Sécuritaire

Une image trompeuse des prisons

«Le gouvernement français donne une image tronquée et trompeuse des prisons»

Patrick Marest, porte-parole de l’Observatoire international des prisons.

Après Bahreïn, l’Algérie et la Suisse, c’est le tour de la France. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU va se pencher sur la question du respect des droits fondamentaux dans notre pays, en applicant sa toute nouvelle procédure baptisée «examen périodique universel». Dans cette perspective, le gouvernement a été invité à rédiger un état des lieux. Une vingtaine d’associations ont également adressé des contributions. Parmi elles, l’Observatoire international des prisons (OIP), dont Patrick Marest est le porte-parole.

Vous êtes choqué par l’état des lieux rédigé par la France ?

Je ne sais ce qui est le plus choquant, des mensonges ou des omissions qui le rendent indécent.

Il donne une image tronquée et trompeuse de la situation des prisons françaises. Par exemple, le gouvernement se vante de la création d’un contrôleur des prisons, alors que sa nomination n’est toujours pas intervenue six mois après le vote de la loi et qu’on va lui substituer un défenseur des droits des citoyens dont les prérogatives annoncées sont moindres.

Le gouvernement reconnaît quand même la surpopulation...

 

Il minimise le problème ! Face à cette réalité dramatique - hausse de 25 % du nombre de détenus depuis 2002, 7 détenus sur 10 souffrant de la surpopulation -,le gouvernement se contente d’affirmer que «des mesures sont prises pour tenter de remédier aux situations les plus critiques». Et il renonce à garantir l’encellulement individuel à ceux qui le souhaitent. «L’objectif fixé par le Parlement en 2000 puis en 2003 ne pourra être atteint à l’échéance du 13 juin 2008», lit-on dans une note de bas de page.

 

Le rapport évoque néanmoins des efforts pour les mineurs et une politique d’aménagements de peine.

 

Le gouvernement se félicite des nouveaux etablissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) en faisant comme si il ignorait le climat délétère qui y règne, la multiplication des accidents, la dérive sécuritaire.

 

En matière d’aménagements de peine, il oublie de préciser que plus de 88 % des condamnés sous écrou ne bénéficient d’aucune mesure d’aménagement et que le taux de libération conditionnelle a chuté de moitié entre 2002 et 2006.

 

Le gouvernement, enfin, ne donne aucune explication sur son refus de limiter la durée des placements à l’isolement, comme le réclame la Cour européenne. La future loi pénitentiaire «s’inspire largement des normes des règles européennes» conclut la France sans plus d’explications. Rien n’est moins évident pour qui a lu l’avant-projet de cette loi.

Recueilli par ONDINE MILLOT

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