Ghetto ou pas ghetto ?

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Le terme « ghetto » est à la mode. Il convient à beaucoup de monde pour des raisons différentes.

Il convient au gouvernement parce qu’il a besoin de contenir les quartiers populaires, de les désamorcer, et sans doute de les désigner à la vindicte du « bon peuple », donc qui n’y vit pas. Pour cela, il faut salir les quartiers populaires selon le proverbe « Accuse ton chien d’avoir la rage si tu veux le noyer ». Une note du gouvernement vient de sortir : le mot « ghetto » y est beaucoup traité, logiquement la même note vante aussi la politique du gouvernement concernant les quartiers populaires. Stigmatiser les quartiers populaires est indispensable pour les mater ou les raser.

Quant au public des grandes chaînes de télévision, ce terme permet de résumer facilement un problème épineux. En disant « ghetto », on a subitement l’impression de comprendre et de résoudre le problème du chômage, des jeunes, des discriminations, des émeutes, des toxicomanies, de l’échec scolaire, de l’urbanisme. Entre autres. Pourquoi ces problèmes existent-ils et comment les résoudre ? Bah, c’est un « ghetto », une zone hors-la-loi où les règles sociales sont transgressées.

Le mot « ghetto » est maintenant dans la bouche aussi d’une partie de ceux qui défendent les quartiers populaires, et de ceux qui y vivent. Pourquoi ? Parce que le mot « ghetto » permet de dénoncer le « mythe républicain » français et de rapprocher la France-fière-de-son-intégration des Etats-Unis honnis. Le mot « ghetto » permet-il de dénoncer les failles de l’Etat ? Permet-il de comprendre, voire résoudre, la question des droits des habitants des quartiers populaires, et des dominés en général ?

Ce mot ne fait plutôt que de montrer les habitants comme des victimes et des marginaux, plutôt que comme des personnes dignes et combatives.

Et c’est un sérieux problème.

Parce que personne n’a envie de vivre dans un « ghetto ». Tandis que les habitants concernés par la « rénovation urbaine » répètent à qui veut l’entendre qu’ils n’ont demandé à personne qu’on casse leur quartier.

Parce que personne dans la société n’a envie de s’identifier au « ghetto ». Ainsi le mot a pour résultat d’isoler les habitants de ces quartiers plutôt que de légitimer leurs revendications auprès de tous les autres.

Parce que la caractéristique du « ghetto », c’est une certaine homogénéité « raciale » (les Italiens, ou les Juifs, ou les Noirs ou les Asiatiques...), cela amène à voir les habitants des quartiers populaires comme une tribu étrangère homogène, étrangers à la France elle-même. Pour qui habite dans un quartier populaire, ce n’est pas le cas.

Parce que quand on est marginalisé dans un « ghetto », on n’est rien, même pas monté sur le premier barreau de l’échelle sociale, on ne vaut rien, on ne peut rien vouloir, on ne change rien. On est au mieux victime, en tout cas pas acteur.

Les quartiers populaires ont besoin de changer, et leurs habitants seuls sont légitimes pour cela. Mais la publicité nouvelle du mot « ghetto » vise peut-être justement à empêcher cela. C’est logique, en tout cas de la part du gouvernement.

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