« Bondy sort de l’ombre »

Tout ce qui intéresse Bondy nous intéresse, voici un article que nous n'avons pas écrit mais qui est instructif (vous pouvez retrouver l'original à cette adresse : http://www.lecourrierdelatlas.com/313121082012France-Bondy-sort-de-l-ombre.html)

 

Abandonné par la municipalité, le quartier Blanqui sort peu à peu la tête de l’eau grâce à un collectif de citoyens. En totale autonomie, ces Bondynois ont pris les choses en main face à l’inertie des pouvoirs publics. Reportage.
 

« L’ancien maire Gilbert Roger a décidé de mettre tout autour du quartier des sens interdits pour faire diminuer le trafic de drogue. Les sens interdits avaient des petites notions anti-stupéfiants apparemment », ironise Hakim, coordinateur de prévention routière pour la mairie, à l’initiative du collectif « Bondy sort de l’ombre ».



France. « Bondy sort de l’ombre »

Au quartier Blanqui, parents et enfants se sont réapproprié les parcs habituellement occupés par les squatteurs et autres vendeurs de drogues. Photo Jonathan Ardines / LCDA.

Une situation ubuesque qui interloque le premier venu. Dimanche, le collectif organisait un évènement dans le quartier pour la fête de l’aïd. Très vite, on se rend compte que venir en voiture relève du parcours du combattant. Les sens interdits se multiplient laissant le GPS s’égosiller sans solution. Après 15 minutes à tenter de trouver un passage, on se décide à faire comme tout le monde. Trois sens interdits remontés plus loin, nous voilà arrivés dans le quartier Blanqui.

« Quand tu reçois de la famille, c’est compliqué, ils ne savent pas par où passer ; pareil pour les livraisons », explique Hakim. Bien décidés à réagir, des parents et des jeunes du quartier sont allés demander des explications au commissaire. Il leur a confirmé que c’était bien pour diminuer le trafic de stupéfiants, prétextant des preuves qu’il n’a jamais pu présenter. « Les habitants du quartier n’ont vu aucun effet sur le trafic » assure Hakim.

 

Face à la répression, un collectif a vu le jour

Une situation qui a provoqué de vives tensions dans le quartier. Les policiers en profitaient pour verbaliser à tort et à travers au motif de rechercher des stupéfiants. Après un dialogue avec le commissaire, un accord a été trouvé, seuls les véhicules possédant des stupéfiants seraient verbalisés, « un accord tenu », affirme Hakim qui regrette que les sens interdits n’aient toujours pas été enlevés malgré la promesse de la maire Evelyne Thomassin : « Elle avait donné la garantie qu’elle les retirerait en août ».

Ce malaise a soulevé pas mal de questions. « Il y avait une volonté d’augmenter la répression mais de l’autre côté, il n’y avait rien de fait », rappelle Hakim. Un quartier abandonné « volontairement ou pas » où les recherches d’emplois, d’appartements relevaient de l’impossible. Face à cette situation, quelques habitants de la commune ont décidé de créer le collectif « Bondy sort de l’ombre », il y a 6 mois. Clin d’œil appuyé au slogan de la commune, « Heureux sous son ombre ».

A l’intérieur de ce collectif autonome, plusieurs associations ont vu le jour. « Une association aide ceux qui ont des casiers judiciaires, souvent un frein pour trouver un emploi chez les gros employeurs comme Roissy ou les collectivités territoriales. Une autre s’est mise en relation avec les organismes de pôle emploi pour dénicher des rendez-vous et aider à faire des cv ».

D’autres projets sont en préparation comme des voyages pour les familles, ou des stages omnisport pour les plus jeunes.

 

Le quartier revit

Fort de ces expériences à succès, le collectif a choisi de se tourner vers les parents du quartier, étouffés entre leur travail et les difficultés de leurs enfants. Des réunions intergénérationnelles ont été mises en place. Des échanges fructueux qui ont permis aux mamans de se réapproprier les petits parcs. Les squatteurs et autres vendeurs de drogues habitués des lieux ont accepté sans sourciller.

Très actifs dans la lutte anti-drogue, les grands frères du collectif ne pointent pas du doigt les dealers. « Les vendeurs de drogue, ce sont avant tout des jeunes qui ont besoin d’aide. Ils veulent arrêter la drogue, mais ils ne voient aucun horizon. On essaye de leur donner des moyens pour choisir une autre direction. Quand il y en a un qui délaisse cet environnement pour un petit travail, on est des plus heureux », s’enthousiasme Hakim.

Tout le monde se réjouit de voir le quartier revivre. A tel point que beaucoup pensaient que la mairie était derrière tout ça. « On aurait aimé que la ville nous soutienne, on aurait pu agir plus rapidement mais ce n’est pas le cas. On se débrouille seuls, on vend des petits sandwichs, des canettes pour gagner un peu d’argent ».

Pour les évènements organisés dans le quartier, comme le 14 juillet, le collectif a demandé à la mairie d’avoir de l’électricité mais encore une fois, leur requête est restée lettre morte. « A Bondy, on a l’impression que si on ne suit pas la volonté politique, on est mis de côté... Elle est où la démocratie ? », s’interroge Hakim.

Désormais, le collectif n’attend plus grand-chose de la municipalité : « La machine est lancée, des soutiens sont prêts à nous sponsoriser ».

 

Une organisation qui fait des émules

Aujourd’hui, le collectif compte 70 membres actifs et réussit à réunir 150 à 200 personnes pour chaque évènement. Apolitique et sans appartenance religieuse, « nous sommes neutres et tolérants à 2000% », le collectif sert de moteur pour les plus jeunes. « On a un rôle de grands frères, on leur confie des responsabilités, on échange énormément. Le but, c’est de faire prendre de l’élan à tout le monde », se réjouit « Super Hakim » comme on l’appelle ici.

L’entreprise a connu beaucoup de succès sur le net. A tel point que d’autres communes ont adopté le principe comme Saint-Denis, Gagny, Orly ou Chelles : « On se réunit régulièrement pour parler de nos avancées. C’est magique, ce mouvement a pris de l’ampleur », se félicite Hakim.

Une initiative qui a également attiré les partis politique venus prendre la température. Le collectif ne ferme la porte à personne mais prévient : « On acceptera qu’on nous aide avec sincérité, mais on ne nous achètera pas ».

Jonathan Ardines

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