Une autre gauche

Vengez-nous des zadistes !

 

Par Jean-Luc Porquet

Oui, ce sont des emmerdeurs, Non, ce ne sont pas des Nimby. On appelle Nimby ceux qui se rebellent contre une ligne de TGV, une autoroute, un chantier, un aéroport, ou quoi que ce soit d’autre, juste parce que cela se construit sous leur nez. « Nimby », littéralement, c’est « Not in my backyard », « Pas dans mon arrière-cour ». Mais, que le même chantier se déroule ailleurs, que l’aéroport soit construit loin de chez eux, et les voilà qui applaudissent.


Les zadistes de Notre-Dame-des-Landes ne sont pas des Nimby. Mis à part une poignée de paysans, ils ne sont pas du coin. Pour quelle raison sont-ils venus s’installer là ? Parce que ce sont de doux dingues adorateurs du campagnol amphibie ? Des gauchistes en manque de révolution ? Des « terroristes comme les autres », comme s’interrogeait la chaîne LCI, le 4 janvier ? On avait beau, mercredi dernier, dans les heures qui ont suivi l’annonce de l’abandon du projet d’aéroport, tendre l’oreille, personne pour nous rappeler les raisons des zadistes. Nous dire le pourquoi de ces années de lutte, de cette mobilisation, de ce vaste mouvement de soutien qui, depuis des années, a fait reculer tous les gouvernements successifs.

La cause était entendue : les zadistes avaient gagné, désormais il fallait les mettre dehors sans mollir, « restaurer l’autorité de l’État » et tout le bla-bla. Que le gouvernement, après l’abandon, accepte, en plus, de dialoguer avec eux, c’était à s’étrangler de rage ! De Bruno Retailleau à Marine Le Pen en passant par Manuel Valls, toute une armée de politicards nous a offert un spectacle distrayant d’impuissance ulcérée droite dans ses bottes. Pendant ce temps-là, les zadistes acceptaient tranquillement de dégager la D281, la fameuse « route des chicanes »…

Rappelons-le : très divers et bigarrés (et comptant forcément quelques excités dans leurs rangs), les zadistes sont d’accord sur au moins une chose. Ce n’est pas seulement l’aéroport auquel ils s’opposent, mais « l’aéroport et le monde qui va avec ». La religion toujours dominante de la croissance à tout crin. La consommation aveugle, le toujours plus. Toujours plus de « mobilité », de voyages low-cost à travers le monde, de « compétitivité » et de « développement »… Sur une Terre menacée par le dérèglement climatique et l’épuisement des ressources, ce projet d’aéroport datant des années 70 et destiné à accueillir le Concorde (lequel ne vole plus depuis 2003 !) leur semble relever d’un entêtement suicidaire.

Dans une récente « Lettre aux comités locaux », des occupants de la ZAD affirment : « L’État et le système qu’il défend nous emmènent droit dans le mur, et, plutôt que de contribuer au désastre en cours, nous nous sentons légitimes à essayer ici de vivre différemment. » Ni « camp retranché de dangereux décérébrés », ni « zone de non-droit », la ZAD ambitionne d’être « une zone un peu plus respirable que le reste du monde ». C’est peut-être ça qui énerve…

Le Canard Enchaîné N° 5074 du 24 janvier 2018

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