Faut-il tordre le cou au Corbusier ?

Article pris sur le site Expression93

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Le Corbusier est un architecte du 20ème siècle, il s’est notamment basé sur l’idée que l’industrialisation et la mécanisation pouvaient être utilisées dans la construction des logements, et l’une des matières qu’il a utilisée est le béton. De là il a été considéré comme le père des grands ensembles, et donc des quartiers populaires stigmatisés aujourd’hui. A Marseille se trouve une cité entièrement conçue par Le Corbusier sur des principes énoncés dès 1935, construite après 1945. L’occasion nous a été donnée d’un petit détour par Marseille pour tordre le cou à quelques idées sur Le Corbusier et l’habitat collectif.

 


La première idée à laquelle on peut tordre le cou, c’est que Le Corbusier était révolutionnaire. Ce n’était pas le cas : s’il a « révolutionné » l’architecture, il explique dans Vers l’architecture que c’est justement pour éviter une révolution sociale des ouvriers.

Deuxième idée à laquelle on peut tordre le cou, c’est que Le Corbusier densifie le nombre d’habitants. C’est faux : il faut savoir qu’il y a toujours autant de personnes sur la surface d’un grand ensemble que dans un quartier pavillonnaire. En revanche la place qui est gagnée par la hauteur est utilisée dans les espaces extérieurs, pour des parcs, des terrains de jeux, des places de stationnement.

Les couleurs sur les façades montrent d’emblée que l’architecte a développé une vision complète, et artistique, de son projet.

A la Cité radieuse, l’architecte a conçu un immeuble comme un squelette où les logements viennent s’insérer, s’encastrer, les appartements eux-mêmes n’ont donc pas de mur porteur par exemple, et sont parfaitement insonorisés. Les logements sont tous en duplex et sont traversants, une fenêtre donne donc sur le sud et une autre sur le nord.

La construction sur pilotis permet de dégager la vue : l’immeuble n’empêche pas de voir derrière, et d’ailleurs les habitants des autres quartiers passent sous l’immeuble pour rejoindre leur domicile. L’entrée est conçue comme le hall d’un hôtel, l’entrée est commune aux 333 familles. Du personnel y est en permanence, contrairement au choix de la plupart des immeubles séparés en escaliers différents.

Le Corbusier assume pleinement le choix de l’habitat collectif : à chaque étage se trouvent des salles prévues pour des activités communes, cinéma gratuit pour les enfants deux fois par semaine, théâtre, jeux de société...

Ce que montre le quartier du Corbusier à Marseille, c’est que l’habitat collectif peut fonctionner, mais l’on voit aussi la différence entre son projet et d’autres immeubles d’habitat collectif en général d’un coût 7 fois inférieur.

Après avoir visité la Cité radieuse, on fait mieux la différence entre l’habitat et les habitants, l’architecture des grands ensembles et les difficultés sociales actuelles de la plupart de ceux qui y vivent. Cela permet déjà de sortir des idée reçues actuellement martelées par l’Agence de la Rénovation urbaine et Sarkozy qui résument la politique du logement et l’urbanisme au slogan du « tous propriétaires » ou à l’obligation de casser les quartiers populaires pour résoudre les problèmes sociaux.

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