À Bondy en vélo, épisode 2

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À la sortie de l'hiver, vous avez décidé de troquer votre voiture énergétivore et polluante contre un autre moyen de locomotion, doux, à l'empreinte carbone nulle, permettant à la fois de transporter vos affaires, de vous faufiler dans les embouteillages et de galber vos mollets ? Alors n'attendez plus, le vélo est fait pour vous. Lorsque vous aurez choisi votre nouveau compagnon de route parmi tous les VTT, VTC, vélos pliants, électriques ou autres BMX, celui-ci vous deviendra vite indispensable, car, en plus d'entretenir votre forme physique complète (pas seulement les jambes), il vous garantira également le développement de vos réflexes, le maintien de votre acuité visuelle, et dans un autre registre, vous permettra même peut-être de vous faire de nouveaux amis.


En effet, il faut savoir qu'à Bondy, tout est mis en oeuvre pour le bonheur des cyclistes : après la flambant neuve piste cyclable de l'avenue Carnot (il est ICI), c'est au tour de nouveaux parkings de fleurir ici et là, comme la violette nouvelle. Celui qui ne les avait pas encore remarqués n'aura plus d'excuse, depuis que des panneaux signalétiques aussi gracieux que des tournesols azur les surplombent. Nouveaux parkings disions-nous, mais cette appellation est impropre dans la mesure où ces parkings n'ont pas été installés là où il n'y en avait pas (s'il n'y en avait pas, c'est parce qu'ils n'y sont pas utiles), mais là où il en existait déjà. D'anciens parkings à hauteur de genou ou de hanche (pas très visibles) ont donc été troqués contre de véritables niches pour dobermans, pardon, pour vélos. Le cycliste est assuré d'être une personne très considérée par nos représentants du peuple puisque ce nouveau modèle s'avère être des plus luxueux : comme en première classe du TGV, pas de promiscuité intempestive avec un vélo inconnu, chaque parking étant individuel et bénéficiant d'un espace vital conséquent. Ainsi, comme en première classe du TGV, comparativement à la 2de, un même espace contient moins de nouveaux parkings que d'anciens, donc moins de vélos, cela facilite grandement la reconnaissance de son bien personnel. Pour parfaire le portrait de ces accessoires urbains, ajoutons que l'ultime délicatesse du constructeur l'a poussé à assortir ces parkings de toits, destinés à protéger votre précieux allié des intempéries. Chaque toit est individuel là encore, et afin que le cycliste comprenne l'importance de protéger l'arrière du vélo (uniquement) et non l'avant, le toit est suffisamment bas et étroit pour qu'un guidon assorti d'un panier ne puisse passer. Nous parlions ci-dessus de l'entretien de la masse musculaire complète, car faire entrer un vélo dans un tel parking – en marche arrière, donc – nécessite une certaine musculature des membres supérieurs. À cela, ajoutons que la souplesse et les étirements du dos sont également valorisés puisque les chaînes d'accrochage tombent à la verticale jusqu'à terre, là où les anciens parkings encourageaient à une honteuse paresse puisque les points d'accrochage étaient situés beaucoup plus haut.

En matière de musculation des bras, une autre activité consiste à porter des poids dans chaque main en fléchissant légèrement le coude (ceci afin d'éviter le tennis-elbow, ou tendinite du coude) : cette activité habituellement pratiquée dans les clubs de sport, peut pourtant l'être à moindres frais à Bondy : le cycliste faisant ses courses dans les commerces ou sur le marché du parvis de la gare, a la chance de pratiquer cette activité puisque le parking à vélo collectif se trouve de l'autre côté de la gare. Puisqu'il est à vélo, il n'a donc pas de caddy et porte alors à bout de bras ses sacs de victuailles. L'important est d'équilibrer le poids dans chaque sac afin de muscler les deux bras de manière harmonieuse. La création de parkings à vélo (près du rangement à caddies du supermarché par exemple) priverait donc le cycliste du plaisir de sentir ses biceps tendus à l'extrême. Et nous disions auparavant que les nouveaux parkings avaient été placés là où il y en avait déjà, preuve qu'il n'en est pas besoin ailleurs.

Mais un cycliste porte ce nom car bien souvent il est sur son vélo. Et lorsqu'il pédale, outre l'activité principale consistant à être attentif à tous mouvements et bruits normaux ou suspects, il perfectionnera également sa capacité de scrutement de la chaussée. En effet, en plus du classique dénombrement de patchs de bitume et la divination de leurs millésimes respectifs – activité annexe à celle plus matérialiste consistant à éviter les nids-de-poule – il devient de plus en plus souvent attentif aux morceaux de verre (de vitres brisées de voitures). Ces centaines de minuscules miroirs sont certainement laissés sur place des jours voire des semaines durant par les services de nettoyage municipaux, afin de démultiplier la rare et pâle lumière du soleil. L'évolution quotidienne de ce tapis translucide confirme cette volonté car le tas-sur-le-côté du premier jour devient au fil du temps une nappe qui s'étend sur toute la largeur de la chaussée, telle une flaque scintillante. Le cycliste variera alors quotidiennement son itinéraire, un jour à gauche, un jour à droite, souvent en zig-zag, en biais ou en diagonale, et lorsque chaque millimètre est occupé il reste encore la solution du trottoir. Et si malgré ces prouesses vélocipédiques, l'une des roues manifeste un abandon soudain, le cycliste se rend chez son réparateur de cycle qui le connaît bien puisque très régulièrement il lui répare ses chambres à air ou lui change ses pneus. Le cycliste a presque l'impression de détenir une carte de fidélité tacite, et lui lance en partant « À bientôt !». Oui, être cycliste à Bondy permet de développer une ultime qualité, celle de devenir philosophe.

VD


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