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Les conséquences de la privatisation de l’énergie seront sans retour. Nous en appelons donc non seulement à l’arrêt du projet, mais aussi à la refonte totale du secteur de l’énergie.

Le déploiement d'une commission parlementaire sur ces deux décennies de déréglementation s’avère nécessaire afin de repenser, de façon co-construite, le secteur énergétique, public, de demain.

Tous ensemble, engageons-nous à défendre le service public de l’énergie, notre bien commun.

 

Le projet hercule c’est quoi ?

Hercule est le nom de code du projet de destruction d’un de nos derniers biens communs : l’énergie.
Il comprend plusieurs facettes dont le démantèlement d’EDF et la mise à disposition de sa production d’électricité à des entreprises privées.

 

Et c'est grave ?

La destruction d’un service public

Fondée il y a 75 ans, issue du Conseil National de la Résistance, EDF est le fruit de la nationalisation de 1 450 entreprises privées de production et distribution d’énergie. Souhaité par le Général de Gaulle et le ministre de l’Industrie de l’époque Marcel Paul, ce service public a pour finalité de fournir tous les Français en électricité, au même prix et ce indépendamment de leur situation sur le territoire. La mise en place du projet Hercule est la mise à mort de ce bien commun stratégique pour le développement et la souveraineté de la France.


 

Un projet injuste piloté par des financiers

En 20 ans, les gouvernements successifs ont privatisé des secteurs entiers de notre économie au détriment du pouvoir d’achat des Français : la distribution postale, la télécommunication, les autoroutes ou encore des transports en commun. Le secteur de l’énergie a subi aussi la loi du marché. Depuis 2004, la séparation d’EDF et GDF, l’ouverture du capital, l’ouverture à la concurrence, sont autant d’étapes de destruction du service public de l’électricité qui ont eu deux conséquences pour les usagers, devenus des clients : une baisse de la qualité du service et l’augmentation du prix de l’électricité pour le compte des actionnaires (+50% en 15 ans). Hercule est le dernier domino d’un projet uniquement financier, sans dimension industrielle ni sociale. Hercule vise à éclater EDF en plusieurs sociétés concurrentes entre elles. Un projet faussement argumenté par des financiers dont le seul objectif est de mettre la main à cette grande entreprise au détriment de la transition énergétique.

 

Trois entités pour plus de profits

Si rien n’est fait, le projet Hercule aboutira au morcellement d’EDF en trois sociétés avec des propriétaires différents (“EDF Bleu”, “EDF Vert” “EDF Azur”), avec pour mot d’ordre la socialisation des pertes, la privatisation des profits.

EDF bleu détenu à 100% par l’Etat, sera la société en charge des activités de production nucléaire d’électricité. Celle-ci demandera des investissements lourds et des retours sur le long terme. Tout ce que fuit les financiers.

EDF vert, avec un capital ouvert à 30% dans un premier temps, sera la société qui regroupera la distribution (ENEDIS), le commerce, les services, EDF Renouvelables et les activités d’outre-mer. Des garanties de profits permanents pour les actionnaires.

EDF Azur sera la société en charge des installations de production hydrauliques. Bien que leur complémentarité assure le bon fonctionnent du système global (notamment au niveau des capacités de production), Azur sera strictement séparée des autres sociétés.

 

Pourquoi dire non au projet Hercule ?

Hausse des prix, coupures d’électricité, centrales nucléaires produisant pour le secteur privé: le Gouvernement de Macron et la direction d’EDF sont en phase de privatiser l’un des derniers services publics français dans un projet de loi nocif dans les semaines à venir. Avant que ce point de non-retour ne soit atteint, mobilisons-nous !

Empêchez la hausse des prix

Depuis le début de la privatisation d’EDF en 2004, le prix de l’électricité a augmenté de 50% ! La concurrence a fait grimper les prix, contrairement aux promesses initiales. Le projet Hercule, signe non seulement une nouvelle hausse du prix de l’électricité, mais aussi la fin des Tarifs Réglementés de Vente et de la péréquation tarifaire, qui garantissaient jusqu’à présent un prix de l’électricité identique pour les Français des zones urbaines, rurales, outre-mer. À terme, comme pour nos autoroutes, le prix de l’énergie sera aligné sur ceux du marché, entraînant des hausses des tarifs brutales et un rationnement de l’électricité.

Préservez l’accessibilité à l’électricité

La financiarisation à outrance mène petit à petit à la réduction des emplois et des investissements, dans les réseaux électriques et dans leur maintenance. En plus du coût social pour le pays et les salariés, ces réductions se traduisent par une baisse significative de la qualité du service de l’électricité, essentiel et disponible 24h/24h même en temps de crise. Chacun connait l’engagement des agents EDF après les tempêtes et les catastrophes climatiques pour rétablir au plus vite l’électricité dans nos foyers. Si le projet Hercule est adopté, les Français seront amenés à subir une augmentation des coupures, un affaiblissement de la sécurité d’approvisionnement et la remise en cause de l’indépendance énergétique de la France. Autant de phénomènes qui se font déjà sentir cet hiver. L’électricité ne doit pas tomber dans les mains des marchés financiers.

Protégez notre histoire et nos valeurs

Depuis 30 ans, l’intérêt général est progressivement remplacé par la marchandisation des services publics. L’appétit des puissants n’a que faire de notre histoire, notre héritage, ou de nos biens communs comme le service public de l’électricité. Cet acquis du Programme du Conseil national de la Résistance de 1946 est aujourd’hui menacé. C’est une partie de l’âme de la France qui est en jeu.

 

Le CSEC d’EDF

par Nolwenn Weiler

La mobilisation ne faiblit pas contre « Hercule », le projet de démantèlement d’EDF. Alors qu’une nouvelle action des agents EDF est prévue ce 28 janvier, un collectif national « Pour un véritable service public de l’énergie ! » a vu le jour en début de semaine.

Une fois n’est pas coutume, le sujet fait consensus au niveau syndical, et en partie dans le paysage politique. Réunissant des partis politiques, associations et syndicats, un collectif national « Pour un véritable service public de l’énergie ! » appelle au retrait du projet Hercule, porté par le gouvernement. Ce projet prévoit de scinder EDF en plusieurs entités, pour en livrer une partie au secteur privé. « Le projet Hercule s’inscrit dans une logique strictement financière, dénonce le collectif. L’avenir énergétique du pays étant intimement lié à celui d’EDF, il nous paraît indispensable que son avenir et sa mobilisation au service des enjeux énergétiques et climatiques fassent l’objet d’un véritable débat social et démocratique avec l’ensemble des citoyens. » Le collectif réclame l’arrêt du projet et un véritable débat public sur le secteur de l’énergie.

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Nous reproduisons le tract de la CFTC, CFE-CGC et de la CGT de Top Office.

 

Alors que l'AFM (Association de la Famille Mulliez), 5ème fortune de France, à la tête d'un empire estimé à 32 milliards d'euros, engrange du CICE et un grand nombre d'allègements fiscaux, elle multiplie les plans sociaux dans le même temps.

Top Office n'échappe pas à la règle !!! Sous couverture de la crise sanitaire, c'est un autre modèle économique qui voit le jour au travers de 106 postes suprimés, la disparition totale de 2 métiers (réceptionnaire et hôte de caisse), le fermeture de 6 magasins en France et la réorganisation des services centraux par leur désorganisation !

Ceux qui restent vont souffrir d'une polycompétence à outrance, ceux qui partent vont se retrouver très rapidement au chômage et dans la précarité.

D'autres solutions existent ! Le reclassement dans l'AFM pourrait en faire partie !

Un accompagnement financier digne du groupe pour permettre aux salariés de rebondir en fait aussi partie !

C'est pourquoi l'intersyndicale Top Office, en total désaccord avec le plan de sabotage de l'emploi en cours, et devant les propositions indécentes de la direction en négociation, a appelé l'ensemble des salariés de l'enseigne à se mettre en grève pour la satisfaction de nos revendications.

 

Par Collectif

À Saint-Avold, en Lorraine, des Gilets jaunes se sont mobilisés dès le 17 novembre 2018, et ont tenu jusqu’à présent. Un livre, qu’ils ont écrit collectivement, retrace leur mouvement.

En Lorraine, ancienne région minière, région industrielle où les entreprises ferment les unes après les autres, des Gilets jaunes se sont mobilisés dès le 17 novembre 2018. Et ils sont restés, sur les ronds-points, dans les cabanes. Le livre Le rond-point de Saint-Avold. Nous, Gilets jaunes, nos 600 premiers jours, publié aux éditions Syllepse, retrace cette mobilisation, en textes et en photos, à travers les voix de ceux qui l’ont vécue. Fait de de photos et de souvenirs rassemblés, le livre a été écrit à une centaine de mains. C’est le « nous » qui s’y exprime. Extraits.

« Le rond-point de Saint-Avold, c’est nous, les écrivains en herbe. C’est notre histoire que nous allons raconter plus en détails pour que vous nous connaissiez mieux. Nous en sommes fiers, de l’appellation GJ de Saint-Avold, frappée d’un sigle GJ en forme de cœur que nous portons sur nos dos et sur nos drapeaux. Nous avons été de tous les combats depuis le 17 novembre, levant les barrières des péages, bloquant la circulation, apportant notre soutien aux grévistes de la région, allant le samedi dans toutes les grandes villes de Lorraine, montant régulièrement à Paris en plusieurs bus pour les grands actes nationaux. Nous avons connu des hauts et des bas. Mais nous sommes toujours là. Nous avons tenu notre cabane jusqu’à fin mai 2020 et puis on nous l’a enlevée. Mais nous sommes toujours sur le rond-point. Et, alors que l’épidémie de corona a révélé encore plus visiblement tout ce contre quoi nous luttions – inégalités sociales criantes, pauvreté, isolement social, autoritarisme du gouvernement, abandon des services publics et sous-financement du système de santé, nous espérons que notre combat sera rejoint par de nombreux autres. Et nous affirmons, encore une fois : « On lâche rien ! »

(…)

Lundi 19 novembre 2018

Dès le matin, quelques GJ attendent l’ouverture du magasin. Ils récupèrent le matériel entreposé et le barnum est vite monté. Nous installons deux tables pour y stocker les dons reçus la veille ainsi que les croissants que certains ont apportés pour bien commencer la journée. Quelqu’un propose d’apporter une vieille machine à café dont il ne se sert plus.
– « Je vais la chercher à la maison !
– OK, lui répond-on, mais où va-t-on la brancher ?
– J’ai une idée, s’exclame l’un des gars. Apporte
aussi une rallonge ! »
Ni une ni deux, le gars part demander au marchand de sapins installé non loin de là si nous pouvons brancher une rallonge sur son coffret de chantier. Le marchand accepte et nous lui offrons café et croissant pour le remercier. Hourra ! Le branchement fonctionne, nous avons désormais l’électricité. Nous branchons deux machines à café et installons un néon pour l’après-midi, car la nuit vient déjà assez vite. Nous pensons aussi à nous procurer les murs de toile du barnum pour nous mettre à l’abri de la pluie. Toute la journée, on nous offre des denrées : du pain, des conserves, des saucisses et des merguez. Le tas déborde. Demain, il faudrait prévoir un barbecue, ou improviser quelque chose de ce genre. Toute la journée aussi, les voitures nous saluent d’un Klaxon. Souvent, elles arborent un gilet jaune sur le tableau de bord. Les camionneurs s’en donnent à cœur joie, certains font deux fois le tour du rond-point avant de prendre la bonne direction. Contents, nous répondons d’un signe de la main à chaque coup de Klaxon. Nous restons jusqu’à la tombée de la nuit, puis nous partons après avoir à nouveau rangé tout le matos dans le magasin.

Mardi 20 novembre 2018

Toujours les mêmes têtes qui s’affairent à mettre le QG en place. Ce matin, les automobilistes se déchaînent sur le Klaxon. On se demande ce qui leur prend… C’est là qu’on remarque sur le grand écran publicitaire une inscription géante : « Un Klaxon = un soutien ». On ne sait pas qui a fait le coup, mais ça a de la gueule (merci, inconnu !). Le groupe prend forme. Une tasse de café à la main, on se parle, on apprend à mieux se connaître, d’où on vient, ce qu’on fait, ce qui nous amène ici. Il y a là les deux Christian, Raymond, Rose, Philippe, Juan, Willy, JB, Angelo, Sylvie, Antoine, Julien, Hasan, Nadia, Tony, Ali, Bébel, Véro, Paolo, Laurent, Guy, Raph, Bernard, Martin, Jojo la Flèche et d’autres encore… Mais pas facile au bout de trois jours de retenir tous les noms…

Jeudi 22 novembre 2018

Il fait de plus en plus froid. Nous avons besoin d’un abri plus solide car on ne sait pas combien de temps tout cela durera. Nous faisons un appel au don de palettes, outils, clous – tout pour construire un petit coin en dur. Tout va très vite, le matériel s’amoncelle et arrive de tous les côtés. Nous construisons donc une annexe en palettes contre le barnum. Sur le rond-point, la routine s’installe peu à peu. Parmi les seniors, Bernard et Freddy déambulent lentement mais sûrement sur les passages piétons pour freiner la circulation. Parmi les plus jeunes, JB vient à vélo tous les matins à 9 h 30 se placer sur la bretelle d’accès au Cora pour filtrer la circulation. À chaque fois que des flics s’approchent trop près, il les filme avec son smartphone en récitant l’article du code pénal l’autorisant à le faire. Puis, à 17 heures, il enfourche son vélo et s’en va. On s’active, ça bouge de tous les côtés. La baraque avance bien, des planches arrivent par dizaines.

(…)

Samedi 1er décembre 2018

8 h 30 du matin, rond-point du Cora à Saint-Avold. Déjà près de 300 GJ sont en train de bloquer le rond-point. Comme depuis quinze jours, chaque nouvel arrivant fait le tour pour saluer tous ceux qui sont déjà sur place. Christian P., délégué syndical de l’entreprise Neuhauser (gros groupe de l’agroalimentaire), est venu avec une petite délégation pour distribuer aux gens des viennoiseries qu’ils produisent, mais surtout pour sensibiliser les GJ à la crise que traversent les salariés du groupe. Neuhauser, dont le patron est millionnaire, symbolise bien les dégâts que fait à notre industrie le capitalisme actuel. Le groupe a bénéficié de plus de 80 millions d’euros d’aides du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) pour moderniser les locaux et soi-disant favoriser les embauches. Or, il s’apprête à licencier 185 personnes. Le personnel est en grève et, ce matin, les grévistes font signer une pétition aux GJ présents. Bien sûr, tout le monde y va de sa signature. Sandra, accompagnée d’Émile, un cameraman amateur, en profite pour faire un reportage sur l’affaire Neuhauser pour le quotidien local, le Républicain lorrain. De plus en plus de GJ arrivent. Parmi eux, il y a des nouveaux, comme Thomas, un jeune professeur des écoles, et François, un mineur à la retraite.

Après un café et une part de gâteau, nous nous regroupons au centre du rond-point. Et, vers 11 heures, sidérés, nous voyons se dessiner à l’horizon des gyrophares bleus… Première visite des FDO dans notre petite ville. Six estafettes, une trentaine de CRS. Ils prennent position sur toute la largeur de la route. Personne ne comprend le pourquoi de la manœuvre… Première sommation. Ils nous demandent de quitter le rond-point. Personne ne bouge. Deuxième sommation. Et, tout de suite, gazage intensif. Dans un premier temps, les gens, qui ne s’attendaient pas à ça, se mettent à l’abri. Mais, très vite, ils ripostent avec tout ce qui peut servir de projectiles. La bataille venait de commencer. Un bras de fer se joue. Le rond-point disparaît doucement dans un nuage de gaz et de fumée noire de pneus brûlés. Nous sentons que nous sommes les plus forts ; les CRS reculent.

C’est alors que nous subissons pour la première fois, dans notre petite ville, des tirs de LBD. L’un des GJ est grièvement blessé à la mâchoire. Pendant que quelques personnes, en particulier Angelo, s’occupent de lui, tentant d’arrêter les saignements et de faire un bandage, le reste des troupes repousse les indésirables hors de la ville. Grâce aux téléphones portables, les nouvelles vont très vite. D’un côté, nous apprenons ce qui se passe à l’Arc de Triomphe, de l’autre, nous alertons toute la région sur les événements qui se produisent chez nous. L’atmosphère est fébrile. On sent qu’on vit un moment historique, que le rapport de force est en train de basculer.

L’après-midi, des GJ arrivent de toutes parts, coloriant en jaune le bitume gris de la chaussée. Un hélicoptère de la Gendarmerie tourne au-dessus de nos têtes. Tout le monde prend place sur notre rond-point. Avec la venue de toute cette foule, une catégorie nouvelle pour notre rond-point fait également son apparition. Des personnes arrivent qui sont équipées de boucliers rudimentaires et arborent une barre de fer à la ceinture. Elles érigent des barricades, font des stocks de canettes de bières vides et de pavés démontés sur le rond-point. Des groupes de GJ se forment, et ça discute vivement partout. 17 h 30. La cavalerie débarque avec l’arrivée de la nuit, cette fois-ci, en surnombre. Il n’est plus question désormais de sommation, les ordres sont clairs : il faut dégager le rond-point. Tout est fait pour y arriver le plus vite possible : grenades, gaz, tirs de LBD, tout y passe. Très vite, les gens reculent. Mais certains restent tétanisés.

Gérard remarque une personne âgée en difficulté. Il décide de se porter à son secours et de l’aider à évacuer. Mais il s’effondre tout à coup, sans savoir dans un premier temps qu’il vient d’être touché par une balle de LBD qui l’a blessé au flanc. Quand il essaie de se relever, une deuxième balle percute sa jambe. Plus qu’une chose à faire : surmonter la douleur, dégager la personne en difficulté et rejoindre la voiture pour aller se faire soigner. Les FDO repoussent tout le monde vers le centre-ville. Christian, qui est resté en première ligne pour voir l’évolution des choses, constate qu’il ne reste plus beaucoup de GJ mais que la chaussée est occupée par les gens venus armés et déterminés à en découdre. L’affrontement devenant de plus en plus violent, il décide à son tour de quitter les lieux. Beaucoup d’entre nous constatent par les médias les dégâts qu’a subis le centre-ville : vitrines brisées, incendies de poubelles… Certains sont choqués, d’autres comprennent et pensent qu’il faut user de tous les moyens dans la lutte que nous menons.

Certains se demandent s’il s’agit de l’œuvre de casseurs, d’autres suspectent une opération des FDO pour discréditer le mouvement, un troisième groupe présume que les GJ aussi peuvent être enragés. L’affaire fait débat. En tout cas, le lendemain, on n’entend plus parler que de la casse dans le centre-ville, rien sur notre légitime colère et nos revendications. Nous comprenons que le gouvernement nous a déclaré la guerre et que nous allons devoir nous organiser pour inverser le rapport de forces. »

Nous, Gilets jaunes, nos premiers 600 jours, Syllepses, octobre 2020. Le livre peut être commandé depuis le site de l’éditeur.

Photo de une : Un rassemblement de Gilets le 17 novembre 2018 / Wikimédia Commons.

 

 

PAR ERWAN MANAC’H (POLITIS)

 

 

Quatre syndicats d’inspecteurs du travail dénoncent une « répression » et des procédures « illégales » de la part de leur hiérarchie, qui limiteraient leur capacité à remplir leurs missions dans les entreprises. Ils ont décidé d’adresser une plainte à l’Organisation internationale du travail (OIT).

Les représentants des quatre organisations d’inspecteurs du travail réunies ce jeudi en intersyndicale (CGT, Sud, FSU, CNT) n’ont pas de mots assez durs pour qualifier la crise qui ébranle leur institution. « C’est inédit et gravissime, c’est le cœur de notre métier qui est remis en cause, les collègues sont ébahis et choqués », lâche Pierre Mériaux, de la FSU. « Alors que la situation exigerait des droits et des pouvoirs renforcés pour protéger les salarié·es, le ministère du Travail organise la paralysie et le court-circuitage de l’inspection du travail », dénoncent-ils encore dans un communiqué commun.

Ils interviennent dans ce qui constitue le dernier épisode d’une controverse juridique et politique particulièrement dure, opposant le ministère du Travail et une partie des 2000 contrôleurs et inspecteurs chargés de veiller, dans les entreprises, au respect du Code du travail.

Faire travailler l’inspection « en soutien de l’activité économique »

L’administration suit la ligne gouvernementale, qui tente de préserver la poursuite des activités économiques tant bien que mal face au risque pandémique. Elle rappelle que la « police sanitaire », seule légalement à même de décider de la poursuite de l’activité face au Covid, n’est pas du ressort des inspecteurs du travail. Elle a également fait cesser l’envoi de courriers types rappelant les dispositions prévues par le Code du travail, parce que cela risquait d’être interprété par les employeurs comme une injonction à cesser l’activité. Elle leur préfère les fiches pratiques éditées par le ministère du Travail.

Les inspecteurs mobilisés, eux, s’estiment limités dans leur mission de contrôle par des « consignes littéralement illégales », qui contribuent à « mettre en veille » l’inspection du travail et à « l’enrôler en soutien de l’activité économique ». Plusieurs notes internes leur ont notamment demandé de faire valider par leur hiérarchie toute mise en demeure ou saisine du juge des référés, ce qu’ils estiment contraire à la convention internationale du travail qui reconnaît leur autonomie d’action.

Les contrôles inopinés ont été suspendus et les interventions dans les entreprises ont été limitées aux cas les plus graves (accident du travail, harcèlement, droit d’alerte pour risque grave), pour préserver les inspecteurs du risque Covid.

Et si les mises en demeure et procédures en référé contre des entreprises ponctuent l’actualité ces dernières semaines, c’est, selon eux, surtout en raison de l’importante pression médiatique qui pèse sur certaines (comme Amazon ou Fedex), ou parce que des fonctionnaires ont agi en passant outre les freins de leur hiérarchie. Exemple brandi à Lille, où le juge des référés a ordonné sous astreinte à une association d’aide à domicile de réviser son plan de prévention des risques, à la suite d’une saisine déposée par une inspectrice contre l’avis de sa hiérarchie, selon l’intersyndicale.

La Direction générale du travail réfute toute pression et pointe les procédures qui aboutissent, tel cet exemple d’un supermarché dans le Var, comme une preuve de la continuité de sa mission de prévention. Les commerces de détail ont été ajoutés, le 1er avril, à la liste des interventions considérées comme prioritaires.

Des sanctions contre un agent qui recommandait l’usage de masques FFP2

Ce 15 avril, un inspecteur du travail de la Marne a été mis à pied à titre conservatoire pour avoir saisi le juge des référés contre une entreprise d’aide à domicile qui ne respectait pas à ses yeux les mesures de protection. Pour sa hiérarchie, l’agent a contrevenu aux nouvelles procédures « de manière délibérée, grave et répétée ». Il aurait notamment « enjoint aux employeurs des conditions de maintien d’activité non conformes aux prescriptions des autorités sanitaires ». En l’occurrence, selon l’intersyndicale, il aurait recommandé le port de masques FFP2, que le gouvernement souhaite réserver au personnel soignant. « Notre bible, c’est le Code du travail et l’INRS qui fixent des normes de protection, s’indigne Pierre Mériaux, pas les consignes du gouvernement qui entend gérer la pénurie de masques. »

L’inspecteur, également militant syndical CGT et représentant au Conseil national des inspecteurs du travail, « conserve son traitement » durant sa mise à pied, indique jeudi soir le ministère du Travail dans un communiqué. Il invoque « l’intérêt du service » et réprouve des initiatives qui « nuisent à l’action du système d’inspection du travail » alors que « les enjeux sanitaires et organisationnels auxquels sont confrontés travailleurs et employeurs nécessitent rigueur, cohérence et discernement. »

Pierre Mériaux voit les choses différemment : « Cela illustre la folie managériale de notre ministère. Nous sommes passés des pressions multiples à la répression pure et simple. » En réaction, une plainte va être envoyée à l’Organisation internationale du travail (OIT), dont les textes priment en théorie sur la législation française et qui reconnaît, dans sa convention 81, que des consignes nouvelles ne doivent pas « porter préjudice à l’autorité ou à l’impartialité nécessaire aux inspecteurs ».

Voici un extrait de la plainte : « La gravité de la situation nous oblige à vous saisir dès maintenant de ces entorses afin que vous puissiez rappeler au gouvernement français ses obligations et lui demandiez d’y mettre un terme immédiatement. (…) Il n’est pas admissible que les missions de l’inspection du travail soient entravées afin de l’empêcher d’exercer sa mission de contrôle et d’assurer la protection des travailleurs. »

La Direction générale du travail, que nous avons contactée le 15 avril par mail, n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Erwan Manac’h (Politis)

Lire aussi :

- Un inspecteur du travail témoigne : « Il y a déjà des morts au travail » (4ème épisode de notre série « Paroles du terrain »)

- Pendant l’épidémie et le confinement, le droit du travail continue de s’appliquer !

- Photo : Muriel Pénicaud, ministre du Travail (CC 2.0 Frédéric Blanc/FO)

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