mort lente de ces réfugiés"

L’histoire ne s’arrête pas là. Après cet incident, un échange de lettres entre le syndicat du chauffeur, Confédération nationale des travailleurs - Solidarité ouvrière (CNT-SO), et son entreprise, CarPostal Riviéra, chargée du transport urbain par la commune de Menton, révèle l’impasse à laquelle peuvent être confrontés les conducteurs d'autocars de la région.

 

"Nous assurons le transport des passagers qui vont d’un point à un autre pour se rendre au travail, au domicile ou vice versa" ainsi que "des passagers qui visitent des lieux touristiques" ou encore "des enfants toute l’année qui se rendent dans des établissements scolaires", énumère Jean-Antoine Carbot, responsable de la section syndicale de CarPostal à Menton dans une lettre adressée à l’entreprise. Il  assène :

"Nous ne voulons pas assurer le transport de passagers dont leurs destinations finales restent douteuses : reconduction dans des pays où leurs vies sont en danger, internement dans des camps où l’insalubrité est de mise et la croix rouge impuissante [...]."

La lettre n'hésite pas à faire le parallèle avec une époque sombre de l’histoire où pareils réquisitions étaient ordonnées : "12 884 juifs étrangers raflés et transportés au Vel d’Hiv (vélodrome d'hiver) le 16 et 17 juillet 1942 par les bus de la STCRP (futur RATP)". Et de lancer : "Alors NON ! Nous ne voulons pas être complices de la mort lente de ces réfugiés."

Le syndicat demande à CarPostal Riviéra de Menton de ne pas infliger de sanctions, ni au chauffeur en question, ni à tout autre chauffeur à l’avenir.

 "Le personnel ne peut décider de son propre chef"

Mais la direction répond avec une lettre menaçante stipulant, que bien que "la conscience personnelle puisse être mise en porte-à-faux à l'idée d'exécuter de tels ordres [...] le personnel ne peut décider de son propre chef de ne pas exécuter certaines tâches, et n'a pas autorité pour remettre en question les décisions du préfet qu'il est tenu de respecter".

 

CarPostal Riviéra y rappelle "que le préfet a le pouvoir d'ordonner des réquisitions et que toute personne est tenue de s'y conformer en vertu de la loi (article L.2215-1 du Code général des collectivités territoriales), que les réquisitions soient ordonnées dans le cadre personnel et professionnel". "Il s'agit d'une véritable obligation légale à laquelle nul ne peut se soustraire", décrète-t-elle.

L’entreprise se retranche derrière l’avis du préfet en évoquant des sanctions disciplinaires et pénales pour les salariés refusant d’effectuer cette tâche. Le conducteur, lui, ignorait qu’en allant à l’encontre des ordres de la police, il était passible de six ans d’emprisonnement et d'une amende conséquente, explique Jean-Antoine Carbot. "Pour cette fois, il n'a pas été sanctionné. Mais si cela se reproduit pour lui ou un autre, l’entreprise appliquera des sanctions." L'objection de conscience n'a donc que peu de poids face à l'administration. 

Au lendemain du renvoi des réfugiés en Italie, Bernard Cazeneuve garantissait dans un communiqué "la mobilisation totale des services de l’Etat pour assurer la sécurisation de nos frontières" grâce à un "dispositif adapté, déployé en permanence". 

Sollicitée à de nombreuses reprises par "l'Obs", la préfecture des Alpes-Maritimes nous a répondu ce mercredi matin, confirmant que cette réquisition avait eu lieu. Elle met elle aussi en avant l'article L.2215-1 du Code général des collectivités territoriales, qui dispose qu'un préfet peut exercer un pouvoir de réquisition de "biens, services ou personnes", "visant à préserver ou à restaurer l'ordre public". "La réquisition n'est que subsidiaire : avant d'y avoir recours, le préfet doit s'assurer et justifier qu'il n'y a pas d'autre moyen adapté afin de satisfaire aux besoins essentiels de la population". Comme dans le cas des arrêtés "anti-burkini", se pose ici la question du trouble effectif à l'ordre public.

Charles Thiefaine

Liberté et droit à la vie familiale pour Sekouba !

 

La Ligue des droits de l'Homme 93 relaie cet appel à solidarité du Réseau Education Sans Frontières 93 avec Sékouba MAREGA.

 

Ce père de famille malien de Seine-Saint-Denis, enfermé au Centre de rétention de Vincennes alors qu'il a une vie de famille sur le territoire français (un enfant de trois mois et une compagne en situation régulière avec laquelle il devait emménager dans quelques jours après avoir enfin trouvé un logement). C'était sans compter avec le Préfet de police de Paris qui l'a interpellé, a décidé de l'expulser et de le placer en rétention dans le Centre de Vincennes.


Par trois fois ce père de famille a refusé d'être embarqué. Par deux fois, c'est sa révolte, mais aussi l'indignation et le courage des passagers à destination de Bamako qui ont permis qu'il ne soit pas exilé loin des siens. La dernière tentative d'embarquement a eu lieu quelques heures avant la fin de sa période de rétention, soit au bout du 45ème jour !

 

Mais l'acharnement des autorités ne s'arrête pas là : Sekouba n'a pas été libéré, mais placé en garde à vue et sera déféré devant la TGI de Bobigny le mardi 13 septembre à 13 h (17ème chambre) pour refus d'embarquement ! Comme s'il avait eu un autre choix pour rester auprès de ceux qu'il aime. Comme si cette politique aveugle et inhumaine n'était pas en contradiction avec les droits de l'Homme (droit à la vie privée et familiale) et les droits de l'enfant (qui prévoient qu'aucune décision administrative ne peut être prise si elle va à l'encontre des intérêts de l'enfant).


·        RESF 93 lance une pétition express pour en finir avec l'acharnement aveugle et les poursuites judiciaires contre ce jeune père de famille qui désire une seule chose :  vivre en paix auprès de son enfant âgé de 3 mois et de sa compagne.
Nous appelons à la signer ( http://resf.info/P3102 ).

 

·        Avec RESF 93, nous appelons à être massivement présents lors de l'audience du mardi 13 septembre à 13 h devant la 17ème chambre du TGI de Bobigny (M° Pablo Picasso ou Tram T1).

 

 

Saint-Denis, le 11 septembre 2016

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Nicolas Hulot : « Avec les migrants, où est passée notre humanité ? »

 

Par Nicolas Hulot

Cinq ans de conflits en Syrie, 5 millions de réfugiés dans les pays voisins, 7 millions de personnes déplacées à l’intérieur de la Syrie, 1 million de personnes ayant traversé l’Europe, et cela s’ajoute à l’inexorable exode des damnés de la terre qui fuient l’Afrique, ses conflits et la désertification. Derrière les chiffres qui effraient et qui effacent les hommes et leurs souffrances, peut-on mettre des visages et des histoires ? Peut-on surtout réaliser que cela pourrait être chacun d’entre nous si le hasard de la loterie génétique et géographique ne nous avait pas fait naître du bon côté de la barrière ?

Le pire n’est pas dans l’incapacité de l’Europe à faire face à cette tragédie ordinaire, mais dans l’absence de l’expression d’une simple volonté. Pas la moindre organisation humanitaire digne de ce nom face à des horreurs annoncées et si prévisibles. L’Europe démontre, si besoin était, sa faiblesse politique et le peu de cas que nous faisons de nos valeurs. La France, jadis patrie des Droits de l’Homme, n’est-elle devenue que le pays de la Déclaration des Droits de l’Homme ? Face aux barbelés de Calais ou aux expulsions de Vintimille, on peut se le demander. Est-ce la perspective des prochaines échéances électorales qui nous tétanise au point d’en faire un contre-argument électoral ? Est-ce la peur légitime du terrorisme que nous reportons abusivement sur ce phénomène ? Sommes-nous prisonniers de nos amalgames ? La classe politique tout entière s’est peu exprimée sur le sort de ces familles. Il n’a été question que de « tri » entre les migrants économiques et les réfugiés. On a juste invoqué le ­contrôle aux frontières et agité le ­spectre de « l’appel d’air ».

Quotas sordides

Sommes-nous si peu nombreux à être troublés par l’accord conclu entre ­l’Europe et le président turc pour refouler les nouveaux arrivants en Grèce vers la Turquie qui héberge déjà plus de 2 millions de réfugiés ? Est-ce démagogique de noter que le Liban abrite l’équivalent d’un quart de sa population, un million et demi de réfugiés, et que ­l’Europe, avec un demi-milliard d’habitants, échoue et renâcle à en accueillir quelques dizaines de milliers ? L’histoire témoigne de situations où l’Europe et la France ont su gérer l’accueil de déplacés très nombreux sans provoquer de chaos. Je pense notamment aux conséquences de la guerre au Vietnam (en 1979, au moment de la crise des boat people, nous avons accueilli 150 000 personnes) ou de l’indépendance algérienne. Et nous mégotons sur des quotas sordides, la France peinant à proposer d’accueillir 30 000 réfugiés dans les deux années qui viennent. Cette arithmétique glaciale est juste un déni de réalité. Toutes les barrières du monde ne pourront endiguer cette vague de détresse. Il en est du désespoir comme de l’eau : rien ne l’arrête, elle finit toujours par trouver son chemin.

L’histoire n’est jamais amnésique et mettra en relief où nous auront mené cette lâcheté collective et nos petits reniements. Nul doute qu’elle nourrira à brève échéance la haine de demain à ­notre égard. Mettons-nous une seconde dans la peau de ces pauvres damnés qui ont fui la barbarie et la mort, ont rejoint l’Europe ou ses frontières au terme d’une odyssée inhumaine pour échouer ici ou là dans un nouvel enfer, parqués comme des pestiférés. Le Parlement danois a même décidé de confisquer aux arrivants leurs maigres biens en gage de leur hébergement, sous l’œil à peine choqué de la communauté européenne. J’ai conscience qu’on ne répond pas aux crises avec de bons sentiments. Plus encore, j’ai conscience de l’extrême complexité, de la gravité de la situation et d’être incapable d’esquisser un scénario de résolution. Mais peut-on distinguer dans cet entrelacs ce qui procède du traitement au long terme, notamment la fin du conflit syrien, et de la misère en Afrique, de l’urgence humanitaire pure, et s’y concentrer prioritairement ? Ce qu’a fait Damien Carême, le maire de Grande-Synthe, sur sa seule volonté et contre l’avis de l’État, avec l’aide de Médecins sans frontières pour transformer un cloaque en camp digne de ce nom, n’est-il pas un exemple reproductible  ? Ce qu’a décidé la commune de ­Cancale (Ille-et-Vilaine) en mettant à disposition un hôpital désaffecté pour des dizaines de familles ne peut-il pas être une initiative qui inspire un plan national  ? Au passage, soulignons que, dans ces deux cas, tout s’est fait avec le soutien de la population et sans le moindre incident. Précisons aussi qu’à Grande-Synthe, une permanence humanitaire est assurée entre autres par des bénévoles bretons qui, d’habitude, organisent le festival des Vieilles Charrues.

Héros invisibles

Juste pour dire qu’heureusement, dans l’ombre et sans soif de reconnaissance, il y a une belle citoyenneté qui agit, des héros invisibles. Oui, il y a de nombreux exemples où l’on résiste à la résignation, qui doivent inspirer une mobilisation et un plan d’action. Dans le même esprit, notons la magnifique initiative civile et européenne de l’ONG SOS Méditerranée – associée à Médecins du monde – qui, avec son bateau Aquarius, est la seule à assurer une veille permanente en haute mer pour secourir les naufragés. C’est en creux une honte pour l’Europe… Comment 28 États n’ont-ils pas été capables de réunir une flotte humanitaire pour sauver des vies que l’on sait à l’avance en péril ? On peut et on doit encore le faire. Nous devons aussi, à court terme, ­réduire les délais de traitement des ­demandes d’asile (environ seize mois). Nous devons ouvrir des couloirs humanitaires pour substituer aux voies irrégulières massives de passage des voies régulières à la hauteur. Et un corridor pour réinstaller en Europe les réfugiés directement depuis les pays voisins de la Syrie.

Il faut aussi un appui beaucoup plus massif aux pays voisins de la Syrie pour les aider à faire face à l’afflux. Tout cela n’exonère pas la maîtrise des frontières et la lutte contre les passeurs. Mais surtout ne peut-on organiser une coordination État, régions, territoires, communes pour évaluer les capacités de chacun à se partager l’accueil ? Et, à plus grande échelle, un sommet international pour répartir les obligations de solidarité et d’assistance face à la crise des migrants me semble une nécessité première. J’entends déjà la remarque sur nos sans-abri qui ne sont pas mieux lotis. Mais nous devons avoir un sursaut de conscience, pour eux aussi. Où sont les Aron et Sartre qui, en 1979, avaient traversé la cour de l’Élysée pour demander à Giscard d’accueillir les boat people ? Où sont les concerts des artistes pour les enfants syriens, les collectes dans les écoles comme dans les années 1980 pour l’Éthiopie ? Et que dit la jeunesse face à la plus grande crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale ?

Maudits soient nos yeux fermés  ! Ce qui nous fait défaut, ce ne sont pas les moyens, c’est la compassion. Je sais que les gens heureux – ni les autres d’ailleurs – n’aiment qu’on leur parle de choses tristes. La douleur des faibles se renforce de la faiblesse et de l’indifférence des nantis.

Nicolas Hulot
(Producteur, écrivain et président de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme)

 

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