Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution. Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre.

Malgré les centaines de kms parcourus par les Sans-Papiers lors de l’Acte 3, la Marche nationale des Sans-Papiers du 19 septembre au 17 octobre, les milliers de villes et villages traversés, les centaines de réseaux mobilisés, les multiples rencontres et les dizaines de milliers de participantEs à la manifestation du 17 octobre à Paris… rien. Emmanuel Macron n’a pas eu un mot pour les Sans-Papiers.

Macron et ce pouvoir méprisent les habitantEs de ce pays, avec ou sans papiers.

Ils parlent de liberté. Mais après avoir refusé la liberté de circuler aux migrantEs ils la limitent de plus en plus régulièrement pour toute la population.

Le gouvernement prétend défendre la liberté d'expression mais a interdit à la Marche nationale des Sans-papiers de défiler vers l'Elysée le 17 octobre. 

Par ailleurs, ils ne respectent pas le droit d'asile, alors même que l'État français est en partie responsable de guerres et de partenariats économiques honteux qui provoquent l'exil.

Ils parlent d’égalité mais la refusent aux Sans-Papiers et les inégalités explosent dans toute la société.

Ils disent agir pour la santé mais n’ont en tête que la défense des profits des plus riches. C’est ce qu’ils appellent l’économie mais ils refusent de donner les moyens nécessaires à l’hôpital ou à l’école, mettent des migrantEs à la rue, continuent d’expulser des pauvres de leur logement, font exploser le chômage, laissent des Sans-Papiers sans protection en première ligne et remplissent les centres de rétention.

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité.

Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

 

Le 17 octobre malgré le couvre-feu, malgré l’horreur de l’assassinat d’un professeur la veille, malgré le black-out médiatique sur notre mouvement et malgré l’interdiction de manifester dans tout l’Ouest parisien nous étions des dizaines de milliers, ensemble, avec et sans papiers, venuEs de tout le pays pour la liberté et l’égalité des droits, pour la régularisation de touTes les Sans-Papiers, uniEs contre le racisme, la xénophobie et l’islamophobie.

Alors nous appelons à renforcer encore ce mouvement avec l’Acte 4.

De nouveaux collectifs de Sans-Papiers se sont construits. Il faut les développer et en faire naître dans chaque ville, chaque quartier, chaque foyer et centre d’hébergement.

Des collectifs de solidarité existent et se sont mobilisés sur tout le territoire. Sans eux la Marche aurait été impossible. Là où ils n’existent pas encore il faut les construire. Là où ils existent il faut les développer et multiplier les actions.

Syndicalistes et syndicats se sont mobilisés auprès des Sans-Papiers. Nous appelons les Sans-Papiers qui travaillent à rejoindre un syndicat et les syndicats à porter haut la lutte pour la régularisation des Sans-Papiers. Ce n’est pas l’immigration qui crée un dumping social, ce sont les inégalités et la précarisation de toute la main d’œuvre.

Nous appelons à participer aux actions qui seront organisées par les sections syndicales et syndicats comme la Journée nationale de lutte contre la précarité et le chômage du samedi 5 décembre et pour lutter contre les attaques dans les entreprises et les différents secteurs, notamment la santé et l’enseignement.

 

Nous appelons à préparer les conditions d’une journée de grève interprofessionnelle pour l’égalité et la régularisation des sans-papiers.

Nous appelons à participer aux luttes contre les centres de rétention, pour un logement décent pour tous et toutes et contre les expulsions. 

Nous appelons à faire converger tous ces efforts par des manifestations dans toutes les villes et les villages, sur tout le territoire le vendredi 18 décembre, Journée internationale des migrantEs, pour la régularisation de touTEs les Sans-Papiers, la fermeture des Centres de rétention, le logement pour touTEs.

Nous appelons à faire triompher la liberté, l’égalité et la solidarité.

A l'appel de :

(215 premières organisations signataires)

 

 

CISPM, Collectif Amiénois des Sans-Papiers, Collectif "couturiers SP goutte d'or", Collectif des Immigrants en France, Collectif Les Chemins de la Victoire, Collectif Migrants Soyez Régularisés, Collectif Pour l’Avenir des Foyers, CSP13, CSP38, CSP59, CSP69, CSP75, CSP93, CSP95, CSP Kabyle, CSP Montpellier, CSP Montreuil, CSP Paris 20, Collectif Schaeffer d’Aubervilliers, CTSP Vitry, Droits devant!!, Ensemble Pour Notre Régularisation Sans Exception,

la Marche des Solidarités et les Etats Généraux des Migrations,

la Coordination Transnationale des Migrant.e.s,

20ème Solidaire avec tou.te.s les migrant.e.s, Acceptess-T., ACORT, ADTF, Ah Bienvenue Clandestins !, AHSETI Le Havre, Alternatives et Autogestion, AMF, Amicale CNL Hautepierre-Strasbourg, APICED, ASIAD, AsilAccueil88, Asile et Partage, ASMA Amiens, ASMIE - Solidarité mineurs isoles étrangers, Assemblée antiraciste Paris 20, Assemblée Locale Nancy Meurthe et Moselle Sud des EGM, Association soutien au 59 Saint Just Marseille, Asso Wise, ASTI Petit-Quevilly, ASTI Romans, ATMF, ATTAC France, ATTAC Flandre, ATTAC Rennes, Aude Réfugiés Solidarité, autremonde, Bagagérue, Bengladesh Community in France, BDS France-Marseille, BDS France-Montpellier, CAAN, CADM 70, CAPJPO-EuroPalestine, CDDLE Besançon, CEDETIM, Cercle des Voisins du CRA de Cornebarrieu, CGT AHS Franche-Comté, CGT Energie Paris, CGT Cité nationale de l'histoire de l'immigration, CGT section syndicale de la société de restauration du musée du Louvre, CIVCR, CNT, CNT-FTE, CNT-Solidarité ouvrière, Collectif antiraciste-ASTI d'Elbeuf, Collectif d'Aide aux Migrants de Ouistreham, Collectif "Chabatz d'entrar" Haute-Vienne, Collectif de Montbrun-Bocage solidaire avec les migrant•e•s, Collectif de soutien aux Migrant.es (04), Collectif de soutien aux réfugiés en Ariège, Collectif de soutien aux sans-papiers du Trégor, Collectif de soutien de l’EHESS aux sans-papiers et aux migrant-es (LDH), Collectif Haïtien de soutien aux Migrant.e.s, Collectif Immigrés du Montargois, Collectif Justice & Libertés (Bas-Rhin), Collectif Justice et Vérité pour Babacar, Collectif Migrants Bienvenue 34, Collectif Migrants Comminges (31), Collectif Ni Guerres Ni Etat de Guerre, Collectif pour une autre politique migratoire (EGM AL67), Collectif Réfugiés du Vaucluse, Collectif Ripostons – Dunkerque, Collectif Sarthois pour une Terre Plus Humaine, Collectif solidarité Chalon migrants, Collectif soutiens/migrants Croix-Rousse - Collège sans Frontières Maurice Scève, Collectif Urgence Welcome Mulhouse, Collectif Toulouse Anti CRA, Collectif Tournefeuille sans Papiers, Comité contre les OQTF (Ariège), Confluences, Coordination Iséroise de Solidarité avec les Étrangers Migrants, Coordination Nationale Pas sans Nous !, Coordination Urgence Migrants -CUM, CRLDHT, CSRA, D’ailleurs Nous Sommes d’Ici 67, D'ailleurs Nous Sommes d'Ici 86,DAL, Des Lits Solidaires (Le Havre), DIEL, EELV, EELV Paris 18, Émancipation 69, Emancipation tendance intersyndicale, Ensemble !, Extinction Rebellion Ardèche, FASTI, Fédération SUD Education, Femmes Egalité, Femmes Plurielles, FFR- Filles et Fils de la république, Fondation Frantz Fanon, FSU, FSU13, FSU35, FTCR, FUIQP, Gasprom-ASTI Nantes, GIBI, GISTI, InFLEchir, Jeune Garde Paris, La Cimade, La Cimade Figeac, La Cimade Yonne, La Mule du Pape, La Paille et le Mil, L'Auberge des Migrants, LDH70, LDH Istres Ouest Provence, LDH Chalon, LDH Chambéry, LDH Mâcon, LDH Nancy, LDH Rennes, Le Cercle 49, Le Paria, Les Sorins Montreuil, LFI35, MAN fédéral, MAN71, MIDAF, Modus Operandi Grenoble, Montreuil Rebelle, Mouvement Utopia, MRAP Centre Ardèche, MRAP Paris, Nogozon, Nouvelle Jungle Lille, NPA, OCML-VP, Palestine 13, Paris d’Exil, Parti des Travailleurs (Tunisie) section France, PEPS, PIR, Pour Un Avenir Meilleur, RadiAction, Rash Tolosa / AIM Toulouse, REMCC, RESF11, RESF31, RESF36, RESF61, RESF82, RESF89, RESF Tournon 07, RSM89, RSM Rouen, RUSF38, RUSF Paris 8, SNEP-FSU 93, SNPES-PJJ/FSU, Solidarité et Langages (Valence), Solidarité Migrants Beauvais, Solidarité Migrants Graulhet, Solidarité Migrants Wilson, soutien Ô sans-papiers, SUD Culture Solidaires, SUD Education 35, SUD Education 91, SUD Education 92, Syndicat de la Médecine Générale, TadamunExil 70, Terre d'Ancrages-Lyon, T’OP !-Théâtre de l’Opprimé de Lille, Tous Migrants, Tous Migrants Savoie, UCIJ St Nazaire, UCL, UJFP, UJFP Lyon, UD Solidaires 35, UD Solidaires 91, UD Solidaires Alsace, UD Solidaires Val de Marne, UL CGT Paris 18, Union Syndicale Solidaires, United Migrants, Un toit c'est tout, Un Toit c'est Un Droit, UTAC, VISA, Voies Libres Drôme,  Wonder Sisters, ZSP18,

 

Signatures collectifs, comités, associations, syndicats, organisations à envoyer àCette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Signatures individuelles : SignerActe4

Article original à voir ICI, par Guy Pichard

 

La Marche des solidarités est partie des quatre points cardinaux de France le 19 septembre pour converger à Paris le 17 octobre. Reportage en images tout au long d’une étape en Bretagne. Parmi les revendications : régularisation des sans-papiers, fermeture des centres de rétention et accès au logement.

« C’est une vraie communion cette marche. En tant que sans-papiers, je me sens à égalité avec tout le monde ici ». Baba*, 33 ans, est gabonais. Il est au rendez-vous ce lundi 5 octobre sur la place de la mairie de Saint-Aubin-du-Cormier, en Ille-et-Vilaine. Le groupe d’une trentaine de personnes réunit des travailleurs sans-papiers de divers horizons, des membres d’associations et de simples marcheurs venus solidairement parcourir les 21 kilomètres de cette troisième étape de la version « grand Ouest » de la Marche des solidarités. « Nous sommes tous au même niveau avec un objectif identique », poursuit Baba.

La marche nationale répond à l’appel de quinze collectifs de sans-papiers, de plus de 120 organisations et des États généraux des migrations. Le premier cortège est parti de Marseille le 19 septembre. Mais la marche traverse le pays depuis plusieurs zones géographiques. La « marche Nord » est partie de Lille et du Havre le 3 octobre, la « marche Est » de Strasbourg à Metz du 3 au 10 octobre, la « marche Ouest » a démarré à Rennes le 3 octobre. Toutes ces branches se dirigent en même temps vers Paris. Arrivée prévue le 17 octobre : une date choisie en hommage aux nombreuses victimes du 17 octobre 1961. Ce jour-là, des milliers de travailleurs algériens avaient manifesté dans Paris et avaient trouvé sur leur chemin la police. Plusieurs dizaines de manifestants y ont été tués, des corps ont même été retrouvés dans la Seine [1].

 

© Guy Pichard

Sur le parking de Saint-Aubin-du-Cormier, les marcheurs de l’Ouest s’attaquent à leur troisième étape. « L’accueil à Saint-Aubin-du-Cormier a été magnifique et chaleureux. Chaque jour de nouvelles personnes rejoignent la marche », s’enthousiasme Baba, malgré les bourrasques. Une voiture ouvre la voie, un camion ferme la marche. Quelques personnes ont été désignées pour encadrer le groupe, parfois vigoureusement tant la sécurité importe. L’enjeu est de taille : traverser la campagne bretonne en marchant au bord de routes plus ou moins encombrées et tâcher de respecter les horaires tout au long des 21 kilomètres de l’étape du jour.

 
Dans son camion-balai, Marianne accueille ceux ou celles qui fatiguent et veille à la sécurité de la queue du convoi. © Guy Pichard
 

« Je ne pourrais pas vivre en France sans le soutien d’amis français »

Sorti du village de Saint-Aubin, le groupe s’engage sur une route nationale. Un petit bouchon se crée derrière, quelques véhicules doublent en klaxonnant ou en levant le poing. Vincent, retraité, s’arrête saluer une boulangerie au bord de la route. « Hier une boulangère nous a donnés du pain spontanément », explique-t-il. Marianne, également retraitée, au volant de son camion-balai, constate que « parmi les marcheurs solidaires, il y a soit des tout jeunes ou des tout vieux ». Quelques personnes issues de la communauté d’Emmaüs d’Angers sont aussi présentes. Elles sont venues avec un camion bariolé d’affiches de la marche et transportant un précieux chargement... le déjeuner !

 

© Guy Pichard

Il est midi passé au petit village de La Chapelle-Saint-Aubert quand arrive le groupe pour rejoindre le camion parti devant. Les tables sont installées, la tente posée et les plats chauffent. Au programme, des légumes en sauce, du riz et du poulet. Une bénévole vient donner une livraison de chaussettes, des manteaux anti-pluie sont distribués. Jean-Marie, quadragénaire, est originaire du Cameroun. Il vit en France depuis une quinzaine d’années, après cinq ans passés au Maroc.

 

© Guy Pichard

Anthropologue de formation, il est aujourd’hui sans-papiers. « J’ai fait mes études en France. On dirait que ça semble inutile à l’État français de garder des gens comme nous qui avons des diplômes. » Jean-Marie paye ses impôts en France depuis dix ans. Il marche avec l’espoir que cela mette en lumière l’aberration de la situation des travailleurs sans-papiers. « Je ne pourrais pas vivre en France sans le soutien d’amis français. Il y a une véritable solidarité de la part de la population, qui pallie le manque d’aides de l’État à notre égard. » L’entrée dans un nouveau village interrompt la conversation : Romagné.

 
Sans-papiers, Jean-Marie paie pourtant ses impôts en France depuis dix ans. © Guy Pichard

« Ne pas les régulariser engendre un coût humain et financier à notre société »

De nouveaux arrivants viennent grossir les rangs du groupe, dont trois Géorgiens. Les nationalités sont multiples dans le cortège : marocaine, congolaise, malienne, sierraléonaise... La communication se fait en français et anglais, parfois dans un mélange des deux. À la sortie de Romagné, une voiture de la gendarmerie interrompt la marche. Tout est en règle, la manifestation est déclarée et autorisée, chacun a pris soin de bien avancer masqué. Les voitures de gendarmerie veilleront même à escorter le convoi par moment.

André, figure locale des luttes pour les droits humains et membre de l’association "Bienvenue" qui accompagne des personnes migrantes à Fougères, accueille le groupe. « Ne pas les régulariser engendre un coût humain et financier à notre société, lance-t-il. Cela pourrit la vie des migrants et complique celle des services sociaux, et même des forces de l’ordre. Cette marche rend visible cette demande impérieuse qu’est la régularisation. »

 

© Guy Pichard

La traversée de la ville médiévale de Fougères restera sans nul doute un moment fort de la manifestation. Après une dernière montée ardue, c’est sur le parvis que se termine l’étape, entre émotion et joie. Après la photo souvenir et quelques discours improvisés, une lettre est lue à l’attention du président de la République, Emmanuel Macron. Elle demande l’égalité des droits pour toutes et tous, la fin des centres de rétention, l’accès à un logement décent, surtout en ces temps de crise sanitaire.

 

L’arrivée de l’étape sur le parvis de l’église Saint-Léonard de Fougères. © Guy Pichard

Éreintés, les marcheurs se dirigent alors vers le repas au local des Oiseaux de la tempête, haut-lieu libertaire de la ville de Fougères. La soirée se nourrit d’échanges avec un groupe de féministes sur la place des femmes immigrées. Il est plus de 22 heures, certains tombent de fatigue. Il faut se remettre en route dès le lendemain.

Guy Pichard (texte et photos)

*La majeure partie des prénoms ont été modifiés, les marcheurs voulant rester anonymes.

Photo de une : © Guy Pichard

- Les autres manifestations accompagnant la Marche des solidarités sont détaillées sur le site de la marche.

Portfolio

Notes

[1] Le préfet de police de Paris a notifié mardi 13 octobre un arrêté pour interdire le parcours de la manifestation, qui devait arriver place de la Concorde, prévu initialement à Paris le samedi 17 octobre. Des parcours des cortège doivent tout de même partir à 10h de Porte de Paris, de Porte de Montreuil et de Porte d’Italie, à 11h de Porte de La Chapelle, pour aller vers République. Voir le communiqué de l’organisation de la Marche des solidarités.

 

Par Rachel Knaebel

Une activiste du Réseau éducation sans frontières (RESF) passe en procès ce lundi 6 mai à Avignon pour « usurpation de fonction » : elle s’est occupée des démarches pour faire scolariser un adolescent étranger isolé dans un lycée professionnel. Une mission qui revient normalement à l’Aide sociale à l’enfance, dans le cadre d’un processus qui peut durer de longs mois.

« Je n’ai encore jamais fait l’objet d’un procès. C’est pesant ». Chantal Raffanel est engagée dans l’association du Réseau éducation sans frontières (RESF) dans le Vaucluse. Ce lundi 6 mai, elle doit être jugée en audience correctionnelle au tribunal de grande instance d’Avignon pour « usurpation de fonction ». Il lui est reproché d’avoir inscrit, fin 2017, un adolescent mineur étranger isolé dans un lycée professionnel.

« Je reconnais que j’ai fait une erreur. Je me suis bien présentée comme une militante de RESF, mais je n’ai pas barré la mention “représentant légal’” sur le formulaire », dit la militante solidaire. C’est ce qui lui a valu des poursuites de la part du conseil départemental du Vaucluse. Celui-ci reproche à Chantal Raffanel de s’être fait passer pour la représentante légale du jeune, alors que c’est l’Aide sociale à l’enfance (ASE) – qui dépend du conseil départemental – qui est son représentant légal.

Cette erreur a entrainé l’établissement d’une facture de cantine, de 130 euros, au nom du conseil départemental. « Mais cette facture a ensuite été payée par RESF, poursuit la militante. Il n’y a pas eu de préjudice en fin de compte. » Au-delà de ce qui pourrait n’être qu’un imbroglio administratif sans conséquence, Chantal Raffanel et RESF dénoncent un procès qui vise avant tout la solidarité. Chantal Raffanel « risque d’être condamnée simplement parce qu’elle a fait son devoir de citoyen en s’occupant des démarches pour faire scolariser un mineur non accompagné, acte que l’Aide sociale à l’enfance est censée faire », a réagi RESF. L’association demande l’abandon des charges retenues contre Chantal Raffanel et le « respect de l’engagement citoyen et solidaire de tous les militants RESF qui continueront partout en France à prendre soin de tous les mineurs ».

Des jeunes qui attendent des mois d’être scolarisés

Les mineurs étrangers isolés dont la minorité est contestée sont mal accompagnés par l’Aide sociale à l’enfance, souligne Chantal Raffanel. « C’est en fait une politique de l’ASE de ne pas scolariser les jeunes. Il y a une discrimination entre les jeunes dont la minorité est confirmée et ceux dont la minorité est contestée et en cours d’étude. » Cet examen peut durer des mois. Pendant ce temps, les jeunes sont à l’hôtel, sans aucune scolarisation. « Le jeune que j’ai inscrit au lycée est venu nous voir en disant qu’il voulait aller à l’école. Cela arrive souvent que nous soyons ainsi sollicités. Et l’Éducation nationale leur trouve toujours une place rapidement. »

Le mineur étranger que le militante a inscrit en lycée professionnel a pu poursuivre sa scolarité. Sa minorité a finalement été reconnue par le juge des enfants. Il est maintenant en apprentissage, a obtenu un titre de séjour de la durée de son contrat. « Et son patron veut l’embaucher ensuite, se réjouit Chantal Raffanel. Mais au début, l’ASE avait dit qu’il était majeur et il avait reçu une obligation de quitter le territoire. C’est une famille solidaire qui l’a accueilli. »

Plutôt que l’école, le fichage

D’après les chiffres du ministère de l’Intérieur, en 2018, plus de 17 000 mineurs étrangers isolés ont été placés à l’ASE. « Ils étaient 5 990 en 2015, soit près de trois fois plus en quatre ans », selon le ministère. « Le nombre de jeunes, même s’il a augmenté, ne pose pas de problème majeur vu le nombre de jeunes accueillis et accompagnés en général par l’ASE, répond la militante de RESF, d’autant plus que des modes d’accueil différents pourraient être étudiés, en lien avec la société civile, plus efficaces au niveau de l’intégration et moins coûteux ». Mais cela suppose que les pouvoirs publics dialoguent avec les réseaux citoyens, et « que la question de l’accueil ne soit pas réduite à une utilisation politicienne. »

Les pouvoirs publics misent aujourd’hui en fait plutôt sur le fichage. Un décret de janvier 2019, qui met en œuvre la récente loi « asile et immigration » (voir notre article), a mis en place un fichier national des mineurs non-accompagnés dit d’« Appui à l’Évaluation de la Minorité ». Ce décret prévoit que les mineurs soient enregistrés auprès des préfectures avant même de voir un employé de l’Aide sociale à l’enfance. Des préfectures qui inscriront dans un fichier leurs empreintes, leur état civil, la référence des documents d’identité, la date et les conditions de l’arrivée en France…

Selon la communication du ministère de l’Intérieur, ce nouveau fichier « vise avant tout à la protection de l’enfance ». Ce n’est pas l’avis de 19 associations et syndicats (dont l’Unicef, la Cimade, le Syndicat de la magistrature) qui en ont contesté la légalité devant le Conseil d’État en février. En vain. Début avril, la Conseil d’État a validé le fichier, « alors même que dans les départements-pilotes (Isère, Essonne et Bas-Rhin), on constate déjà ses effets délétères et des atteintes au principe de présomption de minorité pour les enfants et adolescents étrangers », regrette la Cimade.

Photo : CC Matthew Peoples

 

Nous disons haut et fort à la préfecture de Bobigny ça suffit !

 

MANIFESTATION

 

SAMEDI 15 JUIN 2019

 

14h, Départ de la Gare de Saint-Denis

 

 

Nous collectifs de sans-papiers et migrants, syndicats, associations, menons campagne pour réclamer :

 

  • La régularisation de toutes et tous les sans-papiers

  • Pour un accueil digne de chaque être humain dans notre pays

  • Pour l'égalité des droits entre toutes et tous

 

Ce n'est pas le cas aujourd'hui en France et en particulier à la préfecture de la Seine-Saint- Denis qui applique de manière zélée la politique du gouvernement.

 

Nous disons haut et fort à la préfecture de Bobigny Ca suffit !

 

Des rendez vous impossibles (premier accueil et renouvellement) où les sans-papiers cherchent pendant des mois l'ouverture du site internet de la préfecture pour prendre rendez-vous.

 

Malgré nos manifestations, l'appui des 80 élus avec le livre noir, ou même les déclarations du défenseur des droits, la préfecture maintient un système dématérialisé qui n'est ouvert que quelques minutes par semaine.

 

Personne ne sait ni quel jour, ni à quelle heure il pourra déposer sa demande.

 

Les procédures de plus en plus longues et inhumaines avec des délais sans fin pour les réponses.

 

Devant ces impossibles rendez vous le trafic s'installe et les sans-papiers payent de plus en plus cher pour un rendez vous : de l'ordre de 150 à 200 euros aujourd'hui et ça augmente tous les jours !

 

L'Etat en ne répondant pas aux besoins d'accueil des personnes devient ainsi responsable des pratiques mafieuses qui se développent sur le dos des plus précaires et des plus vulnérables. C'est indigne d'un service public.

 

Mais la galère ne s'arrête pas là.

 

Le gouvernement durcit les conditions des régularisations : il faut toujours plus de preuves, d'ancienneté de présence, de documents, tout cela pour finir après un an d'attente de s'entendre dire bien souvent que le dossier est incomplet et qu'il faut tout recommencer.

 

Un dossier refusé c'est une obligation à quitter le territoire (OQTF) qui se double de plus en plus d'une interdiction du retour en France pendant une, deux, trois voire cinq ans.

 

Cette volonté de laisser les sans-papiers dans la clandestinité le plus longtemps possible, ce qui peut aller jusqu'à 11, 12 voire 13 ans, permet là aussi au trafic de s'organiser :

Ainsi les sans papiers sont victimes des patrons voyous qui les surexploitent, avec des salaires à moitié prix, des conditions de travail extrêmes

Ainsi les sans papiers sont victimes des marchands de sommeil qui leur louent des logements insalubres à des prix exorbitants

Pour accentuer la peur, les arrestations se multiplient avec souvent l'internement dans les centres de rétention qui peut durer jusqu'à 90 jours, avant le retour au pays.

 

La situation des migrants de la Porte de la Chapelle n'est pas plus enviable. Avec le même cynisme, après n'avoir rien fait pour les secourir en Méditerranée, le gouvernement les laisse à la rue dans des conditions indignes.

 

Le patronat, le gouvernement veulent nous diviser, nous opposer. Rassemblons-nous, français et étrangers pour refuser l'inacceptable.

 

Seule la régularisation des sans-papiers et l'égalité des droits mettront fin à la concurrence entre nous.MANIFESTATION

 

SAMEDI 15 JUIN 2019

 

14h, Départ de la Gare de Saint-Denis

 

signataires : Coordination 93 de lutte des sans-papiers, Collectif 57-59 Wilson, Collectif Attiéké, LDH 93, MRAP, RSL, RESF 93, UL Solidaire St.Denis, AL, PCF, France Insoumise, NPA, PG 93-Ouest, UPML Association des femmes de Francs Moisin, DAL, EVT, Solidarité migrants Wilson, CGA.

Article du Parisien que vous pouvez retrouver en cliquant ICI, où l'on voit que les atteintes aux services publics pour les étrangers préfigurent ce que subira tout le monde si nous n'agissons pas.

Carole Sterlé

 

Face à la difficulté d’obtenir des rendez-vous sur le site Internet de la préfecture, des étrangers se tournent vers le marché noir ou la justice. Le préfet dénonce un piratage mais la situation perdure.

C’est écrit en grand sur le site de la préfecture : « ATTENTION ! Toutes les prises de rendez-vous proposées sur ce site Internet sont gratuites. Soyez très vigilants, n’acceptez aucune prise de rendez-vous en ligne payante. » Gratuites mais rarissimes. Tous les essais que nous avons tentés de jour comme de nuit ont échoué, à l’instar de ces jeunes étudiants africains de 18 et 19 ans, rencontrés à Bobigny ce mois d’avril.

« Cette convocation, j’ai essayé de l’avoir pendant trois mois mais ça n’a jamais fonctionné, alors j’ai payé 120 € à un homme qui a réussi à prendre rendez-vous pour moi », explique ce jeune majeur, candidat à une admission exceptionnelle au séjour. C’est l’ami qui l’accompagne qui avait trouvé la combine.

Le rendez-vous monnayé 120 €

« Moi j’ai essayé pendant un an, le jour, la nuit, quand j’étais en stage, mais je n’y arrivais jamais, finalement j’ai découvert sur Internet qu’il existait des rendez-vous payants. J’ai pris contact par mail, j’ai dû payer avec ma bourse trimestrielle de 170 €. Le jour où je récupérais ma convocation, il y avait cinq à six personnes comme moi qui avaient aussi payé 120 €. » Le rendez-vous était bien valide puisque ces deux étudiants ont obtenu à l’issue un récépissé. « C’est pitoyable d’en arriver là, mais sans ça on ne peut rien faire », confie le plus âgé. D’après le réseau éducation sans frontière (RESF), cela fait huit mois que la prise de rendez-vous par Internet est devenue quasiment impossible.

La préfecture indique avoir porté plainte

La préfecture est au courant. « Cette situation nous indigne d’autant plus que nous avons fait un très gros travail interne pour résorber les stocks depuis deux ans » commentait le préfet Pierre-André Durand, juste avant son départ. Pour lui, il s’agit « de malfaisants qui ont monté un système, soit avec des robots soit avec des petites mains, qui prennent les rendez-vous puis le revendent ». Le préfet assure qu’une plainte a été déposée « il y a trois mois » et qu’une enquête administrative est en cours, en même temps qu’une parade informatique recherchée. Au parquet de Bobigny, on n’a pas trace de plainte.

Le tribunal administratif enjoint le préfet à délivrer un rendez-vous sous 15 jours à un ressortissant pakistanais. Il avait prouvé avec des captures d’écran et des copies de courriers qu’il n’arrivait pas à prendre rendez-vous. LP/C.S.

La justice saisie

Le marché noir des rendez-vous n’est pas le seul levier pour passer la porte du service des étrangers. D’autres font un détour par Montreuil, au tribunal administratif, pour dénoncer la rupture de service public. Et à plusieurs reprises, le tribunal a enjoint le préfet de délivrer des rendez-vous sous deux semaines. Ce fut le cas le 16 avril, concernant un ressortissant pakistanais, qui a prouvé avec des captures d’écran et des copies de courrier à la préfecture, qu’il n’arrivait pas à prendre rendez-vous pour déposer une demande de régularisation.

« C’est ubuesque de passer par un référé, mais cette impossibilité de prise de rendez-vous rend les personnes encore plus vulnérables et les expose même à des mesures d’éloignement », explique son avocat, Me François Ormillien. « On a des clients qui veulent déménager du 93 parce qu’ils n’arrivent pas à avoir de rendez-vous ! » ajoute Me Stéphane Maugendre, président honoraire du groupe de soutien aux travailleurs immigrés (Gisti).

« Une façon de limiter l’accès des étrangers au dépôt de dossiers »

Des logiciels existent pour repérer les créneaux d’ouverture de prise de rendez-vous, qui ne sont pas à jour fixe ni connus à l’avance. « Le préfet s’est vanté d’avoir fait modifier ses services, mais c’est une modification en trompe-l’œil, les files d’attentes ne se voient plus la nuit, mais elles se sont allongées de manière invisible et ça a empiré », dénonce Jean-Michel Delarbre, secrétaire fédéral de la Ligue des Droits de l’Homme. Il n’est pas seul à penser que « la procédure dématérialisée est une façon de cacher ou de compenser le manque de moyens humains, et de limiter l’accès des étrangers au dépôt de dossiers dans un département des plus fragiles. » La situation varie d’un département à l’autre. Des difficultés sont aussi rapportées par les associations à Créteil (Val-de-Marne) et Nanterre (Hauts-de-Seine).

Informations supplémentaires