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Gens honnêtes : le fichier du 30 octobre

 

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On voudrait nous rendre tous paranos, qu'on ne s'y prendrait pas autrement. C'est reparti pour un tour autour du "fichier des gens honnêtes". Ce sont nos amis de NextINpact (1) qui, dans les profondeurs du Journal Officiel du 30 octobre, ont découvert le décret portant création (2) d'un gigantesque fichier regroupant celui des passeports, et celui des cartes d'identité. 60 milllions de noms au total. Joli scoop, soit dit en passant, et belle riposte aux ingénieux stratèges du coup en douce, qui guettaient la date idoine. Vous auriez pensé, vous, le 30 octobre, au seuil d'un délicieux pont ensoleillé, à aller fouiller dans le décret numéro 18 du ministère de l'Intérieur sur le site du Journal Officiel ? Moi pas.



Pour le fichier, sonnez au numéro 18...

A priori pourquoi pas ? Le fichier des passeports existe, celui des cartes d'identité aussi. Pourquoi, pour des raisons d'efficacité, ne pas les fusionner ? Certes, le Conseil constitutionnel avait retoqué un projet similaire porté par la précédente majorité, en mars 2012 (et contre lequel s'était élevé avec éloquence un certain Jean-Jacques Urvoas (3)). Mais le projet Valls-Cazeneuve est moins ambitieux, assure-t-on. Le gigantesque fichier, comportant des données biométriques (photo du visage, couleur des yeux) ne sera pas utilisé aux fins d'identification des fichés, mais seulement d'authentification de leurs documents. OK. Sauf que cette barrière, posée par un décret, un autre décret du 13 juillet ou du 14 août pourra la lever. L'outil sera désormais constitué. Aux petites heures du matin, je ne voudrais pas tirer trop de conclusions hâtives, dans cet éternel débat hautement technique. De ce que je comprends des craintes exprimées, en 2012, par les plus éminents spécialistes (4), la crainte principale est celle de la porte ouverte à la généralisation de la reconnaissance faciale, sur fond d'ambiance anti-terroriste, évidemment. On note aussi que la CNIL, dûment consultée, a exprimé des réserves. Disons simplement que la création de cet outil mérite un vaste débat public, par exemple -soyons fous !- parlementaire, et que l'entourloupe du 30 octobre sonne, à tort ou à raison, comme une sorte d'aveu.

Etrange surnom médiatique, soit dit en passant, que celui de ce fichier des "gens honnêtes". Qui l'a inventé ? Ses partisans dans l'appareil d'Etat, ou ses adversaires, défenseurs des libertés numériques ? On ne comprend pas trop s'il est censé rassurer, en rappelant que tout le monde sera fiché à la même enseigne, ou inquiéter en rappelant...la même chose. Mais peu importe : il est toujours vaguement inquiétant de sentir qu'on cherche trop à nous rassurer.

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