Sarkozy cherche son rebond à l'extrême droite

Par Mathilde Mathieu

 

Le discours ultra droitier prononcé à Grenoble par Nicolas Sarkozy, vendredi 30 juillet, vise un double objectif: clore la séquence de l'affaire Bettencourt-Woerth et hameçonner les électeurs du Front national. Le chef de l'Etat, depuis plusieurs jours, tentait d'étouffer le scandale provoqué par les enregistrements pirates, mais l'Elysée expérimentait, pour la première fois, la communication à vide. Le 12 juillet, son intervention télévisée (qui s'appuyait sur un rapport de l'Inspection générale des finances censé blanchir le ministre) avait fait flop, déclenchant une quasi-panique au Château.


Pour reprendre la main sur l'agenda et chasser le visage du trésorier de l'UMP de la une des journaux, Nicolas Sarkozy se devait d'imaginer une polémique à laquelle la presse ne pourrait résister. Après une première salve d'amalgames provocateurs sur les Roms et leurs Mercedes, le président de la République a ainsi annoncé, à Grenoble, que certains criminels «d'origine étrangère» pourraient être déchus de leur nationalité française. Aux grands besoins, les grands mots. 24 heures après l'audition du ministre par la brigade financière, quel meilleur moyen de faire diversion? Cette monstruosité juridique veut sciemment enflammer la presse...

Mais la batterie de mesures étalées par le chef de l'Etat (extension des peines plancher, peines de 30 ans de prison incompressibles pour les assassins de policiers, etc.) sert aussi d'appât pour les sympathisants du FN. Si Nicolas Sarkozy avait su les séduire en 2007, beaucoup ont lâché l'UMP aux dernières élections régionales, rentrant au bercail ou se réfugiant dans l'abstention. En mars, le parti de Jean-Marie Le Pen a ainsi décroché 17,8% des suffrages au second tour (dans les régions où il a pu se maintenir), atteignant 22,8% en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Les députés UMP, depuis, paniquent.

C'est qu'ils se rappellent la débâcle de 1997: à l'époque, le FN avait pu s'incruster au second tour des législatives dans 70 circonscriptions, précipitant la défaite du RPR et de l'UDF, facilitant l'arrivée à Matignon de Lionel Jospin. En avril, 200 députés UMP (soutenus par leur patron Jean-François Copé) ont donc applaudi à une proposition de loi d'Eric Ciotti, visant à interdire tout bonnement les triangulaires! François Fillon a finalement tué cette initiative dans l'œuf («Le gouvernement n'a pas peur, a-t-il tranché. Une élection ne se gagne pas avec des modes de scrutin...»). Mais l'analyse des élus de la majorité n'a pas changé: le FN, rendu davantage «présentable» par Marine Le Pen, regagne du terrain. Comment reproduire l'OPA de 2007?

Offensive aussi à l'Assemblée

Après le débat sur l'identité nationale de l'hiver dernier, ne restait à l'Elysée que la surenchère. En novembre 2009, dans son discours de La-Chapelle-en-Vercors, Nicolas Sarkozy avait déjà relativisé Vichy, d'une petite phrase: «Depuis deux cents ans, à part l'expérience sanglante de la Terreur, nul totalitarisme (en France) n'a menacé nos libertés...» Cette fois, à Grenoble, il semble s'être inspiré d'une loi du régime du maréchal Pétain, puisque seul ce dernier a dénaturalisé à la pelle (en particulier des Juifs). Le temps est bien lointain où Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur (2003), s'attaquait à la «double peine», en arguant «qu'être arraché de ses enfants français, de son épouse française, est cruel»... Après l'échec de l'ouverture, il sait aujourd'hui qu'il doit aller chercher ses électeurs de 2012 sur sa droite.

Or personne d'autre que lui, dans la majorité, ne peut s'en charger. Si l'Elysée disposait d'une figure susceptible d'incarner la droite extrême et de concurrencer le FN (comme le réussissait Charles Pasqua dans les années 1990), peut-être Nicolas Sarkozy s'épargnerait-il cette tâche. Mais la place est vide: entre les sarkozystes et le FN, il ne subsiste plus rien. A force d'avoir rassemblé et homogénéisé son camp, le chef de l'Etat n'a plus personne pour éponger à sa droite.

 

Article de mediapart du 30 juillet 2010:

http://www.mediapart.fr/journal/france/300710/sarkozy-cherche-son-rebond-lextreme-droite

 

Informations supplémentaires