Sports

Un juge demande la censure des « Football Leaks » dans toute l’Europe

 

Par Fabrice Arfi

C’est une tentative de censure à l’échelle d’un continent. Un magistrat espagnol a fait savoir qu’il allait solliciter la coopération judiciaire européenne pour demander le retrait des Football Leaks des douze médias membres du consortium European Investigative Collaborations (EIC), dont Mediapart, à l’origine de la révélation du scandale.

C’est une tentative de censure inédite, à l’échelle de tout un continent. Un magistrat espagnol a fait savoir qu’il allait solliciter la coopération judiciaire européenne pour demander le retrait des Football Leaks, la plus grande fuite de l’histoire du sport, des douze médias membres du consortium European Investigative Collaborations (EIC) à l’origine de la révélation du scandale, dont Mediapart en France. Juge d’instruction basé à Madrid, Arturo Zamarriego Fernandez enquête depuis plusieurs mois sur un présumé vol de données confidentielles au sein du cabinet d’avocats Senn Ferrero, qui conseille certaines des personnalités du ballon rond (Ronaldo, Mourinho, Mendes…) mises en cause par les premières révélations de Football Leaks.

À la demande du même cabinet, qui affirme avoir été la cible d’une cyber-attaque – ce dont se défend la source à l’origine des Football Leaks (voir son histoire ici) –, le juge Zamarieggo Fernandez a rendu, le 29 novembre, une première injonction judiciaire imposant à notre partenaire espagnol El Mundo de ne pas publier Football Leaks. Une décision gravement attentatoire à la liberté d’informer que le quotidien espagnol n’a pas respectée. Mais l’envie de censure du juge ne s’est pas arrêtée là. Le 2 décembre, jour de la révélation des Football Leaks, il a rédigé une seconde injonction dans laquelle il a donc fait connaître son intention de solliciter une coopération judiciaire européenne pour étendre l’interdiction de publication à tous les médias membres de l’EIC (France, Allemagne, Italie, Portugal, Angleterre…).

Le juge Zamarieggo Fernandez évoque dans son injonction l’existence d’« informations volées des serveurs électroniques de Senn Ferrero », qui ont un caractère « confidentiel, fiscal et légal pour ses clients ». Stigmatisant des « faits délictuels qui portent atteinte aux conversations privées », à la « violation de l’intimité » et risquent de mettre en difficulté sa propre enquête, le magistrat rappelle que de tels faits sont punissables, en Espagne, d’une peine de cinq ans de prison...

 

(Suite de cet article sur mediapart.fr)

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