Médias

Tous boliviens !

 

Le texte a été mis en ligne dans un petit coin du site de France Télévisions. On aurait pu le rater. D'ailleurs, beaucoup de télespectateurs l'auront raté. François Lenglet, l'homme des graphiques de feue l'émission Des paroles et des actes, y admet que le président bolivien Evo Morales n'était pas corrompu. Quelques jours plus tôt, devant des millions de télespectateurs, Lenglet avait lancé à Mélenchon : "Evo Morales, président de la Bolivie, est aujourd’hui empêtré dans des scandales de corruption considérables. […] C’est un corrompu. […] La petite amie de M. Morales, qui est la mère de son fils, a bénéficié de 500 millions de dollars de commandes publiques, allez m’expliquer que tout cela est normal!"

Mensonge proféré en pleine lumière, à la lueur des projecteurs. Rectificatif planqué dans un coin. Et même dans ce recoin, Lenglet aura mesuré chaque mot de son rectificatif. S'il admet que "les termes employés n'étaient pas appropriés", il ne présente pas d'excuses pour autant. Ni à Morales, ni à Mélenchon, ni aux télespectateurs. On ne va tout de même pas s'excuser devant la plèbe.

Il faut lire notre enquête sur l'affaire Gabriela Zapata (1), à l'origine de cette accusation. Tout n'y est certes pas clair. C'est une véritable télénovela qui doit bien amuser les Boliviens, avec textos torrides sur smartphone prétendûment volé (des textos torrides envoyés par un responsable politique, il n'y a bien qu'en Bolivie, qu'on voit ce genre de choses (2)). Des rebondissements sont peut-être encore à attendre. Sauf que voilà. A l'heure où parlait Lenglet, Morales a été blanchi par une commission d'enquête parlementaire. Point final. Mais l'objectif a été atteint : salir Mélenchon, lequel jette sa pelletée de terre (3) sur feue l'émission.

C'est dans cette même émission, que Mélenchon a été interrogé par "un boulanger", favorable à la loi Travail. Très bien. Vive la société civile, d'où jaillit la Parole Vraie. Sauf que "le boulanger" a été, ès-qualité de "meilleur boulanger de France", le fournisseur de baguettes de l'Elysée, en 2010 et 2015 (4), ce que Pujadas n'avait pas précisé en le présentant. Décidément, à France 2, ils sont experts en choix de Français Porteurs de Parole Vraie pour interroger les politiques. On se souvient qu'une syndicaliste de Doux, Nadine Hourmant, avait été, in extremis, rayée par l'Elysée de la liste des Français chargés d'interroger Hollande (5). Notez bien que Field et Pujadas n'avaient pas été, pour interroger le président, jusqu'à sélectionner son boulanger. "En Amérique latine, les medias sont des acteurs politiques", disait l'un des invités de notre dernière émission (6). Je ne me suis jamais senti autant latino-américain.

 

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