Un autre monde

Nethanyahu go home !

Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens

 

La « saison croisée » France-Israël doit être annulée.

 Le criminel de guerre Netanyahu doit être interdit de séjour en France
Manifestons partout en France le 5 juin !

La « saison croisée France-Israël » va regrouper, de juin à novembre, des dizaines d’événements en Israël et en France. Pour Israël, il s’agit de reconstruire une image positive, de tenter, à travers la science, l'art et la culture, de le blanchir de ses crimes. Cette « saison croisée » doit être inaugurée à Paris le 5 juin par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, conjointement avec le président de la République Emmanuel Macron.

En quelques semaines, les tirs de l’armée israélienne contre les manifestants de Gaza, non armés, qui protestent contre un blocus inhumain qui dure depuis 11 ans, ont fait 120 morts et plus de 13 000 blessés, dont 3 500 par balles, conçues pour infliger des mutilations et handicaps à vie.

Pendant ce temps, en toute impunité, Israël et les États-Unis fêtaient le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, en contradiction totale avec le droit international et les résolutions de l’ONU.

La France a condamné l’un et l’autre. Mais que peuvent les paroles contre un pouvoir israélien qui se croit tout permis, fort du soutien inconditionnel des États-Unis de Trump, et l'absence de sanction ? Il est grand temps de passer de la parole aux actes.

Nous demandons l’annulation de cette saison croisée et de son inauguration le 5 juin :

 

  • une fois encore, les crimes de guerre commis récemment par Israël sont d'une extrême gravité, et la tentative de les blanchir par cette « saison croisée » est d'une indécence absolue. Cet événement serait en contradiction totale avec le signal clair et le ferme avertissement qu'il faut adresser à Israël.
  •  
  • Netanyahou, criminel de guerre, n’a rien à faire en France,
  •  
  • la date du 5 juin, l’anniversaire du déclenchement par Israël de la « guerre des 6 jours », qui a conduit à l’occupation de nouveaux territoires par la force et une nouvelle catastrophe, la Naksa, pour le peuple palestinien, ajoute un facteur supplémentaire à cette provocation.

 

Partout, nous porterons l’exigence de la reconnaissance des droits du peuple palestinien – dont le droit au retour – et de la reconnaissance par Israël des crimes qu’il a commis. Nous demandons que, déjà, la France reconnaisse l’État de Palestine avec Jérusalem-Est comme capitale, comme l'ont demandé au gouvernement nos élu-e-s des deux chambres.

C’est l’impunité d’Israël qui autorise à tuer les Palestiniens comme elle tue toute humanité de la part du pouvoir israélien : il est urgent d’y mettre fin, et d’appliquer des sanctions contre l’État d’Israël et particulièrement la Suspension de l'Accord d'Association UE/Israël.

Nous appelons à manifester partout en France le 5 juin contre la venue de Netanyahou et pour l’annulation de la saison croisée France-Israël.

À Paris, nous appelons à nous joindre au rassemblement

Esplanade des Invalides à partir de 18h30.

 

Non à la venue de Netanyahou en France, c’est un criminel de guerre !

Annulation immédiate de la saison croisée France-Israël !

 

Organisations du CNPJDPI signant cet appel :

Agir Contre le Colonialisme Aujourd’hui (ACCA) – AFD International – AILES Femmes du Maroc - Alternative Libertaire (AL) - Américains contre la guerre (AAW) - Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) - Association des Tunisiens en France (ATF) - Association France Palestine Solidarité (AFPS) - Association Nationale des Elus Communistes et Républicains (ANECR) - Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne (ATTAC) - Association pour les Jumelages entre les camps de réfugiés Palestiniens et les villes Françaises (AJPF) - Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC) - Association Universitaire pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP) - Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP) - Cedetim / IPAM - Collectif des Musulmans de France (CMF) - Collectif Faty Koumba : Association des Libertés, Droits de l'Homme et non-violence - Collectif interuniversitaire pour la coopération avec les Universités Palestiniennes (CICUP)- Collectif Judéo-Arabe et Citoyen pour la Palestine (CJACP) - Collectif Paix Palestine Israël (CPPI Saint-Denis) - Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient (CVPR PO) - Comité Justice et Paix en Palestine et au Proche-Orient du 5e arrt (CJPP5)  - Droit-Solidarité – Ensemble ! - Europe Ecologie les Verts (EELV) – Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) - Fédération Syndicale Unitaire (FSU) – Forum Palestine Citoyenneté - Génération Palestine - La Courneuve-Palestine - le Mouvement de la Paix - les Femmes en noir - Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté, section française de la Women’s International League for Peace and Freedom (WILPF) (LIFPL) - Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) - Mouvement Jeunes Communistes de France (MJCF) – Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) - Organisation de Femmes Egalité - Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF) - Parti Communiste Français (PCF) - Parti de Gauche (PG) - Parti de l'émancipation du peuple - Participation et Spiritualité Musulmanes (PSM) – Socialistes pour la Paix – Sortir du colonialisme - Syndicat National des Enseignements de Second degré (SNES/FSU)  - Une Autre Voix Juive (UAVJ) - Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens (UTIT) – Union Juive Française pour la Paix (UJFP) -Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) - Union syndicale Solidaires

Quelle banderole politique les villes ont-elle le droit d’afficher ?

 

Par Lecteur

En rétention administrative en Israël depuis août 2017, Salah Hamouri, avocat franco-palestinien marié à une Ivryenne, Elsa Lefort, fille de l’ancien député communiste Jean-Claude Lefort, a fait l’objet en septembre dernier d’un portrait par le graffeur C215, dessiné au coin de la rue Molière et du boulevard Brandebourg à Ivry-sur-Seine. La ville en a tiré une affiche qu’elle a apposée devant la mairie d’octobre à mi-avril, date à laquelle le portrait, vandalisé, a été retiré pour être restauré.

À Ivry, la pratique de la banderole politique est assez coutumière, et la commune affiche actuellement une autre banderole qui proteste contre « la mise sous tutelle des collectivités locales par l’État au travers de la contractualisation » ainsi qu’une troisième pour exiger le Droit de visite de Claude Mangin-Asfari à son époux emprisonné au Maroc, Naâma Asfari, citoyen d’honneur de la ville. Ce 30 avril, le courrier adressé au maire d’Ivry-sur-Seine par la préfecture du Val-de-Marne a toutefois ciblé uniquement celle concernant Salah Hamouri. « Il m’a été signalé l’apposition d’une banderole en soutien à Monsieur Salah Hamouri sur le fronton de l’Hôtel de ville de votre commune, ressortissant franco-palestinien, placé en détention administrative en Israël depuis le 23 août 2017. Je vous rappelle que le principe de neutralité des services publics s’oppose à ce que soient apposés sur les édifices publics des signes exprimant des opinions politiques tels qu’un drapeau symbole d’une revendication politique », faisait savoir la préfecture, demandant à la ville de respecter le principe de neutralité des collectivités locales.

Pour Philippe Bouyssou, maire PCF de la ville, il s’agit d’un regard « sélectif » de la part de l’État, au regard de la « ligne éditoriale débordante » des banderoles apposées sur le fronton de la mairie. « Cela signifie-t-il que prendre position contre une disposition de la loi de Finances ou en faveur du Droit de visite de l’épouse d’un prisonnier politique Sahraoui ne contreviendrait pas au fameux principe de "neutralité" que vous évoquez ? Ou bien que par votre plume l’État se rendrait lui­-même coupable d’une totale absence de neutralité ? Ou pire encore que vous vous contentiez de retraduire une forme de délation sans en avoir fait vérifier le fondement ? » , accuse l’édile qui fait par ailleurs remarquer que le portrait dont il est question n’est actuellement plus apposé en mairie, étant en cours de restauration.

Sur le fond, l’élu s’oppose à la demande de la préfecture de respecter le « principe de neutralité ». « Est-il nécessaire de vous rappeler que les collectivités locales sont dirigées par des assemblées élues qui à ce titre exercent un mandat politique porteur de valeurs ? » tance l’édile. « Dans une période où la libre administration des communes est remise en cause par la contractualisation, vous comprendrez que la confusion que vous opérez entre "collectivité locale" et "service public" constitue une véritable atteinte à la démocratie dont je doute que les services de l’État puissent se rendre coupables », enfonce le maire qui prévient que le portrait de Salah Hamouri « restera donc apposé sur la façade de ce qu’il convient d’appeler la Maison du peuple jusqu’à ce que cette libération soit effective ».

Pour rappel, Salah Hamouri, est un avocat franco-palestinien. Arrêté une première fois au poste de contrôle de Qalqiliya en mars 2005 alors qu’il était étudiant en sociologie de l’Université de Bethléem, il avait été accusé d’avoir voulu tuer le rabbin Ovadia Yossef et d’appartenir au Front Populaire de Libération de la Palestine. Plaidant coupable après trois ans de détention provisoire, il avait écopé de 7 ans de prison avant d’être libéré par anticipation fin 2011 dans le cadre d’une libération de 550 prisonniers palestiniens échangés contre le jeune soldat franco-israélien Gilad Shalit. Depuis, Salah Hamouri a obtenu son diplôme d’avocat, s’est marié en 2014 avec Elsa Lefort, ancienne conseillère municipale PCF de Choisy-le-Roi et fille de l’ancien député Jean-Claude Lefort, membre de son comité de soutien pendant son emprisonnement. Le couple vit alors à Jérusalem Est. Mais début 2016, alors que le couple est rentré en France pour passer Noël en famille, et que Elsa Lefort, enceinte de six mois et demi, reprend l’avion pour Israël un jour après son mari, elle est refoulée à l’entrée du pays malgré son « visa de service » délivré par le Bureau des affaires consulaires du ministère des Affaires étrangères israélien, considérée comme « potentiellement terroriste ».

Après deux jours de rétention à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, elle est expulsée vers la France et ne pourra repartir, malgré la mobilisation et le soutien d’élus. C’est au mois d’août 2017 que Salah Hamouri est à nouveau arrêté à son domicile de Jérusalem dans la nuit de 22 au 23 août et il est depuis en rétention administrative.

legrandsoir.info

En Cisjordanie, l’accès des palestiniens aux ressources en eau devient une question brûlante

 

par Nina Gauvain

 

Réputée depuis des siècles pour son climat exceptionnel et la qualité de ses fruits, la ville millénaire de Jéricho, située à l’est de Jérusalem en Cisjordanie, souffre d’importantes pénuries d’eau. Les agriculteurs y tentent, tant bien que mal, de faire face au manque de pluies, mais aussi et surtout aux restrictions d’utilisation imposées par l’occupation israélienne. Ils sont aussi contraints de partager leur eau avec les implantations illégales de colons, qui ne cessent de croitre et développent leur agriculture. Reportage dans les Territoires occupés palestiniens.

Dans la chaleur torride du mois d’août, Mohammad Raee se penche au-dessus du puits et y laisse tomber un petit caillou. De longues secondes s’écoulent avant qu’un timide son d’éclaboussure ne résonne. « Il y a quelques années, ce puits était l’un de ceux qui avait le plus important débit, avec 200m3 d’eau par heure. Aujourd’hui il ne donne plus que 5m3/h » explique-t-il. L’homme s’y connait bien puisque durant vingt ans, il a travaillé comme puisatier dans la région de Jéricho. Mais les années passant, l’accès à l’eau s’est transformé en une impasse, de plus en plus étroite. Il y a quatre ans, il a dû se résigner à la reconversion dans la culture de dattes, une des rares valeurs sûres de l’économie locale.

Les permis de travaux pour creuser de nouveaux puits sont délivrés littéralement au compte-goutte par les autorités israéliennes, qui imposent aussi des limites de profondeur et des quotas de prélèvements annuel. Tout puits creusé de manière illégale est systématiquement détruit par les forces israéliennes. « Les accords de paix (Oslo II, ndlr) ont défini que nous, Palestiniens, ne pouvons pas être maîtres ni de l’air au-dessus de nous, ni du sol sous nos pieds. C’est pour cela que nous devons demander des autorisations », explique Faissel Saïd, le dernier puisatier de la ville encore en activité. « Nous ne pouvons creuser qu’à 150 mètres, alors que les Israéliens vont parfois pomper jusqu’à 1000 mètres de profondeur. » L’entrepreneur, qui affirme ne travailler que dans la légalité, souligne le fait que les Palestiniens sont soumis à des quotas, alors que les colons, eux, ne le sont pas.

Partage inéquitable des ressources

La question du contrôle et du partage des ressources en eau est un problème qui touche au quotidien les quelques quatre millions de Palestiniens. Les Accords de Paix d’Oslo II en 1995 ont établi une répartition des ressources souterraines de la région à 80% pour les Israéliens, et 20% pour les Palestiniens. C’est Israël qui est chargé de gérer l’approvisionnement des Territoires occupés, principalement à partir d’aquifères paradoxalement situés en Cisjordanie. Cet accord, initialement provisoire, n’a jamais été révisé et le Comité israélo-palestinien de l’eau (Join Water Committee) mis en place pour sa coordination a été gelé plusieurs années durant [1].

D’après l’ONU, un Israélien consomme environ 300 litres d’eau par jour, tandis que les Palestiniens n’ont à leur disposition en moyenne que 70 litres par jour et par personne, soit moins que les recommandations de l’OMS, qui établit à 100 litres la quantité minimum quotidienne pour des usages domestiques de bonnes conditions [2]. Les implantations israéliennes de Cisjordanie, bien qu’illégales au regard du droit international, reçoivent en moyenne plus d’eau que les Palestiniens, et ceci notamment grâce à des infrastructures financées par l’État hébreu.

Un paradis en souffrance

En dix ans, la capacité agricole de Jéricho, surnommée le « Panier de fruits et légumes de Palestine », s’est réduite de près de 20%, en raison de ces problèmes d’irrigation. Le puisatier explique que certes, le niveau des pluies a tendance à se réduire depuis une trentaine d’années, mais le manque d’eau n’est pas une fatalité. Il suffit de regarder dans la région le simple exemple d’Israël, un des pays leader dans les réponses technologiques à la sécheresse, notamment grâce à sa dizaine de stations de désalinisation d’eau de mer et de traitement des eaux. Depuis quelques années déjà, elles mettent la population israélienne à l’abri des pénuries.

Si les champs des Territoires occupés se dessèchent, c’est donc avant tout une question politique. Les agriculteurs palestiniens sont, en effet, toujours les derniers à être approvisionnés : ils doivent passer après les Israéliens, après les colons de Cisjordanie et après les besoins domestiques de la population palestinienne, qui poursuit sa croissance démographique.

Pourtant, la vallée du Jourdain, où se trouve Jéricho, bénéficie d’un exceptionnel microclimat qui lui permet de produire tout au long de l’année. Elle a la particularité d’être située sous le niveau de la mer, et Jéricho est la ville la plus basse du monde, à -258 mètres d’altitude. Bien que située dans la région proche-orientale, plutôt aride, elle reçoit par cette position de grandes quantités d’eau. Cette oasis a ainsi été peuplée très tôt dans l’histoire de l’humanité (environ 10 000 ans avant J.C.). C’est la plus vieille ville du monde encore habitée, même si elle ne compte plus, aujourd’hui, que 27 000 habitants. « Si on avait un plein accès à l’eau, notre cité serait un paradis », s’exclame Faissel Saïd.

Al-Auja, une source confisquée par les colons

À une dizaine de kilomètres au nord de Jéricho, le développement de la colonie de Yitav a un impact désastreux sur la culture de la banane palestinienne. « Il y a encore 15-20 ans, il y avait ici 20 000 hectares de bananiers », regrette Mohammad Raee en pointant une zone en friche non loin de la frontière avec la Jordanie. La source d’Al-Auja qui alimentait la plantation, mais aussi une partie des habitants, s’est complétement tarie après que les Israéliens ont creusé plusieurs puits, destinés entre autres aux colonies qui, elles, continuent à produire dattes, légumes et bananes.

 

Au bord de la route brûlée par le soleil, on observe d’un côté les vestiges d’un système de canaux traditionnels complétement à sec, tandis que de l’autre côté émergent du sol de gros tuyaux modernes protégés par de hauts grillages. Ceux-ci alimentent la colonie qu’on aperçoit plus haut sur une colline, entourée de verdure. Un phénomène loin d’être isolé. En 2012, un rapport de l’Office de coordination des affaires humanitaires de l’ONU dans les Territoires palestiniens occupés (OCHA) soulignait qu’au moins 56 sources, pour certaines présentes sur des terrains privés palestiniens, avaient ainsi été détournées par des colons. « Sur les quatre ou cinq sources qui alimentaient autrefois la ville, il n’y en a aujourd’hui plus qu’une qui est destinée avant tout à l’usage domestique », expliquent les agriculteurs locaux.

Trouver des ressources alternatives

Dans l’impossibilité de creuser de nouveaux puits et de s’approvisionner aux sources détournées par d’autres, l’une des solutions restant aux agriculteurs locaux est la réutilisation des eaux usées. Plusieurs stations de traitement ont été construites ces dernières années dans divers municipalités des Territoires occupés. Jéricho a inauguré la sienne, fin 2016. Financée en partie par des fonds en provenance du Japon, elle ne tourne pour l’instant qu’à un tiers de sa capacité.

Un peu à l’écart de la ville, les installations sont flambant neuves. L’eau en provenance des salles de bains et des cuisines de la commune passe par plusieurs bassins, avant d’être dirigée par un système de canaux, directement dans les champs environnants. Shaufak Hoshieh, dont les hectares de palmiers dattiers jouxtent la station de traitement, salue cette première solution. Mais elle est loin d’être une promesse pour un avenir meilleur.

 

En tant que membre permanent du Comité des planteurs de palmiers de Jéricho et ses vallées, il estime que les eaux recyclées peuvent soulager les agriculteurs, mais l’apport de la nouvelle structure ne permettra pas de planifier un vrai développement du secteur. « Si nous pouvions aussi bénéficier des eaux traitées de Ramallah et de Bethlehem, cela augmenterait considérablement notre capacité. Mais Israël ne laissera jamais un tel projet se faire, à moins que le système ne soit relié aux colonies. Ce qui suppose alors qu’on les reconnaisse, ce que l’on ne veut pas ». Le comité a également proposé de faire creuser trois nouveaux puits avec une gestion centralisée, mais la proposition est restée sans suite.

Permaculture et récupération d’eau de pluie

En plus des eaux retraitées, les agriculteurs trouvent de petites solutions palliatives, car désormais chaque goutte compte : entretien des canaux ancestraux d’irrigation pour éviter les fuites et l’évaporation, adaptation des plantations aux techniques de permaculture et récupération des eaux de pluies. Toutes ces méthodes peuvent être mises en place facilement et sans autorisations particulières. « Il faut se concentrer finalement sur ce que l’on a déjà », explique Naser Qadous, en charge des questions d’agriculture à l’American Near-East refugees aid (ANERA, programme d’aide américaine aux réfugiées du Proche-Orient).

Cette organisation accompagne tous ces projets et renforce le partage des connaissances entre les agriculteurs. Pour cela, un des projets a été de réaliser de petites vidéos dans lesquelles les paysans exposaient des techniques simples et des bonnes pratiques. « À cause des contraintes de circulation dans les Territoires occupés, l’outil vidéo était bien adapté à cette diffusion du savoir. De plus, les petits agriculteurs se font plus facilement confiance entre eux, plutôt qu’à des recommandations d’agronomes étrangers », constate Naser Qadous.

Depuis 1967, des surfaces réduites de 57%

L’agriculture pourrait – et devrait – être le moteur de l’économie palestinienne, comme ce fut le cas avant 1967 et la Guerre des Six jours [3]. Surtout dans la perspective de la création d’un État palestinien, de plus en plus hypothétique. D’après un rapport de 2015 de la Conférence pour le commerce et le développement (CNUCED, rattachée à l’ONU), la surface des cultures y a été réduite de 57% entre 1980 et 2010. Un grand nombre de Palestiniens des campagnes n’ont guère d’autres solutions que de trouver du travail dans les colonies.

Mais le développement de cette agriculture reste considérablement entravé d’année en année par les problèmes d’irrigation, auxquels s’ajoutent la limitation de l’expansion des terres agricoles pour diverses raisons – installation de nouvelles colonies, préemption de terres par des moyens légaux ou illégaux, réquisitions militaires… D’après le gouvernorat palestinien de Jéricho, la surface plantée actuellement représente seulement un dixième de celle plantée au début de l’occupation il y a 50 ans.

Des investissements insuffisants

« L’agriculture pourrait sauver l’économie de la Palestine. Rien qu’ici on pourrait créer au moins 50 000 emplois et résoudre le problème du chômage », souligne Shaufak Hosnieh du Comité des planteurs. L’agglomération de Jéricho a beau se trouver en zone A – théoriquement sous le contrôle de l’Autorité palestinienne -, elle se trouve continuellement entravé par les règles de la zone C (60% du territoire), contrôlé exclusivement par l’État israélien.

De l’avis de nombreux observateurs, les investissements de l’Autorité palestinienne sont insuffisants pour soutenir le secteur. Mohammad Raee, qui a entamé sa reconversion en achetant 500 jeunes palmiers plantés sur un lopin de 35 hectares en location, explique n’avoir reçu quasiment aucune aide de son gouvernement. « Il faudra huit ans avant que ma plantation soit rentable. Cette année, j’aurai peut-être remboursé mon investissement. Les seules aides qu’on reçoit sont des prix préférentiels du ministère de l’Agriculture pour l’achat de petits matériels, tels que des cagettes ou des filets de protection pour les dattes. »

Ainsi, dans ce pays si attaché à la culture de la terre, c’est désormais le secteur tertiaire qui est devenu le moteur de l’économie. Les dirigeants palestiniens regardent plus du côté de Rawabi, la « ville-nouvelle » qui se veut être le futur pôle économique d’une Palestine moderne, tournée vers l’offre de services. Dans le même temps, les tables palestiniennes sont de plus en plus couvertes de produits israéliens – parfois produits dans les colonies. Près de 85 % des importations alimentaires proviennent d’Israël, qui est aussi le principal marché d’exportation pour les agriculteurs palestiniens.

« La question de l’eau ne peut plus attendre »

Pour la directrice palestinienne de l’ONG Eco peace, Nada Majdalani, il est nécessaire que le problème de l’eau soit traité de manière prioritaire : « La question de l’eau ne peut plus attendre la résolution de l’ensemble du conflit politique », estime-t-elle. L’organisation, créée en 1994, rassemble des Israéliens, des Palestiniens et des Jordaniens qui tentent de faire travailler ensemble les habitants de la Vallée du Jourdain et de la Mer Morte, quel que soit leur nationalité ou parti politique, au nom du droit universel à un accès à l’eau naturelle, et pour la défense de l’environnement.

« C’est une question de stabilité politique mais aussi économique. Dans le domaine de l’agriculture, une juste répartition de l’eau permet la compétitivité et la diversité des produits », plaide-t-telle. Les négociations entre les parties peinent à avancer d’après l’ONG, qui a fait une première proposition d’accord sur l’eau en 2012. « Chaque partie posent ses objections, chacun veut tout ou rien. Il faut que nous arrivions à une situation qui soit "gagnant-gagnant" pour tous, pour que ça marche. » Reprenant finalement les mots du directeur israélien d’Eco peace, Gidon Bromberg : « Un voisin qui a soif, ne peut être un bon voisin ».

Texte et photos : Nina Gauvain

Cet article est publié dans le cadre d’une série de reportages et d’enquêtes sur les enjeux de la gestion de l’eau et des sols dans le contexte du réchauffement climatique, réalisée avec le soutien de France Libertés - fondation Danielle Mitterrand.

Notes

[1La partie palestinienne protestait contre les blocages de permis et le non-respect des règles par les Israéliens, tandis que ces derniers souhaitaient faire entrer dans les négociations l’approvisionnement des colonies, ce que les Palestiniens refusent. Bien que le comité soit mixte, dans la pratique ce sont les Israéliens qui décident, comme le souligne la Banque mondiale et Amnesty International.

[2Parmi les Palestiniens, il existe également des disparités. Pour ceux qui vivent en Cisjordanie et à Gaza, la consommation quotidienne est proche des 80 litres par jour et par personne. Mais près de 200 000 personnes n’ont pas de raccordement à l’eau courante. Certains, notamment les populations bédouines, doivent se débrouiller avec seulement 10 à 20 litres par jour.

[3La Guerre des Six jours, durant laquelle Israël défait les armées arabes, s’est notamment soldée par l’occupation israélienne de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de la bande de Gaza.

Ma fille est en prison

 

Il y quelques semaines, des soldats ont fait irruption chez moi au milieu de la nuit et ont arrêté ma fille de 16 ans. Aujourd’hui, mon enfant est dans une cellule froide.

J’ai consacré ma vie à la résistance civile. C’est la raison pour laquelle l’armée retient ma fille chérie -- ils veulent me démoraliser. Mais je suis membre d’Avaaz depuis 8 ans, et je sais de quoi ce mouvement est capable si nous nous rassemblons tous contre l’injustice. 

Ma fille comparaît le 31 janvier -- mais les tribunaux militaires israéliens condamnent 99% des Palestiniens, même s'ils sont des enfants. S’il vous plaît, rejoignez mon appel urgent en un clic -- nous le remettrons directement aux dirigeants du monde entier:

Aidez à libérer ma fille Ahed

Aux dirigeants du monde entier:

"Nous exigeons la libération d’Ahed et de tous les enfants palestiniens détenus injustement dans des prisons militaires.

La communauté internationale doit mettre fin à la détention et aux mauvais traitements des enfants dans ces prisons. Trop, c’est trop.

À Ahed et à tous les enfants dans les prisons militaires israéliennes: nous sommes avec vous, vous êtes dans nos coeurs. Nous n’abandonnerons pas tant que vous n’aurez pas retrouvé la liberté. Vous n’êtes pas seuls."


Lorsque je l’ai vue au tribunal, elle était pâle et tremblante, menottée et manifestement souffrante. Je voulais pleurer mais je ne pouvais pas, je devais rester fort pour qu’elle tienne le coup.

Le juge a refusé de la libérer sous caution, et aujourd'hui mon enfant pourrait passer des mois -- voire des années -- derrière les barreaux, avant même d'obtenir un procès. Rien ne justifie qu'elle reste ainsi détenue! Ils l’ont emmenée pour avoir giflé un officier lourdement armé, après que des soldats aient tiré dans le visage de son petit cousin, lui brisant le crâne. Mais au lieu d'enquêter sur ce tir contre un mineur, ils s'en prennent à ma fille et l'accusent de 12 nouveaux crimes.

Plus de 12 000 enfants palestiniens ont été arrêtés depuis 2000! Quelle que soit votre opinion sur ce conflit, nous pouvons nous mettre tous d’accord sur le fait qu'aucun enfant ne devrait être jeté dans des prisons militaires sans procès équitable, et risquer des abus.

Je suis en contact avec des diplomates. Mais ma voix seule n'a pas assez de poids. C’est pourquoi j’en appelle à vous aujourd’hui. Nous savons que les juges militaires ne souhaitent pas que l’opinion publique internationale s’intéresse à eux, et les responsables politiques israéliens veulent éviter que le problème des enfants prisonniers devienne un scandale international. Ajoutez votre nom -- il ne nous reste que quelques jours:

J’ai été inspiré par la force et l’enthousiasme de ce mouvement pour la liberté, la justice, et un monde meilleur pour la génération à venir. C’est la raison pour laquelle je fais appel à vous -- je sais que si quelqu’un peut libérer ma fille et tous ces enfants, c’est bien le mouvement Avaaz.

Avec espoir et détermination,

Basem Tamimi avec l’équipe d’Avaaz

PS: L'équipe d'Avaaz a préparé cette fiche d'information avec plus de détails sur la manière dont Israël traite les enfants palestiniens.

POUR PLUS D’INFORMATIONS

La jeune militante palestinienne Ahed Tamimi maintenue en détention jusqu'à son procès (Huffington Post)
http://www.huffpostmaghreb.com/2018/01/17/la-jeune-militante-palestinienne-ahed-tamimi-maintenue-en-detention-jusqu-a-son-proces_n_19023400.html

Ahed Tamimi, nouveau visage de la résistance palestinienne (Euronews)
http://fr.euronews.com/2017/12/28/ahed-tamimi-nouveau-visage-de-la-resistance-palestinienne

L'Unicef affirme que les mineurs palestiniens détenus par Israël sont maltraités (RTS)
https://www.rts.ch/info/monde/4713769-l-unicef-affirme-que-les-mineurs-palestiniens-detenus-par-israel-sont-maltraites-.html

Il faut "exiger la fin des pratiques de détentions qui constituent une violation des droits des enfants" en Israël (Le Monde)
http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/01/23/il-faut-exiger-la-fin-des-pratiques-de-detentions-qui-constituent-une-violation-des-droits-des-enfants-en-israel_5245726_3232.html

Israël: il faut libérer la jeune militante palestinienne Ahed Tamimi (Amnesty International)
https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2018/01/israel-release-teenage-palestinian-activist-ahed-tamimi/

Salah Hamouri de nouveau incarcéré

 

Par Vincent Richard

Le militant franco-palestinien a été arrêté mercredi matin par les autorités israéliennes, sans motif officiel.

C’est une nouvelle injustice pour Salah Hamouri, et une preuve supplémentaire de l’arbitraire de l’État d’Israël dans sa répression des militants palestiniens. Le jeune activiste franco-palestinien, qui vient d’obtenir son diplôme d’avocat de l’université de Bir Zeit, en Cisjordanie, a été arrêté mercredi matin à son domicile de Jérusalem-Est par l’armée israélienne. Les charges ? Aucune. Une enquête serait cependant ouverte pour « appartenance à une organisation ennemie », au cours de laquelle il sera maintenu en détention, en principe jusqu’à dimanche. En réalité, l’objectif est surtout d’amener le jeune militant à quitter la Palestine.

Salah Hamouri est un habitué des geôles israéliennes, où il a été incarcéré de 2005 à 2011. Sa condamnation, en 2008, a fait suite à un plaider coupable extorqué par un chantage à la lourdeur de la peine : en reconnaissant avoir voulu assassiner le rabbin Ovadia Yosef, fondateur du parti religieux Shass, Salah Hamouri a pu écoper de « seulement » sept ans de prison au lieu de quatorze. Depuis sa libération il y a cinq ans, Salah Hamouri n’a cessé d’être harcelé par les autorités israéliennes. L’arrestation de mercredi matin est un nouvel épisode de cet acharnement, qui la rend d’autant plus scandaleuse.

En France, l’Union juive française pour la paix, l’Association France-Palestine Solidarité (qui appelle également chacun à se mobiliser en écrivant aux autorités), ainsi que le PCF, ont fait part de leur indignation. Les communistes Pierre Laurent et Alain Bruneel ont ainsi interpellé le ministère des Affaires étrangères et le président de la République afin qu’ils interviennent pour exiger sa libération immédiate. Dans le même sens, l’Agence Média Palestine a lancé une pétition (à signer ici).

À l’heure où le traitement des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes est de plus en plus contesté, cette arrestation arbitraire, même s’il se confirme qu’elle est de courte durée, ne doit pas être passée sous silence.

politis.fr

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