Luttes locales

Convoqué par la police après avoir sauvé du froid une femme enceinte et deux enfants

 

par Rédaction

Le week-end dernier, lors d’une maraude dans les Alpes, à la recherche de migrants perdus dans le froid de l’hiver, un citoyen a secouru une famille transie et épuisée. Il a donné aux deux jeunes enfants de 2 et 4 ans et à leurs parents de quoi se réchauffer. Puis, comprenant que la femme est enceinte de 8 mois et demi, il décide de l’emmener à l’hôpital. Arrêté en chemin par les douaniers, il se voit reprocher de transporter des personnes en situation irrégulières et il est sommé de se présenter à la Police aux frontières le mercredi 14 mars à 9h. Un rassemblement de soutien aura lieu ce même jour. Témoignage.

En photo : Hommage à Karim Ibrahim, réfugié soudanais, mort de froid le 8 mars 2018 à la Porte de la Chapelle (Paris) / © Serge D’ignazio

Samedi 10 mars 2018, Montgenèvre (station de ski située à la frontière franco-italienne à 1 800 mètres d’altitude, ndlr), aux alentours de 21h.

Une maraude ordinaire comme il s’en passe tous les jours depuis le début de l’hiver. Au pied de l’obélisque, une famille de réfugiés marche dans le froid. La mère est enceinte. Elle est accompagnée de son mari et de ses deux enfants (2 et 4 ans). Ils viennent tout juste de traverser la frontière, les valises dans une main, les enfants dans l’autre, à travers la tempête. Nous sommes deux maraudeurs à les trouver là, désemparés, frigorifiés. La mère est complètement sous le choc, épuisée, elle ne peut plus mettre un pied devant l’autre.

Nos thermos de thé chaud et nos couvertures ne suffisent en rien à faire face à la situation de détresse dans laquelle ils se trouvent. En discutant, on apprend que la maman est enceinte de 8 mois et demi. C’est l’alarme, je décide de prendre notre véhicule pour l’ emmener au plus vite à l’hôpital. Dans la voiture, tout se déclenche. Arrivés au niveau de la Vachette (à 4km de Briançon), elle se tord dans tous les sens sur le siège avant. Les contractions sont bien là… c’est l’urgence. J’ accélère à tout berzingue. C’est la panique à bord.

Barrage douanier

Lancé à 90km/h, j’ arrive à l’entrée de Briançon... et là, barrage de douane. Il est 22h. « Bon sang, c’est pas possible, merde les flics ! ». Herse au milieu de la route, ils sont une dizaine à nous arrêter. Commence alors un long contrôle de police. « Qu’est ce que vous faites là ? Qui sont les gens dans la voiture ? Présentez nous vos papiers ? Où est ce que vous avez trouvé ces migrants ? Vous savez qu’ils sont en situation irrégulière !? Vous êtes en infraction !!! »… Un truc devenu habituel dans le Briançonnais. Je les presse de me laisser l’emmener à l’hôpital dans l’urgence la plus totale. Refus !

Une douanière me lance tout d’abord : « Comment vous savez qu’elle est enceinte de 8 mois et demi ? » puis elle me stipule que je n’ai jamais accouché, et que par conséquent je suis incapable de juger de l’urgence ou non de la situation. Cela m’exaspère, je lui rétorque que je suis pisteur secouriste et que je suis à même d’évaluer une situation d’urgence. Rien à faire, la voiture ne redécollera pas. Ils finissent par appeler les pompiers. Ces derniers mettent plus d’une heure à arriver. On est à 500 mètres de l’hôpital. La maman continue de se tordre sur le siège passager, les enfants pleurent sur la banquette arrière. J’en peux plus. Une situation absurde de plus.

Convocation par la Police des frontières

Il est 23h passés, les pompiers sont là... Ils emmènent après plus d’une heure de supplice la maman à l’hosto [1]. Les enfants, le père et moi-même sommes conduits au poste de police de Briançon à quelques centaines de mètres de là. Fouille du véhicule, de mes affaires personnelles, contrôle de mon identité, questions diverses et variées, on me remet une convocation pour mercredi prochain à la PAF de Montgenèvre. C’est à ce moment-là qu’on m’explique que les douaniers étaient-là pour arrêter des passeurs.

Le père et les deux petits sont expulsés vers l’Italie [2]. Pendant ce temps-là , le premier bébé des maraudes vient de naître à Briançon. C’est un petit garçon, né par césarienne. Séparé de son père et de ses frères, l’hôpital somme la PAF de les faire revenir pour être au côté de la maman. Les flics finissent par obtempérer. Dans la nuit, la famille est à nouveau réunie.

La capacité des douaniers à évaluer une situation de détresse nous laisse perplexes et confirme l’incapacité de l’État à comprendre le drame qui se trame à nos maudites frontières.

Quant à nous, cela nous renforce dans la légitimité et la nécessité de continuer à marauder... toutes les nuits.

Signé : Un maraudeur en infraction.

Rassemblement devant la PAF de Montgenèvre ce mercredi à 9 h pour soutenir tous les maraudeurs et les veilleurs d’humanité.

Notes

[1] Dans un article publié par le Dauphiné, quotidien régional, la préfecture des Hautes-Alpes affirme que les douaniers ont fait au plus vie : « Devant une femme enceinte se plaignant de douleurs abdominales, les douaniers ont sollicité immédiatement les pompiers ».

[2] D’après un article du Dauphiné, la préfecture nie cette version et affirme que le père et les deux enfants n’ont fait, à aucun moment, l’objet d’une reconduite à la frontière et d’une situation de séparation de la famille.

Enfants en rétention: le degré zéro de l’humanité

 

Le gouvernement français a franchi un nouveau cap, avec un enfermement des enfants en rétention qui a pris ces dernières semaines des proportions démesurées. Cette pratique traumatisante est marquée par des violations de plus en plus graves des droits fondamentaux, au mépris de l’intérêt supérieur des enfants.

Depuis le 1er janvier 2018, 16 familles et 26 enfants ont déjà été victimes de cette politique au sein du centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot.

Le 28 février au soir, 10 enfants y étaient enfermés, dans des chambres n’atteignant parfois pas plus de 10° C et avec des douches froides ou à peine tièdes. Trois d’entre eux – âgés de 6, 10 et 12 ans – ont manqué la rentrée scolaire. La durée de leur enfermement a atteint 9 jours, en violation manifeste des limites posées par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui considère ce type de traitement comme étant inhumain et dégradant. La CEDH, saisie en urgence, a demandé vendredi 2 mars au gouvernement français de mettre fin immédiatement à leur enfermement.
Parmi ces enfants, plusieurs très jeunes nourrissons ont été enfermés par différentes préfectures, notamment la préfecture de police de Paris et la préfecture du Doubs. Un de ces bébés à peine âgé d’un mois était né prématurément.
D’autres enfants plus âgés ont été confrontés à la violence imposée à leurs parents, aux températures très froides des derniers jours, à la peur de l’expulsion, à leurs parents tentant de résister par la force à un embarquement à bord d’un avion, à la coupure brutale avec leur milieu habituel.

Malgré de multiples interventions d’associations, d’autorités administratives indépendantes comme le Contrôleur général des lieux de privation de liberté ou le Défenseur des droits, les préfets ayant pris ces décisions ainsi que le ministère de l’intérieur ont poursuivi cette politique du pire.

Dans ce contexte de banalisation d’une violence organisée par l’État, certains magistrats de la cour d’appel de Paris ont prononcé des décisions stupéfiantes, considérant qu’ils n’avaient pas à appliquer la Convention européenne des droits de l’homme, qui protège notamment le droit au respect de la vie familiale et les risques de traitements inhumains et dégradants. L’une de ces décisions a défrayé la chronique puisqu’après avoir été notifiée, elle a ensuite été publiée dans une version où le mépris des droits fondamentaux exprimé par le juge avait curieusement disparu.

Pour parachever cette mise à l’écart de la Justice des personnes étrangères parmi les plus vulnérables, nombre de ces familles ont été enfermées en rétention en totale contradiction avec de récents arrêts de la Cour de cassation. Elles étaient visées par une expulsion vers un pays européen responsable de leur demande d’asile (« dublinées »), alors que la plus haute juridiction judiciaire a clairement décidé que cet enfermement n’est pas possible tant que la loi autorisant une telle rétention n’est pas en vigueur.

Entre 2013 et 2017, le nombre d’enfants en rétention en métropole a été multiplié par 7,6 (de 40 à 305). 2018 s’annonce également sous de sombres auspices avec un projet de loi à venir qui ne prévoit aucune protection pour ces enfants, les exposant même potentiellement à une durée d’enfermement trois fois plus longue. À Mayotte, ce sont, chaque année, des milliers d’enfants qui font les frais de cette politique d’enfermement.

La Cimade invite à la signature d’une pétition demandant la fin de l’enfermement des enfants en rétention, et à la remise en liberté immédiate des familles qui subissent ce traumatisme.

Projet de loi sur l’asile et l’immigration : « Un document technocratique et inhumain »

 

par Barnabé Binctin

 

L’avant projet de loi sur l’asile et l’immigration a été présenté jeudi par Matignon pour un semblant de concertation avec les associations, dont certaines ont boycotté la réunion. Ce projet de loi constitue un durcissement sans précédents depuis la Seconde guerre mondiale des conditions d’asile et d’accueil en France. « C’est une succession de dispositifs particulièrement répressifs, qui vont à l’encontre du discours humaniste et ouvert du président de la République », dénonce Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l’Homme.

Le Premier ministre Edouard Philippe a convié hier, à Matignon, les associations à une réunion autour du projet législatif sur l’immigration et l’asile, attendu pour février en Conseil des Ministres. Une réunion présentée comme une étape de « concertation » pour discuter d’un « avant-projet de loi », deux termes réfutés par les acteurs de la société civile : « Un affichage trompeur », estime ainsi le Gisti, qui a décidé avec Médecins Sans Frontières de ne pas répondre à cette invitation. De son côté, la Cimade dénonce « la méthode » : « Ce document word, sans en-tête ni autre souci de mise en forme, n’a aucune valeur juridique. Il n’est pas question de discuter, simplement de nous informer de choix déjà bouclés. Cela illustre le peu de considération que le Gouvernement a pour notre travail », argue Rafael Flichman, porte-parole.

Le document de 4 pages, envoyé mercredi matin soit moins de 36 heures avant le rendez-vous, a été rendu public dans la journée par Le Monde. Il ne comporte aucune nouveauté par rapport aux dernières discussions : « Le cœur du texte est très dur et n’a pas bougé depuis notre dernière rencontre à la place Beauvau, fin novembre 2017 », estime Christian Reboul, en charge des questions de migration à Médecins du Monde. Hormis l’abandon déjà connu du concept de « pays tiers sûr » – qui devait permettre le renvoi de déboutés du droit d’asile vers un pays de transit sans examen du dossier – sont ainsi confirmées les grandes orientations telles qu’elles ont été présentées pour la première fois le 12 juillet dernier : « C’est une succession de dispositifs particulièrement répressifs, qui vont à l’encontre du discours humaniste et ouvert du président de la République, constate Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l’Homme. Ce que le gouvernement appelle lui-même un plan de ’’dissuasion migratoire’’ ».

Allongement de la durée de rétention jusqu’à 105 jours

Parmi ces mesures, on retrouve l’allongement de la durée de rétention : jusqu’alors de 45 jours, la durée maximale des séjours en rétention administrative doublerait à 90 jours, avec possibilité de la proroger pendant 15 jours supplémentaires – « dans le cas où l’étranger fait obstacle, lors de la dernière période de rétention, à l’éloignement » tel que le stipule le texte. « Une absurdité : si on est en centre de rétention, c’est qu’on ne veut pas partir, rappelle Rafael Flichman. En vérité, on étend la possibilité d’enfermement à 105 jours ».

Une mesure d’autant plus inefficace que 90% des expulsions se font dans les quinze premiers jours rappelle d’ailleurs la Cimade, qui déplore « une politique de fermeté pour ’’satisfaire’’ l’opinion publique ». En France, les centres de rétention accueillent près de 46 000 personnes par an, dont moins de la moitié sont finalement expulsés. Pour tous les autres, c’est donc surtout à une privation de liberté beaucoup plus longue qu’ils se destinent.

Les démarches de demande d’asile encore plus difficiles

La durée de la « retenue administrative », mise en place par la loi Valls du 31 décembre 2012, doit aussi être revue à la hausse. De 16h, elle passerait à 24h, devenant ainsi une véritable « garde-à-vue bis pour les étrangers sans-papiers », estime la Cimade, tandis que les pouvoirs d’investigation de la police seront renforcés.

A ces mesures de détention s’ajoute un durcissement des procédures puisque les délais d’instruction de la demande d’asile veulent être réduits : à compter de son arrivée sur le territoire, un demandeur d’asile ne disposera plus que de 90 jours pour effectuer sa demande à l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) contre 120 actuellement. Une gageure au vu des 30 jours aujourd’hui nécessaires pour accéder à un rendez-vous en préfecture. « Cela ne vise qu’à rendre plus difficile les démarches pour le demandeur d’asile, qui n’aura plus le temps et les moyens d’apporter les preuves de ses dires », analyse Malik Salemkour.

15 jours pour sauver sa vie

Le texte se caractérise également par un certain nombre de dispositions faisant reculer les droits des demandeurs d’asile. Ainsi un débouté ne devrait plus disposer que de deux semaines, au lieu d’un mois, pour déposer son recours. Recours qui par ailleurs ne sera plus forcément suspensif : « Concrètement, cela veut dire que la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) pourra statuer sur les cas sans la présence du requérant, décrypte Christian Reboul, qui y fut juge de l’asile pendant 3 ans. Et si la personne n’est pas là pour plaider son parcours et défendre son récit de vie, vous pouvez être sûr que la décision lui sera quasi-automatiquement défavorable. C’est la remise en cause d’un droit fondamental pour le demandeur d’asile ».

Tri des migrants dans les centres d’hébergement

Autre disposition fortement contestée, la « circulaire du 12 décembre » prise par Gérard Collomb qui permet le contrôle de la situation administrative des personnes hébergées en accueil d’urgence, ouvrant la porte au recensement et au « tri des migrants » dans les CHU. Un détricotage du principe inconditionnel de l’accueil, attaqué directement devant le Conseil d’Etat hier par une vingtaine d’associations. Dans le mail présentant la réunion d’hier, le secrétariat du Premier Ministre précisait mercredi que « les questions relatives à la circulaire du 12 décembre sur l’examen des situations administratives seront examinées dans le cadre d’un groupe de suivi spécifique » ; pourtant la mesure prévoyant des échanges d’information entre les centres d’hébergement d’urgence et l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration), en semble bel et bien inspirée. « Pourquoi ne pas prévoir la même chose avec les écoles et les hôpitaux, également ? ironise Malik Salemkour. C’est une mesure indigne de la France, qui est aujourd’hui prête à tout pour chasser les personnes en situation irrégulière ».

« Sortir de cette logique de peur »

« On cherche à faciliter l’éloignement des demandeurs d’asile », corrobore Christian Reboul. En décembre, le Défenseur des droits, Jacques Toubon s’était insurgé contre cette « vision sécuritaire » que porte le gouvernement, pointant une « défaillance par rapport aux droits fondamentaux ». D’ailleurs, le texte se caractérise aussi par ses carences et se montre plutôt incomplet sur les questions d’intégration : « Il n’y a pas d’effort notable en la matière, rien pour rétablir la carte de résident de plein droit par exemple », développe Rafael Flichman.

Quant aux chiffres annoncés – 7500 places supplémentaires pour les demandeurs d’asile en 2018-2019, 5000 places ouvertes en centres provisoires d’hébergement pour les réfugiés – le scepticisme reste de mise, à l’heure où l’Ofpra a enregistré plus de 100 000 demandes d’asile en 2017 : « Cela va dans le bon sens, mais il s’agit de dépasser le stade de l’annonce… », rappelle Malik Salemkour, qui résume ainsi le texte : « C’est un document technocratique et inhumain, qui ne tient pas compte des réalités de terrain. Il faut sortir de cette logique de peur et retrouver un discours humaniste et de confiance sur les migrations ». On en paraît encore loin : dans les grands axes de travail évoqués ainsi par le gouvernement, pas un mot non plus sur le « délit de solidarité » qui sévit en ce moment à l’égard des bénévoles qui aident un peu partout, en France, à l’accueil des exilés.

Barnabé Binctin

Photo : évacuation d’un camp, à Calais, en 2014 / CC Squat Le Monde

Accès aux rendez-vous en préfecture : mobilisation !

 

Rassemblement le 5 mars à 16 h devant la préfecture

 

Avec 80 élus du département qui interpellent le préfet, exigeons
UN ACCES PLUS RAPIDE ET EGALITAIRE
DES ETRANGERS AU SERVICE PUBLIC


Accès au séjour, renouvellements de titre, naturalisations : depuis de longs mois, élus et associations constatent que de nombreux personnes étrangères se heurtent à une difficulté souvent insurmontable : obtenir un RV sur le site de la préfecture ou de la sous-préfecture : Les créneaux sont rares, les quelques RV proposés pris en quelques minutes. Si les files d’attente ont disparu, obtenir un RV relève maintenant de la loterie et peut prendre des mois... délai auquel s’ajoutent l’attente du RV obtenu, puis le temps souvent démesuré pour traiter les dossiers.


Dans une démarche inédite, 80 élus et les associations et syndicats du Collectif du Livre Noir qui prennent position ensemble, s’inquiètent de voir les procédures d’accueil dématérialisées devenir un moyen détourné de gérer l’accès au séjour, de traiter moins de dossiers et de limiter le nombre des régularisations....
Ils condamnent une grave remise en cause du libre accès des usagers aux services publics et de l’égalité devant la loi.
Ils exigent les moyens techniques et humains d’une autre politique !


Cette mobilisation, à l’initiative du RESF, rassemble tous les syndicats et associations du département engagés dans la solidarité avec les étrangers.
Ces acteurs réclament
- un accueil facilité et rapide au service public (y compris avec le maintien d’un accueil physique pour les personnes qui ne disposent pas d’internet),
- le respect de la loi (avec délivrance d’un récépissé dès le premier rendez-vous et une décision rendue dans un délai de quatre mois).
Une conférence de presse est prévue ce lundi à 16 h avec la participation de députés et élus du département, avant l’audience accordée par le Préfet mardi à 10 h.

La honte des Névachais, et la nôtre

 

 

Pour signer, cliquez ICI

 

Migrants : Lettre ouverte au Président de la République

Par Bernard Liger

Pourquoi c'est important


Monsieur le Président,

À Névache, dans les Hautes‐Alpes, la neige tombe depuis plusieurs jours, la Lombarde est parfois brutale ! Les températures nocturnes passent maintenant entre 10 et 15 degrés sous zéro, mais les migrants venant d'Italie continuent d'arriver…

Jeunes, souvent mineurs, ils tentent le passage du Col de l'Échelle (1 700 mètres) pour rejoindre ensuite la ville de Briançon ; 20 kilomètres à pieds si aucun automobiliste ne veut ou ne peut les prendre en charge. À moins qu’un fourgon de gendarmerie ne les intercepte pour les reconduire à la frontière, de jour comme de nuit, sans tenir compte de la réglementation concernant les mineurs isolés ou les demandeurs d’asile. Ils ont des ordres, disent‐ils ! Des ordres pour ne pas respecter la réglementation ?

Ces migrants, d'Afrique subsaharienne et le plus souvent francophones, sont pourtant prêts à tout pour rejoindre notre pays et y rester pour reconstruire dignement leur vie en travaillant. Nous devrions en être fiers.

Dans les conditions actuelles, nous les accueillons comme des terroristes en leur appliquant une législation antiterroriste qui n'a pas été faite pour eux ! La lecture du code Schengen des frontières est, à cet égard, très claire.

Vous avez, nous dit‐on, découvert récemment, à la suite d'un reportage de CNN, l'horreur des marchés aux esclaves de Tripoli.
Quelques contacts directs avec les Névachais ou les Briançonnais vous en auraient appris bien davantage, depuis deux ans au moins.
Ancien officier formé à Saint‐Cyr, je m'interroge sur ce que pouvaient bien faire nos services de renseignement !?
Pourtant, mais vous n'avez pas abordé cette question en nous parlant des marchés de Tripoli, l'Union Européenne (dont l'Italie et la France) paît les gardes‐côtes libyens pour récupérer en mer un maximum de migrants et les renvoyer en Libye ; où ils les revendent peut‐être, une deuxième fois ?
L'Union Européenne et notre pays (qui revendiquent leurs racines chrétiennes quand cela les arrange) contribuent ainsi au bon fonctionnement d'un commerce que l'on croyait à jamais disparu.

Bilan de ce long voyage : lorsqu'il parvient sur notre territoire, un migrant a souvent perdu le tiers de ses compagnons de route entre le Sahara, la Libye, la Mer Méditerranée et la France.

Aujourd’hui, l’hôpital de Briançon en ampute certains qui ont « pris froid » dans la montagne au péril de leur vie. Devons nous attendre des morts pour que nos institutions réagissent humainement ?

On comprend que, pensant arriver dans la commune de Névache au terme d'un voyage qui aura souvent duré deux ans, rien ne les empêchera de s'engager dans la traversée du Col de l'Échelle, quelles que soient les conditions.

Pour nous, Névachais, l'impératif humanitaire s'impose même si les forces de l'ordre s'efforcent de nous en dissuader. Il faut les retrouver si possible, les recevoir, les remettre en forme, les soigner puis les conduire à Briançon où ils pourront commencer à traiter leurs problèmes administratifs avec les associations en charge de ces questions.

Au cours du mois de décembre, nous avons dû, à six reprises au moins, faire appel au « Secours en Montagne » pour leur éviter la mort, non sans éviter gelures et traumatisme divers.

Pas encore de morts reconnus, mais cela viendra, Monsieur le Président.

Et tout cela avec des bénévoles non seulement sans aide de l'État mais au contraire sous la menace des forces de maintien de l'ordre. À vouloir faire œuvre humanitaire, nous Névachais et Briançonnais, sommes traités comme des délinquants ! On nous interdit de prendre un Africain en stop, quelles que soit la température et l'heure !

Depuis quand l'automobiliste devrait‐il refuser un passager au seul vu de sa couleur ?

Dans la Clarée, Monsieur le Président, nous refusons l'apartheid !

Quelles que soient les menaces, nous ne pouvons refuser l'action humanitaire, à commencer par le secours à personnes en danger, lorsque les pouvoirs publics abandonnent cette mission. Les ordres reçus ne sont pas de pratiquer une action dignement humaine mais de renvoyer en Italie un maximum de migrants au mépris de leurs droits.

Où est la solidarité européenne, Monsieur le Président ?

Monsieur le Président, je sais que nous ne sommes pas les seuls français dans cette situation. Vous vous trouvez dans une position qui durera aussi longtemps que l'on ne prendra pas le mal à ses sources, réchauffement climatique, sous développement de nos anciennes « colonies » et autres.

Vous savez vendre des avions, pour tuer ! Pouvez‐vous prendre en considération la misère de ces migrants, comme le Pape François y invite nos contemporains ?

Les Névachais et les Briançonnais, respectueux de la loi, sont prêts à travailler avec les services de l'État pour trouver des solutions, à condition que l'État accepte de les entendre, ce qui n'a pas encore été le cas, et de les entendre sans vouloir en faire des auxiliaires de police ! Nous pourrons alors retrouver la fierté de nos cimes et redonner à notre pays l'honneur qu'il est en train de perdre et que nous perdons tous avec lui.

Souvenons‐nous de ces milliers d'Africains morts pour la France au cours des deux dernières guerres mondiales. Ce sont leurs petits‐enfants que nous devrions laisser mourir dans la neige ?

Pour l'ancien Saint‐Cyrien que je suis, dont la promotion porte le nom d'un colonel Géorgien mort au combat, de telles perspectives sont insupportables, Monsieur le Président. Nous comptons encore sur vous mais le temps presse.

Bernard Liger – citoyen de Névache (05100)
eMail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Tél. 06 08 99 62 56
‐‐‐
Quelques liens récents :
Libération : http://www.liberation.fr/france/2017/12/17/migrants‐les‐sommets‐de‐la‐honte_1617322
RTBF : https://www.rtbf.be/auvio/detail_france‐sauvetage‐en‐montagne‐de‐migrants?id=2290812
Radio Nova : https://twitter.com/laRadioNova/status/932499508767977472?s=09
Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/actualite‐france/2017/02/10/01016‐20170210ARTFIG00157‐raphael‐krafft‐le‐journaliste‐qui‐a‐aide‐des‐migrants‐a‐passer‐la‐frontiere.php
France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/le‐magazine‐de‐la‐redaction/quand‐les‐mineurs‐africains‐sont‐abandonnes‐dans‐la‐montagne
France Info : https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/col‐de‐l‐echelle‐la‐traversee‐a‐hauts‐risque‐des‐migrants_2512131.html
Le Temps : https://www.letemps.ch/monde/2017/11/17/col‐lechelle‐jeunes‐migrants‐pieges‐froid‐renvoyes‐france?utm_source=facebook&utm_medium=share&utm_campaign=article
Torino Corriere : http://torino.corriere.it/cronaca/17_dicembre_11/val‐susa‐migranti‐tentano‐passaggio‐francia‐neve‐finiscono‐congelati‐617165fa‐de6e‐11e7‐b187‐5e2bcfb79ac2.shtml
Ou encore :
Change.org : https://www.change.org/p/alertons‐sur‐les‐pratiques‐%C3%A9tatiques‐vis‐%C3%A0‐vis‐des‐migrants‐%C3%A0‐la‐fronti%C3%A8re‐franco‐italienne‐et‐en‐france/fbog/211745316?recruiter=211745316&utm_source=share_petition&utm_medium=facebook&utm_campaign=autopublish&utm_term=share_petition
Bestmedia : https://www.facebook.com/ruben.bansimbavi/videos/1302753259762175/

 

Cette pétition sera remise à:Emmanuel Macron

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