L'avenir incertain du pôle logements d'Icade, filiale de la Caisse des dépôts

Le conseil d'administration d'Icade, mercredi 11 juin, n'a pas permis de voir plus clairement l'avenir du pôle de logements de cette filiale d'immobilier cotée en Bourse de la Caisse des dépôts et consignations (CDC).

Malgré des démentis, la presse (le site d'information sur Internet Médiapart, le 6 juin, puis La Tribune, le 10 juin) s'était fait l'écho d'un projet de cession de l'intégralité du pôle de logements d'Icade (40 000 logements). Ce projet allait très au-delà de la vente de 14 500 logements annoncée en début d'année.

Les administrateurs d'Icade escomptaient donc des clarifications de la part des dirigeants d'Icade et de sa maison mère, la CDC. Ils n'en ont pas obtenu. Mais ils ont acquis la conviction, de sources concordantes, au terme d'un conseil heurté, que des "discussions poussées" ont bel et bien eu lieu sur une cession massive de logements, sans qu'ils en aient été avertis ou saisis. Ce qui, selon ces sources, constitue une entorse aux règles de gouvernance.

QUESTIONS SUR LE LOGEMENT SOCIAL

En fait, ainsi que l'ont affirmé Icade et la CDC, il n'existe aucun mandat de vente officiel du pôle de logements d'Icade, pas plus qu'il n'y a d'offre formelle de la part d'un acheteur. Tout s'est passé de manière discrète et officieuse, dans le cadre du processus de vente du bloc de 14 500 logements, piloté notamment par un banquier de BNP Paribas, Charles Sayag, une star des fusions et des acquisitions dans l'immobilier. Un consortium de sociétés HLM, dont l'immobilière 3F, a fait part de son intérêt pour l'ensemble du pôle immobilier d'Icade, et notamment les 30 000 logements non sociaux au plan juridique, mais qui jouent ce rôle de fait, et auxquels les maires sont attachés. Ce patrimoine est valorisé autour de 3,5 milliards d'euros.

A travers cette vente, c'est la question de l'avenir de la société qui est posée, et donc de la politique de la CDC en matière de logement social, l'une des grandes politiques publiques du moment. Débarrassée de sa vocation résidentielle et sociale, Icade deviendrait une foncière classique, et peut-être plus rentable, à la tête d'un patrimoine de bureaux et de commerces.

"Ce n'est pas forcément une mauvaise idée de remettre les logements d'Icade dans le patrimoine social. Mais il faut faire les choses dans les règles et, surtout, avec une vision stratégique claire", estime un proche du dossier. La cession du pôle de logements d'Icade, qui exerce par ailleurs une activité d'administration de biens et de promotion, rendrait délicat le maintien du statut de SIIC, avantageux sur le plan fiscal.

Dans ce contexte flou, Serge Grzybowsky, le président d'Icade, réitère qu'"Icade poursuit sa politique de cession de logements telle qu'annoncé", soit la vente de 14 500 logements à différents bailleurs sociaux, et de 2 500 logements à leurs occupants, entre 2008 et 2012.

M. Grzybowsky ajoute cependant que "l'avenir du logement dans Icade est un sujet dont on peut débattre et, s'il y a des évolutions, elles seront discutées devant le comité de stratégie et le conseil d'administration. Je suis, il est vrai, approché chaque jour par des entreprises sociales de l'habitat mais notre désengagement n'est pas à l'ordre du jour".

Anne Michel et Isabelle Rey-Lefebvre
source : le monde

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