Les politiciens refusent-ils délibérément de faire une politique en faveur de la majorité ?

Oui et non. Bien sûr, une bonne partie d’entre eux sont devenus complètement pourris par les privilèges. On pense aux hypocrites comme Cahuzac qui prétendait combattre la fraude fiscale, alors qu’il était lui-même un fraudeur professionnel. Ou aux Tapie, Balkany, Sarkozy, Chirac, Pasqua, Tiberi… Mais malgré l’obscénité des sommes qu’ils détournent, la crise sociale n’est pas vraiment due à leur malhonnêteté. Des politiciens véreux, il y en avait aussi dans les périodes de croissance du capitalisme. S’il y avait un moyen simple pour un parti de donner des emplois et de bons salaires à tout le monde, il serait sans doute tenté de le faire, pour rester au pouvoir et… continuer à en profiter. C’est l’économie capitaliste qui exige toujours plus de sacrifices de la part des travailleurs.

Faut-il sacrifier la liberté pour avoir l’égalité ?

Il faut évidemment supprimer la « liberté » qu’a un patron d’embaucher et virer des salarié-e-s ou sa « liberté » de décider si oui ou non il veut investir dans le pétrole, etc. Pour l’immense majorité de l’humanité, cela sera au contraire une libération ! Aujourd’hui nous avons la « liberté » de passer un contrat avec un patron pour se faire exploiter… et éviter le chômage. Remplacer la hiérarchie des patrons par des assemblées avec nos collègues, et décider par exemple de privilégier le temps libre plutôt que l’intensité du travail, cela veut dire bien plus de liberté qu’aujourd’hui.

Mais peut-on vraiment se passer de leaders ?

Dans la société capitaliste, il y a d’énormes divisions de richesses, mais aussi d’accès au savoir, de confiance en soi, etc. Les travailleurs sont habitués à obéir aux cadres, les cadres aux patrons… Il faut ajouter à cela la domination des hommes sur les femmes, la domination raciste… La hiérarchie va de pair avec la société actuelle. À l’inverse, dans une société sans privilège, où l’on grandit depuis l’enfance entre égales et égaux, qui accepterait qu’un chef prenne le pouvoir pour décider seul ? La période révolutionnaire pose bien sûr des difficultés, parce qu’elle se déroule encore sous l’influence du capitalisme. Dans les syndicats par exemple, les inégalités de la société se retrouvent partout, et favorisent l’émergence de bureaucrates. Les avantages matériels que peuvent avoir les dirigeants des syndicats grâce à l’argent de l’État et des patrons rendent ce phénomène massif. Même dans un parti révolutionnaire, ce phénomène existe toujours plus ou moins. Le défi des révolutionnaires est de toujours favoriser la démocratie et l’émancipation des militant-e-s et des travailleur-se-s, en s’appuyant sur le fait que les luttes augmentent souvent la confiance en soi et l’expérience de ceux et celles qui y participent.

Que faites-vous de la différence entre travail manuel et intellectuel ?

Aujourd’hui, cette différence correspond les trois quarts du temps à une hiérarchie inavouée. Mais la « normalité » évoluerait vite dans une société reposant sur des bases radicalement différentes. Ce que l’on croit aujourd’hui être des « capacités naturelles » (pour les études par exemple) se diffuserait largement, les métiers changeraient beaucoup plus facilement, et les critères méritocratiques seraient chamboulés. Par exemple, on se souciera sans doute de mieux payer les travaux pénibles aujourd’hui souvent méprisés, on aura davantage une vision en termes d’envies et de goûts que de « niveaux d’études » (correspondant à une hiérarchie…).

Votre société collectiviste ne va-t-elle pas écraser l’individu ?

Les régimes totalitaires ont toujours cherché à uniformiser les individus pour mieux les contrôler. Dans les sociétés capitalistes où il existe un minimum de Droits pour les individus, un peu d’épanouissement individuel est possible, mais de façon souvent perverse : pour une minorité, avec des relents de snobisme et de mépris pour « les masses », etc. Notre but d’en finir avec l’exploitation et l’oppression ne tourne pas le dos à l’épanouissement individuel, mais le libère de son carcan. Le communisme permettra de cesser d’opposer collectif et individu. C’est une société dans laquelle « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous » (K. Marx)

Source : Anti-K

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