Un autre monde

Retour complet de la France dans l’OTAN

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Par Claude Angeli

Un très discret projet de loi prévoit de réintéger toutes les instances militaires de l’Alliance. Celles que le général de Gaulle avait rejétées, car trop soumises à Washington.

Le 4 janvier à l’Élysée, le Conseil des ministres a approuvé un très important projet de loi avec une pudeur inhabituelle. Préparé sans bruit au Quai d’Orsay, ce texte prévoit la réintégration complète de la France et de son armée dans les instances militaire de l’OTAN. Le tout sera soumis au vote du Parlement. Comme souvent, afin d’éviter, autant que possible, un débat gênant avant le vote des députés et des sénateurs, le gouvernement avance masqué. Voilà trois mois, avant même les attentats du 13 novembre, ce fut déjà le cas. "L’intervention de l’armée en France contre Daech", écrivait alors Le Canard, est envisagée en catimini, et des textes sont en préparation, sous le contrôle de Manuel Valls, pour définir "un cadre juridique" à ces opérations militaires, sans aucun rapport avec Vigipirate.

Ce camouflage gouvernemental se révélera payant. Aucun article, sauf erreur, avant décembre, dans les autres médias nationaux. « Ce retour socialiste dans l’OTAN », selon la formule ironique d’un diplomate, ne s’effectuera peut-être pas sans heurts. Dans l’armée, au Quai d’Orsay, à l’Assemblée, au Sénat et chez les spécialistes de la Défense, il doit bien se trouver encore des gaullistes, même modérés, et des souverainistes de tous bords capables de nourrir un débat public. Avant que le Parlement ne se mette au garde-à-vous.

Tête-à-queue socialiste

C’est en 1966 que de Gaulle décide de prendre des distances avec l’OTAN, afin, dit-il, de « recouvrer le plein exercice de la souveraineté nationale ». États-majors et militaires américains font aussitôt leurs bagages et partent s’installer à Mons, en Belgique, tandis que les forces françaises ne sont plus mises à la disposition des chefs de l’OTAN. Nouveaux venus à l’Élysée, en 1981 et en 2002, Mitterrand et Chirac se montrent bien moins hostiles à la Grande Amérique que leur fameux prédécesseur, et, sous leur présidence, « des liens plus politiques que militaires » sont renoués avec l’OTAN, selon un expert en stratégie.

En 2009, Sarkozy ne se cache pas, lui, d’être pro-américain. Il décide de « réintégrer » certaines instances militaires de l’OTAN, auxquelles accèdent plusieurs généraux français, mais il hésite à sauter le pas. Il se garde de ratifier le « Protocole de Paris », qui vaut « acceptation » de la doctrine de l’OTAN. Malgré cette relative prudence, le PS ne l’épargne guère, à l’instar des autres partis de gauche. À peine élu à la présidence, Hollande veut savoir si Sarkozy n’a pas été trop loin, et il demande à Hubert Védrine de l’éclairer sur ce point. Le 14 Novembre 2012, l’ancien ministre des Affaires Étrangères de Mitterrand lui remet un rapport des plus vachards. « La France doit garder sa vision propre. Elle ne doit pas s’en remettre à l’OTAN. Elle doit investir dans une réflexion stratégique », conseille Védrine au nouveau chef de l’État. Et, insiste-t-il, les commandements militaires de l’OTAN sont la « courroie de transmission du Pentagone ».

Si des parlementaires ignorent encore cette réalité, il faut les « affranchir », avant qu’ils ne soient invités à accepter ce nouveau tête-à-queue socialiste.

Le Canard Enchaîné N° 4969 du 20 janvier 2016