Un autre monde

Les rapports nord-sud selon Macron

Guerre au Yémen

Pour la paix

 

Par Raoul Marc Jennar

Nous sommes gouvernés par des irresponsables ou par des lâches, souvent par les deux. S’il en était autrement, les peuples n’auraient pas subi les deux guerres mondiales. Car la guerre n’est pas une fatalité, même s’il est des facteurs et des acteurs qui y poussent.

Depuis trois ans, nous commémorons la guerre 1914-1918. Nous commémorons, mécaniquement, car la compassion est devenue un comportement de circonstance. Nous commémorons sans conséquence. Où sont les colloques, les livres, les débats qui devraient interroger les causes de cette horrible boucherie qui en a engendré une seconde plus terrible encore ? Où sont les analyses des fautes politiques commises par les différents gouvernements ? Je suis consterné par l’aisance avec laquelle on utilise le mot « guerre ». Certes, le vocabulaire guerrier dont s’empare les politiciens sert bien souvent à tenter de faire croire qu’ils sont des hommes d’ordre et d’autorité. On a vu ainsi un candidat à l’élection primaire du Parti Socialiste soucieux d’entretenir son image de chef, affirmer sans rire que Trump avait « déclaré la guerre à l’Europe ». Et pourquoi pas, tant qu’on y est, endosser les habits de Churchill et annoncer du sang et des larmes ?

Il est des mots qu’on ne devrait utiliser qu’avec parcimonie et celui qui désigne la pire des calamités, la guerre, est de ceux-là. Même le terrorisme qui provoque tant de souffrances n’est en rien comparable à ce qu’est vraiment la guerre telle qu’on la connue dans ses dimensions mondiales ou telle qu’elle frappa le Vietnam et frappe encore le Moyen Orient. Et on a bien vu les conséquences catastrophiques des conflits provoqués par les apprentis sorciers qui ont plongé l’Afghanistan, l’Irak, la Libye dans le chaos causant des centaines de milliers de victimes. N’est-il pas inquiétant d’avoir vu croître la cote de popularité du chef de l’État chaque fois qu’il s’est érigé en « chef de guerre » ? L’outrance des propos n’est que l’art des bouffons et des pitres. Mais ne sont-ce pas des bouffons et des pitres, fort dangereux par ailleurs, qui ont provoqué les pires des calamités ? De sinistres bouffons comme Guillaume II, Hitler, Saddam Hussein, Kadhafi. Mais, en face d’eux, de dangereux pitres comme Asquith et Viviani, Chamberlain et Paul Reynaud, G.W. Bush et Sarkozy.

L’usage d’un vocabulaire belliciste peut conduire à des comportements qui en découlent. La paix est redevenue un vrai sujet de préoccupation.

jennar.fr

Métropole redistribuant à la Guyane (allégorie)

S’indigner pour Alep... mais un peu trop tard

 

 

Par Pierrick Tillet

Un véritable déluge. Non seulement de bombes sur Alep, mais d’indignations déversées par les médias occidentaux sur le sort tragique des civils qui y meurent. Sauver Alep, d’accord, mais de qui ? Alep est la seconde ville de Syrie, un point de communication stratégique pour le pays. Aujourd’hui, Alep est occupée par les milices jihadistes d’Al-Nosra, c’est-à-dire Al-Qaïda. Que faire à Alep ? Laisser la ville aux milices islamistes d’Al-Nosra (qui viennent d’ailleurs de changer de nom, mais qu’importe) ?

Arrêtons avec le mythe éventé des “rebelles modérés qui résisteraient depuis des mois à l’armée syrienne et à l’aviation russe. Avec quel armement et quel financement, au fait ? Va-t-on nous faire croire que l’armée syrienne et l’aviation russe bombardent gratuitement des quartiers peuplés uniquement de paisibles civils ? Ce qui se passe à Alep est une tragédie, oui. Mais avant d’être une tragédie, c’est d’abord un fait de guerre qui s’inscrit dans un conflit de longue durée qui ravage tout le Moyen-orient depuis des décennies. Non pour des raisons humanitaires ou “démocratiques”, mais pour une domination stratégique sur les ressources énergétiques qui inondent le sous-sol de cette région.

Les guerres entraînent hélas toujours des tragédies et des morts innocents. Durant la Seconde guerre mondiale, pour libérer la France occupée, les Alliés écrasèrent sous un tapis de bombes des villes comme Lorient et Le Havre avec tout ce qu’elles comptaient comme habitants. Combien de victimes civiles en Afghanistan, en Irak, en Libye, à Gaza… ? Faut-il rappeler qu’avant l’entrée en scène des Russes, la coalition occidentale bombarda un an durant des positions supposées occupées par l’État islamique ? Pas de martyrs innocents dans le coin ? Et au Yémen où interviennent des conseillers militaires britanniques auprès des forces saoudiennes, pas d’hôpitaux et d’écoles écrasés sous des bombes made in USA, France, Germany… ?

Une indignation sélective et impuissante

Alors, sauver Alep, oui. S’indigner pour les morts sacrifiés d’Alep, oui. Mais ce torrent d’indignation consacrée aux seuls malheureux habitants d’Alep a quelque chose d’indécent et de trop exclusivement sélectif pour ne pas s’interroger sur la valeur de cette compassion médiatique. Pourquoi pas, pendant qu’on y est, sauver Mossoul (1,5 millions d’habitants civils innocents) que les avions français Rafale s’apprêtent à bombarder pour en chasser Daech ? Cette indignation sélective révèle d’ailleurs l’impuissance occidentale et sa déroute au Moyen-orient. Les indignés à œillères croient-ils qu’ils vont convaincre l’armée syrienne et l’aviation russe d’arrêter leur offensive, ou les “rebelles modérés” d’Al-Nosra de cesser leurs contre-offensives pour récupérer les quartiers perdus ? Quelle est la cible de cette propagande : mobiliser les citoyens-lambda aux États-Unis et en Europe contre le satan Poutine ? Et pour quoi faire : justifier des bombardements de la coalition occidentale sur les quartiers d’Alep occupés par l’armée syrienne ? Demander un cessez-le-feu ? À qui ?

Tout ça est absurde ! Cette indignation médiatique est pathétique. Si les autorités politiques, les médias et les citoyens européens-lambda se préoccupent tant du sort des victimes innocentes, qu’ils commencent donc à balayer devant leurs portes pour accueillir dignement les centaines de milliers de réfugiés syriens, afghans, africains qui souffrent et meurent à leurs frontières.

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