par Ivan du Roy

 

Gel de salaires, coupes budgétaires, baisse d’effectifs, loi travail, et maintenant réforme des retraites... Et si le gouvernement arrêtait de taper sur les métiers d’utilité publique ?

Ils sont accusés de bien des maux : de paralyser le pays, de défendre égoïstement leurs acquis, et même, selon un magazine d’orientation très néolibérale, de haïr le travail. Paradoxe : la grève qu’ils mènent nous dit tout le contraire. Elle rend justement visible ce qui ne l’est pas, quand tout fonctionne normalement, quand ces centaines de milliers de salariés accomplissent bien leur travail, n’en déplaisent à certains, pour que les écoles accueillent nos enfants, pour que les trains, les métros ou les bus nous transportent, pour approvisionner chacun en électricité, pour que les pompiers interviennent quand on les appelle, pour que les hôpitaux soignent les patients, pour que nos poubelles et déchets soient collectés. La grève rend justement visible le rôle primordial de tous ces métiers d’utilité publique dans notre société.

C’est pourtant sur ces métiers que le gouvernement ne cesse de taper. Gel de salaires, coupes budgétaires, baisse d’effectifs, loi travail, et maintenant réforme des retraites... Ils endurent tout en continuant de travailler, ils alertent sans être écoutés. Leur malaise, qui dépasse largement la seule réforme des retraites, Basta ! le raconte depuis longtemps, tout en donnant la parole à celles et ceux qui y proposent de véritables solutions.

La haine du travail vient des managers qui n’y voient qu’un exercice comptable déshumanisé

Les urgentistes frôlent le « burn out » depuis plusieurs années. « Avant j’allais au boulot enjouée, souriante, motivée. C’est terminé, nous raconte Rose, aide-soignante à Cancale, près de Saint-Malo. Je ne me vois pas faire ça encore dix ou quinze ans. Je réfléchis à me reconvertir. » Les pompiers s’inquiètent de leur « surcharge de travail », non pour eux mais pour les gens à qui ils portent secours, et déplorent des autorités « hermétiques » à leurs demandes. Les policiers critiquent un travail devenu « vide de sens », encore dégradé par la nouvelle manière de maintenir l’ordre. Des douaniers craignent d’être « broyés » par « le système ».

Les sous-traitants du nucléaire, qui œuvrent à la maintenance et à la sûreté des centrales, sont, eux aussi, « fatigués d’être méprisés ». Les agents de l’Office nationale des forêts ne veulent pas s’occuper de ce bien commun « comme un conseiller bancaire gère des portefeuilles ». Est-ce cela haïr le travail ? C’est tout le contraire. La haine de ces métiers vient des managers qui n’y voient qu’un exercice comptable déshumanisé.

Il suffit d’écouter cette institutrice et directrice d’école en Seine-Saint-Denis, parler de son métier, des enfants et du rôle émancipateur que devrait jouer l’école, pour être scandalisé par le sort réservé aux enseignants, déjà mal rémunérés, peu écoutés et parmi les grands perdants de la réforme des retraites.

Face au mépris, les choses bougent, les salariés relèvent la tête et les jugements tombent : comme celui de France Télécom

Pire : non seulement toutes ces paroles ne sont pas entendues, elles sont méprisées, masquées. Comme pour ces infirmières travaillant en Ehpad, sanctionnées pour avoir travaillé en sous-effectifs. Comme pour ces employés d’un site Michelin, également sanctionnés quand un accident du travail se produit. Comme pour ces cordistes, profession particulièrement touchée par les accidents du travail mortels.

Quand ce management déshumanisé harcèle et méprise massivement, jusqu’à tuer, notre société a encore du mal à rendre justice. Mais les choses bougent : le jugement du procès France Télécom (46 jours d’audience, de mai à juillet dernier) vient de tomber : les trois principaux dirigeants à l’époque – Didier Lombard, Louis Pierre Wenes et Didier Barberot – ont été condamnés à une année de prison, dont huit mois avec sursis, et à 15 000 euros d’amendes (quatre mois avec sursis pour les quatre autres prévenus, jugés pour complicité de harcèlement). La société France Télécom/Orange est, elle, condamnée à 75 000 euros d’amendes.

« 15 000 euros d’amende, ça fait cheap la vie humaine, non ? », lançait le romancier Alain Damasio au moment du procès des dirigeants de France Télécom. « La dictature du changement perpétuel » n’est-elle pas « le nouvel instrument de soumission des salariés », nous disait Danièle Linhart, spécialiste de l’évolution du travail et de l’emploi.

Tous ces mouvements, tous ces récits, toutes ces mobilisations montrent que celles et ceux qui font fonctionner notre société relèvent la tête, souhaitent continuer à bien faire leur travail, dans de bonnes conditions pour eux et les citoyens à qui ils rendent service. Nous, Basta !, continuerons inlassablement à les rendre visibles, à leur donner la parole, face à ceux qui les méprisent. Vous pouvez aussi nous y aider !

Ivan du Roy

Photos : Pendant la manifestation du 17 décembre à Paris / © Anne Paq

 

Par Nina Hubinet

Perdre 100 euros de salaire quand on en gagne à peine 900 : il y a de quoi s’énerver et, surtout, ne plus se laisser faire. Après un changement de sous-traitant, les femmes de chambre de l’hôtel NH Collection à Marseille ont vu leurs conditions de travail et de paie se dégrader. Une partie s’est mise en grève et tient depuis deux mois, bravant non seulement le groupe Elior et ses six milliards d’euros de chiffre d’affaires, mais aussi la police nationale, également assidue à leur piquet de grève devant l’hôtel. « La peur ne marche plus », et la lutte continue. Reportage.

Devant la vitrine d’un hôtel ornée de bouteilles de champagnes, des femmes, noires pour la plupart, distribuent des tracts aux clients qui sortent par une porte latérale. « L’entrée principale est quasiment toujours fermée depuis qu’on a installé le piquet de grève », explique Denise, l’une des onze femmes de chambre de l’hôtel NH Collection, en grève depuis deux mois. Trois policiers, postés devant la porte vitrée de l’établissement, observent les grévistes du coin de l’œil. Pour elles, les problèmes ont commencé en janvier, lorsqu’elles ont découvert leurs fiches de paie, un mois après la reprise par l’entreprise Elior de la sous-traitance du ménage dans cet hôtel quatre étoiles, situé non loin du Vieux-Port.

« Pour le même temps de travail, on perdait 100 à 200 euros sur nos 900 à 1000 euros de salaire », explique Leïla, 26 ans, originaire du Cap Vert comme Denise et la plupart de leurs collègues. Soit 10 % à 20 % de revenus en moins. « Des absences étaient notées pour des jours où nous étions présentes, nos frais de transport n’étaient pas remboursés, la prime repas avait disparu », énumère la jeune femme, en CDI comme les autres grévistes – alors que la plupart des non-grévistes sont en CDD. Maman d’un petit garçon de 18 mois, Leïla parvient à « tenir » grâce à la caisse de grève, qui a permis de verser 1000 euros par mois à chaque gréviste depuis avril.

« Pour trouver un chariot ou un aspirateur, on devait faire tous les étages de l’hôtel »

Une boîte en carton sur laquelle est écrit « caisse de grève » est d’ailleurs posée bien en vue sur la table de camping du piquet de grève. « Plusieurs syndicats y contribuent, les passants y déposent quelques sous, mais nous l’alimentons aussi lors de soirées et repas de soutien : toute une solidarité s’est organisée autour de cette grève », se félicite Lara Schäffer, l’une des deux juristes de la Confédération nationale du travail – Solidarité ouvrière (CNT-SO) qui accompagnent les femmes de chambre depuis le début de ce conflit exceptionnellement long. Et cette solidarité locale est loin d’être superflue : coté en bourse, le groupe Elior emploie 132 000 personnes dans le monde et génère un chiffre d’affaires de 6,6 milliards d’euros. Autant dire que les onze grévistes s’attaquent à bien plus gros qu’elles.

Aux surprises sur les bulletins de salaire s’est ajoutée une dégradation globale des conditions de travail des femmes de chambre, ne disposant plus, par exemple, de suffisamment de matériel pour nettoyer correctement les pièces. « Pour trouver un chariot ou un aspirateur, on devait faire tous les étages de l’hôtel. Certaines arrivaient plus tôt le matin pour être sûres d’en avoir un ! », raconte Élise, vingt ans. « Nous n’avions plus de "produits d’accueil" – shampoing, savons, thé et café – dans les étages, parce qu’on nous a accusait de les voler… Donc on devait redescendre à chaque fois au rez-de-chaussée chez la gouvernante pour en prendre », avant de remonter les disposer dans les chambres.

« Nous leur avons accordé deux jours de repos consécutifs, plus de moyens matériels, un planning et une "badgeuse" »

C’est cette « gouvernante » qui est chargée de coordonner et de contrôler le travail des femmes de chambre. Elle a un rôle-clé dans le système des sous-traitants de l’hôtellerie. Lors de la reprise du contrat de sous-traitance par Elior, le groupe multinationale a placé « sa » gouvernante à l’hôtel NH Collection. Chaque matin, elle donne la liste des chambres que les employées doivent nettoyer dans la journée. Comme souvent dans ce type de conflit – sept autres hôtels marseillais ont connu des grèves similaires depuis 2015 – la question du « travail à la tâche », mais payé à l’heure, est au cœur du problème. « Dans notre contrat, on est censé travailler cinq heures par jour », explique Leïla. « Mais dans les faits, le matin on nous donne 10 ou 12 chambres à faire… Parfois certaines sont vraiment très sales, on y passe plus de temps. Donc, en général, on sort seulement à 15h, voire 16h, au lieu de 14h. »Pourtant, ces heures supplémentaires ne sont pas toujours comptabilisées : d’après les grévistes, PLD, le précédent sous-traitant, les payait, mais pas Elior.

Si les problèmes d’heures manquantes sur leurs bulletins de salaire ou de conditions de travail dégradées sont à l’origine du conflit, les revendications des femmes de chambre du NH Collection sont devenues plus larges. Elles demandent une augmentation de 30 centimes par heure (correspondant à une reconnaissance de leurs qualifications), un 13ème mois et le travail le dimanche majoré à 50% – contre 20% actuellement. Des demandes qu’Elior refuse tout net. « Ces avantages ne sont pas présents dans leur convention collective », répond simplement Jérôme Bourbousson, directeur des opérations du groupe pour le sud de la France.

Il estime que son entreprise a déjà fait des efforts conséquents sur les conditions de travail, « au-delà de ce qu’espéraient les grévistes », assure-t-il. « Nous leur avons accordé deux jours de repos consécutifs, plus de moyens matériels, un planning sur quatre semaines et une "badgeuse", pour savoir de manière fiable quelles sont les heures effectuées. » S’il reconnaît quelques « oublis » sur les premières feuilles de salaire, il affirme que ces erreurs ont été corrigées dès avril. « Nous avons proposé aux grévistes des entretiens individuels pour leur expliquer leurs fiches de paye, mais elles ont refusé », déplore-t-il, avant d’assurer que l’entreprise « ne demande qu’à dialoguer ». « Mais en face, il n’y a personne pour réellement négocier. »

« Les cadres d’Elior, eux ils l’ont le 13ème mois ! »

Du côté des grévistes, on ne voit évidemment pas les choses de la même manière. « Si les juristes du syndicat ne leur avaient pas envoyé une vingtaine de mails, les “oublis” n’auraient jamais été corrigés ! », souffle Denise, une autre gréviste. La CNT-SO a suivi tous les conflits sociaux récents dans les hôtels marseillais. « Cette proposition d’entretiens individuels, c’est une technique pour déstabiliser les femmes de chambre, voire les diviser », estime Lara Schäffer, présente chaque jour sur le piquet de grève tenu devant l’hôtel. « Que veulent-ils nous "expliquer" ? Je sais compter ! », ajoute Leïla. « Et puis les cadres d’Elior, eux ils l’ont le 13ème mois ! », renchérit Denise.

 

Elior a refusé la présence des syndicalistes lors des trois réunions qui ont eu lieu avec les grévistes. Ces dernières espéraient cependant que la médiation proposée début juin par le groupe permette enfin d’ouvrir des discussions. Mais là encore, le médiateur, mandaté par l’entreprise, leur a signifié qu’elles ne pouvaient pas participer aux négociations. Même scénario une semaine plus tard avec une médiation initiée cette fois par l’inspection du travail. Bien que toutes les grévistes soient aujourd’hui syndiquées à la CNT, Elior affirme que les deux juristes, n’étant pas élues, ne seraient donc pas légitimes à les accompagner. « C’est faux : même si nous n’avons pas de représentants dans l’entreprise, la CNT peut signer un accord de site en toute légalité », rappelle Lara Schäffer. « Ce qui est particulier dans cette grève, c’est que la direction de l’hôtel n’intervient pas pour faire pression sur son sous-traitant, donc le conflit s’éternise », ajoute sa collègue Camille El Mhamdi. Depuis avril, la direction du NH Collection s’est manifesté une seule fois, en envoyant aux grévistes un courrier les menaçant de poursuites pour dégradations et diffamation.

« Les femmes de chambre sont des héroïnes »

« Elior voleur, NH complice ! », s’égosillent pour la énième fois les femmes de chambre devant l’entrée du NH Collection. « Bonjour ! », lance ensuite Denise, tout sourire, à un couple, chemise en lin et lunettes de soleil, qui sort de l’hôtel. L’homme prend distraitement le flyer qu’elle lui tend, où sont listées les revendications des femmes de ménage. « Il y a des gens qui s’en foutent, certains sont agressifs. Mais il y a aussi beaucoup de gens qui nous soutiennent, et même des clients qui mettent de l’argent dans la caisse de grève ! », confie la jeune femme.

« Parfois, les policiers ne sont pas là quand on arrive le matin, donc on peut coller nos affiches sur les vitrines de l’hôtel », raconte sa collègue Elise. Lorsque les forces de l’ordre ne les arrachent pas, les passants peuvent y lire « L’esclavage, c’est fini », ou « Les femmes de chambre sont des héroïnes ». Un slogan qui fait référence à la dureté de ce travail… « Nous avons presque toutes des problèmes de dos. Moi je dois porter une ceinture spéciale pour travailler, alors que je n’ai que trente ans. Dans quel état je serai à quarante ? », témoigne Amel, une autre gréviste.

« On va rester là, et c’est nous qui allons gagner ! »

Les « héroïnes », ce sont peut-être aussi ces femmes que la grève transforme petit à petit.. Plusieurs d’entre elles n’hésitent plus à prendre la parole en public, malgré leur français imparfait, pour parler de leurs revendications, ou du « harcèlement policier » à leur égard. A deux reprises, les juristes de la CNT et des grévistes ont été arrêtées sans ménagement sur le piquet de grève, sans que d’autres charges soient retenues contre elles que « maintien dans un rassemblement après un ordre de dispersion ». « J’ai été menottée, interrogée, puis j’ai passé une nuit au commissariat, ça sentait très mauvais, j’avais peur… J’ai pleuré en pensant à mon fils », raconte Leïla face à l’assistance, lors d’une soirée de soutien organisée dans un bar marseillais.

« En fait, cette arrestation, ça m’a donné encore plus envie de continuer », sourit-elle. Qu’elle que soit l’issue de cette grève, elle aura sûrement marqué un tournant dans la vie de ces femmes, qui savent maintenant qu’elles ne sont pas condamnées à tout accepter de leur employeur. « Ils utilisent la peur des filles pour continuer à voler et à faire du chantage, fulminait Denise après la première arrestation des juristes de la CNT. Mais ça ne marche plus ! On n’a pas peur, on va rester là, et c’est nous, les femmes de chambre, qui allons gagner. »

Nina Hubinet / Collectif Presse-Papiers (texte et photos)

Depuis plusieurs mois, le mouvement des gilets jaunes, sans précédent dans l’histoire de la Ve République, bat le pavé de nos rues.

Un mouvement de citoyen·ne·s, né spontanément, qui ne se rattache à aucun parti politique. Un mouvement qui mobilise des dizaines de milliers de Français·e·s chaque samedi, depuis plus de six mois, et qui est soutenu par des millions d’autres. Un mouvement qui réclame des choses essentielles : une démocratie plus directe, une plus grande justice sociale et fiscale, des mesures radicales face à l’état d’urgence écologique.

Ce qu’ils demandent, ils le demandent pour tou·te·s. Les gilets jaunes, c’est nous. Nous, artistes, technicien·ne·s, aut·eur·rice·s, de tous ces métiers de la ­culture, précaires ou non, sommes absolument concerné·e·s par cette mobilisation historique.

 

Et nous le proclamons ici : Nous ne sommes pas dupes ! Nous voyons bien les ficelles usées à outrance pour discréditer les ­gilets jaunes, décrits comme des anti-écologistes, extrémistes, racistes, casseurs… La manœuvre ne prend pas, ce récit ne colle pas à la réalité même si médias grand public et porte-parole du gouvernement voudraient bien nous y faire croire. Comme cette violence qu’ils mettent en exergue chaque samedi. Pourtant la violence la plus alarmante n’est pas là.

Le bilan de la répression s’aggrave chaque semaine. Au 19 avril, on recensait 1 décès, 248 blessé·e·s à la tête, 23 éborgné·e·s, 5 mains arrachées chez les manifestant·e·s. C’est indigne de notre République. Et nous ne sommes pas les premier·e·s à le dénoncer : Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme, l’ONU, l’Union européenne, le Défenseur des droits, tou·te·s condamnent les violences poli­cières sur les gilets jaunes en France.

 

Le nombre de blessé·e·s, de vies brisées, d’arrestations et de condamnations ­dépasse l’entendement. Comment peut-on encore exercer notre droit de ­manifester face à une telle répression ? Rien ne justifie la mise en place d’un arsenal législatif dit «anticasseur» qui bafoue nos libertés fondamentales.

Nous ne sommes pas dupes ! La violence la plus menaçante est économique et sociale. C’est celle de ce gouvernement qui défend les intérêts de quelques-un·e·s aux détriments de tous et toutes. C’est la violence qui marque les corps et les esprits de celles et ceux qui s’abîment au travail pour survivre.

 

Puis nous devons –  c’est une urgence historique  – affronter collectivement la crise écologique et trouver des solutions justes et efficaces, afin de laisser un monde vivable à nos enfants. Nous ne sommes pas dupes  ! Ce gouvernement n’a cessé de reculer sur la question pour ne pas inquiéter les responsables du désastre annoncé. Les gilets jaunes le dénoncent comme les militants écologistes. Aujourd’hui, la convergence des luttes sociales et environnementales est en route.

Nous continuerons à nous indigner, plus fort, plus souvent, plus ensemble.

Et aujourd’hui, nous appelons à écrire une nouvelle histoire.

Nous, écrivain·e·s, musicien·ne·s, réalisa·teur·trice·s, édit·eur·rice·s, sculpt·eur·rice·s, photographes, technicien·ne·s du son et de l’image, scénaristes, chorégraphes, dessinat·eur·rice·s, peintres, circassien·ne·s, comédien·ne·s, product·eur·rice·s, danseu·r·se·s, créat·eur·rice·s en tous genres, sommes ­révolté·e·s par la répression, la manipulation et l’irresponsabilité de ce gouvernement à un moment si charnière de notre histoire.

Utilisons notre pouvoir, celui des mots, de la parole, de la musique, de l’image, de la pensée, de l’art, pour inventer un nouveau récit et soutenir celles et ceux qui luttent dans la rue et sur les ronds-points depuis des mois.

Rien n’est écrit. Dessinons un monde meilleur.

«A dream you dream alone is only a dream / A dream you dream together is reality.» John Lennon

Les premiers signataires : Juliette Binoche, comédienne ; Emmanuelle Béart, comédienne ; Jeanne Balibar, comédienne, réalisatrice ; Swann Arlaud, comédien ; Bruno Gaccio, auteur ; Anne-Laure Gruet, actrice, réalisatrice ; ­Gérard Mordillat, romancier, cinéaste ; ­Annie Ernaux, écrivaine ; Edouard Louis, écrivain ; Stanislas Nordey, metteur en scène comédien ; Denis Robert, écrivain; Yvan Le Bolloc’h, chanteur, comédien ; Elli Medeiros, artiste ; Marion Montaigne, autrice de BD ; Gilles Perret, réalisateur ; Alain Damasio, écrivain ; Liliane Rovère, comédienne ; Jean-Claude Petit, compositeur, chef d’orchestre ; Anouk Grinberg, actrice ; Frank Margerin, auteur de BD ; Simon Abkarian, comédien ; China Moses, musicienne ; Alexandre Gavras, producteur ; Fanny Cottençon, comédienne ; Guillaume Brac, cinéaste ; Julien Seri, réalisateur ; Mireille Perrier, comédienne ; Alain Guiraudie, cinéaste ; Emile Bravo, auteur de BD ; Luis Rego, comédien ; Olivier Rabourdin, comédien ; Christian Benedetti, metteur en scène directeur ; Christine Boisson, actrice ; Jean-Pierre Thorn, cinéaste ; Sam Karmann, acteur réalisateur ; Anne Alvaro, comédienne ; Bernard Blancan, comédien réalisateur ; Xavier Durringer, auteur réalisateur ; Pierre Schoeller, cinéaste ; Florent Massot, éditeur ; Martin Meissonnier, compositeur, réalisateur ; Aline Pailler, productrice radio ; Stéphane Brizé, réalisateur ; Dominique Cabrera, réalisateur ; Jacques Bonnaffé, comédien ; Mariana Otero, réalisatrice ; Laurent Bouhnik, réalisateur ; David Hermon aka Cosmic, musicien ; Jean-Pierre Duret, ingénieur du son, réalisateur documentaire ; Blandine Pélissier, metteuse en scène ; Ludovic Bource, compositeur ; Niko Kantes (Sporto Kantes), musicien ; Robert Guédiguian, réalisateur producteur ; Ariane Ascaride, actrice.

Les 1400 autres artistes et créateur.rice.s signataires sur: http://www.nousnesommespasdupes.fr/

Ils attaquent aujourd'hui la Fonction publique pour s'attaquer ensuite au privé, puis ils s'attaqueront de nouveau à la Fonction publique par souci d'égalité, pour attaquer encore le privé, puis la Fonction publique.

Assez !

 

(Rappel : la manifestation parisienne du 1er mai part de Montparnasse à 14h30, départ de la gare RER de Bondy à 13h30)

Les annonces du président de la République confirment la mise en place de mesures qui ne sont pas à la hauteur des exigences portées par les différents mouvements sociaux qui secouent le pays ces derniers mois. Dans la panique générale, il avait lancé l’opération Grand Débat cherchant à neutraliser voire réprimer  les résistances aux orientations politiques engagées et à échapper aux revendications portées par de nombreux Français sur les ronds-points comme dans les entreprises, les établissements...

 

Les annonces du président de la République confirment la mise en place de mesures qui ne sont pas à la hauteur des exigences portées par les différents mouvements sociaux qui secouent le pays ces derniers mois.


Dans la panique générale, il avait lancé l’opération Grand Débat cherchant à neutraliser voire réprimer  les résistances aux orientations politiques engagées et à échapper aux revendications portées par de nombreux Français sur les ronds-points comme dans les entreprises, les établissements.
Ce grand débat, organisé officiellement pour écouter les Français, s’est transformé en un faux débat, en une campagne électorale Macronienne cadenassée.
L’empressement à baliser cet exercice, soi-disant démocratique, débouche sur ce résultat : un contraste, un gouffre immense entre les conclusions et les attentes, les aspirations, les revendications des Français et des travailleurs. Un mépris pour leurs galères quotidiennes, alors qu’ils ne demandent qu’un avenir meilleur pour eux et leurs enfants.
Les tergiversations gouvernementales aboutissent à des décisions qui ne  changent  aucunement le cap des politiques menées depuis le début du mandat présidentiel.


Il exonère une nouvelle fois le patronat, les plus fortunés et ne met aucunement à contribution le capital pour répondre aux fractures sociales et territoriales.


Plusieurs annonces cosmétiques ou « symboliques » ne changeront en rien la vie de nos concitoyens sur le long terme, d’autres sont loin de rattraper la perte de pouvoir d’achat subie depuis des décennies par une grande partie de la population. Les décisions sur les services publics relèvent de la supercherie au regard des réformes passées, imposées ou celles en préparation dans ces secteurs, toutes aussi nocives les unes après les autres. Enfin, les quelques mesures fiscales proposées ouvrent très modestement un débat qu’il faudrait engager en profondeur sur la fiscalité et évitent surtout de rétablir l’ISF, de mettre à contribution les détenteurs de capitaux, encore moins les actionnaires du CAC40.
Le summum de l’hypocrisie est atteint sur la question des retraites. Vouloir instaurer la retraite par points c’est, de fait, diminuer le niveau des pensions et obliger les travailleurs à partir après l’âge légal pour échapper à une décote.
Quant à « l’art d’être français » et à la teneur inquiétante des propos sur l’immigration et l’identité nationale, la CGT dénonce un discours nauséabond renouant avec une période très sombre de notre histoire. Ces propos ne peuvent que fractionner la société.


Nous avions donc raison : la tenue du Grand débat a oscillé, entre frustrations, rancœurs et enfumage.
Il s’agit donc toujours de répondre en urgence aux enjeux économiques, sociaux  et écologiques de la période.
Les conclusions génèrent à la fois colère, indignation et appellent nécessairement à des mobilisations pour modifier profondément les orientations politiques actuelles, ouvrir d’autres perspectives et réduire les inégalités sociales et territoriales de notre pays, que les propositions risquent au contraire d’aggraver.


Les salariés, retraités, privés d’emploi, les  travailleurs en général ne peuvent se contenter des annonces de ce soir et devront se mobiliser pour gagner une autre répartition des richesses, seule solution pour entrevoir des horizons meilleurs :


•    l’amélioration du pouvoir d’achat, en particulier, par la revalorisation du Smic, des salaires, des pensions de retraite et des minima sociaux ;
•    la relance des dynamiques budgétaires pour développer l’emploi, des investissements sur l’ensemble du territoire ;
•    la modernisation et le développement des services publics attaqués encore récemment par une réforme rétrograde de la Fonction publique.


Nous appelons à la mobilisation, le plus largement possible, dans les entreprises, les établissements, dans les localités, le 1er-Mai puis le 9 mai pour gagner des avancées contribuant au progrès social.

 

Communiqué de la CGT,

Montreuil, le 25 avril 2019

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