Par le toujours excellent Daniel Shneidermann du site Arrêts sur image

 

Peuple de gauche, prépare-toi à connaître l'extase : dans l'année qui vient, tu vas recevoir des "signaux". Voyez comme c'est ballot : quatre ans durant, François Hollande a oublié d'envoyer des signaux à ses électeurs de 2012. Quatre ans de distraction. Quatre ans la tête ailleurs. Heureusement, au château, le conseiller en charge de la gauche s'est réveillé. Il lui a montré l'agenda : ciel, plus qu'un an ! "Il nous faut des marqueurs de gauche" a confié à Libé (1) un conseiller de Hollande. Mais où avait-on rangé la panoplie ?


Un "signal" qui marche toujours, c'est celui des sursalaires des patrons. Il y a toujours un patron pour faire le buzz : voyez Ghosn (2). Et il y en a toujours un autre pour tenir le rôle de l'épouvantail : "si des lois de cette nature sont prises, les sièges quitteront la France" a estimé le PDG de Total, Patrick Pouyanné (3), après que Hollande, sur Europe 1, en début de semaine, a menacé d'une loi les patrons qui abusent.
Hier, c'était Carlos Ghosn. Aujourd'hui, c'est Paul Hermelin, patron de Capgemini (4), dont on apprend que le revenu, en 2015, a augmenté de 18%. Ce ne sont ni la part fixe (stable) ni la part variable (en légère baisse) de son salaire qui augmentent, mais les actions gratuites qu'il a reçues (merci la loi Macron, comme pour Ghosn (5)). Et encore : ce n'est pas qu'il a reçu davantage d'actions, c'est que leur valeur a bondi. Circonstance aggravante, répètent les perroquets du matin : il est "de gauche". De gauche ? Oui, attention, ne riez pas, il a été directeur de cabinet de DSK, alors ministre de l'industrie. Il est aussi conseiller municipal PS d'Avignon.


Il faut croire que le marché a sû reconnaître les mérites de cette entreprise qui, ces dernières années, a délocalisé en Inde la fabrication de ses programmes. Sur un total de 180 000 salariés, 54 000 employés de Capgemini sont indiens, ce qui présente d'indéniables avantages : la patronne de Capgemini Inde se vante d'avoir fait passer le temps de travail hebdomadaire (6) de 40 à 45 heures, avec cet argument imparable : "une heure de plus par jour, ce n'est pas grand chose".


Le "signal", que vont inventer Hollande et les députés PS, ce n'est pas une limitation autoritaire des revenus. Non. Ce serait trop compliqué. C'est un amendement qui rendrait contraignants les votes des assemblées générales d'actionnaires. Si des actionnaires s'opposent à la rémunération du patron, alors hop, le patron sera lié par cette opposition. Cela ne règlera en rien le problème Hermelin (les actionnaires de Capgemini ont approuvé l'augmentation de sa rémunération à 91%) mais on ne demande pas à un signal d'être autre chose qu'un signal.

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