Une autre gauche

Raffarin-Valls : le "rêve fracassé" du Monde



Il faudrait prévenir les chômeurs : ils ont trouvé un emploi. Bénévole, bien entendu, mais qui devrait suffire à les occuper : ils constituent l'enjeu collectif de la rivalité interne, pour la succession de Hollande, entre Valls et Macron. Rivalité pour l'instant feutrée, perceptible des seuls initiés, mais qui fait déjà les délices de ces initiés, au premier rang desquels les éditorialistes politiques. Il faut lire, dans Le Monde, le récit de l'ultra-libérale éditorialiste maison, Françoise Fressoz (1), sur la tragique histoire "d'un rêve qui a avorté", la main de Jean-Pierre Raffarin, langoureusement tendue au gouvernement sur la lutte contre le chômage, et que Valls, avec "enthousiasme", avait commencé de saisir, avant que Hollande, obnubilé par 2017, vienne rompre les prometteuses fiançailles.


Le "rêve" prend corps au lendemain du Bataclan, et des Régionales, au nom d'un commun affolement devant le chômage, à l'origine de ces deux calamités symétriques que sont les djihadistes et le FN, Valls et Raffarin se tendent la main, par tribune de presse et tweets interposés. Mais voici que surgit un autre candidat à la mise en oeuvre du "rêve" de l'union de tous les Français (entendez, avec Raffarin) : Macron, le "chouchou des Français, bête noire des appareils de gauche". Comprenant que le "chouchou" occupera le créneau plus efficacement que lui, Valls retire soudain sa main de celle de Raffarin. D'autant que le "rêve" raffarinien n'est parvenu à entrainer ni Juppé, ni Fillon, ni Le Maire, ni Bayrou.


Au-delà de la tragédie du rêve fracassé, l'intéressant, c'est la stupéfiante capacité des éditorialistes politiques à ne saisir que la dimension politicienne de toute question. Vus à travers les lunettes de Françoise Fressoz, le chômage, les chômeurs, les attentats, leurs auteurs, leurs victimes, ne sont que des enjeux tactiques entre les différentes écuries du PS. Sur le fond des éternelles recettes "audacieuses", sur la nécessité de "détricoter" le code du travail, "d'assouplir" le licenciement, de "déverrouiller" les 35 Heures, de ne pas les appliquer "bestialement", comme disait Sapin ce matin sur France Culture, Valls et Macron n'ont certainement aucune divergence, ni même avec Hollande. Rien ne les sépare, que des ambitions personnelles, celles-là seules qui fascinent les journalistes politiques libéraux. Cet étroit créneau du journalisme est intellectuellement désolant. Il a pourtant le mérite de lever un coin du voile sur le fonctionnement mental du personnel dirigeant.

 

 

Daniel Schneidermann

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