De quoi Mandela est-il le nom ?

 

 

Certains évoquent la vie de Nelson Mandela comme on révise un livre d’histoire, avant de le rendre officiel. Le Monde en parle comme d’un apôtre de la non-violence, annonce un consensus universel, brode sur l’unanimité. Le cœur des journaux à grand tirage en fait un héros consensuel, arrondissant tous les angles pour saluer le grand homme. La droite, qui fut complice du régime d’Apartheid, s’émeut de sa disparition. Et François Hollande aura fini de se discréditer en invitant Sarkozy, l’homme du discours de Dakar - celui donc qui considère que les Africains ne sont pas encore « entrés dans l’histoire », pour l’accompagner à l’hommage mondial.


 

Or, Mandela est le nom du refus de l’injustice et de l’inégalité, de l’exploitation et de la domination. Mandela est le nom du combat pour les droits humains et pour l’éducation, contre des systèmes politiques et économiques cyniques. Mandela est le nom d’un mouvement collectif, populaire, et non celui d’un homme providentiel, notion qu’il réfutait constamment.

 

Mandela légitima la violence quand il n’existe pas d’autres solutions pour s’émanciper. Mandela réfuta toutes les tentatives d’opposer les pauvres entre eux, concrétisant la volonté de les unir par l’émancipation. Après avoir été dans ses jeunes années hostiles à l’idée d’une société et d’une lutte multiculturelles contre l’Apartheid, il s’attacha constamment à faire converger un certain nationalisme africain, la lutte contre l’Apartheid et la lutte pour l’égalité sociale. Débarrassé au fil des ans de tout dogmatisme, il assumera ensuite, toujours et à la fois d’avoir été séduit par les idées communistes - par ses lectures et ses rencontres - et d’avoir été un ami du Parti communiste sud-africain. C’est ainsi que Mandela est devenu le nom de l’émancipation, une émancipation populaire conquise par une lutte acharnée et pragmatique. Et une émancipation loin d’être aboutie, comme les inégalités abyssales de l’Afrique du Sud d’aujourd’hui, sur fond de politiques économiques d’essence libérale, en témoignent.

 

Mandela n’appartient à personne. Il valait peut-être mieux moquer, ou chanter et danser avec le peuple de l’ANC présent au stade de Soweto, que pleurer à regarder les Tartuffe lors de l’hommage des (prétendus) maîtres du monde. Comme l’écrivait Molière à son époque : l’hypocrisie est un vice à la mode. Mandela n’appartient à personne ? Surtout pas à ceux qui gouvernent ; beaucoup plus à ceux qui ne versent pas des larmes de crocodiles ; et plus encore à ceux qui font que le combat du Grand Lion continue.

 

● Gilles Alfonsi 

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