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Trump, Zuckerberg : du bien-être et des trous à merde.

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Et si la dernière volte-face de Facebook était une bonne nouvelle pour la presse ?

Deux nouvelles du matin, en provenance des glorieux Etats Unis d'Amérique, où se décide encore un peu l'avenir de la planète. D'abord, Donald Trump a traité les pays africains et Haïti de "pays trous à merde" ("shithole countries"). Le président s'exprimait devant des parlementaires, à propos de l'immigration. Il regrettait que les Etats-Unis d'Amérique n'accueillent pas davantage d'immigrés norvégiens, la Norvège étant dans son esprit, si on comprend bien, l'exact contraire d'un "shithole country". La Norvège sera flattée.

La deuxième nouvelle, c'est que le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, vient d'annoncer un changement profond dans l'algorithme du réseau. Davantage de place sera accordée, dans le fil d'actualités, aux nouvelles de la famille et des proches des internautes, au détriment des nouvelles provenant des medias et des marques. Ainsi, se connectant le matin au réveil, on recevra les dernières photos de chats des enfants et des neveux, avant (et peut-être même à la place de) la dernière éructation de Trump, et de son cortège d'émoticones sidérés.

Pour expliquer cette décision, un responsable de Facebook a cité plusieurs études, ayant montré "que les interactions avec des proches favorisent le bien-être, bien plus par exemple que le fait de lire des articles de presse". Représentant de l'Amérique polie, Mark Zuckerberg n'a pas qualifié les nouvelles produites par les medias "d'infos trous à merde" (shithole news), mais c'est l'esprit.

Sans tarder, plusieurs éminents journalistes français s'alarment de cette dernière information. Comment donc ! Mais si Facebook nous fait rétrograder dans l'algorithme, que vont devenir nos vidéos, nos articles, et même nos médias, désormais shootés à Facebook ? Ils n'osent certes pas s'alarmer trop fort. Ces derniers mois, le robinet à dollars de Zuckerberg s'est ouvert pour eux. Parcimonieusement, pour subventionner un simulâcre de chasse aux fake news. Et un peu plus généreusement, pour produire des "Facebook live" à l'intérêt discutable. Nous vous avons raconté tout ça. On ne va pas mordre la main qui nous jette des miettes si croustillantes.

Cette réaction d'alarme, si je peux me permettre, me semble alarmante. Pour eux. Pourquoi, au contraire, ne pas accueillir cette décision de Facebook comme une bonne, une formidable nouvelle ? Quelles qu'en soient les raisons (vraisemblablement publicitaires, l'information familiale étant plus "impliquante" pour l'internaute), que Facebook affiche sa volonté de désintoxiquer son public des Fake news, pour les recentrer sur les chatons de la famille, pourrait au contraire les amener eux-mêmes, ces journalistes, à entreprendre leur propre désintoxication de Facebook. A se lancer eux-mêmes à la reconquête du public, avec leurs journaux, leurs radios, et leurs sites, pour lui transmettre ces informations que Facebook souhaite rétrograder et qui, en effet, ne sont pas toujours génératrices de "bien-être".

 

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