Une autre gauche

Le jour où le soleil a oublié de se lever

 

La lutte des classes existe, nous l’avons gagnée. (Warren Buffett, milliardaire)

Par Patrick Mignard

Si la conscience c’est l’intelligence d’une situation, la conscience de classe serait l’intelligence de la situation que des membres d’une classe sociale, ont de leur place sociale. Au regard des deux derniers siècles et de l’évolution sociale, on est en droit aujourd’hui de réinterroger le concept… au risque de passer pour un hérétique aux yeux de certains.

Retour sur l’Histoire

 

Dire que c’est la conscience collective, la conscience de classe des plus opprimés qui, dans l’Histoire, a été le moteur des transformations sociales n’est pas conforme à la réalité des faits. L’Empire Romain n’a pas été renversé par les esclaves qui étaient les principaux opprimés. Même si Spartacus, et les siens, ont fait preuve d’une conscience de classe, la concrétisation de celle-ci n’a pas été le moteur de leur émancipation. On peut dire la même chose du système féodal qui n’a pas été renversé par la mise en pratique – la praxis - de la conscience de classe des paysans qui étaient les principaux opprimés. C’est la Bourgeoisie qui a pris le pouvoir et a imposé les lois de fonctionnement de son système à l’ensemble des classes sociales.

Et pour ce qui est du capitalisme ?

Si ce qui vient d’être dit est exact, on en voit tout de suite les implications concernant le capitalisme. Des générations de militants/es ont été formées sur la base d’un renversement du Capital par son principal adversaire, la classe ouvrière. Dans différents écrits de la fin du 19ème siècle - début du 20ème, ce renversement est d’ailleurs imminent. Or, rien de cela ne s’est produit. Le Capital malgré ses crises, les guerres épouvantables qu’il a suscitées, s’est toujours maintenu et est aujourd’hui particulièrement florissant, quoique nous menaçant à terme, tous... La classe ouvrière n’a finalement pas eu l’intention de renverser le système, et s’est même acharné à s’y intégrer. Même la Révolution d’Octobre (1917) qui devait être l’aube d’une humanité nouvelle s’est lamentablement effondrée (elle n’a pas tenu un siècle), après, il est vrai, avoir débuté de manière catastrophique (stalinisme)… Le capitalisme, sous sa pire forme, et avec des « cadres communistes reconvertis » a pris la succession… un comble !

Que faire ?

Il y a incontestablement une faille dans le raisonnement, dans les leçons qui ont été tirées de l’Histoire. Et aujourd’hui, avec les dérives vers lesquelles nous conduit le capitalisme, persister dans la même voie tient de l’obstination stupide et finalement du suicide. Qu’il existe aujourd’hui, une conscience de classe, c’est possible, même probable, mais le lien qui peut être fait entre cette conscience et la volonté de changement radical est complètement à revoir. On ne peut que douter d’un changement de système par la classe ouvrière (qui n’est plus, stratégiquement, celle du 19ème siècle) dans un pays de capitalisme développé. Or ce schéma est toujours sous-jacent aux raisonnements sur le changement… et y toucher tient du sacrilège pour certains. La « dialectique de l’Histoire » n’est pas celle que l’on croit. Il est urgent de repenser toute la stratégie du changement de système, et l’Histoire nous apporte un certain nombre de réponses, largement ignorées jusqu’à aujourd’hui.

Contrairement à ce que l’on a pu croire, un changement ne s’est jamais opéré spontanément, suite à un évènement brusque, changeant de fond en comble la société – théorie du Grand Soir dans ses différentes versions comme la Prise de la Bastille (1789) ou la Prise du Palais d’Hiver (1917) entre autres… Tout système nouveau s’est construit dans l’ancien système et a émergé suite à un/des évènement/s décisif/s et largement imprévisibles. Une alternative ne se déclenche pas ; elle se construit dans des luttes quotidiennes avec la volonté de faire émerger des relations nouvelles, des solidarités nouvelles, minant ainsi l’ancien système qui, peu à peu, s’écroule. C’est ce qui a assuré le succès de la Bourgeoisie, c’est ce qui a manqué à la classe ouvrière en Russie en 1917.

Toutes les luttes alternatives qui se mènent aujourd’hui, bâtissent ce monde nouveau… elles sont à soutenir et à généraliser. Ce ne sont pas les pratiques politiciennes (élections, manifestations, pétitions, déclarations des partis politiques traditionnels…) qui feront progresser, de manière déterminante, le progrès social. La transition est une chose trop sérieuse pour la réduire à de vieux modèles qui sont, certes séduisants, mais n’ont jamais fonctionné.

(Illustration : La Liberté guidant le peuple - Eugène Delacroix - 1830)

Patrick MIGNARD
Octobre 2017

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