Marché sucré

Edulcorant naturel utilisé dans le monde entier, la stévia est interdite en France, cependant que les fabricants d'édulcorants chimiques prospèrent. Un imbroglio juridique et administratif aberrant. 

A qui le tour ? Après la condamnation de l'association Kokopelli et le procès des semences paysannes, l'entreprise Guayapi Tropical, qui commercialisait de la stévia, une plante sud-américaine connue pour son fort pouvoir sucrant, est inquiétée par la justice. Pilier du commerce équitable en France, membre de la Plate-forme pour le commerce équitable, spécialisée dans les compléments alimentaires issus de plantes amazoniennes, cette société craint une pro­cédure judiciaire lourde. La stévia, qui ne contient ni fructose ni glu­cose, est un édulcorant naturel utilisé par­tout dans le monde. Mais en France et dans l'Union européenne, elle fait l'ob­jet d'un refus d'autorisation à la vente depuis 2000. Guayapi Tropical, qui la commercialise en France dès 1992, conteste ce refus. Sa bataille juridique a récemment débouché sur des poursuites pénales engagées par les services de la répression des fraudes (DGCCRF). Le 21 janvier, la brigade de répression de la délinquance économique a interrogé pendant plus de trois heures la dirigeante et fondatrice de l'entreprise, Claudie Ravel, qui risque une peine allant jusqu'à deux ans de prison et 37 000 euros d'amende pour avoir repris la vente de la stévia après une condamnation en 2005. Elle attend désormais sa convocation au tribunal de grande instance.

Situation ubuesque. Utilisée en Chine et en Amérique latine, la stévia est consommée en tant que produit diététique au Japon, au Canada, en Australie et aux États-Unis (depuis 1995). La Food and Drug Administration, l'administration améri­caine des denrées alimentaires et des médi­caments, l'a autorisée à la vente comme complément diététique, notamment pour le traitement préventif du diabète et de l'hypertension sanguine. Au Japon, elle remplace déjà l'aspartame, édulcorant chi­mique interdit dans ce pays car potentiel­lement dangereux pour la santé. Ironie du sort, ce dernier, qui a fait l'ob­jet de milliers de plaintes aux États-Unis pour sa toxicité et ses effets secondaires, est reconnu comme additif alimentaire dans l'Union européenne et abondam­ment utilisé en France. Mais pas la sté­via, qui a pourtant un pouvoir sucrant plus de quinze fois supérieur au saccharose, s'étonne Claudie Ravel, qui a lancé une pétition en faveur de la vente de cette plante. Elle peut être utilisée sans risque par les personnes ne pouvant pas consommer de sucre, et elle est acalorique ». 

Par Thierry Brun 

Le site : www.guayapi.com

 

 

Lire l’article complet dans Politis du jeudi 27 mars 2008

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