Par Daniel Schneidermann, du site Arrêts sur image, décidément excellent pour décrypter les médias, mais pas que !

 

Dans les ballons d'essais plus ou moins crevés, qui s'envolent de "l'Elysée", pour nourrir des journalistes politiques réduits au chômage partiel par l'invasion télévisée des médecins (disons, des patrons, généralement masculins, de services hospitaliers),voici aujourd'hui, dans Le Parisien, le "gouvernement d'union nationale". Ne riez pas, Macron pourrait faire appel à NKM, Stéphane Le Foll, Michel Barnier, ou Manuel Valls. Oui, Manuel Valls. Jean-Vincent Placé n'était sans doute pas disponible.

Manuel Valls est cet ancien Premier ministre franco-espagnol, qui s'est présenté aux Municipales de Barcelone, y a essuyé un cuisant échec, et depuis, se livre à un fayotage éhonté sur Twitter à chaque discours d'Emmanuel Macron (exemple ci-dessous). La fréquence de ses invitations dans les émissions françaises, alors qu'il ne représente plus rien ni personne, est d'ailleurs un mystère que même les plus fins médiologues de l'équipe d'Arrêt sur images ne parviennent pas à percer.

A la hauteur du défi, proche des Français, les mobilisant, traçant le chemin avec ses étapes et d’ abord le #11mai , avec les difficultés, les doutes, ce qu’ il faut encore accomplir comme effort collectif pour gagner la guerre contre le virus. Avec l’ espoir et l’ unité. https://t.co/kFv9R5UsFS

— Manuel Valls (@manuelvalls) April 13, 2020

La simple évocation du nom de Valls, associé à toutes les capitulations idéologiques économiques, sociales et sociétales du quinquennat Hollande, donne des boutons aux militants de gauche dotés d'une mémoire à moyen terme, ce qui fait tout de même du monde. Comme à chaque fois, elle déchaîne depuis hier un torrent de sarcasmes et d'effroi sur mon réseau social préféré. Ce qui est d'ailleurs peut-être sa fonction. Si Macron constitue un jour un "gouvernement d'union nationale", il suffira que Manuel Valls n'y figure finalement pas, pour que les vallsophobes, tout à leur soulagement, s'en tiennent là de leurs réactions.

Cela s'appelle la fenêtre d'Overton. C'est le mot que je cherchais hier matin, sans le retrouver, en évoquant les "carottes" de Christophe Barbier, ou son évocation du sacrifice des "personnes âgées". La fenêtre d'Overton, c'est l'évocation intentionnelle de propositions extrêmes, afin que des décisions un petit peu moins extrêmes apparaissent finalement, par contraste, comme modérées. Nous avions découvert ce concept l'automne dernier, grâce à l'excellent Clément Viktorovitch. Une chroniqueuse de CNews venait de suggérer à la police de tirer à balles réelles dans les banlieues, au grand effroi de Pascal Praud lui-même : l'utilisation sans mesure du LBD était une option bien plus mesurée, en effet ! Gardons le concept à l'esprit. Je pense qu'il est promis à un bel avenir dans les semaines déconfineuses qui viennent.

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