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Casser la ville ou construire la cité ?

 

Quelle ville voulons-nous ? Poser la question implique deux réactions : réfléchir et décider.

A Bondy, les habitants ont rarement l’occasion de réfléchir réellement à l’invitation de la mairie. Pour une fois, cela a eu lieu, avec le cabinet d’étude chargé de lancer la réflexion autour du futur Plan Local d’Urbanisme. Des informations très intéressantes ont été données.

 

Quant à la décision, malheureusement, les choses ont suivi leur train habituel.

Ainsi on a pu entendre le cabinet d’étude annoncer que le conseil municipal voulait trois tiers dans l’habitat bondynois : HLM, locatif privé et propriétaire occupant. Evidemment le conseil n’a jamais parlé de ça, mais on comprendra que c’est le souhait personnel du maire. En clair réduire les HLM de 10%, pour que le logement social ne constitue plus que 30% dans la ville (nos « révélations » ont d’ailleurs été confirmées par le maire et son adjointe en séance du conseil municipal). Dans une autre réunion (le 7 septembre pour Michelet), le maire annonce que le prochain PLU, pas encore débattu, ne prévoira pas un immeuble comme la clinique Michelet à cet endroit…

 

La réflexion des conseillers municipaux de la majorité n’aura guère avancé lors du conseil municipal : on voit aujourd’hui se faire jour une nouvelle religion, celle de « hauteur = largeur » (c’est-à-dire que la hauteur d’un immeuble ne devra pas dépasser la largeur de son trottoir), afin de limiter la hauteur, soi-disant pour favoriser la luminosité. Voilà qui ne règle rien de l’aménagement des espaces extérieurs que sont les trottoirs, une vraie question urbanistique… Quand à la pénétration de la lumière, elle ne dépend pas du trottoir mais de l’immeuble en face…

 

Quelques éléments du constat des experts…

Le point qui aura le plus fait réagir concerne la densité urbaine : Bondy a déjà été aussi peuplé que maintenant, les grands ensembles et les pavillons ont une densité souvent identique, les quartiers les plus denses sont les quartiers de Paris (les immeubles « haussmanniens »)… Effectivement à Bondy, on voit des COS (le coefficient d’occupation du sol) de 0,7 pour le pavillonnaire tandis qu’à Paris des projets contemporains en Haute qualité environnementale ont un COS de 3. A Bondy, la densité urbaine est de 9800 habitants/km2 (54000 habitants pour 5.5 km²), à l’inverse la densité de Paris est 20 807 hab/km², plus du double. Pour autant, peu de Parisiens se précipitent acheter un pavillon à Bondy… Tout ça pour dire que nous avions raison en répétant que l’urbanisme devait être réfléchi avec tous, cela aurait évité au maire de casser la ville pour la reconstruire ailleurs en expliquant qu’il fallait « dédensifier » et expliquer aujourd’hui qu’il faut « densifier ».

L’absence de construction collective réfléchie a amené le conseil municipal à suivre les tournants successifs du maire, qui ont suivi eux-mêmes les modes des experts : nous avons ainsi validé la « ville gentille » avec la limitation des hauteurs à 4 étages (dite R+3+combles comme taille maximale autorisée des immeubles) à plus récemment celle de la « densification » (on trouve une partie de ce débat national ici : http://www.aftrp.org/pdf/actes_du_rendez_vous.pdf mais attention c’est long, même si c’est intéressant…). L’absence de débat urbanistique est d’ailleurs aussi un problème en France : comme le montre ce sondage fait en 2007, les souhaits des habitants peuvent être contradictoires entre la recherche d’une intimité et le besoin des services qu’on trouve dans les villes denses (http://www.observatoire-de-la-ville.com/pdf/Synthesesondage.pdf)

 

Pour autant quelles réponses apporter à cette question : « quelle ville voulons-nous » ?

L’étude montre des points fondamentaux dont nous savions déjà un peu qu’ils l’étaient : conditions d’habitat moins bonnes qu’ailleurs avec un taux de sur-occupation des logements, taux d’échec scolaire plus important qu’ailleurs, « secteurs » totalement oubliés de l’aménagement (comme le Canal de l’Ourcq). Quatre priorités peuvent être dressées :

1)    Donner un habitat digne aux Bondynois est la question cruciale aujourd’hui avec une variété des offres en terme de tailles, par exemple il y a une forte demande aujourd’hui mais inaudible pour des logements étudiants ou pour des célibataires, mais aussi pour des logements plus grands que la moyenne (L’ANRU ne répond d’ailleurs pas du tout à ça). Le manque essentiel concerne le logement social parce que c’est celui qui manque à la grande majorité, et c’est aussi son manque qui pèse sur l’explosion des prix du privé. C’est le cas dans la baisse du pourcentage de logements sociaux souhaité par la majorité municipale, d’ailleurs conforme aux souhaits de Sarkozy et à la volonté de faire de l’argent sur l’immobilier.

2)    Faire la ville ensemble en la décidant tous. Doit-on faire un « éco-quartier » par les habitants de De Lattre ou en allant en voir un à Londres ? Si on demandait aux habitants de décider de leur quartier ? N’est-ce pas exactement ce qui se fait quand les habitants sont « respectables », on n’imagine pas ainsi qu’on impose aux citadins des villes riches des destructions massives décidées en haut-lieu. Et si l’urbanisme commençait par respecter les habitants ? Et si les politiques locales commençaient par respecter les citoyens ? Il faut que le PADD ou le PLU soient discutés dans la ville par les habitants (les termes « intensifier la ville » montrent que ce n’est pas le but…).

3)    Faire la ville ensemble en se mixant les uns les autres, et les activités entre elles, pour « faire ville », pas chacun dans son coin, mais avec du lien social. L’idée de mixité sociale a été salie : elle est le paravent de l’élimination des quartiers populaires dont on a peur, ou des immigrés « visibles ». L’idée de mixité sociale a été utilisée pour exprimer le refus des immigrés. La mixité c’est l’inverse, c’est le fait d’implanter les quartiers HLM, qui peuvent être d’une très grande qualité architecturale, très bien entretenus, etc. dans les zones pavillonnaires. La mixité n’est pas d’abord la destruction des pauvres, elle est d’abord l’installation dans les zones aujourd’hui « hermétiques ». La mixité a d’ailleurs un autre sens : la mixité des activités : afin qu’un lieu soit vivant en journée, la nuit, le week-end, il faut qu’il comporte des activités différentes : magasins, restaurants, école, cabinet médical, habitat, service public.

4)    Permettre aux quartiers de vivre en redonnant le plaisir de la ville, cela demande un « centre », un lieu de rencontre, de vie, des habitants par quartier, cela peut être une place où il y a une installation municipale, une maison de quartier, avec un jardin public, la terrasse d’un café. C’est ce que les habitants de la SEMIDEP avaient élaboré avec la transformation de la rue Jean Moulin en passage piéton, aire de jeux, etc. C’est ce qu’on aurait pu construire aux 3F ou à Bondy Habitat en redisposant la Poste et la Maison de quartier mais la « Rénovation urbaine » s’est décidée sans cette réflexion ni les habitants). C’est l’urgence pour des quartiers trop excentrés aujourd’hui comme le « 14 juillet », derrière l’hôpital, ou la mare à la Veuve, derrière la gare RER.

 

Au final, l’urbanisme pose la même question que toute la politique municipale : il est temps de rendre la ville à ses habitants.

 
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